‹ Correspondance inédite de mme du DeffandChapitre 40 sur 45 · I.XbyGOOglC · texte numérisé non relu

I.XbyGOOglC

impatiente de son arrivée, à cause de la lettre qu'il doit m'apporter de vous. Je voudrais en recevoir tous les jours et vous répéter tous les jours que je vous aime de tout mon cœur.

Vous avez raison; la correspondance secrète est faible de style et forte de choses. Quel dommage que de bons écrivains n'osent pas se permettre de démontrer que le soleil est lumineux !

Je rouvre ma lettre parce que, comme je venais de la cacheter, le comte de Chabot a passé par Âmboise, et, par un arrangement et un malentendu dignes de madame sa soeur ' et de lui, il n'a vu personne d'ici; mais heureusement il m'a envoyé votre lettre. Je vois que vous êtes horriblement fâchée contre moi, et je suis au désespoir de vous avoir fait de la peine. Mais nous nous aimons trop pour que nos petites altercations puissent avoir des suites et des conséquences, et les avances que vous pourriez faire de mç part dans la position où je me trouve, et surtout à madame d'Aiguillon, çn ont beaucoup. Ainsi je ne me repens nullement de tout ce que je vous ai mandé. Je vous prie seulement de croire que je ne vous ai écrit que d'après moi. Je n'ai montré votre lettre ni la mienne à personne; j'en ai seulement parlé à l'abbé, après vous avoir envoyé ma réponse. On peut diriger ma conduite, on peut me suggérer des pensées, mais mes sentiments sont à moi; on ne me les inspire pas. Vous voulez que je vous transcrive la phrase de votre lettre qui m'avait

' La princesse de Beauvau.

s» CORHESPONDANCB

donné des inquiétudes légitimes, et que vous avez vérifïéea; la voici:

< Je dirai à madame d'Aigaillon tout ce que vous me dites d'elle. >

C'est justement ce que je ne voulais pas. Vous me mandezaujourd'hui lui avoir dit que je vous ai répondu, d'après l'éloge que vous me faisiez d'elle, quejen'en étais pas surprise, ayant d'elle la meilleure opinion à toutes sortes d'égards. C'est justement ce que je craignais. Il me convient de l'honorer, de l'estimer également; mais il ne tne convient pas de le lui faire savoir; et quand c'est mon amie qui le lui dit, elle doit croire que c'est au moins de mon aveu. Voilà ce que je ne puis souffrir, voilà ce qu'il faut absolument que votre amitié pour moi répare, et surtout vis-à-vis de ceux qui ont pu être témoins d'une cajolerie aussi indécente dans tes circonstances présentes, et aussi éloignée de mon caractère,'Je m'étais bien doutée que vous désapprouveriez ma délicatesse. Je n'ai d'autres raisons à vous en donner que celles qae je vous ai déjà dites. Je puis avoir tort selon votre façon de penser; mais je n'ai pas tort selon mon caractère, parce que ce n'est pas moi qui me le suis donné, et que c'est lui qui me conduit. Ma chère petite-fille, on ne s'en aime ni ne s'en estime pas moins, pour n'être pas de même opinion. Laissez -moi la mienne et ne la blessez plus, puisque je ne puis pas en changer ; et, bonne ou mauvaise, croyez qu'elle est à moi, puisqu'elle m'appartient. Elle ne vaudrait pas la peine de m' être inspirée ; mais je ne me la laisserai point enlever, parce qu'elle souffre

DE MADAME DU DEFFAND. Sll

contradiction. Sur toute chose ne croyez pas, ni que je vous en aime moins, ni que je compte moins sur votre amitié parce qu'elle vous a inspiré une chose faite pour me blesser. Je puis être affligée de l'elfet sans être moins touchée du motif. Vous pouvez être blessée aussi de la franchise avec laquelle je m'en suis expliquée ; vous y aurez peut-être trouvé de la dureté. Je vous assure que ce n'était pas mon intention, et Cette assurance doit suffire à ma justification. Je ne Bais pas rendre à demi ce que je sens. Si je ne vous présenlais pas les choses comme elles m'affectent» vous ne sauriez pas comme j'en suis affectée. L'abbé* qui est tout doucereux, rabattra de mes expressions; mais pour moi, sans vouloir qu'elles vous afEIigent* ni qu'elles vous offensent, je n'en rabats rien, parce que je ne peux rien changer à mes sentiments. Je vous proteste encore que je suis tout aussi persuadée que jamais que je ne trouverai jamais d'amie plus agréablâ que vous ne l'êtes, et que je n'ai jamais eu plus do tendresse pour vous que j'en ai dans ce moment même, où vous êtes peut-être encore si fâchée contre moi.

Mille compliments, je vous prîe, à M. Walpole, et remerciement de son souvenir.

DE L'ABBÉ BÂHTEÉLEHT

Chanteloap, ce 20 Juillet 1771.

M. le comte de Chabot n' arriva hier qu'à huit heures du soirà Ainboise. Il envoya ici un homme pour avertir de son arrivée; madame de Beauvau, qui était à la promenade, ne fut de retour qu'à neuf heures. Elle partit tout de suite pour aller voir son frère ; il avait attendu une heure entière , et comme madame de Chabot' ne se portait pas très-bien, et qu'il voulait ' aller coucher à Tours, ils partirent un instant avant que madame de Beauvau fût arrivée à l'auberge. La grand'maman, qui n'avait pas été à la promenade pour écrire, ne sut pas que madame de Chabot était avec son mari ; elle aurait été la voir. Quoi qu'il en eoit, vos lettres ne nous ont été xemises qu'à dix heures. C'était pendant le souper. Après, il ne fut pas possible d'aborder la grand' maman, et je ne pourrai peut-être pas la voir de la journée en particulier.

Celle que vous m'avez écrite m'a afRigé sensiblement. Mais pour réduire la chose aux plus simples termes, je conclus de ce que m'avait dit la grand'maman, et de votre réponse, que l'une et l'autre vous avez pris Cette petite aiTaire trop au tragique. Elle,

• Uadeinoi selle de U Rochefoucauld, fille de la duchesse d'Enville.

,Coo';lc

DE MADAME DU DEFFANa 393

croyant qu'on pourrait abuser de ce que vous avez pu dire à madame la duchesse d'Aiguillon; voua, en donnant un sens trop étendu à des expressions échappées dans la chaleur de la composition. Croyez que la grand'raaman vous aime infiniment, et qu'elle est infiniment éloignée de vous supposer la moindre lâcheté. Le jour qu'elle vous écrivit, je lui représentai que les soupçons qu'elle vous témoignait ne pouvaient être fondés par rapport à vous. < Aussi, me dit-elle, ne la regardent-ils pas. Mais elle pourrait, par distraction, dire en mon nom des choses honnêtes à madame d'Aiguillon, en présence de gens qui, ne me connaissant pas, ou me connaissant mal, pourraient me soupçonner de bassesse ; > et cette idée, qui la révoltait, l'a sans doute animée quand elle vous a écrit. J'aurais mieux aimé qu'elle vous eût marqué simplement les inconvénients qui pouvaient résulter des confidences que vous avez pu faire à madame d'Aiguillon, en vous priant de n'en plus faire de semblables. Mais sa délicatesse l'a entraînée, et sa confiance en votre amitié ne lui a pas permis de mesurer ses expressions, ou du moins d'éviter toute application qui vous fût personnelle. La grand'maman ne s'est pas assez fiée à sa réputation ; et vous à l'estime et à l'amitié qu'elle a pour vous. J'espère qu'elle vous rendra mieux compte de ses sentiments que je ne pourrais le foire ; mais je puis vous attester que rien au monde ne saurait les affaiblir, et je n'en voudrais pour garant que son impatience de vous voir arriver.

C'est madame la comtesse de Tessé qui vous por-

m COBRBSPONDANCB

tera cette lettre. On est bien fâché ici de la perdre, et on a bien raison ; car il est imporsible d^élre plus aima' ble. Je suis fâché que vous ne la connaissiez pas.

A LA DCCHESSE SE CHOISEÏÏL

C'est M. de Monaco qui part demain, et â qui je porte envie, qui vous rendra cette lettre. Je vois avec plaisir l'empressement général que tout le monde a de vous rendre des devoirs, et de vous marquer son attachement. Je veux me flatter que la foule n'empêchera pas d'être remarqué. Vous êtes trop capable d'amitié, vous êtes trop éclairée pour ne pas démêler les nuances des sentiments qui font agir, et à l'exemple de la parabole de l'Evangile, ceux qui arriveront à la dernière heure seront aussi bien récompensés que ceux qui sont arrivés à la première.

Oo'dit que le R... a le plus mauvais visage du monde. On prétendait, avantrhier, qu'il avait les jambes et les mains enflées; hier, il n'en était rien; on ne parlait que d'une toux fréquente. On dit toujours que le Terray va sauter, et que le d'Aiguillon est furieux contre lui de ce que, sans l'avoir consulté, il a fait payer tout ce qui était dû à H. de la Chalotais, Il y a apparence qu'il n'a pria conseil que de madame

de la Garde. La zizanie est entre les trois grands personnages, le d'Aiguillon veut la destruction du Parlement de Bennes. Le Boynes, de celui de Besançon. Le chancelier (je ne sais pourquoi), s'y oppose. On n'enregistrera point le dixième des rentes viagères ; ce n'est pas la peine, on les retiendra sans forme ni procès. Ce ne sera pas à perpétuité, on le rendra quand on pourra s'en passer. Cette manière nouvelle sera d'une grande commodité si on la suit à l'avenir, et répondra fort bien au protocole de ces cinq mots : tel est notre bon plaisir. Le mien présentement est de donner à souper à madame de Chàteaurenaud. Je l'eus hier ; je l'aurai demain. Nous faisons un cavagnol à la poule, qui se passe sans humeur, en l'absence de l'incomparable, ce qui ne nous empêche pas de le regretter. Retenez-le cependant le plus longtemps que vous pourrez, et ne le laissez partir qu'en lui faisant faire le sennent qu'il repartira avec moi les premiers jours de septembre.

Il me vient du monde, je vous dis adieu. Le fameux Bandon, connu par ses richesses, vient de mourir.

Je vous fais mon compliment de tout mon cœur sur le mariage du fils de la petite sainte '. J'en suis réellement charmée.

' H. de Choiseul, fils de madame de Choiieul-Beti [la pelile sainte), épousa mademoiselle de Gouffier, dont il joignit le nom au sien. Il fut depiûs ambassadeur i Constantinople et a écrit un voyage en Grèce.

CORBESPONDANCE

DE LA DUCHESSE DE CHOISEUL

A Chanteloup, le 9 aoU 1T71.

Non, ma chère petite-fille, il ne faut pas dire à madame d'Aiguillon : < Madame, je vents ai dit que la grand'maman vous estimait, et cela n'est pas vrai; die ne vous estime pas! > Vous feriez un grand mensonge et une grande grossièreté; mais il faut lui dire : • Madame, la grand'maman a été fort fâchée que je vous eusse répété tout le bien quelle pense de vous, parce qu'elle trouve que le temps est passé où il lui était permis de chercher à vous plaire, même par la justice et Ut vérité... » Et si madame d'Aiguillon justifie ce que je pense d'elle, elle m'approuvera ; si je me suis trompée sur son compte, peu m'importe ce qu'elle pensera de moi. L'estime doit être réciproque. Voici, ma chère petite-fille, ce que j'ai à répondre à ce que vous avez mandé à l'abbé sur ce bizarre genre de tracasserie.

Madame de Lauzun est charmante d'avoir eu l'attention devons avertir qu'elle partait, pour m' apporter une lettre devons; et vous êtes charmante de lui en avoir donné une; mais vous m'affligez toujours par vos craintes. Comment puis-je les calmer? Je ne suis pas si généreuse que vous le pensez. C'est par pure personnalité que je vous aime et que je vous veux. Vous n'entrez pour moi, dans l'empressement que je vous marque, que pour le plaisir que vous me ferez.

DE HADAHË DD OEFPAHD. 397

Quelque reconnaissance que j'aie pour les marques d'amitié que l'on donne à M. de Choiseul en le venant voir ici, vous devez être bien sûre qu'il n'y est venu personne qui me plaise autant que vous. Je pourrais sans doute mieux dire pour vous persuader, mais Je vous jure que je ne pourrais pas mieux sentir.

Mille compliments, je vous prie, à M. de Walpole. Je m'affligerais pour vous de son départ, si ce n'était le seul moyen de vous rapprocher de moi.

A LA DUCHESSE DE CHOISEUL

La raison qui m'empêchera de vous arriver avant la fin de septembre est un proverbe. Je vous le donne à deviner; mais non, j'aime mieux vous le dire : ■ Qui a compagnon a maître. > Je ne veux pas non plus vous donner à deviner quel est ce compagnon. Cest votre évêque qui, si vous le trouvez bon, sera aussi le mien. C'est l'évêque d'Arras; il a un procédé le plus obligeant du monde; il arrivera à Paris le 20. Il portera ma lettre à M. de La Vrillière, et demandera sa permission en même temps. Il a quelques affaires à la cour et à la ville, qui le retiendront quelques jours plus que je ne le voudrais. Mais il apportera tant d'agrément et de commodité dans mon voyage, que j'aurais

mauvaise grâce à ne me pu soumettre à ea volonté. Je perdrai M. Walpole bien plus tôt, et j'&uraî le chagrin de rester à Paris après qu'il n'y sera plus. Cesl ce que je désirais d'éviter. Je remets à vous dire moi-même, chère grand'maman, quels sont ee9 sentiments pour vous; il n'a oublié aucune marque de vos bontés. S'il suivait les mouvements de son cœur, il quitterait tout pour vous aller trouver. Je puis répondre de sa reconnaissance, je diraismême de sa tendresse. Cette expression lui est permise, puisque vous l'avez adoptée pour votre petit-fils.

Je vis hier madame de La Vallière. Elle va de mieux en mieux, et je crois en vérité qu'elle se porte tout à fait bien et qu'elle pourrait sortir si elle le voulait

Je compte aller voir aujourd'hui la petite sainte, et la féliciter sur le mariage de son fils. Je ne voulais pas le croire quand on me l'apprit. Vous croyez bien que'je ne m'ingérerai pas à vous mander des nouvelles. Je compte les aller apprendre à Ghanteloup. Il ne s'en débite guère à côté de mon tonneau.

A LA SnCEESSE SE CSOTSEUL

Que j'ai de choses à vous dire, chère grand'maman ! UaiB il faut commencer par celle qui m'est le plus

byGoogIc

DE HADAHBDtl DBPFAND. 30»

sensible. Tous mes projets sont renversés. Je vous avais mandé mes arrangements avec monseigneur l'évêque d'Arras. Il tes confirma la veille de son départ pour Gompiègne. Il y allait pour quelques affaires, et pour demander sa permission. Voici la copie de ce qu'il m'écrit, et que je transcris mot par mot :

f Nos projets , madame la marquise, sont cruelle- > ment dérangés ; au lieu de la permission que je suis » venu demander, j'ai reçu des ordres pour retour- ■ ner incessamment en Artois, où l'on m'a adressé, » il y a quelques jours, des instructions pour y rem- » plir une fort mauvaise commission, dont on m'a » fait charger par le roi, relativement au Parlement

• de Douay. J'aurai l'honneur de vous voir aussitôt 1 que je serai de retour h Paris , où je compte me

* rendre mardi prochain. Je vous prie de ne point » prendre de parti définitif sur votre voyage , jusqu'à » ce que j'aie pu en conférer avec vous. »

Je l'ai donc attendu toute la journée, hier 27. I! n'est point venu, et l'on m'assure qu'il est parti de Compiègne pour Arras. Me voilà tombée des nues; nul secours à espérer de l'incomparable. Sa nymphe ne le laissera point partir, ou le congé qu'elle lui donnerait aérait pour bien peu de jours. Je ne puis renoncer à mes desseins. Mais comment les exécuter? Voyager seule serait une témérité. J'aurais cependant le courage de te risquer dans le temps que la saison est encore belle. Hais le retour serait bien embarrassant et bien difficile. Et puis, si j'allais tomber malade 1 Je ne me pardonnerais pas de t roubler

byGoogIc

100 CORRESPOKDANCE

votre tranquillité , vos amusements. Cette dernière considération n'est que par rapport à vous. Car, par rapport à moi, ce serait une consolation d'être soignée par l'amitié ; vous adouciriez mes maux, et si ma fin devait suivre, y a-t-il un plus grand bonheur que d'avoir auprès de soi, dans ses derniers moments, ce que l'on aime le mieux? Je vous avouerai naturellement que si vous étiez seule, je passerais par-dessus toute considération. Mais votre situation est bien différente; on m'en a fait la peinture. Enfin, toutes ré^ flexions faites, je renonce, pour cette année, au plaisir de vous voir, sans en abandonner le projet pour le printemps. Je vais bien soigner ma santé qui, en efiet, dans le moment présent, n'est pas trop bonne, mais qui ne m'aurait pas arrêtée, si j'avais eu l'évêque. Cet évéque, m'a-t-on dit, et son frère le Saint-Omer, vont être conseillers d'honneur des conseils supérieurs. Qu'ils soient conseillers ou agents de l'antechrist, je m'en embarrasse peu. Oh ! je suis bien mécontente de l'Arras!

N'êtes-vous pas bien fâchée de ce qui vient d'arriver au prince'? Vous en savez toutes les circonstances. Mais ce que je puis vous dire, c'est que son maintien est admirable. I! n'y a pas, sous le ciel, un homme plus courageux, plus noble et plus simple. On le punit; mais il n'est pas disgracié, et i! ne le sera pas. Je fais mieux que l'espérer, car je le crois.

M. de Guines a dû quitter Londres dimanche 25.

* On avait ôté à H. de Beauvau le gouverDement du Languedoc.

DE MADAME DU DEFFAND. aoi

Il laissera des regrets infinis. II y avait parfaitement réussi.

On annonce bien des remue-ménage; mais je ne m'intéresse qu'à ce qui intéresse mes parents et M. de Beauvau. Tout le reste m'est indifférent. Je n'éparpille pas ma sensibilité ; elle a assez d'objets présentement. M. Walpole part dimanche. Vous comprenez quels sont mes regrets ; mais vou3 les comprendriez bien mieux si vous aviez été témoin de sa conduite. Jamais on ne peut marquer plus d'attentions et d'amitié ; il a le cœur et l'esprit excellents.

Ce jeudi 29.

Cet évêque d'Arras, que l'on m'avait dit parti, ne l'est pas. Il me vint voir hier. Il m'expliqua toutes les raisons de son changement. Je vois qu'il est tout à travers des opérations du chancelier. Il m'avait leurrée par ses offres ; car il savait, ou du moins il devait prévoir, qu'il ne les remplirait pas. J'ai eu de la peine à me contenir. Mais à quoi auraient servi mes reproches et mes plaintes 7 Je ne' le détournerai pas de ses projets. Mais d'où vient m'a-t-il trompée?

L'incomparable esta sa petite campagne. Il y aura demain huit jours que je n'en ai entendu parler.

C0RR[!SPOflDAKCS

; L'ABBÊ BARTEËLEUT

a Mptembré 1711.

Nous n'avons point de vos nouvelles depuis longtemps; nous ignorons si voua avez fait des démarches, si elles ont réussi, s'il faut espérer? Cependant le mois de septembre est sonné, et vous nous laissez dan^ l'incertitude. Ce n'est pas la peine de faire parler de vous jusqu'en Suède. Le roi, dont mon neveu m'écrit un bien infini, le rencontra il y a quelque temps, dans le Jardin Royal. I! l'appela eteut avec lui une conversation dont je vais vous dire le commencement : ■ Âvez-vous des nouvelles de madame du Deffand? — Non, sire, je n'ai pas l'honneur de la connaître. — Comment, vous ne la connaissez pas? Mais elle m'a beaucoup parlé de vous pendant mon séjour à Paris. — Je dois cet avantage à mon oncle, qui lui est fort attaché. — Comment se porte-t-ilî est-il toujours à Chanteloup? etc. » Le reste de la conversation roula sur la situation de cet enfant, et fut très-flatteuse de la part du rof. Voilà h peu près tout ce que j'ai à vous dire aujourd'hui. M. de Lauzun se chargera de celte lettre. Nous perdrons madame la duchesse d'Enville vendredi prochain ; elle ne restera que six heures à Paris; de là, elle ira à la - Roche-Guyon. Elle se pialt infiniment ici ; elle y plaît de même. Mais quand aurai-je le plaisir de vous voir, de vous baiser les mains, de vous tourmenter?...

DE UADAUE Dtl DEFFAND. iP3

M. Sénac ' est arrivé ce matiii. Je le connais peu. On dit que c'est un homme d'esprit. Je trouve ses paroles maniérées et recherchées.

SE LA DUCHESSE SE CHOISEUL

A ChanKloup, ce il septembre ITTI,

Mon cœur est encore plus triste, ma chère petite-fille, que ne l'est votre lettre. Je comptais sur le plaisir de vous voir; j'en suis privée pour cette année, et j'en suis au désespoir. Au nom de Dieu, ne vous arrangez plus avec les gens capables de faire manquer votre voyage) et ne parlons plus de cet évéque d'Arraa. Non; n'en parlons plus jamais, je vous prie. Hélas 1 je crois qu'il m'a trompée. J'ai peu d'amis, et ceux sur lesquels je comptais me manquent au besoin et me privent de celle qui me reste, qui voulait franchir tout obstacle pour se rejoindre è moi. Comment le prince de Beauffremontne peut-il pas vous conduire ici?... Et cela ne s'appelle que de la faiblesse?... N'en parlons plijs non plus!... Mais disons-nous une fois pour toutes qu'il y a bien peu de gen« sur lesquels on puisse compter. Triste vérité, qui glace le cœur et flétrit sa jeunesse 1 On est

■ Senac de Meiltian. auteur des « Uémoires d'Anne de Gontape, princeiKB palatine, » et de pluiieurit autrat ouvragu. Hort à Vienne, en Autriche, en 1803.

m CORRESPONDANGK

vieux dès qu'on a perdu l'amour et la confiance. Si vous ne nie mandiez pas que votre santé est dérangée, et si je ne craignais pas pour vous l'effet du voyage, l'approche d'une saison rigoureuse dont nous approchons et dans laquelle vous voulez retourner à Paris, j'aurais envoyé l'abbé vous prendre à Étampes ; mais je n'ose" l'envoyer à Paris, de peur qu'on me le garde sous prétexte de son cabinet. C'est ce qui m'empêchera de vous l'envoyer cet automne, et j'en ai bien duregret, parce que je vous vois bien seule, bien isolée, livrée aux regrets de la perte de M. Walpole ; et l'on ne peut réparer la privation d'un ami que par la jouissance d'un autre.

Convenez, à présent, que j'avais grande raison de vouloir que vous arrivassiez au printemps. Que n'avezvous suivi mon conseil?... J'aurais déjà été heureuse. Je n'ai vécu que d'espérance, et il me faut encore attendre le printempis prochain. En l'attendant, ménagez votre santé, je vous prie, comme quelque chose qui m'est biea cher. Je suis tout à fait inquiète'de ce que vous m'en mandez. M. de Choiseu! a été au désespoir quand je lui ai annoncé que vous ne viendriez pas; il compte' vous en écrire. Madame de Grammonten a été fort fâchée aussi, mais personne plus que moi; car, en vérité, personne ne peut vous aimer plus tendrement que je vous aime.

Je ne suis pas étonnée que vous soyez enchantée de la conduite du prince. Elle me le rend plus cher et plus intéressant; mais je suis comme vous, je meurs de peur qu'on ne le dédommage pas. Je trouve qu'il doit de-

ivCooglc

maDder très-haut et très-vivement ce dédommagement qui lui est dû. On a toujours le public pour soi quand on réclame contre une injustice. On en impose par la hauteur au ministère actuel, faible, lâche et insolent; on en arrache par l'importunité ce qu'on ne peut pas prétendre de la justice qui lui manque.

J'ai vu dans vos lettres à l'abbé la frayeur que vous a causée l'accident de madame de la Bochefoucault ', à cause de moi. N'ayez pas peur; je prends les pjus grandes précautions; mais vous pouvez juger de l'effroi et de la douleur qu'il m'a donnés, à cause de madame d' En vil le.

Voici une lettre pour madame Stanley, que je vous prie d'engager l'ambassadeur d'Angleterre à lui faire parvenir.

A LA DUCHESSE DE CHOISEUL

Mercredi 11 septembre ITTI. ,

Vous avez raison, chère grand'maman, de croire que tout ce qui se passe m'affecte beaucoup. J'ai une peur affreuse de M, d'Aiguillon. Il ressemble aux méchants génies des Mille et une Nuits. 1! prend toutes sortes de formes; on ne peut encore pénétrer quelle est la naturelle.

■ Uoe chute de cheval.

lot CORRESPONDANCE

La situation de M. de Beauvaa est terrible : des dettes considérables, un manque d'occupations, ses talents enfouis; mais ce qui me rassure, c'est son courage, sa raison et le calme mtturel de son âme ; et puis la considération et l'estime, qui sont de grands dédommagements. Vous le Savez, chère graDd'niaman, ainsi que le grand-papa. Je ne saurais croire qu'on refuse dès secours è ce pauvre prince. La vérité et la noblesse avec lesquelles il a exposé sa situation, et l'attention qu'on a eue à P^couter, et, d'un autre côté, le zèle que sa sœur met à le servir, me donnent de l'espérance.

On attend tous les jours le renvoi du Terray, et tous les jours on se trompe. Comment tout ceci se terminera-t-'il ? Il n'y a que Nostradamus qui puisse le dire.

N'avez-vous pas trouvé bien plaisant ce conte de Lille, de mat* si? Comme c'est moi qui l'ai divulgué, je me le reproche. Je serai peut-être cause que l'auteur sera coffré, et ce pauvre diable n'y a peut-être pas entendu malice.

Vous a-t-on envoyé La lettre d'un homme à un autre homme? C'est l'écrit dont je fais le plus de cas. Ai-je raison? Je ne vois tout cela que lorsqu'on me les prête. Mais quel avantage en tire^'on ? Ceux qui pourraient remédier au mal sont comme La Couture t ils n'aiment pas le braillé et n'entendent pas le raisonné I Pourvu qu'ils aient de l'argent et satisfassent leurs vengeances, ils s'embarrassent peu du désordre et du renversement de l'État.

Je mène la vie là plus triste ; pour rester chez soi, on n'en est pas moins exilé. Ce qu'il y a de plus alTreux

DE MADAME DU DËrPAND. fiO?

dans l'exil, c'est d'être séparé de ce qu'on aime. Vous n'avez pas ce malheur ; Vouô vivez avec ce que vous aimez uniquement. Conservez bien votre santé, vous verrez dissipel- les orages, et vous serez plus heureuse que jamais. Vraisemblablemeht je n'en serai pas témoin ; mais je trouve du plaisir à le prévoir.

DE L'ABBÉ BARTHÉLÉMY

Chanteloup, 12 sepUmbre 17Tli

Je VOUS écrivis hier ou avaftt-hler. Perdreaux, le valet de chanibrë du grand-papd, va à Paris pour seâ affaires particulières; et comme il est fort poli, il nous a demandé si nous avions quelque lettre à lui donner. Je ne pùsà le laisser partir sans vous écrire je ne sais quoi.

La grand'maman vous mande que si ce n'était votre Santé, j'aurais été Vous chercher â votre première couchée â Étampes. Je me reproche de ne vous ravoir pas proposé plus tôt, mais je croyais êttë aussi &tt que vous de votre évêque. Je n'aurais pas été Jusqu'à Paris, parce qu'il aurait Tallu, à caiiae de mon cabinet de ûiédailles, rendre compte fi M. de La Vrillière et de mon voyage et de mon retour, fet quMl est essentiel pouf mon bonheur qu'on n'entende pas si sotivent parler de moi. 11 serait si aisé de le troubler en m'firdonnaQt dé

rester à mon devoir I Tout ceci entre nous, je vous prie. Si vous n'êtes pas effrayée de la saison-, vous n'auriez qu'un mot à écrire, et vous me trouveriez au rendez-vous à point nommé. Si vous renvoyez votre voyage au printemps, personne autre que moi n'aura le plaisir de vous accompagner. Ou je partirai de Paris avec vous, ou j'exécuterai le projet d'Étampes. Mais nous en parlerons plus à loisir ; j'irai vous voir vers le milieu de novembre. Je passerai quelques semaines à Paris. Je choisis ce temps pour faire quelques apparitions à l'Académie et à la Bibliothèque. L'une et l'autre sont en vacances à présent, et mon voyage dans ces circonstances serait en pure perte pour l'une et l'autre.

Je reviens à notre évéque. Sa conduite me parait inexplicable. J'aurais juré d'après ses principes, la nature de son esprit, son amour pour le bien, qu'il était incapable d'ambition, ou qu'il n'avait que celle de l'estime publique. A-t-il cru pouvoir l'acquérir par les moyens qu'il choisit? Dans ce cas, il est plus à plaindre qu'à blâmer. Aspire-t-il à des places plus élevées? il faut le blâmer, le plaindre, tout â la fois. Son âme était née malade, et toutes^les bonnes qualités que nous avions admirées n'étaient que des appa< rences de santé. Cependant je crois qu'il ne faut pas le condamner encore. Sa physionomie, son maintien et ses manières n'annoncent aucun des caractères de l'ambitieux, qui sont ou la pétulance et l'a'ctivité, ou la finesse et la dissimulation. Il fait toujours la même profession d'attachement à vos parents. Son projet est

de venir ici. Je crois qu'il a mal vu dans les commencements, et que cette erreur de l'esprit le mène plus loin qu'il n'avait cru.

Je ne vous ai pas parlé du départ de M, de Walpole. Je sens tout ce qu'il a eu d'amer pour vous. Croyez que je partage toutes vos peines. Je suis tout à fait de votre avis sur la réponse de M. le prince de Beauvau, Rien n'est si noble et si beau. C'est une lettre de caractère que le plus bel esprit du monde ne pourrait imiter; aussi l'ai-je admiré sans en être surpris. Je voudrais savoir s'il est vrai que mylord Harcourt, loin de porter des plaintes contre la Gazette de France, a sollicité pour ses auteurs? Vous pourriez le savoir de lui.

Savez-vous que le grand-papa ayant lu une de vos dernières lettres, voulait que je partisse sur-le-champ pour vous aller enlever?

A LA DDCHESSB DE CHOISEUL

Ce lundi 10 EepWmbre 1771.

La lettre que j'ai reçue par M. Perdreaux, chère grand'maman , a rempli mes yeux de larmes , et a rendu ma tristesse encore plus profonde , mais plus tendre et plus douce. Oui, vous m'aimez et vous mè regrettez ; c'est sans aucune vanité que j'ose vous dire

U« COnftESPONDANCE

que vous avez bien raison. La douleur accompagnée de tendresse n'affaisse point l'âme, au contraire; j'éprouve qu'elle lire la mienne du néant de l'ennui. Quand je pense à ce que j'aime et à ce qui m'aime, quoique j'en sois séparée, je goûte un plaisir que rien de ce qui m'environne ne peut me procurer. Mon premier mouvement, à la lecture de votre lettre, a été d'arranger tout pour mon départ, de vous en mander le jour et d'accepter, sans aucUile discrétion, l'offre que voiis me faites de l'abbé, et qu'il me confirme lui-même, ainsi que l'aveu du grand-papa ; mais Un inconvénient qui est survenu m'a arrêtée : Wiart ne pourrait me suivre, il est un peu malade, et vous savez combien il m'est nécessaire. Il faut donc remettre à l'année prochaine. Mais je ne suis pas sans terreur sur ce délai ; on murmure quelques projets de défense. Je me flatte qu'ils ne sont point fondés ; mais tout me fait peur.

Hathan, d'ailleurs, Halhan, ce monsire sacrilège, Plus méchant qu'Albalie, à toule heure l'assiège..., etc.

Je vais écrire à l'abbé , je lui conterai l'histoire des gazetiers ; il la sait parfaitement. Je ne veux donc que parler de vous et vous répéter mille fois que je vous aime au delà de toute expression, que mon degré d'affection pour tout autre est le degré d'estime et d'atlèchement qu'on 8 pour vous. Je puis Vous dire avec vérité que ce motif-là est une des plus fortes Pai^ sons de mon amitié pour notre Horace. Si vous lé

Page 1