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DE HADAIHB du DEFf AHD. Dit
connaissiez comme moi, vous l'aimeriez beaucoup. Il y a peu de Français qui lui ressemblent par la sincérité et la bonté du cœur ; mais mon capitaine peut bien lui être comparé. Ah! on ne vous l'enlèvera jamais, non jamais, la cruauté serait trop inouïe ; eh! comment en pourrait-on avoir pour vous, vous dont le mérite et la Vertu intéressent tout le monde et ne blessent l'amour-propre de personne? Oui, M. de Creutz a raison : vous êtes un anche métamorphosé en femme. Ce Creutz me doit envoyer, cette après-dînée, un petit extrait d'une lettre du comte de Scheffer. Je le lui ai demandé par écrit, ne me fiant pas assez à ma mémoire, et ne voulant y rien changer.
Adieu; dites-vous souvent: < Ma petite-fille a un mérite pour moi qui supplée à tout ce qui lui manque , elle m'aime de tout son cœur, et son cœur est capable de bien aimer. •
Dites, je vous prie, au gratid-papa, que je suis on ne peut pas plus flattée de ses regrets , et que je les crois sincères.
Je suis très-touchée des bontés de ma dame la duchesse de Grammont, j'aurais tâché de m'en rendre digne ; mais j'espère qu'elle voudra bien me les conserver jusqu'à ce que je puisse, par moi-même, m' occuper à les obtenir.
Je ferai tenir votre lettre à M. Stanley.
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DE LA DUCHESSE DE CUOISEUL
A Chanleloup, ce 18 septembre 1771.
L'abbé m'avait montré, ma chère petite-fille , le conte de de Lilie; il serait bien singulier que dœ rapports aussi frappants eussent été trouvés innocemment, et il serait trop effronté d'avoir risqué l'histoire des roses, si publique, dans un livre avoué qui passe à la poHce, et dont l'auteur est connu ; mais ce qui est aussi plaisant que l'innocence de l'auteur, c'est celle des censeurs que ces rapports n'ont point frappés.
Vraiment oui, j'ai lu les Lettres d'un homme à un autre homme, et je pense absolument comme vous ; c'est certainement ce que j'ai lu de meilleur et de plus fort dans ce genre; on m'a dit qu'il en paraissait des nouvelles que je voudrais bien avoir. Mais avez-vous lu, à votre tour, la correspondance secrète de M. le chancelier avec M. Serhouet? Le premier volume est en général d'assez mauvais ton. Mais, cependant, il y a une lettre sur le Palais-Royal, sur les conseillers de M. le duc d'Orléans, et sur les amis et conseillers du chancelier, qui est infiniment plaisante; et, dans le second volume, qui vient de paraître, il y a aussi des plaisanteries excellentes, quoique mêlées encore de quelques expressions de mauvais ton. On y trouve une lettre d'un avocat, qui fait le portrait du chancelier avec des couleurs vraies, mais
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délayées dans le fiel le plus amer; et son éloquence a la force de Démosthène. Lisez-la ; elle vous fera plaisir à force d'horreur.
Oui, tous les jours j'entends parler de la chute du contrôleur général, et tous les jours je le vois remonter sur sa bête; et tout cela m'est égal, parce que je défie les gens qui ont l'administration de faire pis qu'ils ne font; et, de plu^s, je les défle de s'associer des gens qui fassent mieux , parce que vous savez l'axiome : Où le principe est vicieux, toutes les conséquences le ' sont. Ce n'est donc pas à un accessoire qu'il faut s'attacher , c'est la tête de l'hydre qu'il faudrait couper. Je ne sais pas si, comme vous dites, ces gens-ci n'entendent pas le raisonné ; mais je suis bien sûre au moins qu'ils n'aiment pas le raisonnable, et qu'ils fermeront leurs oreilles au braillé, s'ils ne peuvent faire main-basse sur les braillcurs!
Croyez-vous, de bonne foi, que la petite maréchale travaille bien sincèrement pour son frère? N'obtenir que par son moyen me paraîtrait, pour M. de Beauvau, le comble de l'insulte. Il faut qu'il obtienne directement du roi et des ministres, à force de réclamations et de poursuites; de raison, de justice et de cette hauteur avec laquelle il sait si bien imposer, et qu'il ne pourra jamais mieux placer !
Croyez tout ce que vous voudrez sur l'évêque d'Arras, et laissez-m'en penser tout ce que je pourrai ; je serais bien fâchée de mésestimer un homme que je croyais si estimable. Mais ne me parlez plus de lui, ne lui parlez plus de moi, et surtout écartez plutôt que
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AU COPRESPONDAUCE
de l'entretenir le projet qu'il veut vous persuader avoir encore de venir ici.
A LÀ SUCHESSi: DE GROISEITL
Ce samedi SI novembre ITTi.
Que vouB dirai-je de nouveau sur ma tendresse? Il n'y a que le Père Éternel, comme dit le chevalier de Boufllers, qui ne s'ennuie point des répétitions. Toutes mes pensées, toutes mes actions, toutes mes paroles vous ont tacitement pour objet.
Ma santé n'est point mauvaise; mais je m'aperçois sensiblement du déclin de l'âge. La perle de la mémoire, l'impossibilité d'une longue application, l'affaissement qui suit les mouvements de vivacité que j'ai encore quelquefois, me retracent l'état où j'ai vu le président. Je fais le même chemin et je ne saurais désirer d'arriver au même but.
Oui, je le confesse, j'ai été bien touchée du dépari de mon ami. Il n'y avait que- vous au monde qui pût m'en consoler ou m'en distraire. Tout ce que je vois ici me dessèche l'âme. Je ne trouve dans personne ni vertu, ni sincérité, ni simplicité. Je me trouve par hasard liée avec des gens qui se détestent ; il faut que je sois dans une attention perpétuelle d'observer mes paroles; chaque parti me parle très-librement, moins
DE MAPAMB Dtl OKFFAND. m
par confiance que par vanité, La seule satisfacUon que j'en retire, c'est de sentir que l'obscurité de mon état me met 6 l'abri de toute tracasserie et embarras. J'eus hier une assez longue conversation avec la maréchale. Selon ca qu'elle dit, elle s'intéresse fort k son frère ; elle n'a plus le projet de se réconcilier avec lui, en sentant l'impossibilité. Biais elle est bien décidée k lui rendra les mêmes services qu'elle lui rendrait s'ils étaient dans la.plus grande union. Le mariage du chevalier de Beauvau ' produira peut-âtre une espèce de râpa triage.
Ce soir j'entendrai un autre évangile. J'aurai à sou. per le prince, la princesse et les archevêquea d'Aix et de Toulouse.
11 est certain que le prince a l'&ine bien noble et bien courageuse. Sa position est terrible. Sept cent mille livres de dettes portant intérêt, et quatre cent cinquante mille livres de dettes criardes. Vous savez que les secours d'argent sont refusés tout net; je crois qu'il aura les trente mille francs de lieutenant général. La maréchale dit qu'elle l'espère. Cette maréchale quitte mon voisinage, elle va s'établir dans la rue Bergère. Le remue-ménage lui est nécessaire. Ella quitte sa maison sans l'avoir louée; elle en prend une pour un reste de bail de trois ans. Il lui coûtera plus de quarante mille francs, tant pour le déménagement que
Avec madame Bonoet (mademoiselle J'Archiac). Il prit le nom de prince de Craon. M- le prince de Buauvau et M. le prince de Craoïi, acumllemeiit vivants, sont ses petJt3-Jils.
tlS CORRESPONDANCE
pour les meubles ; tout cela ne lui fait rien. J'aurai moins de communications avec elle ; mais j'éprouve des privations qui me sont trop sensibles pour pouvoir l'être beaucoup à celle-ci.
Que dites-vous du choix de madame de Cossé ' ? J'imagine que le maréchal de Brissac aura le gouvernement de Paris, qui ne tardera pas à être vacant, et que son fils aura la survivance. Gonnaissez-vous la duchesse de Luxembourg'? La maréchale de ce nom nous conta hier qu'une personne lui avait dit que cette duchesse ressemblait à la fille d'un petit commandant de place, qui fait la coquette et la fille de qualité, et qui disait à son galant : • Ma mère n'aime point les » odeurs; j'ai eu toutes les peines du monde à obtenir » d'elle la permission d'avoir un bidet; elle ne veut » pas que je me serve d'eau de lavande : mais, pour y ■ suppléer, je râpe de la muscade I » Je ris en écrivant cette folie. J'ai deviné de qui elle était, et vous le devinez sans doute, M. de Gontautl... \
Je lâcherai de vous avoir la neuvième lettre d'un homme à una%itre homme. On me l'a promise, et c'est Thomas, l'ami du grand-papa. Que dites-vous de ma bêtise et de ma distraction? Il ne me reste nul souve-
< Elle remplaçait la duchesse de Villars auprëii de madame la Dauphioe. Peu de personnes passaient pour avoir aulanl d'esprit que la duchesse de Cossé.
* Mademoiselle de Pautmy. Son mari n'était pas le Gis du maréchal de Luxembourg, mais du duc de Bouteville, de la même maison. Il avait porté, du virant de son père, le titre de comte de Royanne, et prit, à son mariage, celui de duc de Luxembourg.
nir de cette lettre sur le chancelier et le Palais-Royal, qui est à la fin de la première partie de la correspondance. Je viens de finir tout à l'heure la seconde partie. Je vous avoue que la lettre de l'anonyme au conseiller ne m'a point plu; le style en est emphatique et de prédicateur; les injures grossières et qui ne font rien à l'affaire ; mais les lettres du chancelier et de son ami, qui sont à la suite, le projet de l'édit, etc., etc., m'ont paru exçellentissimes.
' Cinq ou six heures après ce que j'ai écrit tantôt, je viens de me faire relire la lettre de l'ancien conseiller au Serhoeut. Je chante la palinodie; je suis totalement de votre avis. A. quelques déclamations près, quelques faits inutiles, elle est admirable, et il est bien dommage que le maître n'en ait pas connaissance.
Je ne sais qui vous rendra cette lettre, si ce sera M. de Lille ou M. Ribot? Ce sera M. de Lille qui arrive dans ce moment.
Je lui porte bien envie. Sa belle-mère le suivra de près, et vous les posséderez fort longtemps l'un et l'autre, tandis que moi je vis séparée de vous. Dieu sait si cela est juste? Ah! qu'il serait joli de pouvoir se transporter comme les esprits célestes ! Je ne demanderais cet avantage que pour une fois. Je me trouverais dans cet instant auprès de vous, et je ne demanderais plus à en faire un second usage.
Vous a-t-on mandé l'accident an'ivé à madame de La Vallière, qui n'a eu aucune suite fâcheuse? Elle avait il y a quelques jours mademoiselle Clairon chez elle ; elle voulut la faire déclamer, et se levant précipitam-
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ment pouf chercher un livre de comédie, elle entortilla ses pieds dans ses jupes, et tomba de son haut sans que les genoux pliassent; la chute fut si rude efc porta tellement sur la gorge et le visage, qu'en la relevant on la trouva couverte de sang. Il en sortit abondamment par le nez et par la bouche. Elle ne perdit point connaissance, ni même son sang-froid ordinaire. Quand le sang fut arrêté, elle flt déclamer mademoiselle Clairon. Comme elle avait perdu beaucoup de sang, on ne l'a point saignée, 11 ne lui reste de cet accident que le nez enflé, quelques déchirements à la bouche et des meurtrissures à la poitrine; d'ailleurs elle continue à se bien porter. Je souperai chez elle après-demain avec notre prince. Ahl je crains bien pour mon pari. Les chaînes se resserrent de plus en plus; il va louer une petite maison de campagne; il augmente le nombre de ses chevaux ; il ne quitte plus l'objet aimé. Je le vois rarement ; il prétend toujours aller à Chanteloup. Il paraît honteux de n'en avoir pas encore obtenu la permission. 11 devait aussi aller h Cé-sur-Saône ; il n'y va point.
c J'allais, j'éuU, l'amour a snrnioi tant d'empire !...>
Enfm je ne sais plus qu'en penser. Vous voua sou> venez comment le raccommodement fut subit, il en pourra bien être ainsi du sacrement.
Le petit Walpole est encore ici et ne partira que jeudi ou vendredi. Le Toulouse part aujourd'hui pour Brienne ; il se tient à l'écart et fait bien.
Je compte voua écrire bientôt ou à Vabhé. par M. de
DE MADAME DU DEFFAND. tl9
Lauzun; vous trouverez cette lettre-ci suffisamment longue, elle n'iest pas forte de choses. On s'est moqué de cette expression, et moi je la trouve fort bonne. Pourquoi n'embrasseriez-voua pas pour moi le grand-papa? Ayez cette complaisance, je vous en supplie.
Je vous parierai dans ma première lettre du prince incomparable. Il le devient tous les jours davantage.
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A Chaoteloup, ce 33 septembre 1771.
L'action de M. le baron de fireteuil ne m'a point surpris, parce que je trouve qu'en fait de vertu rien ne doit étonner. Mais j'en ai été ravi, parce que je lui ai des obligations relatives au neVeu que j'ai en Suède, et qu'elle justifie l'idée que j'avais de sa probité. Vous avez raison de dire qu'elle tient au siècle d'or. J'ajoute qu'il est heureux pour lui qu'elle ait paru au siècle de fer. Elle en est bien plus frappante et plus propre à servir de modèle. Nous nous plaignons de notre corruption. Cependant, quel temps fut plus fertile en miracles? 11 est vrai qu'ils n'opèrent d'autre effet que l'estime publique. La situation de M. le prince de Beauvau m'afflige ainsi que vous. Je m'abstiens de toutes réflexions, et je me contente de dire : Dieu nous fasse miséricorde !
k20 CORRESPONDANCE
Voilà madame la comtesse de Grammont qui arrive. Demain arriveront mesdames de Chabannes et d'Ossun , à ce que je crois ; ensuite M. le marquis et madame la marquise de Laval. Nous avons de plus M. le baron et madame la baronne de Talleyrand , M. de Schomberg, M. de Poix, mesdames de Brionne, de Ligne et mademoiselle de Lorraine, qui partiront, je crois, dimanche. M. de Poix, demain ; M. de Schomberg, dans quelques jours. Ceci est le flux et le reflux. Je crois être à l'embouchure d'un port, où je vois sans cesse aller ou venir une foule de bâtiments de toutes nations. Si j'en étais le maître , il ne serait pas si fréquenté ; d'abord parce qu'on ne serait pas si envieux d'y venir; ensuite parce que le nombre des élus doit toujours être petit. Quelqu'un qui me plaît inflniment, c'est madame la comtesse de Brionne, par le caractère de son esprit, par sa douceur, son honnêteté, sa bonté et son mérite. Et puis elle aime la grand'maman! Mademoiselle de Lorraine, sa flUe, est aussi aimable qu'elle est jolie et étonnante pour le progrès de ses idées et de ses principes. On peut jouer avec elle comme avec un enfant de dix ans, et causer comme si elle en avait trente. D'ailleurs sa gaieté est si douce ! Je n'aime pas les joies bruyantes , à moins qu'elles ne soient amenées. La plupart du temps je les trouve fuusses, discordantes et venant plutôt du corps que de l'esprit. Quand j'entends certains éclats de rire ou de voix, je dis : voilà une voix qui a besoin de faire de l'exercice! Oh I si l'on était ce qu'on est, on serait plus aimable. Vous ne connaissez pas Lln-
DE MADAME DU DEFPAND. Ol
dor? c'est un des chiens du grand-papa : il est blanc comme un cygne, doux comme un mouton, bêle comme une huître; mais tout le monde l'aime à la folie. On le porte en manchon, en aumusse; on lui met un bonnet sur la tête , un linge sur le corps. I^ voilà malade: il ne bouge pas, et n'a que l'inquiétude de sa maladie. Enfin chacun s'intéresse à Lindor, parce qu'il n'a que de la candeur et de la vérité. J'écris tout ceci sans savoir d'où je viens et où je vais, et j'écris si vite que je suis obligé d'effacer trois lignes qui n'étaient que du rabâchage. Ce n'en serait pas un que de vous réitérer mille fois les assurances de mon attacbement.
A LA DUCHESSE DE CHOISEUL
Ce vendredi ï? septembre 1771.
Vous êtes trop bonne, chère grand'maman, d'être inquiète de ma santé. Je me porte beaucoup mieux. J'ai plus de force et je trouve que c'est tant pis. Je m'accommode très-fort de l'état de faiblesse; elle engourdit l'ôme. C'est un bien de n'avoir pas d'activité quand on n'a point occasion de l'exercer; et encore un plus grand bien d'avoir peu de sensibilité, quand elle ne sert qu'à faire souffrir. Il me semble que je me trouverais fort bien d'être orme ou chêne.
J'imagine qu'ils sont contents de leur situation, surtout quand ils se trouvent placés au milieu d'une Torêt ; OD ne les sépare pas des arbres leurs voisins, qui sont sans doute leurs amis. Je ne leur connais d^ malheur que celui de vieillir. Car pour i'ennui, je ne crois paa qu'ils le ressentent. Ne voilà-t-il pas qne belle idéeî Mais je vous conte tout ce qui me passe par la tête, . Vous direz: il n'était pas nécessaire que la petitc-'fille fût arbre pour devenir bûche 1 Àh 1 je meurs do honte de toutes ces bêtises. Mais je n'ai pas dormi cette nqit, et je ne sais ce que je pense, ni ce que je dis.
Vous êtes donc actuellement au milieu de la jeunesse la plus brillante? Vous en êtes ravie, parce qu'elle divertit le grand-papa. Je voudrais bien, lorsque je pourrai vous aller trouver, n'être pas si désassortie que je le serais aujourd'hui à ce qui vous environne. Mais mon capitaine et la grand'maman seront pour moi, dans toutes les circonstances, un aftp appui. Avec eux, je braverais ou je me passerais de toute espèce de compagnie,
Dites-moi qui est-ce qui ira en Angleterre? qui est-ce qui aura le gouvernement de Paris? quand le Terray sera renvoyé? quel sera son successeur? Voilà ce qu'on ignore, et qu'on croit tous les jours apprendre. Il y en a plusirurequejen'aipa8Vuleprince;leRflrnoy et le Choisy en sont la cause. Pour l'incomparable, il soupa hier chez moi. Il y avait quinze jours que je ne l'avais vu. Il ne se soucie plus de moi, et moi je m'en passe.
Je ne c-rois point que ce soit le chevalier de Bouftlers
DE UADàMB DU DBFFAND. M8
qui ait fait imprimer ses lettres; elles l'ont été à Genève. C'eBt le gazetier Marin qui me les a fait avoir. On dit que la pension n'est pas encore donnée h ses prédàceseeurs, quoique Tabbé Arnautd ait fait de fort jolis vers, à ce qu'on dit, pour mettre au bas d'un certain buste qui est dans le salon de peinture.
Ne soyez point en peine de Wiard ; il se porte bien; mais sa fonction de secrétaire ne commence qu'à onze heures ou midi, et cette lettre est de sept heures du matin '.
Dites, je vous prie, chère grand'maman, un petit mot de moi à M. de Stainville, et examinez s'il aura quelque remords; mais gardez-vous bien de lui faire des reproches. Rien n'est si pernicieux. Ils font toujours l'effet contraire à celui qu'on attend.
Je fais quelquefois une réflexion : l'expérience nous est fort utile. Serions-nous plus heureux si nous recommencions à vivre? Je crois que non. Nous aurions le même caractère que la nature nous a donné ; nous démêlerions plus parfaitement celui des autres; il nous en serait plus insupportable, et on ne jouirait pas des illusions qui nous ont rendu heureux les deux tiers de notre âge. Pour vous, qui à la jeunesse d'Hébé joignez la sagesse de Nestor, vous n'avez jamais eu besoin d'expérience, et votre bonheur n'a jamais été l'effet des illusions. Demandez à l'abbé si ce n'est pas ce qu'il pense (
• Les lettres dictées par madame du Deffand sont de deux mains. Son deuxiËme secréuire éorivftit trèi-liiibUment, mus moini bien que le fidâlfl Wiard, et son orUiognpbo Uiue plus i déainr.
tu CORRESPONDANCE
En vous écrivant, mon cœur et ma tête s'échauffent; je me désespère d'être séparée de vous. Avec qui puis-je parler, avec qui puîs-je épancher mon cœur? Je ne suis environnée que de tigres, de grues, de neiges, de glaces, de pierres, d'épines, etc. A.h! les petits comités du petit appartement! Se retrouverontils jamais?
DE LÀ DUCHESSE SE CHOISEUL
A ChanMIoup, ce K) Beptembre 1771..
Je vois que vous vous ennuyez, ma chère petite-fille ; et qui est-ce qui ne s'ennuie pas? Votre ennui vient de ia solitude, le mien de la foule, qui est la plus absolue et la plus pesante des solitudes ! Pour comble de malheurs, je perds à l'instant la seule des femmes qui sont ici, avec laquelle je pusse parler. C'est madame de Brionne '. Je ne la connaissais pas, et elle me plaît beaucoup, parce qu'elle est en tout fort différente des préventions que j'avais sur elle. C'est une femme trèsraisonnable, qui a beaucoup plus d'esprit et de fond qu'on ne croit, et qui joint à cela une âouceur et une facilité dans la société qui la rendent infiniment aimable. Mademoiselle de Lorraine, qu'elle nous avait
' Née Rohan Rocheforl, et mère de k priocesse de Lambesc 6t de mademoi selle de Vaudemont, morte à Vieoae, en 1807.
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DE MADAME DU DEFFAKD. 4î5
amenée, est un modèle de grâces et d'éducation. Je tremble que notre brillante compagnie ne fasse beaucoup de bruit, et que ce bruit ne nous fasse beaucoup de mal. N'en parlez pas, mais recueillez tout ce qu'on en dire pour me le mander. Vous croyez bien que cette foule importune est pour moi une raison de plus de vous regretter, comme elle doit être pour vous un motif de consolation.
Madame de Brionne descend ; elle va partir; je n'ai que le temps de vous embrasser.
DE L'ABBÉ BARTHÉLEMÏ
Cbauteloup, 29 septembre ITTl.
Si quelque chose peut adoucir votre chagrin, c'est le monde qui est ici. Comment auriez-vous pu y trouver les agréments de nos anciens soupers? Je ne vois pas qu'on soit plus gai pour avoir plus de monde. Cette afiluence me présente de très-grands inconvénients, et pas un avantage. Mais je ne dois pas m'en mêler, et je ne vous en parle, que parce que je pense tout haut avec vous. Il ne faut pasen écrireà lagrand'maman, Vous prévoyez facilement quel est son avis. Ne m'en écrivez pas, parce qu'elle voit mes lettres. Je vous envoie mille amours de sa part. Ils sont vrais ces amours, tendres, ca^ssants et ûdèles.
m CORRESPONDANCE
Je vous envoie une fable que M; de Lille a faite pour mademolBcUe de Lorraine. Elle est fort jolie, et l'àpropo» Y ajoute un mérite. Elle voulait avoir «ne légère idée des principalee règles de la poésie ; je les lui rappelai en lisant avec elle quelques plèoes do vers auxquelfije coupais bras et jambes, et que je mettais quelquefois en prose en rompant leur mesure. Je lui présentai hier la fable de M. de Lille, après avoir décomposé les vers. Elle tes restitua par degré et parvint sans embarras à la coneluBinn.