XL NOTICE PRÉLIMINAIRE
elle a le droit à son tour de ne tenir aucun compte, etc., » La duchesse de Luynes la remercie de cette ixinsuilaLion , « dont il n'y a que votre cœur qui eilt iiesoin, lui dit-elle... En général, il y a beaucoup d'inconvénients ù s'attacher une complaisante. Les commencements en sont d'ordinaire merveilleux, mais souvent l'ennui et le dégoût viennent. D'abord, on le dissimule, puis il se fait sentir avec amertume. Au surplus, c'est à vous à bien peser toutes les raisons. M. et madame de Vichy ne m'en ont rien écrit; j'en conclus que cela ne leur tient pas trop au cœur... » Pendant cette négociation, mademoiselle de Lespinasse s'était retirée k Lyon, dans un couvent. Madame du DelTand, avant de se remettre en route pour retourner à Paris, lui écrit de Tenir l'y rejoindre, l'avertit de la position qui lui sera faite à Saint- Joseph, de la manière dont elle devra s'y conduire; mais elle l'engage surtout à se bien examiner encore avant de s'engager dans une Vie très-sérieuse, et de contracter cette espèce de mariage avec une personne aigrie, susceptible, difficile ; elle se peint telle qu'elle se voit et telle qu'elle est en effet, avec ses qualités et ses défauts.... « Si vous me connaissez bien, lui dit-«lle, vous ne devez pas avoir d'inquiétude sur la façon dont je traiterai voire amour-propre. Mais il faudra vous en rapporter à la connaissance que j'ai du monde. Si l'on croyait d'abord que vous fussiez établie auprès de moi, on ne saurait, quand même je serais une bien plus grande dame, de quelle manière on devrait traiter avec vous ; les uas pourraient vous croire ma propre fille, les autres ma complaisante..., et sur cela faire des commentaires impertinents... Le moindre artifice et même le plus petit art que vous mettriez dans votre conduite avec moi me
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NOTICE PRËLIUINAIRE. ili
serait insupportable. Je suis naturellement mâflanlc, et tous ceax en qui Je crois de la finesse ms deviennent suspects au point de ne poiKoir plus prendre aucune confiance en eux. J'ai deux ainis intimes, qui sont Forment et d'Alembert ; je les aime passionnément, moins par leurs agréments et par leur amitié pour moi que par leur extrême vérité... Il faut donc vous résoudre à vivre avec moi dans la plus grande vérité et sincérité, ne jamais user d'insinuation ni d'exagération ; en un mot, ne jamais perdre un des plus grands agréments de la jeunesse, qui est la naïveté. Vous avez beaucoup d'esprit, vous avez de la gaieté, vous êtes capable de sentiments; avec toutes ces qualité vous serez charmante tant que vous vous laisserez aller à votre naturel et que TOUS serez sans prétention et sans entortillage... »
Ses propositions furent aeceptées avec reconnaissance, et toutes choses ayant été bien convenues entre ces deux dames, madame du Deffand se mit en route pour Paris, où il lui tardait de se retrouver établie. Elle avait annoncé son retour à d'Alembert. «-la vie que je mènerai vous conviendra, j'es- » père, lui écrit-elle; nous dînerons souvent ensemble téte- » à-léte , et nous nous confirmerons l'un l'autre dans la » résolution de ne faire dépendre notre bonheur que de » nous-mêmes. Je vous apprendrai peut-être à supporter » les hommes, et vous m'apprendrez à m'en passer. » Elle le trouva venu à sa rencontre au château du Boulay, chez M. d'fléricourL', ail elle s'arrêta quelques jours. Dans le
< Bénigne Jérôme du Trousset d'Héricourt, marquia du Boulaj, intendant de la marine ï Mar^ille, puia k Toulon. Il est connu pur la correspondance de madame de Sijniane, pelite-flile d« madame de Sévigné. La