‹ Correspondance inédite de mme du DeffandChapitre 6 sur 45 · I.XbyGOOglC · texte numérisé non relu

I.XbyGOOglC

KLti NOTICE PRÉLIMIISAIRE.

courant àe novembre 1763, elle avait rouvert son salon à Saint-Joseph. Mademoiselle de Lespinasse, qui vint la rejoindre au mois d'avril ou de mai de l'année^uivante, l'aida depuis lors à en faire les honneurs. Celle-ci occupait une petite chambre donnant sur la cour, et où quelque commis du ministère de la guerre travaille aujourd'hui, ne se doutant pas probablement que de hautes noiabilités du siècle dernier se sont, pendant plusieurs années, donné tous les jours, de cinq à six heures, rendez-vous dans son bureau. On a malheureusement peu de détails sur les dix années que ces deux dames passèrent ensemble, et sur les circonstances qui ont amené leur séparation. Le différend qui s'éleva entre elles est difficile à juger, quoique les rapporteurs n'aient pas manqué au procès. Presque tous condarnnent madame du Deffand; mais leur impartialité doit paraître suspecte, car ils appartiennent, en général, à la coterie philosophique, . dont elle n'était pas, qu'elle appelait ta livrée de Voltaire, et qu'elle s'inquiétait fort peu de ménager. Sans doute elle était difficile à vivre; elle-même le reconnaît et s'en accuse souvent; elle en avait, on l'a vu, prévenu franchement sa compagne avant de se l'attacher. On serait donc porté à lui supposer tous les torts, si les lettres de mademoiselle de Lespinasse, publiées en 4 SU, ne la faisaient connaître, elle aussi, comme tine personne inconstante et passionnée, au point que, d'après ses propres aveux, l'ami même qui s'était entièrement dévoué à elle fut en droit de lui

terre du Boulay fut érigée «n mivquisat en ta Tarear, par lettres patentes enregistrées au parlement de Paris, le 17 Janvier 1740. Cette terre appartient aujourd'hui au marquis d'Barconrt.

NOTICE PRËLIHINAIRE. xuii

reprocher la dissimulation et l'ingralitude. Quoi qu'il en soit, Griinin, Harmoiitel, Laharpe parlent des griefs que madame du De0and imputait à sa dame de compagnie. Il paraît que le principal était d'attirer iliins son petit appartement tes habitués du salon, avant l'heure ordinaire où il s'ouvrait pour les recevoir, et de les détourner ainsi à son profit. D'Alembert surtout, que madame du Deffand, quand il entra dans le monde « en qualité de prodige^-» avait attiré, captivé, et qui en était venu plus tard « à l'aimer à la folie, » c'est lui-m&me qui nous l'apprend, d'Alembert, quelque dévoué qu'il fût encore à sa vieille amie, ne fut pas fâché sans doute de voir rompre ses tôte-à-Wle avec elle par une personne de vingt-deux ans, bien faite et d'un visage agréable, avant que la petite vérole l'eilt gâté, dont l'esprit et le charme demeurèrent toujours incomparables. Madame du Deffand s'en plaignit avec amertume, reprocha aigrement à mademoiselle de Lespinasse «a trahison. Celle-ci se plaignit à son tour de manque d'égards, de mauvais procédés ; plusieurs scènes, qui paraissent avoir été fort vives, précédèrent la rupture. Harmontel raconte que mademoiselle de Lespinasse, au désespoir, voulut s'empoisonner et prit soixante grains d'opium, qui ne lui donnèrent pas la mort, mais la jetèrent dans des convulsions épouvantables dont ses nerfs demeurèrent toujours fort affaiblis. Il ajoute que, croyant n'en pas revenir, et voyant au pied de son lit madame du Deffand qui fondait en larmes, elle lui dit seulement: « Il est trop lard, madame I s Elle enrevint pourtant et lèmoigna le désir de rentrer en grâce. Madame du Deffand fut inflexible et ne lui pardonna jamais. < Je ne puis consentir à vous revoir sitôt, lui écrivit-elle pour la dernière fois, et je ne

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XLiv NOTICE PRÉLIMINAIRE.

saurais croire que ce soient des sentiments d'amitié qui vous le fassent désirer. !1 est Impossible d'aimer ceux dont on sait qu'on est détesté, abhorré, etc., etc., par qui l'amourpropre est sans cesse humilié, écrasé, etc. , etc. Ce sont vos propres expressions et la suite des impressions que vous receviez depuis longtemps de ceux que vous dites être vos véritables amis. Ils peuvent l'être en elTet, et je souhaite de tout mon cœur qu'ils vous procurent tous les avantages que vous en attendez, agréments, fortune, considération, etc. Que feriez-vous de moi aujourd'hui? Ma présence ne vous serait pas agréable. Elle ne servirait qu'à vous rappeler les premiers temps de notre c^innaissance, les années qui l'ont suivie, et tout cela n'est bon qu'à oublier. »

Mademoiselle de Lespinasse ne parla jamais de son ancienne protectrice, après leur rupture, qu'avec une grande réserve et lit toujours profession de respect et de reconnaissance pour elle*. En quittant Saint-Joseph, elle se retira d'abord dans un petit appartement, rue Saint-Dominique, au coin de la rue de Belle-Chasse. Elle y vécut seule pendant quelque temps. Une modique somme d'argent qu'elle avait reçue de sa mère mourante composait alors toute sa fortune. On découvrit seulement après sa mort que, pendant ses dernières années, madame Geoffrin lui faisait une pension de mille écus. D'Alembert ' étant bientôt après tombé gravement malade, elle s'établit chez lui, le soigna avec

' Marmontel, Correspondtatte lill&aire.

s D'Alembert Élait le ftls naturel de Destouches cl de madanifi de Tendu. Il fut abandonné et eiposé sur les marches iln l'église de Saint-ieanle- Rond, porté au\ enfants trouTé», retiré de cal liùpila! par son pÈre, ot mis en nourrice chei la femme Housseau, vitrifere, rue MicheHe^mie.

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