TINK VIVAS FLOREAS , VALENTINE VIVAS
GAYDEAS : et aux deux bords du titre, en petits caractères majuscules , le nom du serf ou de tout autre qui écrivit le livre , rVBivs DiOïJY- §iv$ FILOCALVS TiTYLAviT. Sur le litre, il y a un monogramme dans lequel je crois qu'on a Toulu comprendre toutes les lettres de l'inscription placée après, valentine floreas m DEO, locution très-fréquente dans ce siècle»
YIYAS IN DEO. Ce soin , de fair« mention de Dieu, me fait penser que ce Valentinus devait être chrétien , malgré qu'on lui ait dédié des choses profanes et gentiles, peut-être à cause de quelque magistrature ou de quelque charge de la république, dont il était revêtu, qui éten» dait st& soins « tant sur le ptuple Gentil et ses rits (que pouvaient alors suivre tous ceux qui le voulaient) que sur les Chrétiens. Il y a sur tout cela des choses très-curieuses, qui sont au
commencement
de Peiresc. 65
commencement du livre ou du volume. Je vous baise les mains.
Peiresc à M. Aléandre.
lo mars 1621.
J'attends avec grand empressement ce que TOUS pourrez nous procurer des Indices Cresco^ niani (1) et de Damase. Je suis charmé que vous îiyez élé satisfait du calendrier manuscrit de Constantin; il est possible que celui de M. Hervartius ait été copié sur celui-ci, avant qu'il soit devenu imparfait, comme vous le présumez. Il est très-vrai qu'Us doivent venir l'un et l'autre d^une même source, et dans tous les cas , je crois que vous aurez été bien aise de voir votre conjecture confirmée, et la correc-. tion du mot N. dianks, au lieu de N. cianes; L'opinioa relative à la connaissance attribuée au vicaire est très-belle \ mais il me parait qu'il faudrait la supposer donnée au vicaire, plutôt à cause de l'absence du préfet prétorien , qu'à cause de celle du préfet urbain (2). Je peux difficilement me persuade^: , à l'égard du marty-
. (i) Xa collection des Canons faite par Cresconlus i éyeque d'Afrique, du septième siècle, n'avait pas encore été publiée; elle ne le fut qu'en 1661. Aléandre en cherchait un exemplaire manuscrit qui fût complet. Je n'ai pas la lettre qu'il écrivait à Peiresc, ii laquelle .celle-ci sert de réponse^ »
(2) Voyez ci-dessus, pag, 4o-
€$ * Coftêêpondance^
rologe , qae là oii t^\ écrit X^UI kaL Oci^ Cypriano Africœ , Romcp celebraiis in Calixiif on doive ajouter le mot Cornelii après celui de ^ celebraiis^ ou à sa place, puisque dans les autres , on n'est pas dans l'usage de mentionner là cité de Rome, mais seulement les autres pays étrangers. En supposant que ce soit là le calendrier de TÉglise romaine , et que tous les martyrs qui y sont enregistrés aient soufiert à ftome leur martyre, excepté ceux qui sont distingués par les noms d'autres pays, il est pourtant Vrai qu'on ne' devait pas omettre le pape Corneille ; mais j*ignore pourquoi on l'a fait. îl en manqué encore bien d'autres qui ne devaient pas être tnoins importais, tels que Baint Etienne et autres. M. Scfailder m'ayant t permis de tous envoyer le calendrier de Ciac-cohêOy je ne manque pas de le* faire , quoiqu'il me paraisse que vous n'y trouverez pas grand' chose d'importance , car Man^tius a fait prèst\xit la inême chose. Je chercherai celui de RaschîuSy et si je le trouve, je ne manquerai pa& de vous l'envoyer. J'ai ouï dire qu'il y en a un autre de Elias Reusner : je ferai en sorte de "vous le procurer. ^
Je TOUS ai écrit dernièrement (i) au sujet
(i) Jji lettre au il ea est qaeitîon n'est pas dans la collection de M. de Saint* Vinoeos, ou du moins dans ce quHl m'a envoyé.
ié Peirese. 67
d^un calendrier arabe pris sur les dernières galères turques conduites à Marseille. 11 est extrait d'un livre qui contient les sorts turcs, pour savoir si un voyage sera heureux ou non , et les sorts Virgiliani (i). Nos maronites n'ont pu l'interpréter en entier ; ils disent qu'il confient des articles en langue persane, qu'ils ne savent pas ; mais à cela .près ils l'ont traduit. On y voit désignés les DIES ARDVi.et dies PROSPERi, comme chez les Égyptiens; les jeux et solennités du prince Chas^aresmian (2) ; la mort de Mahomet, fils de Morat; la fondation de Constantinôple au 12 mai, comme jour prospère ; l'entrée de Noé dans l'arche ; l'émission du livre des pseaumes ; la mort de Salomon; celle de Daniel et de Zacharie ; la mission de l'Evangile ; la nativité de la Vierge ; l'Annonciation; la fête de la Purification , au 2 février; la solennité de Saint-Grégoire , au mois de juin ; le martyre de Saint-Jean ; la première promulgation de la loi de Mahomet, et auties choses semblables. J'attends un homme que l'on dit versé dans ces langues , pour voir si on pourra en tirer quelque chose de bon ^ et digne de vous
. (i) Les tx>rts de Virgile étaient tirés, en outrant Virgile : on concluait du passage qui tombait sous la main , si l'on serait heureux ou malheureux dans cç que Ton, voudrait entreprendre.
(a) Ou prince du-Khari^un , appelé Corasmin par les historiens des Croisades.
68 Correspondanct
être envoyé : mais si vous croyez qu'on puisse plus aisément trouver chez vous des traducteurs, je vous enverrai l'original.
Quand je vous ai parlé du supplément de * Jean Sibilla , j'ai voulu vous dire qu'il avait cru convenable de ne pas laisser imparfait le calendrier manuscrit de Constantin , relativement aux feuilles qui y manquaient, auxquelles il avait cru pouvoir suppléer par son génie | tant pour les figures des mois que pour les inscriptions qui manquaient ; mais qu'il n'y avait réussi en aucune manière , ayant composé les inscriptions sans jugement ; cumulant , par exemple, partie des fêtes et jeux du mois de novembre avec une partie de celles du mois de décembre ou d'autres mois « pour compiler l'inscription et le calen(]rier du mois d'avril ; représentant, à la place de celles qui manquent, cer* laines figures qui n'ont aucun rapport aux vers imprimés dans la collection de Pi theas (1} ; ce qui me fit penser qu'il ne valait pas la peine de vous en envoyer^ copie , n'étant qu'une pédanterie et une stupidité , placée néanmoins dans le manuscrit parmi les antiques , peut-être pour le vendre plus cher, en le faisant paraître complet. Quand je reçus de M. Schilder le manuscrit du calendrier de Constantin , je ne le crus pas d^1bord imparfait , parce que là où les aur
: (i) Peiresc a certainement écrit Pithœus 9 Pithou»
àe Teîresc. 63
tiques manquaient on avait substitue des pièces nouvelles , falsifiées d'une manière moitié mo** derne et moitié antique , tant pour les figures que pour les inscriptions. Ayant ensuite reconnu*la tromperie , je me contentai de voiis envoyer copie à&s feuilles antiques , laissant le reste comme faux et supposé « et ne correspondant pas aux mêmes mois qu'Hervart a fait imprimer. Si vous en souhaitez une copie , je ne manquerai pas de vousTenvoyçr (1). :-
Je né sais pas comment il se fait que vous n'ayez pas trouvé , dans mon paquet, toutes tes sept estampes des mois : je me rappelle bien qu'elles y furent toutes renfermées en mfi présence. Peut-être les feuilles n^ontrelles. pa$ été bien placées par ordre; faîtes-y q^uelque atten- . lion y et vous y ti^ouverez février babillé à la
>ii I
(i) Ce célèbre monument est celui qu?an appelle )e Calendrier diç Constantin. Peiresc nous en trace L'histoire. Depuis lui^ il a été gravé à^n&l& Prodrgmus Bièé. Findobonensiy^ publié par Lambécius, au loin. I ;.il a été inséré dans le Trésor des Antiquités romaines dfi Grasrvius j tom. YIII, et dans le Supplément que Montïau** con a fait à son Antiquité expliquée , tom. L Peireac quiavait^ dans sa lettre à Paul Rubens, regardé toutes ces peintures comme authentiques , nous apprend dans celle-ci comment quatre ont été refaites. Grœvius vit bien quUl manquait des figures et quatre mois aux éditions précédentes, mais il ajoute que Lambécius les a suppléées diaprés un manuscrit de la Bibliothèque de y ienne. En effet , Graevius a publié cies figures avec le
7P Correspondance
vestale, mais. en berger ; août représenté par an enfant nu ; septembre en vendangeur , portant un lézard suspendu à un fil ; octobre en chasseur aux lièvres ; novembre en ministre d'Isis ; décembre en domestique cerna qui joue aux dés.
Peut-être aussi sont-elles faussement numérotées. Eu finissant , je vou^ baise les mains.
4 mai i6ai.
Kous avons ici M. Hugues Grotius , dont Vévasion est miraculeuse , s'étant enfermé tout
Commentaire de Lambëcius. Kollar, dans aes AnaUcta BihL Vindobonensis , a fait la même chose ; cependant JLambëcius, aux articles de Février, Octobre, No- 'vembreet Décembre, rappelle seulement les quatrains - d*Âusone, mais ne donne pas la description des figu- -^tÈ j comme il le fait aux autres. Cette réticence peut hiTt présumer que ne Toulant pas faire graver le calendrier incomplet , et ayant adopté ces figures sans 'irof le» examiner, il n'a pas voulu du moins devenir .fausMÎrë en donnant leur description comme si elles élaielit authentiques. iHais je vais plus loin : je pense qu'aucufie de ces figures n*est du temps qu'on leur asiigne ; «Iles ont été faites pour se rapporter aux qua* trains d'Ausone, mais dans un temps postérieur au calendrier. Ces figures, pour le style , le dessià et le costume, n'ont aucune analogie avec le temps de Constantin i elles appartiennent plutôt au onzième , douzième, ou treizième siècle. II se peut cependant qu'elles reproduisent des figures plus anciennes , mais sous les formes auxquelles on était habitué au t^'^^ps ou ces copies auront été faites.
dePéiresc. 7*
nù dans un petit coffre , dans leqnel on Iqi por« tait quelquefois des livres pour le distraire dàn$ la prison perpétuelle à laquelle il avait été con*' damné. 11 a fait des vers en reconnaissance de l'obligation qu'il a audit coffre. M. BarcUi.vous le3 enverra. Je le trouve très>l>ien intentionné envers TÉglise catholique , çt rempli d'une trés^ grande aversion contre les Huguenots princi-* paiement, et j'espère qu'il ne différera pas aussi long-temps de faire son abjuration y que cet autre ami (j) dont la réplique n'est pas encore achevée d'imprimer. Elle contiendra des obser-* vations curieuses , mais mêlées d'expressioQSf trop aigres contre le père Sirmond ; ce qui m'at fait beaucoup de peine. J'ai fait tout ce que j'ai pu pour y apporter quelque aidoucissémcnt , mais cela ne m'a pas été plus possible qti^& d'autres amis que j'avais employés pour le même objet. L'ouvrage sera in-V. , de plus de soixante feuilles entières. Il traite trè$-ample* ment toute cette matière , en laissant 9 cepepr^ dant, au souvemio pontife, toy^ l'tionQçurqqi lui est dftiet la suprématie universelle dans l'Église^ C'est du moins ee dont il m*a assuré pl^isieuts lois. Je vous baise les main$«
AU* MEME
aS septembre i6ae.
Je vous adresse ci-joint une lettre de M. Du-
(i) Saumabe.
puy , cl un pelît livre qui prétend transformer les tâches du soleil en plus de trente planètes (i)* Peut-être ces taçliesue sont-ellçs point à mépriser y ainsi que les principes sur lesquels l'auteur se fonde. Les observations des phénomènes sont bien vraies ^ et j'en ai fait, il y a plus de huit, ou dix ans y d'exactement conformes aux siennes , et particulièrement sur le mouvement et la position oblique. J'ai pensé qu'il était indispensable que vous vissiez cet ouvrage.
J*ai découvert tout nouvellement , dans un ïieu curieux (2) , .et qu'on ouvre rarement » une pierre précieuse antique , la plus grande et la plus belle que j^aie jamais vue (3). Sa forme est ovale ; elie est au^si grande que toute cette
• X,i) Ce livte c^èif-^fre celui de J. Tarde, intitulé Borbo^iQ sidéra , id est pianetœ 4pd . soUa limina cU^ çumQalitantp^oilipfapno ac reguiari ^ falsà hac tenus aà helÎQStopis macula^ solis auncupatL ParisîiSf 1620^ in-4^. Cet ouvrage a éXé imprimé ensuite en français en 1623. Uauteur voulait donner aux taches du soleil le nom d'Astres des Bo\irb6ns.
(i) Le trésor de la 'Sainte-Chapelle. Il paraît qu'on n-y était admis alors qu'avec un grand mystère ; la euvipsile jirdeote ^le.Felresc: lui fit chercher les moyen» d'y pénétrer; il y fut introduit; piais.pçmroe c'était u a acte de confiance, sa délicate^e lui fait craindre d'en abuser, et il a raison de ne jpas nommer le lieu où il a découvert, le précieti>x monument qui fait le sujet de celte le4ire.; . ,..* ' * ' .
(3) Cette pierre est en effet^ le plus beau monument
. iâ Teiresc. 75-
feuille ouverte (i). On y a gravé vîngt-quatre grandes figures , dont la plupart sont longues comme la main. La pierre est d^agate orientale (2), fond noir, et rouge- brun ; les figures, taillées en camées , sont grisâtres > avec quelques nuances de blancheur ; la plus haute surface ^ dans quelques endroits , tire sur le brun.
Le sujet de la sculpure est Fapothéose de l'empereur Auguste, faite de main de maître, et en tout conforme à l'antique. La pierre est dans une enchâssure d'argent doré, dont le travail et la manière indiquent environ une antiquité de sept ou hiiit cents ans , offrant des inscriptions en lettres grecques majuscules, et des
de ce genre : on a connu par ce qu^en a dit Gassendi , dans la yie de Feiresc , liv/lll^ et par les opinions de Saint- Amand , de Montfancon et d'autres, Texplication qu'en donna d'abord Peiresc ; mais il est eu* rieux de l'entendre s'expliquer lui-même : c'est pourquoi cette lettre est un n:iorceau très-intéressant pour rhistoire littéraire.
(i) Elle a un pied moins quelques lignes dans sa plus grande longueur , et dix pouces dans sa plus grande largeur; car, l'espèce d'ovale qu'elle forme est un effet de la nattire et non de l'art, c'est pour« quoi elle a des irrégularités dans ^^% dimensions.
(2) Bien plutôt de cette ^ spèce de quartz agate et sardoine qu^on nonime sardonyx ; la matière est partout d 'une extrême pureté. Les cinq couches qui la composent , et dont quatre se détachent sur celle d'un rouge vineux qui en. fait le fond , semi>l ^nt avoir été mises l'une sur l'autre exprès pour former ,
images das saints vélns à la grecqne (i). Elle est posée sur un pied d*argent doré, rempli de reliques, fait l'année 1379, et donnée par le roi de France Charles Y» à une église , dans laquelle on croyait par tradition qu'elle re-* présentait le triomphe de Joseph. Qu'il tous suffise de savoir que la chose est surprenante ^ el ne saurait être soupçonnée d'être moderne. On y voit trois rangs de figures, l'un comme • dans leciel , l'antre comme sur la terre, sous ie
en les épargnant successîvement avec Foutil^ Teffet d*iin tableau.
(1) C«s figures et ces inscriptions appartenaienr en effet au Bâs- Empire: ce superbe camée, représentant une famille impériale , avait été conservé à Ronrjc , d^où Constantia rayait pgrté ï Byzance; la tradition du sujet s*étant ensuite perdue, il paraît que cette pierre est devenue , méoie au temps <ks empereurs d*Orient , successeurs de Constantin , un sujet de piété , et c*est alors que se sera établie Topinion qu'elle représente le triomphe de Joseph. Comme ce bi«* )0u était magnifique „ on aura voulu le consacrer plus particulièrement à la religion, et on en a fait un rel^ quaire : on Tavait placé dans un cadre de vermeil sur lequel étaient encore des fragmens d'os de confesseurs et de martyrs; on mit aux quatre coinsUes Evangélistes en émail , avec leurs noms grecs et dans cet ordre MAeAlOS. MARK02. AOTKAî. IÛANNH2. Maihieu , Marc^ Luc, Jean^ el les portraits des Saints dont on voyait les reliques avec leurs inscriptions eu grec. L^ . pierre a toujours été figurée seule, et jamais dveç ce cadre ; il a été fondu.
dePeireso, vS
premier rang , et le troisième sous^ le second , comme dans une prison souterraine ; dans le plus élevé , on voit au milieu l'empereur Auguste voilé , avec une couronne radieuse sous le voile, ayant en main le sceptre , et porté au ciel sur le dos de la déesse Rome , armée à sa manière accoutumée « et tenant le monde dans sts mains. En présence d'Auguste , on voit Ju**. les-César, armé comme Mars, de la tête aux pieds, Il est couronné de lauriers ^ et parait venir à la rencontre d'Auguste ; de l'autre côté se Yoit un Pégase , portant un prince très-beau et couronné de lauriers , que je crois devoir être Marcellus son favori « qui était grand amateur de chevaux. Entre lui et Auguste se trouve un petit Amour tenant les rênes de Pégase, Je crois qu'il représente ce bel enfant, jeune fils de Germanicus, dont Livie fit faire un portrait , hahiiu Cupidinis (i), qui ftt placé dans son la* raire, et qu'au dire de Suétone , Auguste avait la coutume de baiser tontes les fois qu'il le le voyait.
Au secQpd rang, o^ voit au milieti , sur un escabeau ou suggestc ^Wm^^^t de Livie couronnée de lauriers, assise dans un siège à dossier , habillée à U romaine , tenant un flambeau (a) à la maio. A sa jdroite , sur le même escabeau , se
(i) Sous la forme de Cupîdon.
^a) Des payota. Vojez plus bas.
76 Corresponâancê
trouye Tibère , aussi assis dans xxn autre sîëge , nu de la ceinture en haut^ yec l^Égide sur ses genoux, tenant de la main droite le lituus ^ et un long sceptre de la gauche. Gérmanicns est debout devant lui , noblement armé » avec le casque en léte , paraissant venir s'aboucher avec Tibère. Derrière lui, mais un peu plus bas dehors de l'escabeau , dans une chaise sans dossier , est assise Âgrippine , son épouse , qui porte dans la main un volume roulé , et tient devant elle, sur son sein, son (ils Caligula, très- jeune , en habit de simple soldat , avec son bouclier à la main ainsi que î^ts catigœ (chaussures). Il est sans couronne, et foule sous ses pieds diverses armes, telles que des cuirasses et des boucliers, comme s'il était né parmi les armes. Il y a entre Tibère etGermanicus, une femme debout^ couropnée de lauriers, qui embrasse la lêle de Germanicus, le caressant de manière qu'il ne parait pas ({ue ce puisse être autre (ju'Antonia qui fut ensuite en son temps prêtresse d'Auguste. Derrière Tibère on Voit Drusus son fils , aussi debout , Araé comme Germanicus, portant un trophée dans ta main gauche, ce qui peut signifier qu'il est entré en triomphe à Rome; il étend la droite vers le ciel en regardant la déesse Roma, qu'il paraît vouloir embrasser ; auprès de Drusus est placée Livilla son épouse ^ assise dans une chaise
de Peiresc. 7 7
faîte dans la forme d'un sphînx. Par-dessous la chaise de Liyie , est une femme qui pleure , et qui porte sur sa tête une tiare à la façoa des Parthes. On volt, au troisième rang, des figures de captifs, à mi-corps, au milieu une femme en habit germain , portant un enf;^nt dans ses bras ; il y en a une autre auprès d'elle en cheveux longs, telle qu'on représente l'Espagne sur les médailles , peut-être à cause des victoires sur les Cantabres; trois ou quatre autres portant des tiares et des habits orient tau», et deux fleuves nus, comme pouvaient^ être ie Rhin ou le Danube, ou tous autres. Us sont assis , et ont l'air triste et pleurant, et sont placés confusément parmi des boucliers et d'autres armes; les uns avec des égides^ et les autres avec des simples têtes de Méduse, ou d'autres à la manière des Barba^res : enfin , ce monument est très-noble , et ce qui atteste plus parfaitement la fidélité du sculpteur, et qui prouve que cet ouvrage a été fait avec le plus grand accord , %î'est que laf face d'Auguste est remplie de majesté, et ressemble très-bien au profil de ses médaillés ; sa couronne radiée est de pierre jaune-pâle, pour imiter la lumière (i). La face de Tibère ressemble très-bien à ses
(i) ^imagination deTeiresc le porte ici trop loin : la cootonne n^estpas d'une couleur particulière, mai» de la même teinte que la couche à laquelle elle est parallèle.
7® Cofrespondanee
meilleares médailles; il a un peu de duvet sur les joues, comme dans quelques-unes des plus belles médailles. Le visage de Livie ressemble très-bien k celui de Tibère; Antonia non-seulement ressemble à ses propres médailles, mais elle ressemble aussi à M. Antoine , son père, ce ce qui ne me parait pas indigne de remarque.
Cermanicus ressemble assez a Antonia et à ses propres médailles, ayant encore un peu de poils folets, ce qui fait un bel effet. Drusus res* semble à ses médailles; Agrippine aux siennes; on ne saurait en dire autant de Livilla , n'en ' ayant jamais vu d'anciens portraits, non plus que de M. Mcrcellus ; mais puisque le sculpteur l'a représenté très-beau sur cet ouvrage ,' et que Virgile , et les autres historiens de ces temps , le peignent ainsi, je conjecture que ce doit être plutôt lui que tout autre; car le petit Amour placé près de lui paraît vouloir indiquer l'intention qu'a eue le sculpteur de justifier qu'il avait eu une autorité suffisante pour prouver que les honneurs divins avaient été rendus à M. Marcellus , et qu'après sa mort, on lui avait dédié un théâtre. 11 est très*vralsem • blable qu'au moins il en ait été fait un héros. Peut-être son goût pour les chevaux a été cause qu'on l'a peint , au tnéâtre et dans le la* raire d'Auguste, en costume de Persée, et pent-étrè d'Alexandre*Ie-Grand. Je vous prie d'y réfléchir , et de m'en dire votre façon
ie Peirese: ^9
dû penser. Au reste , je ne sais pa« sî on iroa^irera ma conjecture ridicule, si je dis (jue les premiers temples dédies à Auguste forent côn* jointeroent dédiés à la déesse Rome, parce qoe Ton croyait qu'elle*-mcœe l'avait transporté au ciel , ainsi qu'on le voit représenté* I^s auteurs ont écrit qu'on fit de grands présens au sénateur qui jura avoir vu August43 monter au ciel. Us n'ont point dit cependant que le sénateur eût dit avoir vu qu*Augusle moniâi au cîel survies épaules de la dé/i^sse Rome ; mais la dédicace des temples à Rome et à Auguste» et le monument dont il s'agit ici , conûi ment cette opinion. L'aigle que l'on fait sortir de son bûcher ae saurait nuire à celte hypothèse. J'oubliais de vops dire que le maintien et la* pose dé ladéesse Rome sont tels qu'à l'air dont elle tient Auguste sur son dos, un globe dans les mains, et la face tournée vers Marcellus , comme si elle voulait lui dire que, puisqu'il avait dédaigné, l'empire pour aller au ciel, elle le donnait à Tibère, dont la tête est précisément placée sous ie glybe* On croirait' qu'elle veut ensuite le r^* mettre à Dn)sus,qui lui tend les mains, comme pour lui montrer qu'il l'attend. Il ne me reste plus rien à vous dire , si ce n'est que je pense que ce bij^ou fut un don fait au temple de Rome et d'Auguste , porté ensuite à Cunstantinople lors de la traxisUtion de l'empire ^ et amené à Paris avi^c ks bijoux rapportés^ par £audf)uio ,
8o Correspondance
prince du sang royal de France, empereur de Constantînople (i), lorsqu'il se fut dépouillé de l'empire. Car on trouve plusieurs reliquaires et autres choses très-prccieuses par lui emportées à cette époque, et mises en gage partout où il trouvait de l'argent à emprunter. Je fais faire un dessin exact de ce bijou , et j'ai Tlntenlion de le faire graver sur le cuivre et de le
p) Une ancienne tradition veut que ce camée ait été apporté en France par Baudouin II , comte de Flandre , empereur de Constantînople « qui , après avoir été chassé de Byzance par les Paléologues , parcourut, en 12489 la France, Pltalie, et les autres royaumes de TËurope , pour obtenir du secours afin de se rétablir dans le sien. Il avait apporté avec lui les înstrumens de la Passion et tous %u trésors qu^il vendit ou engagea aux différens rois , pour obtenir l'argent né" cessaire à ses projets ; et il vendit ce camée à Saint- Louis , qui en fît Tacquisitlon comme d^un sujet sacré et d^un reliquaire précieux.
Quoi qu'il e.i soit , ce beau camée a passé à Charles y , qui en fît présent à la Sainte-Chapelle , par une suite de cette croyance qu'il représentait un sujet de piété Ce fut lui probablement qui fî faire au cadne le support dont la ,gorge était ornée des figures des dguze Apôtres ei\ émail dans des niches gothiques. On lisait au bas, en vieux caractères tudesques dits gothiques: Ce camaïeu bailla à la Saînte- Chapelle du Palais Char^ Us cinquième de ee nom , roi de France^ qui fut fils du roi Jean , l'an i^jg»
On doit aux opinions religieuses la conservation de , plusieurs monumens antiques ; celui que je décris ea
faire
de Peiresç. 8i
faire imprimer. Si à Rome, Villéfmena ^i) voulait le graver ; j'en serais charmé : dans le cas contraire, je le ferai faire par Cornélius (2), ou par quelqu^aulre habile homme^ qui le fasse avec affection, ne voulant jftis que cela soit gravé d'une mSin commune , puisque c'est uu si bel objet, qu'il est nécessaire ,de rendre scrupuleusement la ressemblance de tant de beaux portraits de toute celte famille d'Auguste. Je vous serai obligé de vouloir bien yous informer
en est une preuve : si le sujet avait été reconnu ^ Charles V n'aurait point voulu souiller le trésor de son église par celte image profane ; ce camée serait resté dans le Cabinet royal , et il aurait éprouvé le sort de « tant d^autres curiosités qui furent pillées ou brûlées pendant le règne orageux^ de Charles YJ[.
Cette précieuse sardoine était donc regardée comme un objet sacré. On poVtait solennellement ce reliquaire , dans les cérémonies pieuses ; et Ton voit par 1^ compte de la chefcerie de la Sainte-Chapelle, que le 5o mai 14849 on fit une procession pour le sacre du roi Charles VIII , et que Ton y porta le grand camaïeu»
Ce monument resta long-temps enseveli parmi les reliques de cette église, sans que personne se fiit misea peine d'en rechercher le sujet ; il a été tnéme d usage de Pexppser les jours de bonne fête jusqu'en 1619, et le peuple allai|t religieusement ^ baiser lé grand eamc&eu. ^
(1) YoyezFUessli^ Kunstler-Lexicon.
(2) C'est Corneille , graveur à Paris , père de Michd , aussi fameux peintre et graveur.
Ss Correêpondance
des intentions de Villamena , et je yoas baise
très-afièciueusement les mains.
Réponse deJérdmeAhÛK'SDKE.
Rome, 17 octobre 1620.
A iKT. DE Peiresc, d Pans.
Mon très-illustre Monsieur y
Je ne crois pas qu'il soit possible de dëcouyrir rien de plus beau que ce que vous avez découvert, soit à cause de la grandeur du bijou, que par rapport à la beauté de l'ouvrage , à son ancienneté , et aux choses qu'il représente* .Vous vous ferez non-seulement un très-grand mérite aupms de tous les antiquaires et les littérateurs, en le faisant graver et publier, mais vous leur ferez encore un plaisir infini par le discours qn'il vous faudra faire sur cet objet , phisque je vois que vous avez expliqué le tout si savamment et si à propos. Je pense bien que cet ouvrage ne fut pas tant fait pour indiquer l'apothéose d'Auguste, que par adulation pour Tibère , puisqu'on l'a revêtu des ornemens de Jupiter , portant l'égide avec le long sceptre , et nu de la ceinture en haut. Outre ceci , que vous saurez mieux que moi, vous pouvez encore vous rappeler de ce que je dis de Phabillemènt de Jupiter, dans mon livre de la Table Hélia*
de Peirese. 85
que , pag. 1 09 et 1 1 8 de Tédition de Par's , et peut-être Tibère dut- il être représenté de cette manière, dans le temple qui lui fut érigé en Asie, comme ledit Tacite. Vous savez bien que, quand lés anciens voulaient faire adorer quelque homme comme un dieu, ils lui donnaient rhabillement de quelque dieu. Joseph le juif raconte que, dans un temple , Auguste fut représenté sous la forme de Jupiter, et Rome sou*s celle de Junon. Dans ce bijou, on voit Jules- César avec l'habit de Mars , et Auguste avec celui d'Apollon , savoir avec la couronne rayonnante, ce qui était le propre signe fl'Apol- Ion , dont il se vantait d'être le fils. Et Servius , ce savant commentateur de Virgile , du IV* siècle, assure qu'on était dans l'usage de le représenter avec les inbîgnes d^ApoUon ; dé plus, qu'il prit lui-même ces ornemens d'après le souper ou il fit assister les douze dieux , et dont parle Suétone. Il serait possible encore que ce bijou eût été porté et consacré dans le temple de Tibère en Asie, quoiqu'il soîtlrès-vralsembla-* ' ble , ainsi que vous le dîtes , qu'il ait été transporté de Rome à Constantin ople. La conjecture de l'enlèvement d'Auguste au ciel sur les épaules de la déesse Rom^ , comme on peut croire qu'on l'a raconté, d'après ce que les sénateurs avaient dit; de Romulus^ est fort gentille; mais TOtre seigneurie se rappellera bien que les temples
de Rome et d'Auguste furent ériges pendant la vie d'Auguste ; et que celui qui raconta l'enlèv.ement de Romulus au ciel ne dit point par qui il y fm porté. Cette invention qu'Auguste fut porté au ciel par la déesse Rome , qui ne signifie autre chose si ce n'est qu'il fut consacré et déifié par tous les Romains , peut avoir son ori^» gine , ou faire allusion à ce que Cicéron avait l'habitude de dire , qu'il avait été ramené de son exil sur les épauks de la République. Je sais, avec vous, que le jeune homme sur le cheval ailé ne peut être autre quCs Marcellus.
Mais i^eut-être ce cheval n'est-il pas Pégase , mais bien plutôt est-il le cheval de Lucifer , au sujet duquel veuillez bien revoir ce que je dis dans ma Table Héliaque , pag. 88 et 8g. Car devant représenter Marcellus avec le signe de quelque divinité , on aura très à propos choisi Lucifer, à cause de sa beauté, supérieure à celle des autres étoiles, et parce que c'est l'étoile de Vénus , d'où tirait son origine la famille Julia. Comme Lucifer est le précurseur du soleil, ainsi Marcellus précéda Auguste dan^ son ascension au ciel ; et parce qu'il payait que Lucifer se montre le matin seulement , et pendant bien peu de temps, on peut croire qu'on a eu en vue ce que Virgile nous dit de Marcellus:
O^tendent terns hunic ianêàmfato) ne^f ulirà Es^ siiuni ^ et^ «
de Peîresc: 85
Enfin, comme je Fai dit, Lucifer étant rétollç de Vénus , les rênes du cheval sont tenues par Cupidon. Sous ce nom , je crois cependant qu'on peut entendre ce jeilne fils de Germanicus, conformément à votre opinion ; mais Livie couronnée de lauriers , et portant un flambeau, indique peut-être le sacerdoce d'Auguste , qui lui fut conféré. En un mot , ceci vous donnera occasion de faire un beau discours , et de procurer bien du plaisir aux littérateurs et aux antiquaires. J^ai parlé à YiUamena, qui me répondît qu'il graverait les figures , et qu'il y apporterait toute la diligence possible , mais qu'il doute qu'un simple dessin puisse suffire à bien rendre la ressemblance des figures , et qu'il serait bien mieux, si on pouvait encore en envoyer un jet, né croyant pas que les dessinateurs de chez vous puissent faire la chose tout-à-fait satisfaisante. Je n'ai pas voulu traiter du prix avec lui , quoique je sache bien qu'il est un petit peu tyran,. parce qu'il est à présent le seul à Rome de spn art , et je suis certain qu'il n'aurait rien, dit à ce sujet, avant d^avoir vule dessin. Néanmoins, ^oyçz assuré que, quand nous serons au moment /nous l'obtiendrons à la meilleure condition qu'il sera possible.
M. le cardinal de Sainte-Susànne aime beau-
coup les antiquités , et tout ce qui peut être utile atrx belles'lettres. Je lui fis lecture de votre
lettre ;'elle lui fil un pli.i^ir infini , non -seulement ^ à cause de la découvei le d'un bijou si important! mais à cause de lexplication que vous en faites si bien. Je vous renieicie , autant que je le peux, de m'avolr fait connaître une aussi belle chose, et j'attends quelque bonne nouveauté (chose que M. le cardinal encore m'a rappelée )l Al. Saumaise a promis ses notes sur les auteurs ' de ^Histoire d' Auguste ; cela nous a. fait infiniment de plaisir , et nous ne' pou vous nous lasser de les louer et de les admirer. Je vous remercie du livre du poète Bourbon (i), sur les taches du soleil. Je n'ai pas encore pu le lire. Je ^ me rappelle bien d'avoir ouï dire à un jésuite
qu'il croyait que ce qu'on nomme taches du soleil, n'était autre chose que des étoiles. Je finis en vous baisant les mains de toutnion cœur (a).
Ijettre de Peirbsc , en réponse à celle <f ALtANDRE , du 17 octobre 1620.
Parîf , le 16 décembre 1620.
A M. Aleandre/^ Rome.
J'apprends avec plaisir, par vos deux lettres
(i) Il y a ^cobablem^iit ici une fdute du traducteur
ou db copiste ; car Touvrage de Tarde , dont il est
question plus haut, pag. 72 , est , comme nous Pavons
dit, intitulé Borhonia ; mais il n^est pas du poète Bout-
- bon».' Si c^est Aléatidre qui a écrit ceci , il a parlé du
: livre sans Favoir examiné: ce qui n^est pas supposable;.
{t!) Peiresc a réponda à cette lettre le l6 détemJbce
1620. Voyez ci-après.
de Pâiresc. 87
du 17 octobre, que la riouTelle du camée de Til#re découvert depuis peu, vous a été agréable , et que vous avez bien vouUt excuser avec bonté les idées, que je vous aï transipises à ce sujet , dont la plupart étaient hors de propos , parce que je n'avais pas préséns à Tesprit bien des points de l'Histoire ancienne, sur lesquels , depuis long- temps, je n'avais fait aucune réflexion , et surtout à l'habillement deTibère, qui le représente comme un dieu* Vous avez grandement raison dépenser que cet habit peut convenir à Jupiter , dans le temps que vivait Tibère. Je n'y avais pas d'abord pensé , retenu par le lituus qu'il tient dans la main , qui m'obligeait de trouver en lui les attributs d'un prêtre ; et j'étais tenté de' le considérer comme Élisant fonction d'un prêtre d'Auguste, à Péxeraple dl^Antpnia, qui fut ensuite représentée sur les médailles frappées sous Çaligula son neveu , avec deux flambeaux allumés dans les mains, cti'inscription : SACERDOS DIFI AUGU&^ T£. Servius fait la remarque que les dames romaines étaient anciennement dans l'usage de porterie semblables flambeaux autour des autels , quand on offrait des sacrifices. Je trouvais encore de grandes difficultés dans l'assemblage des autres figures de Germanicus, il'Antonia y ^d'Agrippine , de Çaligula , de Drusus et LiviUe ^ assistant Tibère et livie ^ qui tout^ devaient
88i Correspondance
peut-être tenir lieu d'au tHiit de divinités « surtout celle d'Agrippine et de Liville , puisqp'ei^ les sont assises auprès des autres principales. Au reste, ce camée m'en a fait découvrir un autre (i) , pas tout-à-fail si grand , mais peu s'en faut , fait du temps d'Auguste , sur lequel ^ sans nul doute, Auguste est représenté assis, en habit de Jupiter Olympien, avec l'aigle sous son siège , et Rome , en habit de Junon Argienne, assise à sa droite , accompagnés de Jupiter çt de Junon , qui leur laissent leurs propres sièges, et par d'autres divinités, qui prouvent que l'intention du sculpteur , ou du prince qui fit graver ce camée ^ fut de ne mettre dans ce rang que des figures de princes ou de prince^ ses , qui tinssent lieu de divinités. Ce q^i me fit de suite ressouvenir de ce. passage de Joseph, dans lequel sont' décrits les colosses élevés p|0: Hérode , en Phonneur d'Auguste et de Rome , dans sa ville de Césarée , de même grandeur et <|f même formé que ceux de, Jupiter Olympien et de Junon Argienne, et j'aurais presque pen^é, s'il né m'était pas resté d'autres difficultés, que
(i> C^est celui qui était autrefois à Tabbaye de Poissy ; il fut volé par un soldat pendant les guerres de religion, et vendu à l'empereur Rodolphe lï. Il a été gravé plusieiirs fois. Sa toeilleure figôrcet la plas belle description se trouvètlt dan| ('ouvrage d'EcktiEL ; Pierres ghivét^'ûu Goèinetâè jTiennti. pL L
de Peiresc. 89
ce bijou avale autrefois fait partie des dons faits
i Rome et à Auguste , dans un de^ temples qui
leur fut élevé dans ces temps-là. Ces figures paraissent bien imiter y sinon tout-à-fait des , fi.* gures colossales, mais au moins des figures héroïques, plus que de grandeur naturelle , puisqu'il y a un autre ordre de figures de soldats et de captifs, qui sont de moitié moins grandes que les précédentes. J'eus occasion de voir cette antiquité , au moment du départ du courrier de Venise ; et comm» j'écrivais en outre à M. Lorensa Pignoria , cela me mita mêm^ de lui en dire quelque chose , sans un trop grand examen. Je fis conserver copie de ce que je lui écrivis, que je vous envoie pour m'épargner la peine de la copier une seconde fois (i). J'étais certain que vous y trouveriez bien des fautes a corriger , aiçisi que dans la précédente , mais vous voudrez bien excuser ma bonne volonté , et en pardonnant mes fautes, vous aurez la bonté de corriger ce qui conviendra. Je vous, en prie instamment, n'dyant.pas le temps de relire les li:^ vres qu'il faudrait, pour pouvoir en parler avec plus de certitude. J'avais d'abord pensé que . la figure de l'adolescent , en habit militaire , qui est entre le char de Jules-César et ce que je * crois être la déesse Rome , était Marcellus , les vraies délices d'Auguste , et que le trophée que lui érigeait l'armée, fut à cause des pre«
(x) Voyez U lottare ,suivante«
go Correspondance
mîers barbares qu'il subjugua, tels que les DalmateSy les Salassi^ les Cantahri^ ou autres, à l'occasion desquels on érigea dans les Alpes ce célèbre trophée , Pan V. C. DCCXXVIII , précisément quand on commença à s'apercevoir de la grande faveur de Marccllus. Mais ayant •examiné un peu plus attenliveraenl l'ouvrage , et «l'étant aperçu d'un scorpion sculpté sur le bouclier attaché au trophée , je me rappelai de quelques médailles que je possède ^\4niiochus de Commagéne et de Joiapè , qui régnèrent dans l'Arménie ou aux environs, où un scorpion était représenté. Le scorpion était donc le type propre àl'Arraénie ( quoique le scorpion ait encore été regardé comme le sîgrie de l'Afrique par quelques auteurs). A lors je pensai que ce camée pouvait plutôt avoir été fîiit quelques années après la mort de Marcellus , cl que la figure du jeune homme que je croyais être Marcellus, s'appliquait plutôt à Caius César , neveu d'Auguste , qui avait conquis l'Arménie. Je pense d'ailleurs qu'aucun temple n'a pu être élevé en l'honneur d' A ugnsie duvivant de Marcellus ; surtout quand je considère que la dédicace faite par Hérode ne fut pas, suivant Joseph , avant la CXCIF. olympiade, qui correspond à l'année V. C. DCGXLI , dix ans après la mort âe Marcellus, et que, %}xvssx\X. Eusèbe ^ la fontlation et la construction de Césarée n'eurent lieu quel'aanée précédente , ^t celle de Sebasta
de P êtres e. gi
Panias^ que. quatre ans avAnt. Il faudrait , au reslc , faire une plus exacte recj^rche de l'époque pu PoH commença t dans les provinces, à bâtir des temples à Auguste pendant sa vie, comme à upe divinité, pour savoir si cette époque serait antérieure à la mort de Marcellus. Indépendamment de ce que l*babit militaire et le hoqueton de général ne me paraissent pas convenir d Marcellus ^^ qui était dans un âge bien peu avancé , et qui n'avait pas encore fait d'expéditions mililaireSjCependant j'avoue que, s'il n'y avait pas d^autres difficultés , ou pourrait parisr à celle-ci , en le considérant comme un costume de chevalier romain et prince de la jeur nessé.Mais comme ily a bien d'autres choses'qui ne se concilient pas ^ je regarde celle-ci comme ^ssez digne de remarque , de manière qu'étant réduit à chercher une autre personne , je n'en vois pas de plus convenable^ ainsi que }e l'ai di^ que Caius César , neveu d'Auguste , leque^l précisément reconquit l'Arménie. On pourrait supposer encore que cett>e pierre précieuse a élé gravée encore plus tard, et lorsque Tibère fut adopté, par Auguste. Plusieurs victoires sur ^les baiba,res peuvent convenir à Tibère , même :1a conquête de TArménie, txxis^mÛEusèbe. Ën^ fin l'idée au stfjet du scorpion<v ime paraîtrait très^-imporrante pour rapporter Tépoque de ce ^trophée à une des conquêtes de l'Arménie.
99 Correspondanee
Avouons cependant quMI se présente use antre difEculté ^ qui^st que , sur toutes les médailles faites dans ce temps pour célébrer la reprise do TArménie, on voit des arcs » des carquois, et il n'y en a point ici. L'on y trouve, au contraire, de longs *traits, tels que ceux des Gaulois, des Espagnols et des Germains. L'un des captift barbares porte un collier à la gauloisOr
On voit dans TAuguste ^e Golzîus une mé^ daille avec un scorpion , qui pourrait tirer de 1^ son origine, avec le nom de L. AquiliusTi^o- :ftus. \'IL viR, lequel , selon Dion , ùe parait pas avoir vécu depuis la victoire ^Actium , arrivée sept ou huit ans avant la mort de Mar-* cellus. J'ai encore une chose à vous dire , qui est que cet adolescent , leu habit militaire , n'a pas de couronne sur la tête ; qu'il porte le ho* É|ùeton de la même manière que les empeteurs ; appuie sa main droite sur le flanc , et de là gauche, parait tenir entre les doigts un petit objet de forme ovale , entouré d'un cercle fort mince. Je ne sais si ce ne serait quelque bijou précieux , qu'il dédie et présente dans quelque temple d'Auguste/ Sous le trophée, il y a uft taureau par terre , sur la poitrine duquel ott distingue très3îêtt la tête de Méduse. C'est à Vous .Il examiner m on peut en tirer utie aiutre consi^ quence ou non , et à moi il suffit de vous en •avoir informé , e^ attendant de pouvoir vôui^ en
de Pèireseï gS
envoyer le dessia. Je ferai tout mon possible pour TOUS faire passer le jet de Tun et de l'autre ; ce que la longueur de la mute rendra un peu difficile. Je me flatte cependant de vous procurer cette satisfaction , et par là d'éviter de vous écrire une multitude de paroles sut l'un et l'autre, ne pouvant d'ailleurs me livrer à ce soin comme je le voudrais. J'ai admiré la subtilité et la no** blesse des idées que vous avez bien voulu me communiquer ^ et par-dessus tout , rappli%i«> don de cetehdrpit de Cicérôn» ramené de l'exil ^ur les épaules de la République, et de ce che« val de Lucifer en place de Pégase. Ce qui est si remarquable, que je ne crois pas qu'on puisse trouver rien de plus à propos. J<; vous prie donc d'y penser, et vouloir bien vous déterminer de le faire à votre loisir.
P£iRESC à M. Aleandre*, à Rome.
18 novembre i6ao.
Mon domestique a laissé par mégarde , hors du paquet que je vous ai envoyé hier , la copie de la lettre que j'ai écrite à M. Pignoria (i ^, au ^ujet du camée d'Auguste ; ce qui m'a fait bien •de la peine^ parce qu'en vous envoyant la description des figures du camée , vous aurez eu de la peine a comprendre tt que j'en disais dans ma lettre. Mais vous voudrez bien excuser ma
^ (1) Voyee G»-desstt$^ pag. 89.
faute, étant difficile que les domestiques aient toujours la précaution et la diligence nécessai'** xts en pareil cas. Cela m'ayant donné occasion de relire cette copie , je fis quelques observa-* lions que vous ne serez peut-être pas fâché de connaître ; savoir que Tadolescent qui est entre Rome et Jules, pourrait bien être Drusus, père de Germanicus, ainsi que je l'ai marqué par apostille. Dans ce cas, Antonia son épouse pMirrait y tenir la^ place et porter Thabit de Proserpine, avec son enfant Gerraanicus enba* bit de Bacchus , étant très-certain qu'elle mit au monde Germanicus la même année que Drusus subjugua les peuples de la Germanie , ce qui lui donna lieu de le nommer Germanicus , ainsi que le remarque Honorius Augustodunen^ sisj en l'année V. C. DCCXXXI, et qu'il eut une inclinatiqp particulière au culte d'Auguste , comme à un dieu, ainsi qu'il parait par La dé* dicace qu'il voulut ensuite lui faire d'un temple ûpud JAngonum geniem ^ Tan DCCXLIII , suivant Cassiodore, et par l'autel de Lyon, élevé presque en même temps , ad confluentem Araris et Rhodaniy suivant Tite-Live , lorsque naquit son autre fils C/rzi/J/i/^, qui fut empereur. 11 eut tant de part aux bonnes grâces d'Auguste, qu'il en fut institué héritier conjointement avec ses propres fils, et fut publiquement honoré, après la mort d'Auguste , par de grands éloges^
Peiresc. 9^
cl des vœux adressés aux dieux , pour les prier de rendre tous les Césars semblables à lui.
Dans cette hypothèse , la couronne de lierre ne conviendrait pas mal à Ântonia , ptiisque son père eut non-seulement la fulie de souffrir que^ les honneurs divins lui fussent rendus comme*à Bacchus, mais même celle de courir les côtes d' Alexandrie sur un char , habillé comme ce dieu. Mais il y a bien des difficultés, au sujet du scorpion et d'autres particularités qui exigent un examen et des recherches faites plus à loisir/ Le^souvenir de la folie d'Antoine m'a conduit à une autre conjecture, au sujet du temps où on a pu rendre les honneurs divins à Auguste. Ce dut être après qu'Antoine eut été vaincu eu Egypte, que les honneurs divins ont été déférés à Auguste dans ce royaume. Ce fut à cette époque que les Égyptiens commencèrent à supputer leur année par l'ère augustana. Ce fut peu après la réduction de l'Egypte, que les Romains donnèrent à Octave le nom d'Auguste , titre qui le rapprochait.de la divinité. C'est à ce sujet qu'Ovide a dit (i):
Sed tamen HUMuiNIS celebrantur HONORIS If S omnes .- HICsocium summo CUM JOFJS NOMEN haheU SANCTA vocant A UG USTA patres : A UG USTA i/ocantur
TEMPLA , sacerdotum rite DICATA manu.
Mu^us et A UGURiUM dependet origine verbi ^
Et quodcumque sud JUPITER auget ope, Augeat imperium nostri Ducis ^ augeat anno9^
(0 faj/.| I, 607.
Ceux qui élevèrent, dans les provinces , des temples à Auguste, durent le représenter plutôt en habit de Jupiter que de toute autre divinité, comme portant un nom attribué déjà à Jupiter, etlui placer un ///«uj dans la main; ce qui donnait bien de l'embarras, pour l'allusion à l'origine du même nom d'Auguste. Outre que je ne crois pas indigne de considération l'adulation de ce Sex. Pacunus^ tribun du peuple, qui dans la même année DCCXXVI, que le nom d'Auguste lui fut donné , suivant Dion^ lib. 55^ après lui ayoir offert ses vœux , et avoir obligé, par son autorité de tribun , plusieurs autres à l'imiter , fit en sorte que chacun célébrât des sacrifices pour la même fin , ce qui était bien suffisant pour donner lieu au culte divin qui depuis lui fut toujours rendu»
A cette supposition , on petit ajoulerune më* daille à*Adrianus^ avec l' Afiique accompagnée d'un scorpion, comme marque particulière; quoique, dans le temps de Marins, les Africains fussent désignés par ledit animal, plutôt comme un symbole de leur perfidie , que comme une enseigne choisie dans leur pays. Je ne crois pas sans fondement l'opinion de ceui qui penseraient que ce trophée du camée, où l'on voit uu scorpion s^ir un bouclier, doit Se rapporter à l'Afrique , puisqu^Auguste avait fait de même pour plusieurs autres nations, chez lesqtielles il
laissait
^âe Peîresc. ^j
à la vérité triompher les proconsuls généraux de ses armées ; maïs il ne manquait pas de se prëyar loir de leurs victoires , prenant toujours de noU'^ veau le titre d'ijmpereur. Il y a eu , pendant le règne d'Auguste , quatre triomphes en Afrique^ le premier a eu lieu en Tannée DCCXIX , et il ne parait nullement applicable ; le second, quia éié^Lt Lucius Anionius Peto y Tan DCGXXIV, et le quatrième , qui est Celui de M. Marcellus^ pourraient y avoir plus de rapport. Je ne parlerai pas du troisième triomphe, obtenu par4$W/72pronius Atiraiinus en l'année DCCXXXIV.
Au reste , il est difficile de croire que la figure de Marcellus soit celle qui, dans le. camée, est près d'Auguste. Il n'est pas vraisemblable qu'on eût voulu, pendant la vie d'Auguste, le placer à côté d'un prince déjà mort. On ne peut non plus la donner a Caius , qui ne faisait que de naître ; ni à Tiberius^^o^x ne fut adopté qu'environ dix ans plus tard. On peut seulement croire qu'elle est de M. Agripfia , qui était son gendre ( à moins qu'on ne préfère Drusus , le« quel néanmoins fit ses expéditions du côté de la Germanie et non de l'Afrique ) ; et ainsi l'un des soldats , qui , sur le camée, compose le trophée ^ pourrait être ce Bato^ qui, étant natif de Ga-* des en Espagne , où Agrippa avait fait plusieurs voyages, il ne serait pas étonnant qu'il eût eu pour lui une amitié particulière. Vous rirez, je u^ea
98 Cofrespondanee de Peiresê.
doute pas, en lisant tant de rêveries et de pensées êi bizarres , si éloignées Tune de l'autre « et autant d'irrésolutions ; mais je tous ai fait toute cette relation en liberté, a6n que vous en usiez de même , ea ayant la bonté de me faire part de vos opinions , pour choisir celle qui paraîtra moins incompatible et moins contradictoire.
Excusez-moi de grâce ; et croyez-moi , tel que je suis , de tout mon cœur, de Paris , le 18 no-* Tembre 1620, votre très*humble et très-obéis.« faut serviteur.
De Peirescu
A B B I T lov S relaftçâs à V Agate de la
Ste. - Chapelle ,
Par rÉditeur des AnHalbs euctclopédhiues,
La découverte de Peiresc Tavait rempli de joîe : il ne se contenta donc pas de la communiquer à Jérôme Aléandre et à Lorenzo Pignoria; il en écrivit aussi à sea amis d^Âllemagne, d^ Angleterre et de Hollande, principalement à Rubens, amateur passionné de pierres gravées. Lorsque ce grand artiste vint en iGaS à Paris, pour peindre la galerie du Luxembourg ^ il voulut aussi ▼oir cette merveille, et il la peignit. Peiresc joignit ce tableau aux empreintes en souffre , en plâtre , ea carton , prises sur la pierre même ; depuis ce temps oa en a fait un grand nombre de gravures (i).
(i) Tristan de SU' Amant \ Commentaires historiques , i^v» Jâit., et j3«. édit, , tom. I ; — EsUmpe d*après le dessin à% Htibens ,.par Luc Yostermana ; — Alherti Rubenii Augustea / Thésaurus Grcsvii , tom. XI ; — Estampe de Yan den Steen , destinée par Pkicolas van Hoy ; — Lambecii Bibliotheca Vindo» honensis , t. D y pag. looo, 2«. édition ; — Jacques Le Roy (c'est l'est«mpe de Lambécius) ; — MoDtfaucon , Ant, expliq* ^ t. Y , pi, CXXYII ; — Maffei , Ossérvazioni litterarie , t. VI / Mw* êeum Veronenss ; Nessel, Appendix ila Bibliothèque impéiialt, p. 129 ; — ^Kollar , Anah Vind, , p. 1020 ; — ^Edouard Brown ,s Itinéraire de TEnrope ; Thésaurus Morellianus, Cette pierre est représentée intacte dans tous les ouvrages qui en traitent ; cependant elle a été fracturée en la transportent lors de l'incendie du Palais en i63o : l'estampe de M. Morand laisse voir la fracture* Vay. Morand, Histoire de la Sainte-ChapeÙe; — Boettiger, Xondon und Paris, année 1807 , n». 8 ; Millin , Galerie mythologie cue , tom. II ^ no. 677 ; une copie au trait faite eu Angleterre , par M. Moses , et la gravure ci- jointe. M. Girardet en a fait une ci'aTure magnifique qui paraîtra dans l'Iconographie romaine de M. Yisconli. • . . Celle qui est jointe ici et qui a été c opiée par M. Boettiger , n'est qu'un croquis qui fait connaître seulement la composition de la pierre et le dessin de. la nouvelle monture qui A été faiu pour elle*
YOO
OPIltlOlf DE TRISTAiff.
Tristan de Saint-Âmaal ne tarda pas à donner une explication de ce camée.
11 prétend que ce monument a été fait plus de qua« rante ans après la mort d^Auguste, et quMl y est moins
Question de cet empereur reçu dans TOlympe, que es honneurs rendus par Tibère à Germanicus, au retour de son expédition de Germanie. Il décrit toutes les figures selon ce système, et il assigne à chacune le rang qui lui convi'ent.
Auguste, selon lui, est transporté dans les cieuz par un Pégase qui vole an-dessus des nues ; un petit Amour ailé le tient par le chanfrein, et semble le conduire devant Jupiter : cVst à peu près de la sorte que le sénateur Numerius Atticus prétendit avoir vu Au-*
Juste monter aux cieux; fourbe qui lui valut la faveur e Livie , et qui fut consacrée par un décret du sénat» Ce lâche courtisan est ici représenté lui-même debout , tendant les bras à Auguste , et contemplant son élévation. Le prince couronné de laurier laisse tomber sur la terre sa dépouille mortelle. Ce petit Amour représente peut*étre cet enfant de Germanicus et d'Agrippine , au^ Auguste aimait tant , qu^étant venu i mourir, et Livie ayant fait faire sa statue sous la forme d'un Cupidon, il le fit placer dans sa chambre où, au rapport de Suétone, il le baisait quelquefois avec tendresse. Jupiter a la tête voilée et couronnée de rayons, Mnée présente à Auguste le globe du Monde de la part de Vénus ; il a le casque en tête, symbole de sa valeur héroïque ; derrière lui est Nero Claudius Drusus, frère de Tibère, couronné de laurier, et tenant son bouclier des deux mains; il vient également an- devant d'Auguste pour lui faire honneur. Le bouclier et les couronnes marquent la gloire qu'il avait obtenue contre les Germains sous les auspices d'Au-guste.
Sur la seconde rangée on voit le même Drusus de^
' bout devant Tibère, ayant près de lui Livia et Anto-
nia , et derrière Agrippine et le petit Caligula. Julie ^
mère d' Agrippine et fille d'Auguste, est assise derrière
Tibère son époux. L^hiUrité des personnages aanonc:!^
Opinion de Tristan. loi
ffOR ce camée représente le retour de Germanicus après sa dernière expéditioa en Germanie. Ce^héros se présente à Tibère le casque en tête, Tépée au côté , et lui rend un compte abrégé de son voyage ; Tibère assis tient d^une main le liluus^ et de Tautre le sceptre ; le devant de son vêlement impérial est chargé de serpen» qui marquent le bonheur ue Tibère et le nombre de ses victoires les plus signalées ; il est couronné de laurier ainsi que les deux princesses ; Livia , mère de l'empereur , et aïeule de Germanicus, a son bras droit passé sur Fépaule du jeune prince, auquel elle paraît vouloir témoigner sa satisfaction en Tembrassant, et rengager au repos ; mais ce généreux guerrier, en portant la main à son casque, témoigne quM n'est pa» encore las des combats^ il tient dans sa main, dit Tristan , une lisfe qui peut contenir les articles de la paix qu'il a accoi-dée aux Germains ^i) ; sa mère Antonia est assise k main gauche de Tibère, sa tête est également couronnée de laurier; ses. cheveux sont autrement arrangés que ceux de Livie , parce qn'elle est plus jeune ; elle a dans le regard plus de retenue
2 ne Livie, qui, étant mère de Tibère, et aïeule de rermanicus, peut faire paraître toute sa joie ; elle tient à la main droite quelque chose que Tristan regarde comme une corne d'abondance, accompagnée de trois têtes de pavots , symboles du bonheur de sa fé* cpndité. Quant aux deux personnages qui sont der* rière le héros, l'un est sa femme Agrippine , et l'autre son fils , le petit Caligula : il tient à son bras un petit bouclier , et il m^arche sur des trophées de dépouilles des Barbares. Agrippine s'appuie sur un bouclier : elle, écoute avec une grande attention le récit de son mari; Qette manière de s'appuyer sur des armes indique son ame élevée , et fortifiée par l'habitude des camps ; et le rouleau , qu'elle se mêlait comme son mari des affaires de rËtat. Quant à la princesse qui est assise à l'écart derrière Tibère , et qui s'appuie de la main gauche sur l'aile d'un sphinx qui est couvert à moitié d un pan de son vêtement , elle représente, dit Tristan , Julie , fille d'Auguste , et femme de Tibère. Le sphinx , qui était
(i) Dans ce cas ce serait Agrippine qui tiendrait ce rouleau, caf Germanicus n'a dans sa main que l'anse de son bouclier»
'loa Opinion de Tristan.
là devise cle son père, le lui fait conjecturer : ce monstre tient un mouchoir comme pour essuyer les larmes de celte princesse envoyée en exil par Auguste , à cause de ses galanteries ; cependant, comme cette princesse exilée ne pouvait pas se trouver à cette entrevue « Tristan corrjecture encore que ce pourrait être ai|ssi Livia Drusilla , appelée par d*autres Livilla, sœur de Germa nicus, fille d'Antonia, et femme de Drusus, fils de Tibère et de sa première femme Vipsania : elle serait In comme étant de son chef de la race d'Auguste, ^tant fille d'Antonia, fille d'Octavie, sœur d'Auguste; et ce S; hinx ne serait alors qu'un ornement. Iristaa répond à colle objection qu'd est étonnant que Liville se voie dans ce tableau sans Drusus ; qu'il était peutêtre alors employé à quelque expédition , et absent* L'enfant qui est en face de Liville, est un jeune affi*anchi de cette princesse , qui écrit ce C|^ue disent l'empereur , Germanicus et Livie. Les figures de la ligne inférieure, les unes gémissantes, les autres ayant lea bras garrottés derrière le dos, sont celles des diverses nations subjuguées et assujetiies entièrement k l'empire romain par Auguste, Nero Claudius Drusus et Germanicus. Toutes présentent les armes particulières à leurs nations, armes dont les analogues $e re* trouvent sur les médailles (i).
On voit que Tristan s'était écarté de Topinion de Peiresc, en ce qu^il avançait que ce camée avait moins de rapport à la déification d'Auguste qu'aux honneurs rendus par Tibère à Germanicus, au retour de son expédition de Germanie.
' Tristan avait profité de l'explication que Peiresc avait communiquée ; mais il la contredisait en plusieurs points. Peiresc ne jugea pas devoir répondre. Mais Gassendi qui écrivit sa vie en 164 1 « ne se crut pas obligé aux mêmes égards , et il expasa le sentiment de son ami. Mous l'avons vu tel que Peiresc l'exprime lui-même dans les lettres que nous venons de publier.
(s) TrUtan , Comm. hist. y édit* !'«. ^ pag, 81^ 19 j etTom. I et U a«. édit. , )>ag. loo et suiv.
io5
Albert Rubens ,dans la dissertation quMl adressa (i) à Gevartius , est d'accord avec Pèiresc sur le personnage que telui-ci dit être Auguste, et non pas Jupiter. Il pense avec lui et avec Sdint- Amant , que le personnage placé sur un trône est Tibère : le vêtemtînt qu'il a sur les cuisses est Fégide ; mais elle est sur les Cuisses ^pouT annoncer qu'il Ta déposée, et que ses intentions sont pacifiques. Au cAlé droit deTibcre est An^ tonia , fille de Drususy et à sa gauche Livie, ou Julie» comme le veut Peiresc ; celle-U est debout et embrasse son fils Germa nicus ; celle-ci est assise sur le même trône que Tibère , comme Auguste et compagne de l'emperear.
Livie tient dans sa main des pavots , symboles de la fécondité, ainsi qu'on le voit sur les médailles.
Un Barbare, coiffé d'une tiare, est assis au pied da trône : c'est, selon' Tristan, un esclave ou un secrétaire ( notarius Wle Tibère. Albert Bubens croit" que c'est l'Arménie , et son costume pourrait le faire conjecturer. Alors Livie paraît exhorter Germanicus 4 prendre quelque pitié de la pauvre Arménie ; celuici en habit de combat çt portant une main à son casque, annonce qu'il est prêt à entreprendre de nouvelles expéditions. Auprès de Germanicus est Caiu$ Cœsar, surnommé depuis Caligula, qui accompàg^na son père dans son expédition en Syrie : il est vêta d'un habit de porte-manipule» Agrippine, femme de Germanicus , est près de ce prince et de son père ; elle n'est pas vêtue d'une stola , mais d'une chlamyde attachée avec une fibule,, parce qu'elle passait la pluparl du temps dans les camps à la suite de son illustre époux, dont elle partageait. les travaux.
Derrière le trône de Tibère est une jeune femme assise sur un siège orné de l'image d'un sphinx. Tristan la regarde comme Julie, fille d'Auguste , mais Albert Rur bens suit l'opinion de Peiresc ; il croit que c'est Liville, sœur de Gerroajnicus , mariée à Drusus , fils de Tibère : une médaille du duc de Buckingham , qui of* fre Liville avec le même costume et les mêmes traits ^
(i) Dm re pestiarid peUrum , €dehiê Grmpio. Aatuerp. i66S
io4 Opinion d^Aîh. Ruhens.
autorise , selon lui , cette assertion ; le sphinxétait chez les Romains un ornement ordinaire des meubles.
Le jeune homme casqué qui lève les mains au ciel , est, selon Tristan , Numerius Atticus; mais pourquoi ce sénateur serait-il vêtu d'un habit militaire ? Kubens pense avec Peiresc , que c'est Drusus , fils de Tibère, époux de Livilie , qui porte un trophée , symbole de ses victoires en Syrie , qui lui méritèrent l'ovation, Urusus lève les mains vers le ciel, pour indiquer qu'il ne demande qu'à courir à de nouveaux dangers^ pour la gloire de l'empire romain.
Rubens nense avec Tristan que le jeune guerrier qui porte un globe, est iEnée, et non pas la déesse Rome, il moins . dit- il , qu'on ne le regarde comme Iule luimême , le premier de la famille Julia : son costume le ferait volontiers présumer ; sa tiare, sa tunique à manches , sa chlamyde , ses caleçons ( hraccct ) appartiennent aux nations de la Phrygie , d'où elles passèrent aux Arméniens. Le globe qu'il tient est le symbole de l'empire qui a été dévolu à la famille Julia.
La figure voilée est celle d'Auguste lui-même; mais
le jeune homme porté sur Pégase n'est ni Auguste ,
comme 1« veut Tristan , ni Marcellus , comme le dit
Feiresc : Rubens pense que c'est Drusus Germanicus,
frère de Tibère, et père de Germanicus Cœsar. Il est
iur un cheval ailé pour le comparer à Bellérophon ,
f>arceque, comme ce héros, il s'était rompu la cuisse,
fraclure dont il mourut au bout de trente jours. On
répandit que Vénus l'avait enlevé du bûcher, et l'avait
èliangé en une étoile nommée Hesper. Pour mieux
caractériser cette métamorphose opérée par Vénus ,
la bride de Pégase est tenue par un Cupîdon qui était
sans doute le portrait du jeune enfant de Germanicus,
ai tendrement aimé par Auguste, qui le pleura amère-*
itient, et dont il a déjà été parlé.
' Il ne nous reste plus à parler que du jeune guerriei',
TÉtu d'un^paludamenlum, et couronné de laurier,
que Peiresc dit être Cœsar , et que Tristan croit être
Drusus Germanicus ; mais sa figure ne convient niiU
Lemisnt k celle de Cœsar. Albert Rubens y voit Tiberius
OaùJius Nero, père natui^l de Tibère Cœsar , qtii ,
iilàJA général de la flotte dans la guerre d'Alexandrie,
Opinion d*Alh. Ruhens. io5
Taînquit les ^Egyptiens dans un combat naval; c^est pour cela qu'il est couronné de laurier. Ayant suivi Lucius Antonius dans la guerre de Pérouse, ses com? pagnons d'armos s'étant ra^dus, il fut le seul qui ne les imita pas, et c'est pour cela qu'il est représenté appuyé sur son bouclier , parce que ceux qui se rendaient , tournaient ou jetaient leurs bioucliers.
On voit en quoi Ruuens s'est éloigné du sentiment de Peirescel de Tristan : son explication est savante ; elle annonce une grande érudition, surtout une grande connaissance des costumes.
Les prédécesseurs d'Albert Rubens s'étaient contentés de dire que les figures gémissantes ou enchaînées, du rang inféritfur, représentaient les nations vaincues. Rubens essaie de les lier plus directement à son explication : ce sont, dit-il, les illustres captifs conduits par Gerraanîcus à la suite de son char de triomphe. Voici la description que nous en a donnée Strabon, Ub. 7 : te triomphe d^ Germanicus, dit-il, fut orné de personnages illustres , p.irmi lesquels on remarquait Segixnundus , fils de Segestes, chef des Chérusqûes , et sa sœur, épouse d'Arminius , nommée Thusnelda , ainsi que son filsThumelicus, âgé de trois ans; Sesithacus , fils de Segimer , chef des Chérusqûes , son épouse Rhamis « fille de Veromer, chef des Cattes, et jDeudorix le Sicambre , fils de Bsetorix , qui était le frère de Melon; Segestes, beau^père d'Arminius, ,aui., dès le commencement de la guerre, avait été a un avis différent de celui de son gendre , et ayant . pris une occasion favorable , s'était réfugié chez les Romains; on conduisit aussi dans cette pompe Libys, grand-prétre des Cattes, et plusieurs autres personnages im porta ns (i).
Albert Rubens ne doute pas que teus les personnages cités par Strabon , ne se retrouvent sur celte pierre. Il y reconnaît Thusnelda , ayant sur son seia Thumelicus , qui a sur sa tête un cercle semblable à celui qu'on donne aux enfans pour parer les inconvé— hiens de& chutes , et qu'on appelle un bourrelet. Ile jeune homme qui est'auprès de Thusnelda est son frère Segimundus, derrière lequel est un autre captif qui
(i) Aîb» Rubâuîus fden pe^iarid , €tc, , pag. aoS«
io6 Opinion d^Alb. Ruhens.
Ie« mains liées suc le dos. Rubens présume que cVst Sesithacus, cousin- germain de Segimundus, et que la femme appuyée sur un bouclier qui est près de lui » est Rhamis ,' épouse de Sesiihacus ; le Barbare assis dans un coin du camée a^c les cheveux en désordre, esl Deudoriz le Sicambre. De Fautre côté, derrière Thusnelda, un autre captîf soutient sa tête sur sa main : le couteau ou instrument de sacriGce dont ileSt armé, peut le faire regarder comme Libys, prêtre des Cattes ; les bandelettes et la mitre qui parent sa tête, fortifient cette conjecture. Entre Libys et Thusnelda est une femne haoillée À la manière des Barbares ; elle parait être Tépouse et la fille d'Arpi, prince des Catles (i).
Telle est la manière ingénieuse dont Albert Rubens a expliqué la partie inférieure de ce can^. 11 est fâcheux que Teslampe qui accompagne sa dissertation f soit gravée dans un sens opposé à celui de la pierre*