‹ Correspondance inédite de Peiresc avec Jérôme Aléandre, etcChapitre 4 sur 5 · OPINION DE MONTFAUCON · texte numérisé non relu

OPINION DE MONTFAUCON

Qui né serait persuadé que tant d'opinions différemes exposées et défendues par d^habiles critiques ^ auraient enfin fixé la véritable interprétation de ce mo- Bument : cependant elle ne Test pas encqre, et Mont- &uGon qui en a tenté une nourelle , en donne une excellente raison ; c'est que la ressemblance des portraits n'est pas sur cette agate de la dernière exac* titude, ce qui laisse à chacun la liberté de choisir vn système particulier. Celui du savant Bénédictin ft^éloigne dessentimens des auteurs précédens en quelques points f et s'en rapproche en plusieurs autres. IVIais l'exposition de la figure quia la couronne radiale^ lui est particulière.

Selon lui (i), la figure que Tristan prend pour celle de Jupiter, et les autres antiquaires pour celle d'Âugus* te , est celle de Vénus Génitrix, et son fils £née paraît être sur son sein. De l'autre côté est Jules-Cœsar qui se disait descendre d'iEnée ; Cupidon mène par la bride Pégase portant Auguste à qui i£née présente.le globe, pour indiquer qu'il va régner dans le ciel comme il » régné sur la terre. Ainsi Vénus et sa famille reçoivent Auguste dans le ciel. Le reste de son explication est conforme à celle d'Albert Rubens.

. Tel es^ l'exposé de l'histoire de cette belle pierre t et des explications qui en ont été faites jusqu^à l'époque où elle a été transportée au Cabinet de la Biblio* thèque du Roi. Mise dans un plus grand jour , elle a été vue et examinée , et elle a donné lieu à de ci^ieuses observations, qu'on va lire.

(i) Antiquité expliquée , T. V, i. IF, C. JC.

Observations de M^ Millin sur le Camée dont il çient d'être question.

Après avoir publié les lettres intéressantes de Pei^ rescet d'Aléandre , sur l'agate de la Sainte-Chapelleii telles que mon savant confrère, M. le Président de St.- Vincens, me les a communiquées , fai exposé les diffé* rentes opinions auxquelles ce monument a donné lievi depuis 1 explication i]u'en a donnée le célèbre Peiresc jusqu'à Tépoque de la révolution. Je vais terminer Thistoire de ce monument, qui est incontestablement le plus beau et le plus précieux de ce genre qui existe au monde. Lorsque les maisons religieuses , les abbayes ,* le^ chapelles, qu'on jugea inutiles pour le culte, au com^ mencement de la révolution , furent détruites , U Sainte- Chapelle royale du Palais de justice éprouva le même sort, et on plaça dans les divers dépôts de laBir bliothèque du Roi les monumens de l'art que cette chapelle renfermait. Le grand camée excita l'attention du public ; et l'admiration que causa ce monumenlt . éveilla aussi la cupidité. Quelques misérables formèrent le projet de s'en emparer et y réussirent. L'his-^ toire de ce vol tient à celte du monument^ et ces détails méritent d'être consignés ici.

Un voleur, nommé Charlier , avait conçu depuis long-temps le projet de faire un grand coup dans le Cabinet des médailles; il vint pendant plusieurs mois visiter le Cabinet les jours où il est ouvert au publie- Il voulut d'abord y faire une explosion avec un petit baril de poudre , et profiter du désordre qui en serait la suite » pour commettre son crime.

Mais prévoyant combien une pareille entrepriser serait dangereuse pour lui-même , il résolut d'enlever par escalade les objets précieux dont il désirait seror parer. Il vit bien qu'il ne suffirait pas lui seul pour consommer ce crime ; il s'engagea dans la garde der Paris pour trouver un complice , et il réussit ; il fil en outre entrer dans ce complot un cocher de place ; celui-ci attacha sous sa voiture une écoperche qu'il enleva furtivement de Téchafaud d'une maison qu'oa bâtissait rue de Pologne, et la transporta ainsi à l'endroit (Ml Tescalade devait avoir lieu ; un clou fut fixé à son extrémité; on y ^tfacha une corde à noeuds, et pn la dressa contre le mur de Tarcade Colbert. Lorsaue Charlier eut pris toutes, lies mesures i^cessair^AS

iio OhseT9ûtiont de M. Mittin.

I>our monter , une patrouille survint ; son compagnon ui fil signe « et tous deux^ se placèrent contre le mur comme pour satisfaire un besoin naturel. La patrouille passa sans rien soupçonner, et Charlier monta après avoir mis un cadenas à la porte du corps-de-garde des

Sompiers qui est sous Tarcade, afin a avoir le temps e se sauver s^il prenait fantaisie à quelqu^un d'eux de sortir. Pendant que celui-ci enfonçait les vitres qu'il avait garnies de poix pour empêcher les morceaux de tomber , le fiacre fit quelques tours avec sa voiture , et détourna Vaitention des voisins. Le vol fut consommé, et les voleurs se sauvèrent.

L-^afTaite de Georges absorbait alors toute Pattention de la police, et le crime de Charlier demeura longtemps inconnu. Celui ci eut même la hardiesse de venir , visiter le Cabinet pendant deux mois de suite, presque chaque jour, ei de s'amuser aux dépens des Employés, des conjectures qu'ils formaient sur le véritable tuteur du vol. Pendant ce temps, Charlier et son com«^ plice obtinrent leur congé de la garde de Paris, et /

alors ils partirent pour la Hollande. Pour déguiser les objets volés , les perles' ,^ les pierres précieuses furent déchaussées et les montures dorées furent fondues. Trois pièces d'un assez grand prix, mais de peu d'importance pour l'art, la coupe de l'abbé Suger, un vase de belle sardoine , en forme de nacelle , et long d'environ six pouces , furent vendus à un trèsbas prix, à M. Tov^nley, en Angleterre, où on les avait fait passer dans un buste de plâtre du Laocoon. Charlier n'eut pas dans Amsterdam la même prudence qu'à Paris ; il y voulut vendre les objets qu'il avait volés , et il les fit voir comme de grandes curiosités. M. Gohier , alors consul à Amsterdam , en eut avis ; il reconnut l'agate qu'il avait vue peu de temps avant la dissolution du Directoire, et il s'adressa à l'ambassadeur , M. de Sémonville, qui fit arrêter les voleurs. Charlier avait volé ses confrères eux-mêmes, et il avait enlevé en secret le vase d'onyx connu sous le nom de coupe de Ftolémée ; il promit d'indiquer le lieu où il était, si on voulait lui ptcmettre sa grâce et unerécom*

J>ense de vingt mille f: ikxks. Comme on ne voulut point ui accorder sa dcin.<nde , il exigea huit mille francs et sa délivrance ; mais le gouvernement ne crut pas devoir entrer dans aucun accommodement avec luil Pour savoir la vérité , on enferma avec Charlier un mouton^ c'est-à-dire , un de ces espions , qui feignent de prendre

Ohservaiions de M. MîUîn. \\\

intérêt au sort d^un camarade , et lui arrachent ains son secret. Ce moyen réussit , et Charlier avoua qu'il avait enterré la coupe dans le jardin de! sa mère , situé aux environs de Hocroi, traça le plan du jardin, et désigna la place où Ton trouverait la coupé ; un agent de la police, accompagne de M. Mionnet, premier Employé du Cabinet des antiques, s^ rendirent, et après avoir creusé pendant cinq qyarts-d^heure , on découvrit plusieurs baguettes de l>oist horizontalement posées , sous lesquelles était Tobjet de ces recherches , c'est-à-dire, le vase dit dePtolémée : ce vase est rentré au Cabinet ; le grand camée a été renvoyé k Paris et réintégré dans sa place ; le pied d'or du vase de Ptolémée^ celui de la coupe de Tabbé Suger, et le cadre d'o'r du grand camée ont été fondus.

Lorsque ce précieux monument fut rendu , il avait donc été privé de sa monture dont j'ai donné déjà la description (p. 74 ^t 80), et mon collègue et moi réso* lûmes d'en faire faire une autre. Il aurait été bien d'imiter l'ancienne, mais on n'en conservait pas de dessins; il fallut donc se borner à l'ajuster dans un. cadre moderne dont les accessoires répondissent au sujet. M. Aug» Delafbntaine , jeune élève. de M. David, qui s'était déjà distingué dann la peinture avant de prendre l'état de fondeur qu'exerçait dignement son père , a donné le dessin et fut chargé de l'exécution ; c'est plutôt pour représenter ce nouveau cadre 9 que la pierre qui était déjà figurée en grand dans tant d'où* yrage^, que je fis faire la gravure ci- jointe.

Ji'encadrement qui porte le camée est accompagné de deux pilastres ornés de trophées yqui sortent en arabesques de la tête de deux victoires , et qui sont composés d^armes de Daces , de Marcomaus » de Parthés , comme il y en a sur la colonne Trajane. Ces pilastres supportent une frise décorée de cornes d'a^ bondance , de couronnes et^ au milieu, de l'aigle rolliaine , posée sur un foudre. Le fronton qui couronne le tout a , dans son tympan , le busie dellome, dans un médaillon entouré d'une couronne , et porté par des victoires. La base sur laquelle pose le cadre a pour embellissement la louve allaitant les jumeaux , entre des timons, des proues et des rostres de navires. Le socle est composé de grifTods qui sont dorés , ainsi que tous les ornemeqs qui se détachent sur la teinte verdâtre du bronze.

i)ès que cette gravure fut faite , je l'adressai à mon

119 Oiserçaiions Je M. MiUin.

ami, M. Boettiger, à Dresde* qui en donna anssîtdt une description dans le curieux journal intitulé : Londres et Paris (t). Voici Tabrëgé de son opinion :

Il désigne le sujet par ces seuls mots 2 La famille de Tibère ; il voit aans les figures assises sur un trône 9 au milieu du camée , Tempereur Tibère et sa mère Livie, et il y reconnaît f entrée triomphale de Germa* nieus dans fa famille impériale, L^homme en costume de guerrier est , selon ce savant archseologue , Ger- , manicus revenant de TAUemagne , et la femme qu^on voit â son côté est sa mère Antonia , prête à lui ôter le casi|ue , témoignage d^inlérêt qu'il refuse 9 parce uSl reste encore beaucoup d'ennemis â combattre. a femme qui est derrière lui , appuyée sur un bouclier, doit être son épouse Agrippine, et Fenfant qui raccompagne est Caligula son fils.

Dans les figures qui sont au côté onposé , derrière Livîe , ce savant croit reconnaître Drusus , fils de Tibère , et Livic son épouse , sœur de Germanicus* Une petite figure assise au pied de Livie est TArménie, qui supplie qu'on vienne à Son secours contre les dévastations des Parthes. Les figures que noua venons d'indiquer sont regardées par M. Boettiger comme formant une scène aosoiument séparée, ayant lieu dans le palais.

La scène sur la ligne supérieure lui parait être rOlympe , et la figure voilée qui en occupe le milieu est, selon lui, Quirinus; opinion contraire à celle de beaucoup d'autres savans qui l'avaient prise pour Ju-

Eiter , ou Vénus Génitrix , tige de la famille Julia. Un omme monté sur Pégase est, dit-il , Auguste, à qui Énrée présente un globe , symbole de la domination de la Terre. Vis-à-vis se trouve Jules-César, vêtu d'une cuirasse, prêt à accueillir son fils adoptif.

Le groupe qu'on voit sous le trône,au rang inférieur^ n'est pas expliqué en détail. M. Boettiger y reconnaji des peuples subjugués qui se courbent servilement dans la poussière,

(1) Zéondon und Paris, 1807. Achtes St'tkk\ pag. 997.

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