‹ Correspondance inédite [de] Stendhal. Précédée d'une introdChapitre 32 sur 34 · o ŒUvnES i'ûstiiijies de ste.nuhal · texte numérisé non relu

o ŒUvnES i'ûstiiijies de ste.nuhal

Hier, soirée fort gaie clicz GiudiUa; mais ce matin, après la rcpctilion de la Nina, elle retourne au Point du Jour. — Albert avait l'air tout à fait amoureux et par trop triste. — La voisine du second est peu pazaa per amore, pour un uoble marchese, abseot avec congé.

Scbnetz est décidément le premier de l'exposition ; son petit Sixte V et la Femme du brigand le mctlcut au premier ranir, à mes yeux. M. D lui préfère un demi-talent, Léopold Robert. — Gros vient d'avoir quarante-quatre mille francs pour peindre tout le dôme de Sainte-Geneviève; on assure que d'en bas on ne distingue rien. — Horace Vernet vient d'avoir cinquante miUe francs pour le portrait de S. M. Charles X fait en six jours.

Adieu ; quand revenez-vous?

CllOPPIN d'ORiNOCVILLE.

cm

Ji. MONSIEUn LE RÉDACTEUR DU GLOBE, A PAIUS.

Paris, le 50 novembre 1824.

Le plus grand poète tragique de l'Italie, Theureux imitateur de Racine, Silvio Pellico vient de sortir » de la prison d'État du Spielberg où il était détenu depuis plusieurs années. Voici quelques faits sur cet homme aimable. Silvio Pellico naquit en Piémont vers l'an 1793. En ce pays, la société ne parle que piémontais. Parler à Turin l'italien de Toscane passerait pour une pédanterie insupportable, et je crois que les Piémonlais connaissent mieux la langue française que celle qu'on parle à Rome et à Florence. Écrire en italien, pour un poêle né eu Piémont,

' Erreur partagée alors par ses nombreux amis. Silvio Pellico sortit du Spielberg seulement le 1" août 1830, et il ne recouvra entièrement sa libcriô que le 16 septembre suivant, eu (][uiltant Kovorre pour se rendre â Turin. (R, G.)

c'est presque se servir d'une langue étrangère, d'autant plus difficile à parler correctement que cette langue emploie presque les mêmes mots que celle dont on se sert chaque jour, tout en leur donnant un sens diflerent. Florence, Sienne et Rome sont, dans le fait, les seules villes d'Italie où l'on parle italien. La plupart des littérateurs lombards qui écrivent en italien ne peuvent se défendre d'une sorte d'afleclation; on sent qu'à chaque page ils sont obliges d'avoir recours à leur dictionnaire. Le grand mérite de Silvio Pellico est d'écrire en italien avec les sentiments profonds et tendres d'un Lombard, mais avec tout le naturel d'un habitant de Rome ou de Sienne.

La Francesca da Rimini est, je crois, le seul ouvi'age de ce grand poète qui soit traduit en français. Il y a quelques mois que j'ai vu donner cette tragédie à Bologne cinq fois de suite; c'est un succès que n'ont pu atteindre les tragédies d'Alfieri. Pellico a su peindre l'amour italien de la manière la plus vraie, la plus touchante, et en vers dignes de Racine. Je n'ai jamais vu Eufemio di Mcssina, autre tragédie du même auteur. Avant que cet homme aimable lut mis en prison, j'ai vu les manuscrits de dix tragédies nouvelles.

Pendant son séjour au Spielberg, M. Pellico a composé de petits poèmes, dans le genre de la Parisina de lord Byron, sur des anecdotes tragiques de l'histoire du moyen âge en Italie.

Je crois M. Pellico fort pauvre; son procès l'aura ruiné, et, d'ailleurs, il n'a jamais été riche. Je sais qu'on pense à Londres à publier ses tragédies par souscription. Je voudrais que beaucoup de Français connussent l'existence de ces tragédies, les plus remarquables que Fltahe ait produites depuis zVifieri.

Silvio Pellico est l'homme du caractère le plus doux et le plus tranquille; toute l'activité de son âme s'est réfugiée dans la poésie. Placé avant sa détention auprès d'un noble italien comme percepteur de ses enfants, sa conversation, pleine de grâces et de mélancolie, avait tellement caplivé son patron, qu'on ne lui laissait pas une heure par jour à consacrer à sa chère poésie. Pellico fut toujours d'une santé très faible. Je lui ai entendu dire longtemps avant son procès : Le plus beau jour de ma vie sera celui de ma moit, Co propos était tou-

272 ŒUVRES PUSTiiUilES DE STENDHAL.

Chant dans la bouche de rhomme le plus simple et le plus nalurol qui fûl jamais.

IXSÉr.ER DASS UN PAUVRE WOUNAL MOURANT DE FAIM, FAUTE d'iOLCS

Londres, le 14 décembre 182i.

Monsieur,

De tout temps il y a eu des coteries litte'raires. Je pense qiio du temps de Voltaire et de d'Alembert, son premier ministre, il n'était pas trop prudent d'imprimer à Paris, sans adresser un petit coup d'encensoir au patriarche de Ferney. Vous vous souvenez des épithètes peu polies décernées par Voltaire à M. Larcher, le traducteur d'Hérodote. De nos jours, il faut tenir au Constitutionnel, ou, au moins, aux Bo/înes lettres^. Comme j'ai l'audace condamnable de ne tenir à rien qu'à mes opinions, j'ai grand'peur de ne trouver aucun journal qui veuille insérer la présente.

Je voudrais vous faire connaître une coterie littéraire anglaise. Dans ce pays-ci, où l'on prend tout au sérieux, cette coterie, fort inconnue en France, je suppose, mais fort redoutée à Londres et à Edimbourg, parvient à faire siffler les écrivains qui se montrent rebelles et qui refusent de se ranger sous sa bannière.

On dit assez généralement à Londres que MM. Croker, Gifford, rédacteur en chef du Qui.rterly-Ueview, Southey, poêle lauréat, et, avant sa conversion, poêle j.icobin, se sont réunis, et, depuis sept à huit ans, metient à exécution, aux dépens de tous les Anglais qui, pour chercher à se désennuyer, lisent de temps à autre la fameuse maxime :

a Nul n'aura de l'esprit Lors nous et nos amis. »

* Société littéraire, composée des écrivains les plus dévoués au gouvernement de la Rcslauralion. {R. G.)

LETTBES A SES AMIS. î"^

Les gens d'esprit qui ne sont pas les amis de MM. Crokcr. (iir. Ford, Soutliey, Waltcr ScoU, etc., sont déclarés bêles, pédants, ennuyeux, grossiers, indccenlset même, do temps à autre, sens dangereux et qu'il est à propos de surveiller. Si vous vouiei. monsieur, vous donner la peine d'ouvrir le Qiiarterhj-PiCviev/. qui est le grand instrument, la grande maeliinc de guerre de la coterie, vous y trouverez la preuve de ce que dessus.

faiis, le 1S21

Je serais heureux, madame, de pouvoir vous donner quelques renseignements pour l'ouvrage que vous préparez sur lord Byron. Il est vrai que j'ai passé plusieurs mois dans la société de ce grand poêle; mais, en vériié, parler de lui n'est pas cliose facile : je n'ai vu lord Byron dans aucun de ces moments décisifs qui révèlent tout un caractère; ce que je sais sur cet homme singulier n'est que le souvenir de ce que j'ai senti en sa présence. Comment rendre compte d'un souvenir sans parler de soi, et comment oser parler de soi après avoir nommé lord Byron ?

Ce fut pendant l'automne de 181 G que je le rencontrai au théâtre delà Scala, à Milan, dans la loge de M. Louis de B.... Je fus frappé des yeux de lord Byron au moment où il écoutait un sestetto d'un opéra de Mayer, intitulé Elena. Je n'ai vu de ma vie rien de plus beau ni de plus expressif. Encore aujourd'hui, si je viens à penser à l'expression qu'un grand peintre devrait donner au génie, cette tête sublime reparaît tout à coup devant moi. J'eus un instant d'enthousiasme, et, oubliant la juste répugnance que tout homme un peu fier doit avoir à se faire présenter à un pair d'Angleterre, je priai M. de B... de m'introduire à lord Byron,

* L'auteur de l'ouvrage nyant pour titre Lord Byron.

57i ŒUVRES POSTIIUMIIS DE STENDHAL.

Je me trouvai le Icn leinaiii à dîner chez M. de B..., avec lui, Cl le célèbre Monli, l'immorlel auteur de la BasvigJiana. Ou parla poésie; on en vint à demander quels élaient les douze plus beaux vers faits depuis un siècle en français, eu italien, eu anglais. Les Italiens présents s'accordèrent à désigner les douze premiers vers de la Maschcronima^, de Menti, comme ce que Ton avait fait de plus beau, dans leur langue, depuis cent ans. Monii voulut bien nous les réciter. Je regardai lord Byron, il fut ravi. La nuance de hauteur, ou pluiôt l'air d'un homme qui se trouve avoir à repousser une imporlunite', qui déparait un peu sa belle figure, disparut tout à coup pour faire place à Texpression du bonheur. Le premier chant de la Masclteroniana, que Monli récita presque en entier, vaincu par les acclamations des auditeurs, causa la plus vive sensation à l'auteur de Childe Harold. Je n'oublierai jamais l'expression divine de ses traits; c'était l'air serein de la puissance et du génie, et, suivant moi, lord Byron n'avait, en ce moment, aucune affectation à se reprocher.

On compara les systèmes tragiques d'Alfieri et de Schiller. Le poète anglais dit qu'il était fort ridicule que, dans le Philippe II d'Alfieri, don Carlos se trouvât sans difficulté, ei dès la première scène, en tête à tête avec l'épouse du soupçonneux Philippe. Monli, si heureux dans la pratique de la poésie, présenta des arguments tellement singuliers sur la théorie, que lord Byron se penchant vers son voisin, dit, en parlant de Monli : Ile Imoivs not how heis apoet^.

Je passai presque toutes les soirées, à partir de ce jour, avec lord Byron. Toutes les fois que cet homme singulier était monté et parlait d'enthousiasme, ses senlimenls étaient nobles, grands, généreux, en un mot au niveau de son génie. Mais dans les moments prosaïques de la vie, les senlimenls du pocîe me semblaient aussi fort ordinaires. Il y avait beaucoup de petite vanité, une crainte continuelle et puérile de paraîlre ridicule, et quelquefois, si je l'ose dire, de celle hypocrisie que les Anglais

• Pocme sur Bonnparic, composé en 1801, à l'occasion de la mort du célèbre géomètre Lorcnzo Mnsclicroni. (H. B.) ' Il ne sait pas comment il est poêle.

appellent cant. Il me scmblail que lord Byron était toujours prêt à entrer en compromis avec un préjugé pour en obtenir une louange .

Une chose qui frappait surtout les Italiens, c'est qu'il était facile de voir que ce grand poète s'estimait beaucoup plus comme un descendant de ces Byron de Normandie qui suivirent Guillaume lors de la conquête de l'Angleterre, que comme l'auteur de Parisina et de Lara. J'eus le bonheur d'exciter sa curiosité, en lui donnant des déiails personnels sur Napoléon et sur la retraite de Moscou, qui, en 181G, n'étaient pas encore un Heu commun. Ce genre de mérite me valut plusieurs promenades tête à tête dans l'immense et solitaire foyer de la Scala. Le grand homme apparaissait une demi-heure chaque soir, et alors c'était la plus belle conversation que j'aie rencontrée de ma vie ; un volcan didées neuves et de sentiments généreux, tellement mêlés ensemble qu'on croyait goûter ces sentiments pour la première fois. Le reste de la soirée, le grand homme était tellement Anglais et lord, que je ne pus jamais me résoudre à accepter l'invitation d'aller dîner avec lui , qu'il renouvelait de temps en temps. Il composait alors Childe Harold; tous les matins il écrivait cent vers, qu'il réduisait le soir à vingt ou trente. Entre ces deux travaux il avait besoin de repos, et il trouvait celte distraction nécessaire en bavardant, après dîner, les coudes sur la table, et, disait-on, avec le naturel le plus aimable.

Je remarquai que, dans ses moments de génie, lord Byron admirait Napoléon, comme Napoléon lui-même admirait Corneille. Dans les moments ordinaires où lord Byron se croyait un grand seigneur, il cherchait à donner des ridicules à l'exilé de Sainte-Hélène. 11 y avait de l'envie, chez lord Byron, pour la partie brillante du caractère de Napoléon; ses mots sublimes le vexaient ; nous lui donnions de l'humeur en rappelant la fameuse allocution adressée à l'armée d'Egypte : « Soldats, songez que du haut de ces pyramides quarante siècles vous contemplent ! * Lord Byron cîlt [lardonné plus facilement à Napoléon s'il eût eu l'apparence un peu plate de Washington. Ce qu'il y avait de plaisant, c'est que ce n'était point du tout la partie despotique du Cf^ur do Napoléon qui heurtait le pair anglais.

Un soir, comme lord Byron me faisait l'honneur de se promener avec moi dans le foyer de la Scala, on vint Taveriir qne rofficicr autrichien de garde au ihéàlre venait de faire arrêter son secrclaire. M. Polidori, médecin qui était auprès de lui. La figure de lord Byron prit sur-le-champ une ressemblance frappante avec celle de Napoléon lorsqu'il était en colère. Sept ou huit personnes l'accompagnèrent au corps de garde ; il y fut magnifique d'mdignation continue et d'énergie, pendant une heure que dura la colère vulgaire de Tofficier de garde. Au retour, dans la loge de M. de B..., on se mit à faire Félogc des principes aristocratiques qui, d'ordinaire, étaient fort du goût (le milordBjTon. Il fut sensible à la plaisanterie, et sortit de la joge furieux, mais sans s'être jamais écarté du ton d'une politesse parfaite. Le lendemain,, le secrétaire fut oblige de quitter Milan.

M. de B... m'engagea peu après à conduire lord Byron au musée de Bréra ; j'admirai la profondeur de sentiment avec laquelle ce grand poète comprenait les peintres les plus opposés : Raphaël, ieGuerchin, Luini, le Titien, etc. VAgar renvoyéepar Abraham, du Guerchin, l'éleclrisa ; de ce moment l'admiration nous rendit tous muets ; il improvisa une heure, et mieux, suivant moi, que madame de Staël.

Ce qui me frappait le plus chez cet homme singulier, surtout quand il disait dumal de Napoléon, c'est qu'il n'avait, selon moi du moins, aucune véritable expérience des hommes : son orgueil, sou rang, sa gloire, l'avaient empêché de traiter jamais d'égal à égal avec eux. Sa hauteur et sa méfiance les avaient toujours tenus à une trop grande distance pour qu'il pût les observer ; il était trop accoutumé à ne pas entreprendre ce qu'il ne pouvait pas emporter de haute lutte. En revanche, ou admirait une foule d'idées fines et justes si l'on venait à parler des femmes qu'il connaissait, parce qu'il avait eu besoin de leur plaire et de les tromper. 11 plaignait les femmes anglaises, celles de Genève, de Neufchàlel, etc. U manquait au génie de lord Byron de s'être trouvé dans la nécessité de négocier et de discuter avec des égaux. Je suis convaincu qu'à son retour de Grèce ses talents eussent paru tout à coup grandis de moitié. En cherchant à

LETTRES A SKS AMIS- 277

mellrela paix entre Mavrocordalo etColocotroni. il eût acquis des connaissances positives sur le cœur humain. Peul-ôlre alors lord Cyron cûi-il pu s'élever à la hauteur de la vraie tragédie.

Il aurait eu moins de moments de misanthropie; i! n'eût pas cru toujours que tout ce qui l'environnait s'occupait de lui, et s'en occupait pour faire de l'envie ou chercher à le trOHiper. Le fond de misanthropie de ce grand homme avait été aigri par la sociclé anglaise. Ses amis ohservaient que plus il vivait avec des Italiens, plus il devenait heureux et bon. Si l'on met l'humeur noire à la place des accès de colère puérile. Ton trouvera que le caractère de lord Byron avait les rapports les pins frappants avec celui de Voltaire.

Mais je m'arrête, pour ne pas faire une dissertation. Je vous demande pardon, madame, de ces considérations générales, j'aura's bien voulu pouvoir les remplacer par des faits ; sept ou huit ann.'es d'intervalle les ont bannis de ma mémoire, et je n'y trouve, sur lord Byron, que les conclusions que dans le temps je tirai des faits mêmes. .le m'estimerai fort heureux, madame, si vous voulez bien accueillir avec bonté cette espèce de portrait moral, et voir, dans ces pages écrites à la hâte, une preuve du respect profond avec lequel j'ai l'honneur dêlrc, etc.

lî. I'evle.

CYI

A MONSIEUR A I.ONTRES.

Paris, le 24 décembre 1824.

Plusieurs curés ont entrepris d'interdire la danse à leurs ouailles. La danse est le principal |)laisir des paysans français, le dimanche soir ; c'est un usage national. Cène sont pas précisément les jésuites qui entreprennent la chute de la danse. Le système de iM. Forlis, leur général, est au contraire de se montrer fort indulgent pour tous les plaisirs des sens. C'est par la I. 16

27S ŒUViîEs POSTni'?.;ns de stendiial.

mise en pratique de celte doctrine, que les jésuites font des progrès dans In carrière du confoisional.

Imtniction sur la dame, extraite des saintes Écritures, des saints Pères, des saints Conciles, par M. l'abbé lliiîot.

La brochure de M. IIulol a fait sensation, parce qu'elle a par i Iniil jours après le f meux programme de M. S... de). R... (i:imi de madame du C...). Cet homme marié, ami d'une femme mariée, a entrepris la résurrection de la morale dans Paris, et pardculicremcnt au grand Opéra, dont il a la direction. îi veut réformer la danse, la jupe et les pantalons de mesdemoiselles Noblel et Lcgallois. Je ne vous parlerais pas du programme de M. S... del. R...,si tous les journaux de Paris ne s'en occupaient pas autant que les vôtres se sont occupés du malheureux Faunllcroy. Il est plus gai de s'occuper de M. S... et du traité de la danse, ou plutôt contre la danse, de 31. Ilulot. Un M. Baron vient de publier un ouvrage savant et sérieux sur la danse.

Du courage ei de la patience dans le traitement des maladies, .raduil de lilalien du docteur Pasta,

Ce savaul médecin italien est l'oncle de la célèbre chanteuse madame P;'.sta. Sa dissertation philosophique a du succès. Elle nous apprend que le courage, dans les maladies chroniques, est une cause directe de guérison.

}lcmoircs du comte Joseph de Puijsaie, lieutenant général, pour servira l'histoire du parti royaliste, ea France, pendant la Révolution.— Cinq vol. in-S".

Je ne vousparleraispas de la seconde édition de ces Mémoires, s'ils ne me donnaient occasion de noter un fait curieux. La première édition des Méuioires de M. de Puysaie parut de 1S05 à 1808. Plusieurs des mensonges royalistes avancés, depuislors, par le parti royaliste, sont démentis par la bouche royaliste do M. de Puysaie. Et, en revanche, plusieurs des mensonges avancés par M. de Puysaie sont démentis aujourd'hui par M. Lacretelle et les autres écrivains membres de la société des Bonnes lettres.

}k'moires de M. de Vauhan, chef d'cf al- major de l'armée des princes.

M. de Vauban fut surnommé l'Ajax de l'armée des émigrés. Il rentra en France, dégoûté parles intrigues dont il avait été témoin. 11 écrivit les Mémoires dont je vous parie aujourd'hui, parce que dernièrement deux exemplaires ont été vendus deux cent puaranle francs. Ces Mémoires ne consistent qu'en un seul volume in-8». Ony trouve plusieurs particularités curieuses sur S. M. Charles X. Sont-elles toutes vraies? La postérité prononcera.

Mémoires de M. Vahbé Aimé Guillon, pour servir à l'histoire de la ville de Lyon pendant la Révolution,— Tome III, in-S".

Des deux abbés Guillon in-S», l'abbé Guillon qui publie des Mémoires sur Lyon fut chassé de Paris par la police de Napoléon, et fort bien accueilli à Milan par le prince Eugène Beauharnais. Il eut des démêlés avec M. Ugo Foscolo. Rentré en France, cet abbé, l'un des grands et effrontés intrigants de son parti, a publié sur la ville de Lyon des Mémoires curieux par les exagéralions ullra qu'il renferme, ce qui leur assure un grand succès dans les chàleaux de tous les hobereaux du midi de la France. Les nobles qui habitent la campagne, de Lyon à Toulouse, et de Toulouse à Nice, sont les plus fanatiques cl les plus ignorants de France. Les Mémoires de M. Fabbé A. Guillon sont écrits pour leur plaire, et seront utiles à l'écrivain qui entreprendra de nous donner la curieuse histoire de l'insurrection du Midi. L'abbé A. Guillon Cbt si eflronlé, qu'un autre abbé Guillon a cru nécessaire de publier un pamphlet, pour dire qu'il n'a rien de commun avec le Guillon qui écrit sur Lyon.

Leduc de Ginse àNaples, on Mémoires de la re'volution de ce royaume, en 1647 et 1G48.— ln-8° de vingt feuilles.

Tous les écrivains qui aspirent à la célébrité en France se hâtent de [)ub!ier leur imitation de Walter Scott. M. de Salvandy a donné son Alonz-o; M.Félix Bodin le Père et la /i//e; M. Trognon son Clnldebcri 111; M. Kéralry les Derniers des lieaumunuir. Tous ces ouvrages ont été vigom'eusement;;t/^b(i parles auteurs eux-mêmes, dans les journaux qu'ils rédigent. Voici maintenant

M. le comte de , un des grands de la cour de Ciiarles X et

(ils du pair de France, qui publie le Duc de Guise.

Jusqu'ici, de tous les romans publiés en imit;ition de sir Walter Scott, c'était le Père cL la fille, de M. Félix Codin, qui

élail le plus ennuyeux. Je crains beaucoup que M. le comte (le ne déliône W. Bodin et ne lui enlève la palme de l'ennui. LcDiic cleGuise a un air pompeusement niais, que M. Bodia a su éviter. Tous ces écrivains cherchent la vérité. L'immense succès de la Campagne de 1812, par M. de Ségur, va tuer tous les romans préparés pour la rentrée delà campagne, qui a lieu à la fin de décembre. Colle histoire est plus amusanlc et austi pleine de bombast et de paihos qu'aucun roman.

Poésies de Cliaulieu, précédées d'une notice biograpliique et liltéraire, par M. Lemontey, de l'Académie française. — In-S" de vingt-quatre feuilles.

Je vous parle de ce livre à cause de la notice. M. Lemontey est un des hommes les plus avares de Paris; mais, en même temps, c'cbt peut-être le membre de l'Académie qui a le plus d'esprit. Il est toujours amusant, tandis que son rival M. de Jouy devient lourd et ennuyeux depuis trois ou quatre ans. M. de Jouy écrit trop ; on se plaint que M. Lemonley n'écrive pas assez. Je conseille à tous les Anglais qui aiment l'esprilfrançais, l'esprit à la Voltaire, de rechercher curieusement les moindres opuscules de MM. Courier et Lemonley. Ces deux écrivains méprisent l'intrigue et le pujj. Ainsi les journaux parlent rarement

de leurs productions. MM. le vicomte d'A de S

etc., etc., ne vivent que pour s'occuper du succès de leurs écrits. Ces derniers sont à la mode; les autres s'avancent lentement, il est vrai, mais avec des pas assurés, vers la gloire littéraire. Vesprit devient tous les jours plus rare en France.

Notice sur la vie de Thaddeus KociusAo, par M. Alfred Fagot — In-S" de deux feuilles.

Commela Fayette, comme Carnot, Kociuskolil de grandes choses et cependant fut honnête homme; ce qui de nos jours est fort méritoire. Le mensonge et le cant contribuent au succès d'un/jc'ros vivant, mais tuent l'histoire d'un héros mort. Tout le monde méprise l'hypocrisie, quand les richesses et les duchés qu'elle a procurés à l'hypocrite sont passés en d'autres mains. Cette noiice sur Kociutko est intéressante. On sait que le héros polonais, échappé aux cruautés de l'empereur Paul de Russie, s'était retiré près de Fontainebleau. Il refusa de prêter l'oreille aux

propositions de Napoléon en 1810. L'influence d'un tel homme aurait pu porter Napoléon à ressusciter, de bonne foi, le royaume de Pologne en 1812. Les mesures que Napoléon prit à Wilna tendaient à ruiner la noWesse polonaise: Kociusko lui eût fait comprendre que peu iniporie à un esclave d'obéir à un maître ou à un auFre ; que, par conséquent, en Pologne, il fallait, avant tout, s'adresser aux passions et aux intérêts de la noblesse, pour arriver, par elle, à réveiller l'amour de la patrie chez les Polonais des classes inférieures. Un conseiller comme Kociusko aurait mieux valu que MM. le duc de Bassano et de Pradt, gens aimables, gens polis, mais gens à vues courles.

Bel" émigration et des colonies, ^diY M. de Pradt, ancien archevêque de Malines. — Deux vol. in-8°.

Voici de l'esprit, voici deux volumes amusants. Tout le monde allant parler, pendant deux mois, du milliard que M. de Villèle va donner aiix émigrés, on aimera mieux, à Paris, répéter les phrases de M. de Pradt, qui sont jolies, que les plirases de M. de Chateaubriand (\m, cette fois, sont ennuyeuses.

Une Chambre des députés, dont la majorité est noble; une Chambre des pairs, dont l'immense majorité est noble, sont évidemaicutjy^cs et parties, en décrélant que la nation fera cadeau d'un milliard aux émigrés. La platitude de la question éloignera toute discussion sérieuse dans les salons. Ce sont des gens qui ont pénétré jusque tout près des souterrains où est gardé le trésor de l'État, et qui profilent de celte circonstance pour y prendre un milliard. Connue la gendarmerie est éloignée, ces messieurs ajoutent à leur vol rimpudence de se le partager en public.

Voilà le thème que M. l'abbé de Pradt avarié en deux volumes de phrases scintillantes d" esprit. Malgré ses '.oixante huit ans, cet homme ne baisse point ; il parle quatre heures, chaque soir, dans les salons de Paris et trouve encore le tcni[)s de faire ua livre charmant tous les ans. Celui-ci sera-t-il lu, scra-t-il compris par les étrangers? C'est ce que je ne saurais décider. Il y a une finesse, une légèreté toutes frant'aises, dans les jolies pages de M. de Pradt; il y a loui <'e là à un lourd et irréfutable article de VÉdinburg-Revicw.

A MESSIEUr.S LES Én'DIAiSTS t.N DUOIT ET EN MÉDECINE, A PARIS.

Paris, le 15 janvier 1825.

Je me dénonce à la brillante jeunesse qui fréquente les cabinois de lecture de la rue de l'Odéon, le café Molière, où l'on va admirer des yeux si beaux et si brillants; le tranquille Luxembourg, où, sans être indiscret, on peut suivre une conversation qui a lieu à vingt pas de vous. J'ai fréquenté tous ces lieux-là pour étudier l'esprit des quatre ou cinq mille jeunes gens que, tous les ans, la province envoie à Paris. C'est avec un dijjlùme d'avocat ou de médecin qu'ils quittent Paris au bout de quelques années. Si ces jeunes gens n'étaient que des médecins ou des avocats, je ne m'occuperais guère d'eux ; ils sont, dans le fait, les apôtres de la civilisation. C'est pour cela que j'ai consacré deux mois à les étudier, et que ma lèle à cheveux blancs a paru si souvent au milieu du parterre de l'Odéon, si peuplé le dimanche

A ÎIONSIEUU S... S.,., A LONDRES.

Paris, le 25 janvier 1825.

J'avais eu l'intention de réimprimer, en brochure et avec une préface, les articles sur l'exposition de 1824, que j'ai mis l'année dernière dans le Journal de Paris. Ce projet n'a pas eu de suite. Ma préface, pour toute publicité, ne devant avoir qu'un lecteur, j'ai dû le choisir dans le plus indulgent de mes amis.

CRITIQUE AMÈRE DU SALON DE 1824, Par M. Van Eure de Molkirk.

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