‹ Correspondance inédite [de] Stendhal. Précédée d'une introdChapitre 9 sur 34 · TORICELLI · texte numérisé non relu

TORICELLI

A MOKSIKLK LK BAl'.O.X li\L M..., A PARIS.

MiLni.le 16 mai 1818 Mon cher ami, celte femme charmante, et qui serait adorable

quand niêiiie elle ne cliaulerait pas comme un ange, madame Éiena Viganô, doiU je vous ai envoyé le portrait si peu ressemblant, eh bien, vous allez avoir le bonheur de la voir !

Elle est folle de Paris ; elle a voulu absolument voir celte ville, et je crois que, pendant les deux mois qu'elle y sera, elle donnera quelques concerts. Vous entendrez la voix la plus aimable de l'Italie. Cet organe enchanteur vous mettra au courant de tout ce qui a été fait d'admirable depuis que vous avez quitté rilalie.

Quoiqu'elle parle français comme un ange qu'elle est, peutêtre les premiers jours ce grand nom de Paris lui fera-t-il un peu peur. (C'est là que votre Italien va briller.) Donnez-lui les conseils nécessaires pour se conduire au milieu de tant d'amateurs sans oreilles. Vous qui connaissez si bien le monde, vous pouvez guider d'une manière sûre madame E!éna Viganô; elle a beaucoup de lellres de recommandation ; M. Paër est son ami ; cependant, je compte plus sur vous que sur tous les autres. Vous devez lui donner des directions pour réussir. Menez-la un samedi chez Maisonclte, elle vous chantera deux airs et vous serez ravis. Plus elle chanle, mieux elle elianle; cette voix si (lexible, si miniature, s'anime et se fortifie en chantant; elle est l)lus divine encore dans le douzième air que dans le premier.

Traitez madame Éléna Viganô comme ma sœur ; dès que vous l'aurez vue, vous trouverez que mes éloges sont bien au-dessous de la réalité.

Adieu, remerciez moi bien vite.

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