‹ Correspondance inédite de Voltaire avec Frédéric II, le président de Brosses et autres personnagesChapitre 12 sur 61 · TAIT · texte numérisé non relu

TAIT

Quand M. le président de Brosses vendit la terre de Tournay à vie, à François de Voltaire, gentilhomme ordinaire de la chambre du Rbi, âgé alors de soixante et six ans *j Tacquéreur, qui ne connaissait point celte terre, s'en remit entièrement à la probité et à la noblesse des senlîmens de M. le président de Brosses ^ .

M. le Président avait fait cy- devant un bail de trois mille livres par année de celte même terre avec le S' Choùet, fils du premier sindic de Genève, qui était sou fermier j mais le S*" Choûet y avait perdu , de notoriété publique, vingt-deux mille francs, et la terre ne rap-

* L^expoté qui suit se trouve également joint à la lettre précédente , adressée à M. Lebault.

* Lisez 64. Voltaire était né en 1694, et il acheta Tourney en 1758.

' y. pUtùt les lettres III et YIIl ci-dessns«

CONTRfi lE PR]6si9ENT SE BROSSES. l4l

porte pas douze cent livres dans les meilleures années '. M. le Présid^ exigea de l'acquéreur à vie^ âgé de 66 ans j trente-cinq mille six cent livres, argent comptant, et douze mille francs en réparations à faire au château et à la terre en trois années de temps; l'acquéreur fit en trois mois pour dix-huit mille livres de ré« parations ^ dont il a les quittances.

Il y a dans cette petite terre de Tournaj un bois que M. le Présid^ lui donna pour un bois de cent arpens dans Testimation de la terre ^ . Les ingénieurs qui sont venus mesurer par or« dre du Roi toutes les terres de France j ont trouvé que ce bois, mesuré géométriquement , ne contient pas quarante arpens, et Tacquéreur a entre les mains le plan des ingénieurs du Roi.

Non-seulement Tacquéreur essuia ces perles considérables, qui ruinent sa fortune \ mais M. le Présid' lui persuada , avant de lui faire signer le contrat , qu'il avait vendu en der-

■ Pour éviter de fastidieuses redites , voir ci-après la lettre XL VI , qui répond à tout.

• Lisez dégradations (V. la lettre XLVI et la tran* tactionde 1781).

' Mensonge. V. la lettre LU ci-dessous. ^ Voltaire avait cent mille livres de rente.

l4a rBTTmES OB YOLTAIRB

nier lieu à un négotiant de Genève ^ une par« tîe de sa foréi qui était abattue ' , et qu'il ne pQuyait rompre ce niarché. Il fut stipnlé dans le contrat^ passé au mois de novembre 1758 y que M« de Voltaire aurait la jouissance entière de la terre de Tournay y et des bois QUI SONT SÛR piBO et ftofi veudus* L'acquéreur ne pouvant pas douter , sur la parole de M. le Présid^ f qu'il n'y eût une vente véi:ita* Ue 9 signa le contrat de sa ruine.

Ayant bientM vu à quel excès il était lézé dans son marché ^ il s'en plaignit modestement à M. le Présid^y et lui demanda par ses lettres pourquoi il avait vendu ces bois qui devaient appartenir à l'acquéreur ; M. le Présid^ lui répondit y par sa lettre du 12 janvier 1769 : «c II est vrai qu'on a mis un certain nombre ce de chênes au niveau des herbes pour cercc taines raisons à moi connues ; mais à quoi ce la Joint de Vor ne contraint^elle pas les ce poitrines mortelles * . »

L'acquéreur fut bien surpris quelque temps après j quand toute la province lui apprit que

' Ls lecteur est prié de ne point oublier cet aven.

* Cette lettre est perdae , mais la date est remarquable. C^était nn mois seulement après la rente à vie de Tonmej} ce qni exclut manifestement tout soupçon d^nne vente de bois inventée après conp en 1761. D'ailleurs

CONTRE X.B raisiDBKT OB BROSSES. |43

M. le Présid^ n'avait point du tout vendu ces bois. U les faisait vendre , exploiter en détail^ pour son compte , par un paysan du village de Chambesy ^ nommé Charles Baudy , lequel Charles Baudy ^ son commissionnaire^ compte avec lui dç derc à maître.

Il est triste d'être obligé de dire que l'acquéreur manquant de bois de chaufifage, lorsqu'il acheta la terre de Toumay, eut en pré** sence de toute sa famille y parole de M^ le Président^ qu'il lui serait loisible de prendre douze moules de ces bois prétendus vendus^ pour se chauffer : // en prit quatre ou cinq tout au plus.

Enfin y au bout de trob années , M' le Président lui intente un procès au baillage de Gex , sous le nom de Charles Baudy ^ son commis» sionnaire, pour paiement de deux cent quatre^vingt et une livres de bois; et voici comme il s'y prend.

Il assigne Charles Baudy ^ son commissionnaire, qu'il fait passer pour son marchand^ et il dit dans cette assignation du 2 juin, que

les termes cités par Voltaire pronyent que non-seulement lavente^ mais la conpey étaient ckoses consommées an la janirier 1759. Or, on avait Tendu à Voltaire les bois qui étaient sut pied et non les bois abattus. Il en conrenatt lui-même tout-à-riieure.

l44 LETTRES DE yOLTAXRfi

Charles Baudy lui retient 281 liv. ^ parce qu'il a fourni à M' de Voltaire pour 281 lîv. de bois; et Charles Baudy y au bas de cet exploit, assigne François de Voltaire.

Le deffendeur ne veut pour preuve de Tinjustice quHl essuie que l'exploit même de M' le Président. Il est clair, par l'assignation donnée par lui à Charles Baudy, que ce Charles Baudy compte avec lui de clerc à maître , comme toute la province le sait. M' le Président dit dans son exploit, que Charles Baudy et lui firent un marché ensemble ^/t /"'/z/î/î^^ 1766. Est-ce ainsi qu'on s'explique sur un marché véritable? N'exprime- t-on pas la date et le prix du marché f Ladite assignation porte en général une certaine quantité d'arbres. Ne devait-on pas spécifier cette quantité ' ? Ladite assignation porte que ces bois furent marqués* Mais s'ils avaient été marqués juridiquement, n'en saurait-on pas le nombre ? N'est-ce pas un garde-marteau qui devrait avoir marqué ces bois ? Peut-on les avoir marqués sans la permission du grand-maitre des eaux et forets ?

'Non, car cela ne touchait en rien le procès fait à Voltaire. Avait-il ou non brûlé quatorze moules de boi9 livrés par Baudy? Grêlait toute la question.

CONTRE XE PRESIDENT DE BROSSES. l4^

On ne produit ni permission, ni marque de bois y ni acte passé, avec ledit Baudy '.•

Il est donc clair con^me le jour que M' le Président n*a point fait de vente réelle > que par conséquent tous lesdits bois, injustement distraits du forestal , sous préte&te d'une vente simulée , appartiennent légitimement à Tacquéreur de la terre. Baudy en a vendu pour 4i}oo.L Fartant , François de Voltaire est bien fondé à demander la restitution de la valeur de qusCtre mille huit cent livres de bois ^.

Plus, l'indemnisation des dommages causés par Tenlèvement de ces bois , au mois de mai 1769, contre les ordonnances, comme il est

' Pour donner juridiquement copie de la vente de bois faite à Bandy^ il e&t fallu la faire contrôler, et pat suite payer au fisc un double droit. Baudy certes n^y était Bullement obligé. Il suffisait que la vente f&t tenue pour constante par le vendeur et Tacheteur. Voltaire , étranger à cette convention , nWaitrien à y voir assurément.

* A force d'être incroyable , cette prétention n'est-elle pas comique? Baudy, en l'^Sô , bien avant que Voltaire songeât àTourney, avait acheté la superficie d'une partie des bois de cette terre. Ces bois étaient abattus qus^nd le poète acquit Tourney, deux ans après. Nulle nécessité dès-lors de le$ excepter de cette acquisition , et pourtant, pour plus de clarté, ils en sont formellement exclus (V. l'acte du 11 décembre 1758). A quel titre pouvaient-iU donc être revendiqués par Voltaire?

I^ff LETTRES DE VOLTAIRE

9i^me spécifié d^ps Texploit de M. le Présidenly qui porte que Raudy exploita et tiret ces bois de la forêt jusqu'au mois de mai

Le defiEendeur se réservant ses autres droits sur la lézion de plus de moitié qu'il a essuyée quand M** le Président lui a vendu quarante arpeus pour cent arpens ^ •

VOLTAIRE , A M. DE RUFFEY.

7 octobre*.

Mon cher Président , vous avez une belle ame y vous n'êtes point fétiche. Je suis pénétré de vos bornés, et je compte sur votre amitié pour le reste de ma vie. J'envoie à M. de £lancey et à M. de Varennes * m^^ réponses à l'assignation du Fétiche. Corneille me reproche de le quitter pour des fagots. Son ombre en murmure. Il est cruel de passer de Cinna et de

' Voltaire ne se lassant pas de répéter cette contre* vérîté, il faut bien répéter nos démentis.

* Tous deux secrétaires des Etats de Bourgogne»

CONTES LE PUBSIOENT DB BROSSES. l^J

Rodogune à une assignation; mais que fairç? Le misérable m'accable d'exploils ' : il faut repondre.

Je vous supplie de lire dans le mémoire eq- Yoyé à M. de filanccy un petit trait oublié daqs le vôtre. Le Fétiche demande de Targent de s^s moules et de ses fagots. Il dit dans son exploit que Baudy lui rend 12 liv. du moule. Baudy dans son exploit me demande 12, livres du moule. ,

Il est évident que si le Fétiche avait vendji réellement à Baudy des bois à 12 liv. le moule ^ ledit Baudy y marchand^ les vendrait davantage *. Il est clair qu'il compte avec le Féiiche de clerc à maître , et que le Fétiche lu^i donne quelque chose pour ses peines.

Il est démontré) comme je Icdis^ quelePrésidenta fait une vente simulée^ , qu'il m'a trompé

' Lisez d^un exploit : il n^y en eut pas deux dans cette affaire.

* Qui empêchait Baudy , livrant ce bois à Voltaire sut la recommandation du P. de Brosses , de le fournir au prix collant?— Puis , quand Baudy n'eût élé qu'un commissioi^naire , toute la différence c'est que le bois brûlé par Voltaire eût été directement dû à M. de Brosses , e^ jion à Baudy. Voltaire en devait-il moins payer?

^ Il est démontré que Voltaire l'affîrme. 11 va donner à l'instant la preuve du contraire.

l48 LETTRES DB VOLTAIRE

grossièrement dans le temps qu'il me vendait sa terre. Et si je vous disais que je soupçonnai cettebassesse il y a trois ans , et que je déclarai que je ne laisserais point sortir les bois , à moins qu'on ne me montrât un acte réel de vente ^ et que le P* m'en fît présenter un faux ' par Baudy : que diriez-vous *? vous^ homme vertueux! Songez qu'il faisait cette infamie dans le temps qu'il recevait de moi 47 n^iUe livres! Vous ne direz plus qvi'il est bon bomme quand il a de l'argent.

Qu'il tremble ! Il ne s'agit pas de le rendre ridicule : il s'agit de lb béshokorbr ^ •

Gela m'afflige. Mais il paiera cher la bassesse d'un procédé si coupable et si lâche.

Je vous embrasse. Vous me consolez.

^ Faux ! Hn quoi? Sur quoi fondé? Comment ne tous ayisez-vous de cette absurdité qu^au bout de deux ans?

* Je dirais qu^il y avait un acte de vente puisqu'il tou» en fut montré un en i y 53 (vous en convenez) , et que sur Uexbibitîon de cet acte , malgré vos soupçons antérieurs j vous laissâtes enlever les bois.

' Voltaire y travailla en effet de son mieux au moins dix années durant , ce qui ne Tempêcha point de demander à M. de Brosses , devenu premier président ^ Phon^ neur de mourir dans ses bonnes grâcesé^

£T DIT phesioent bb brosses. 149

30 octobre 1761 '.

Vous n^étes donc venu chez moi, Monsieur^ vous ne m'avez offert voire amilië, que pour empoisonner par des procès la fin de ma vie. Votre agent, le sieur Girod, dit, il y a quelque temps, à ma nièce, que si je n'achetais pas cinquante mille ëcus, pour toujours, la terre que vous m'avez vendue à vie , vous la ruineriez après ma mort* j et il n'est que trop évident que vous vous préparez à accabler du poids de votre crédit une femme que vous croyez sans appui, puisque vous avez déjà commencé des procédures que vous comptez de faire valoir quand je ne serai plus.

J'achetai votre petite terre de Tournay à vie,

■ Voltaire n'écrivît la lettre qu'on va Kre qn'tin mois après l'audience du 24 septembre, avec la préméditation manifeste de difïamer le président , alors absent de Dijon. Tout y est calculé pour la publicité j on le sent à chaque ligne.

* V. cl- après la réponse du Président*

l5o LETTRES BB VOLTAIRE

à l'âge de soixante et six ans, sur le pied que vous voulûtes. Je m'en remis à votre honneur^ à votre probité. Vous dictâtes le contrat; je signai aveuglément' • J'ignorais que ce chétif domaine no vaut pas douze cent livres dans les meilleures années^ ; j'ignorais que le sieur Chouet, votre fermier, qui vous en rendait trois mille livres, y en avait perdu vingt-deux mille. Vous exigeâtes de moi trente-cinq mille livres j je les payai comptant : vous voulûtes que je fisse, les trois premières années, pour douze mille francs de réparations ^j j'en ai fait pour dix-huit mille en trois mois, et j'en ai les quittances ^ !

J'ai rendu très4ogeable une masure inhabitable. J'ai tout amélioré et tout embelli, comme si j'avais travaillé pour mon fils , et la province en est témoin ; elle est témoin aussi que votre

' Après deux mois de discussions écrites , où le terrain est disputé pied à pied.

* <c Je Tiens de raffermer 1 200 lir., trois quarterons de « paille et un char de foin. » (Note de Voltaire) .y %j. la réponse du Président et la lettre LU ci-après.

^ Voltaire en avait d'abord offert très-spontanément pour a5boo lir. (Voy. ci-dessus lettre 1).

^ Ce ne pouvaient être que des quittances de démolitions. V. la réponse.

ET DIT FRésiDENT D£ BROSSB5. l5l

prétendue forêt , que vous me donnâtes ' dans vos mémoires pour cent arpens, n'en contient pas quarante. Je ne me plains pas de tant de lésions y parce qu^il est au dessous de moi de ïne plaindre.

Mais je ne peux souffrir, et je Vous l*ai 'mandé. Monsieur, que vous me fassiez un procès pour deux cents francs , àpk*ès avoir reçu de moi plus d'argent que Voire terre ne vaut. £si-il possible que , dans la plàee ou vdus âtès , vous vouliez nôiis dégrader Tun et raiitre au point de voir les tribunaux retentir de votre ïiom et du mien pour un objet si méprisable f

Mais vous m'âttaqtiez; il faut me défendre; j*y suis forcé. Vous me dites, en me vendant votre terre au mois de décembre 1768, que vous vouliez que je laissasse sortir des bois de ce que vous appelez la forêt j que ces bois étaient vendus à un gros marchand de Geiiève * qui ne voulait pas rompre son marché. Je vous crus sur votre parole; je vous demandai seulement quelques moules de bois de chauffage , et vous me les donnâtes en présence de ma famille.

■ Voltaire s'ayise un peu tard de cette imputation (V. ci-dessus p. 1 24 et plus bas la lettre LI).

* Lisez : A un tonnelier (V. ci-dessus ^ p. 4^1 1®* termes exprès de Tacte ).

l5a I.ETTRES DE VOLT A 1RS •

Je n'en ai jamais pris que six ; et c'est pour six voies de bois que vous me faites un pr.ocès ! Vous faites monter ces six voies à douze ^ comme si Tobjet devenait moins vil M

Mais il se trouve ^ Monsieur^ que ces moules de bois m'appartiennent ^, et non seulement ces moules , mais tous les bois que vous avez en* levés de ma foret, depuis le jour que j'eus le malheur de signer avec vous.

Vous me faites un procès dont les suites ne peuvent tomber que sur vous , quand même yous le gagneriez. Vous me faites assigner au nom d'un paysan de cette terre ^ , à qui vous dites à présent avoir vendu les bois en question. Voilà donc ce gros marchand de Genève avec qui vous aviez contracté ^ ! Il est de notoriété publique que jamais vous n'aviez vendu vos bois à ce paysan , que vous les avez fait exploiter et vendre par lui à Genève pour votre compte ; tout Genève le sait j vous lui donoiez deux pièces de vingt et un sous par jour pour faire

' Refuser de payer ces sue voies de bois ^ était-ce plus noble?

^ y. plutôt les instances de Voltaire pour qu^on les lui donne , (ci-dessus p. 66,)

3 Dans le procès^yerbal d'audience ^ Baudy est cpiali'fié négociant.

^ V. la réponse.

£T DIT FRisiDENT BB BROSSES. l5S'

l'exploilation , avec un droit sur chaque moule de bois , dont il vous rendait compte ; il a toujours compté avec vous de clerc à mattre. Je crus le sieur Girod y votre agent, quand il me dit que vous aviez fait une vente réelle* . 11 n*y en a point y Monsieur! I^e sieur Girod a fait Tendre en détail, pour votre compte^ mes propres bois dont vous me redemandez au jour* d'hui douze moules.

Si vous avez ùit une vente réelle à votre paysan , qui ne sait ni lire ni écrire, montrezmoi l'acte par lequel vous avez vendu , et je suis prêt à payer.

Quoi ! vous me £iites assigner par un paysan au bas de l'exploit même que vous lui en« voyez , et vous dites , dans votre exploit , que vous fîtes avec lui une convention verbale ^! Cela est-il permis, Monsieur? Les conventions verbales ne sont-elles pas défendues par For* donnancede i6$^ pour tout ce qui passe la valeur de cent livres?

Quoi! vous auriez voulu , en me vendant si chèrement votre terre, me dépouiller du peu

' Voltaire n^a garde ici de dire que Baudy lai en avait exhibé Pacte en 1768 ou 1759 (Y. p. i48)*

' Ainsi qualifiée pour éviter les droits du fisc. (Yôyex lettre LI ci-après.)

l54 LETTRES BB YOLTATRB

de bois qui peut y être! Vous en aviez vendu un tiers, il y & quelques années; votre paysan a abattu l'autre tiers pour votre compte. Votre exploit porte qu'il me vend le moule douze francs et qu'il vous en rend douze francs (en déduisant saD s doute sa rëtribu lion); n'est-co pas là une preuve convaincante qu'il vous rend compte de la recette et de la dépense ^ que votre vente prétendue n'a jamais existé ^ et que je dois répéter tous les bois que vous fltes enlever de ma terre ? Vous en avez fait débiter pour deux cent^ louis, et ces deux cents louis m* appartiennent. C'est en vain que vous fîtes mettre dans nôtre contrat que vous me vendiez à vie le petit bois nommé forêt ^ excepté les bois vendus. Oui , Monsieur , si vous les aviez vendus ' en effet, je ne disputerais pas; mais, encore une fois, il est faux qu'ils fussent vendus, et si votre agent ( vôtre agent, c'est «à-^lire vous) s'est trompé, c'est à vous à rectifier cette erreur.

J'ai supplié M. le premier président , M. le procureur général , M. le cot)seiller le Bault de vouloir bien être nos arbitres. Vous n'avez

' Ils étaient non-seulement vendas, maïs abattus (V. l'acte du 1 1 décembre 1758 et Taveu formel de Voltairci p. 142 ci-dessus) •

ET Dtr fresidekt 1>b Grosses. ]55

pas voulu de leur arbitrage * j vous avez dit que Votre vente au paysan ëtait réelle } vous ave» cru m'accabler au baillage de Oei } mais | Mon'* weur, quoique M. votre frèfé soit bailli du pays*, et quelque autorité que vous puissiez avoii^, vous n'aurez pas celle de changer les faits ; il sera toujours constant qu'il n'y a point eu de vente véritable.

Vous dites , dans votre exploit signifié à ce paysan y que vous lui vendites une certaine * quantité. de bois. Quelle quantité, s'il vous plaît? Vous dites que vous les fîtes marquer. Par qui ? Avez- vous un garde-marteau f Aviez-vous la permission du grand-mattre des eaut et forêts?

En un mot, Monsieur , la justice de Gex est obligée de juger contre vous, si vous avez tort ; elle jugerait contre le Roi , si un particulier plai-» dait avec raison contre le domaine du B.oi. Le sieur Girod prétend qu'il fait trembler en votre nom les juges de Gex : il se trompe encore sur ùet article comme sur les autres.

■ Ce9t Voltaire lui-mêttie qtii nVn TOillot pÀ9. II étri'' Tait à M. Lébanlt (12 noYeinbre 1761) t a Yets na «c m'avez pas répondu. Monsieur, sur TarbitrÉigeque je tt proposais. Auaax je n'en DEMutirD£-PLus* s»

* Claude-Charles de Brosses , comte de Tourney , grand-bailli d'épée du pays de Gex ^ cbarge liéréditaire <lans sa famille depuis Henri IV.

XÇ6 rSTTRBS DB YOX'TAIRB

S'il faut que M. le Chancelier, et les M i* mstresy et tout Paris , soient instruits de votre procédé 9 ils le seront; et, s'il se trouve dans votre compagnie respectable une personne qui vous approuve , je me condamne.

Vous m'avez réduit , Monsieur, à n'être qu'avec douleur,

Votre très-humble et très-obéissaijt serviteur.

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