M. DE BROSSES , A VOLTAIRE
Souvenez-vous , Monsieur, des avis prudens que je vous ai ci-devant donnés en conversation, lorsqu'en me racontant les traverses de votre vie vous ajoutâtes que vous étiez d'un çaraclère naturellement insolent* Je vous ai donné mon amitié j une marque que je ne l'ai pas retirée, c'est l'avertissement que je vous donne encore de ne jamais écrire dans vos moments d'aliénation d'esprit, pour n'avoir pas à rougir dans votre bon sens de ce que vous avez fait pendant le délire.
J'ai mis mes affaires avec vous dans la règle
» Fin dVtobre 1761.
CT DIT PRÉSIDEKT DB BROSSES. iSj
ordinaire et commune. Je n*en suis venu-là, malgré l'abus que vous faisiez du pouvoir que je vous ai laissé par le bail, qu'après que vous avez cherché à me jouer par un second marché illusoireet sans bonne foi de votre part'. Quoique j'aie en main de quoi vous mener fort loin à la Table de marbre ^, je ne l'ai pas fait jusqu'à présent, mon desseini ayant été seulement de vous contenir.
Quoiqu'après deux années de jouissance vous m'ayez persécuté pour acheter ma terre , quoique j'aie en mes luains l'offre de cent quarantecinq mille livres, écrite de la vôtre, et à laquelle j'avois enfin consenti^ (offre sur laquelle •Yous m'avez par bonheur manqué de parole , car je ne m'en défaisois qu'à regret); il n'est pas vrai , et il ne peut l'être que le sieur Girod vous ait dit que je ruinerois M°*® Denis si vous ne la payiez cinquante n^ille écus. Il a pu vous représenter pour lors que vous exposiez vos héritiers par les dégradations illicites que vous faisiez dans mon bois; ce qui est vrai. Mais il sait aujourd'hui , que pour ce prix , ni
' Y. ci-dessus j pages 89 9 xoo et 1 13»
* La Table de marbre était un tribunal spécial j institué pour statuer en dernier ressort sur tous délits et abus commis dans les bois^ même ceux deB particuliers,
^ V. ci-dessus p; lôi»
l58 LETTRES DE VOLTAIRE
pour aucun autre , je ne vendrois ma terre, ne voulant rien avoir de plus à démêler avec un homme admirable, à la vérité, par Téminence de ses talents , mais turbulent, injuste , et ar* tiûcieux en affaires sans les entendre.
Quant à IML"^® Depis, je l'honore et l'estime. C'est un tribut que tout le monde rend h sa jusr tessede cœur et d'esprit, dans un pays où, sans cette malheureuse effervescence à laquelle vous vous livrez , vous auri<^z pu vous-même trouver une retraite pc^isible et jouir tranquillement de votre célébrité. Comme elle est équitable et modérée, je suis très-persuadé que ma famille p'aura aucun dépiélé avec elle ' • Si , comme vous le dites , j'avois quelque crédit , il ne seroit jamais employé qu'à la servir.
Il faut être prophète pour savoir si un marché à vie est bon ou mauvais. Ceci dépend de l'événement*. Je désire, en vérité de très-bon cœur, que votre jouissance soit longue, et que vous puissiez continuer encore trente ans à illustrer votre siècle : car, malgré vos foiblesses ^
' Après la mort de Voltaire, M^^e Denis offrit 4O9OO0 liv. de dommages-intérêts pour les dégradations faîtes à Tourney. Il n'y eut pas de procès ^ les offres furent acceptées. (V. la transaction de 178 !•)
* L'^yénçQient ne fui ppint contre Voltaire; il sur-? vécut d'une année au P. de Brosses.
£T Pir. FUisiDENT DB BROSSES. iS^
TOUS resterez toujours un très-grand ]iomme
••.•• dan3 vos écrits. Je voudrois seulement que vous missiez dans votre cœur le demi*quart delà l^orale et de la philosophie qu'ils contiennent.
Quand vous m'avez pressé de venir chez yous pour entrer en pourparlers ^ ( ce que j'ai fait très-volontiers ^ puisque votre santé ne vous permettoit pas de me venir trouver ) j quand je vous ai ensuite remis ma terre de Tburnay; vous, qui étiez sur place, la connoissiez beaucoup mieux que moi qui n'y ai quasi jamais été. Vous l'aviez d'avance bien visitée et parcourue; ce qu'il étoit très-raisonnable à vous de faire. Je vous l'ai remise dans ce qu'elle contenoit dans votre vu et su , telle qu'en jouissoit le sieur Chouet alors fermier. J'ai toujours oui dire que la forêt contenoit environ 80 poses : c'est la mesure habituelle du pays, dont je suis si peu au fait, que j'en ignore encore la valeur'. Je vous ai remis le bail du sieur Chouet, montant à 3ooo livres^ avec progression pour les années suivantes à 3200 et à 33oo livres; il ne tenoit qu'à vous d'entretenir ce bail. Vous avez exigé qu'il fut résilié ; et le fermier, à son tour, a exigé de moi un dédommagement; ce qui étoit juste.
■ La pose équÎTaut à 27 areSf
l6o LETTRES DB YOLTAIRB
Vous dites à cela que le bail étoit trop cher et que Ghouet y a perdu 22,000 livres. Ici l'esprit de calcul vous a manque. C'est uue chose bien adroite que de perdre 22,000 livres en quatre ou cinq ans sur un bail de mille ëcus. Ce qu'il y a de plus curieux encore, c'est qu'aq vu et su de tout le monde et de votre propre connoissance, le sieur Chouet n'avoit pas un sol quand il estyenu de Livourne prendre ma ferme. Cependant il y a vécu et m'a bien payé : ce qui n'est pas une petite merveille dans un homme de si peu de conduite.
Vous allez sans cesse répétant à tout le monde qu'au lieu.de 12,000 livres que vous devez mettre en constructions et réparations au château dé Tournay, vous y en avez déjà mis pour 18,000 livres, et même quelquefois pour 40,000 livres. Je désire fort que cela soit ainsi. Mais n'ayant connoissance d'aucun autre changement que de quelques croisées et d'un pont de bois qui va au jardin , j'ai peine à les porter à ce prix. Au reste , je n'ai rien à vous dire là-dessus : vous êtes le mattre du temps j ce que •vous n'avez pas fait, vous le ferez' .
' L'éditear de ces lettres ft TÎsité Tonrney en 1 834 ; il a interrogé Tancien fermier de la terre , aujourd'hui propriétaire du château \ et par ses yenx comme par le
BT DU PRESIDENT DE BROSSES. l6t
Venons au fait, car tout ce que tous ditesla n'y va point. La mémoire est nécessaire quand on veut citer des faits. Elle vous manque sans doute lorsque vous affectez de confondre notre marché avec la commission de vous procurer du bois de chauffage. Ce sont deux chose$ très-isolées et qui ne furent pas fuites ensem* ble. Notre marché fut fait à Ferney , dans vof tre cabinet. C'est dans un autre temps, qu'eu nous promeuaût dans la campagne à Tournay^ vous me dites que vous manquiez actuellement de bois de chauffage; à quoi je vous répliquai que vous en trouveriez facilement de ceux de ma forêt vers Charles Baudy ' • Vous me priâtes de lui en parler , ce que ]e fis même en voire présence , autant que je m'en souviens , mais certainement d'une manière illimitée j ce qu'on ne fait pas quand il s'agit d'un présent. Je laisse à part la vililé d'un présent de cette espèce qui ne se fait qu'aux pauvres de la Miséricorde ou à un couvent de Capucins. Je vous aurois à
témoignage du vieillard dont le père avait été long- temps iermier de la terre de Tourney , il s^est convaincu que Voltaire s^en était tenti aux démolitions et à quelques distributions insignifiantes.
■ Inutile de faire observer que ce récit est conforme de tout point à celui de la lettre XXXIX , non contredit par Voltaire dans sa réponse.
j62 xetthes de voltaire
coup sûr donné comme présent quelques voies de bois de chauffage si vous me les aviez deinandées comme telles. Mais j'aurois cru vous insulter par une offre de celle espèce. Mais enfin y puisque vous ne le dédaignez pas, je tous le donne, el j*en tiendrai compte à Baudy, en par vous m'envoyant la reconnoissance suivante :
ce Je soussignë François -Marie Àrouet de Voltaire , chevalier , <« seigneur de Ferney , gentilhomme ordinaire de la chambre du « Roi y reconnois que M. de Brosses y président du Parlement ,
n m*a fait présent de voies de bois de moule, pour mon
ce chauffage , eu valeur de 281 f. y dont je le remercie. »
A ce
A cela près, je n*ai aucune affaire avec vous. Je vous ai seulement prévenu que je me ferois infailliblement payer de Baudy qui se feroit infailliblement payer de vous. Je l'ai fait assif^ner, il vous a fait assigner à son lour. Voilà Tordre et voilà tout. De vous à moi il n'y a rien , et faute d'affaires point d'arbitrage. C'est le sentiment de M. le premier Président , de M. de Ruffey, et de nos autres amis communs que vous citez * et qui ne peuvent s'empêcher
' Y. ci-«prè8 une lettre dé M. de RufFey à Voltaire. M. de RufFey approuvait si peu ce dernier qu'il écrivit à M°^® Denis pour l'engager à payer Baudy sans en rien dire à son oncle. Ces démarches de M. de Rufiey et le
£T DCr PRESIDENT D£ BROSSES. j6'6
de lever les épaules en voyant un homme si riche et si illustre se tourmenter à tel excès pour ne pas payer à un paysan 280 livres pour du hois de chauffage qu'il a fourui. Voulez-vous faire ici le second tome de l'histoire de M. de GaufFecourt à qui vous ne vouliez pas paye^ une chaise de poste que tous aviez achetée de lui ? En vérité je gémis pour l'humanité de voir un si grand génie avec un cœur si petit sans cesse tiraillé par des misères de jalousie ou delé* sine. C'est vous-même qui empoisonnez une vie si bien faite d'ailleurs pour être heureuse. Lisez souvent la lettre de M. Haller ', elle est très-sage* Votre grand cheval de bataille , à ce qu'il me paroît, est que Baudy n'est pas acheteur des bois , mais facteur rendant compte. Quand cela seroit , que vous importe ? Et qu'avez-vous à voir aux conventions entre lui et moi ? Lui devez-vous moins la livraison comme acheteur
silence fort significatif de M. Lebault n'empêchèrent pas Voltaire d'écrire à M. de Cour teilles : a J'ai envoyé à oc Dijon copie de ma lettre à tous les confrères du Présice dent de Brosses qui lèvent les épaules, (Voir ci-après oc lettre LU, p. i83.) y>
' Albert de Haller, un des plus grands hommes da XTiiie siècle. La lettre en question se trouve dans la plupart des éditions de la Corresp* gén. (fin de ij55}* Voyez l'édition Beuchot, t. LVIll, n** 2781.
l64 LETTRES DE VOLTAIRE
OU comme facteur? Démêlez- vous avec lui du priic et de la quanlilé : car ce sont des choses que j'ignore parfaitement. Je sais seulement , et je vous dis moi, qu'il y a eu un marché de vente. Je ne Tai pas vu depuis , et ne sais pas trop ce qu'il conlient. Il est resté là- bas entre leurs mains soit de Girod j soit de Baudy. J'ai autre chose à faire que de me mêler de ces détails. Je ne sais comment ils l'exécutent entre eux. Que ce soit par vente en bloc ou par factorerie à tant par moule, rien ne vous est plus indifférent. Je ne connois ni de nom, ni de fait un seul des gens à qui Baudy a livré pour des sommes considérables : j'aurois beaucoup à faire d'aller les rechercher l'un après l'autre. Je ne connois, qu'à la vue du compte qu'on me rend, la quantité vendue et l'argent auquel il monte. S'il ne s'y trouve pas , Baudy va le chercher près de ceux qui le lui doivent pour parfaire son compte. Rien de plussimple.il ne faut point de loi pour enteudre ceci : et je voudrois que vous connussiez mieux l'application de l'ordonnance de 1667 , avant que de la citer.
Mais je m'aperçois que votre prétention ne se borne pas là , et que vous voulez avoir tous les bois coupés qui restoient en moules dans la forêt lors de notre marché , sous le prétexte qu'ils n'éloient pas réellement vendus à un
£T DU PRÉSIDENT DE BROS&ES.. l65
marchand de Genève comme je vousrai dit alors. Tâchez d'avoir meilleure mémoire. Je vous dis alors que j'exceplois de la remise les bois coupés et ci-devant exploites , et huit pieds d'arbres encore sur pied que j'avois vendus depuis peu à un marchand de Genève. Lisez l'acte où cela est ainsi expliqué : M. de Voltaire aura la pleine jouissance de la forêt de T,ournay et des bois qui sont sur pied et non. ven^
dus Ledit seigneur de Brosses s^en^
gage à ne faire , couper aucun arbre dans ladite forêt , à la réserve de huit chênes vendus à un tonnelier de Genève , qui sont encore sur pied. Vous voyez donc que l'acte contient réserve des bois exploités qui n'étoient plus sur pied ( ce . sont ceux de Ba;udy), et réserve de 8 chênes non encore exploités, qui sont ceux de l'autre marchand. Un enfant entend bien que les bois qui sont à vous sont ceux qui réunissent les deux conditions d'être sur pied et d'être non vendus'. A cet égard vous a-t-on fait quelque tort y dites-le moi : je vous ferai rendre justice sur-le-champ. Comment ne sentez-vous pas que vous faites pitié quand vous me menacez d'en parler à la
* "Voltaire lui-même expose le fait ainsi. (V. ci-dessus p. 142. )
j66 LETTRES DB VOLTAIRE.
Cour, et peut-être même au Roi qni ne songe point à cela , comme vous Tavez très-bien dit ailleurs' ?
Au reste , si , aux termes de notre marché , vous pouvez vous faire adjuger les bois exploités avant le marché, je vous le conseille fort. Je laisserai prononcer les juges j c'est leur affaire. C'est très-hors de propos que vous insistez sur le crédit que vous dites que j'ai dan» les tribunaux. Je ne sais ce que c'est que de crédit en pareil cas , et encore moins ce que c'est que d'en faire usage. Il ne convient pas de parler ainsi : soyez assez sage à l'avenir pour ne rien dire de pareil à un magistrat.
Vous voyez, Monsieur, que je suis encore assez de vos amis pour faire en marge * de votre lettre une réponse longue et détaillée, à une lettre qui n'en méritoit point. Tenezvous pour dit de ne m'écrire plus ni sur cette matière, ni surtout de ce ton.
Je vous fais, Monsieur, le souhait de Perse : Mens sana in corpore sano.
* Va, le Roi n*a point la ton discours ennayeax : Il a trop peu de temps et trop de soins à prendre ! 'liA Vanitû, Satyre de Voltaire contre Pompignan,
• * Ceci peut faire apprécier la bonne foi de Tédilenr de 1808 qui , publiant la lettre de Voltaire qui précède (sagement omise dans les éditions antérieures), a suppri-
M. DE RUFFET, A VOLTAIRE.
Octobre 1761.
a gagner.
Rappeliez- vous riiuîtrc de La Fontaine et la scène v de l'acle II du Scapin de Molière.
mé U réponse péremptoire qu'on vient de lire, bien qu'elle fût en quelque sorte incrustée en marj^e et dans les interlignes de la leltre même qu'il imprimait.
l68 LETTRES DE VOLTAIRC.
Outre les mauvaises plaisanteries des avocats ^ vous avez à craindre celles de la canaille littéraire y qui sera charmée d'avoir prise sur vous.
L'enchanteur qui écrit votre vie aprendrat-il à la postérité que vous avez plaidé pour des moules de bois ? Vous estes mécontent du président y vous sçavez de quel bois il se chaufe ^ payez-le et ne vous chaufez plus à son feu ; il ne parait pas dans le procéz et vous oppose un homme de paille ^ ce qui le met en droit de publier partout qu'il ne vous demande rien et que vous vous plaignez injustement de luy. C'est l'interrêt sincère que je prends à votre gloire et à votre repos qui me fait vous tenir ce langage dicté par l'amitié; ne m'en sachez pas mauvais gré.
Adieu 9 Monsieur y je vous souhaitte tout le bonheur que vous méritez j évitez tout ce qui peut l'altérer j vivez pour vous et pour vos amis; et pour me servir de vos termes^ daignez prendre votre repos en patience* •
Je suis ^ etc»
M"« DEJVIS A M. DE RUFFEY.
Femey , 4 noyembre.
Si mon oncle pouvait soubconner^ Monsieur^ que j'eusse payé trente pistoUes à son insu au président de Brosses^ je ne doute pas qu*il n*en eût éié offensé. Non-seulement je n'ai pas voulu le risquer^ mais je lui ai montré votre lettre; il sent le motif qui vous Ta fait écrire et en est aussi reconnaissant que moi.
Mais ce n'est point mon' oncle qui fait un procès au président de Brosses , c'est le Président qui lui fait ce procès pour douze moules de bois.
Je n'entre point ici dans le fond de l'af&ire. Je sais seulement que mon oncle ^ après avoir été assigné 9 lui a offert de ne point plaider et de prendre pour arbitres M. le Premier Président ^ M. le Procureur Général et M. LeBeault^ conseiller : ce que le président de Brosses a refusé. Il me semble cependant que des arbitres de cette importance méritaient bien la confiance de M. le président de Brosses^ pour une affaire
IJO XBTTRES DE VOLTAIRE*
de 20 ou 3o pistoUes. Mon oncle lui dit : Si vous avez vendu votre bois avant la ûgnature du contrat de l'acquisition de Tournex , montrez-moi cet acte de vente, .et je vous paie celui que j'ai pris. S'il n'y a point d'acte de vente, tout le bois de la fibrèt m'appartient du jour que j'ai acquis, par les conventions du contrat. Que peut-on répondre à cela ? Je l'ignore* Je déteste les procès, et je souhaiterais fort que le président de Brosses fut plus traitable* Tout le monde ne pense pas comme vous , Monsieur, et personne n'a l'honneur de vous être plus inviolablement attaché que
Votre très-humble et très-obéissante servante|
Denis*
Permettez-moi de faire mille tendres complimens à M"*^ la présidente de RuHey.
P. iS. de la main de Voltaire.
J'ajoute raes remerciemens à ceux de Madame Denis. Je ne crains point les Fétiches. Et les Fétiches doivent me craindre. Il est clair que le Fétiche en question a fait une vente simulée. Et un magistrat m'a dit qu'un homme coupable de cette infômie ne resterait pas dans Je corps dont est ce magistrat. Je ne présume pas que le Parlementde Dijon pense autrement.
Y a-t-il rien de plus simple que mon procé-^
rETTRES DE yOLTAIRB. I7I
dé? Si vous avez fait une vente réelle, je paîej «i vous avez fait une vente simulée , soyez couvert d*opprobres.
Adieu , Monsieur. Votre belle âme doit être indignée, la mienne est à vous pour jamais.
i\r. B. Il n*y a qu'une voix sur le Fétiche.
VOLTAIBE, A M. LEBATJLT.
A Feniey , pays de Gex , par Genève , 4 i^o^- 1761.
Monsieur ,
J'ai rhonneur de vous demander trois tonnaux de vin (deux de bon vin ordinaire et ut\ d'excellent ) , le tout en bouteilles ; bien po-? table, bien gardable, et surtout très- peu cher, attendu que M. le président de Brosses m'a ruiné , et qu'il faut que le premier conseiller dit Parlement répare les torts d'un président. '
Ayez la bonté de lire ma lettre à M. dç Brosses , et jugezsur votre honneur et sur votrç conscience.
' M. Lebault n^ayànt pas répondu à la lettre XLIl ci« dessus , Voltaire essaîeraît-il de se le rendre fayorable par une demande de irins ?
1^2 LETTRES DE VOLTAIRH.
C'est en honneur et en conscience qne }e serai toutte ma vie. Monsieur 9 avec les sentimens les plus respectueux y
.Votre très-humble et trèsobéissant ^erviteur^
VoiTAIRB.
A cette lettre était annexée copie de celle de Voltaire à M. de Brosses , en date du ao oct. 1761.
VOLTAIRE A M. LEBAULT.
A Femey y ta nor* 176U
Je ne vous demande du vin , Monsieur , qu'en cas que vous en ayez de semblable à celui que vous m'avez envoie les premières années. A mon âge , le bon vin vaut mieux que M^ Tronchin. Il y a près de deux ans que je bois du vinaigre ^ et le président de Brosses n'y met pas de sucre. Je suis devenu délicat , mais pauvre. Je me recommande , Monsieur j à votre goust et à votre compassion.
Je vous demande en grâce de vouloir bien me procurer deux mille barbues ( c'est le mot, je crois) de seps bourguignons. Le tout m'arriverait par les mêmes voitures.
Tout ce que je reçois de Bourgogne me fait grand plaisir y excepté les exploits du président de Brosses'. Il veut vendre cher ses fagots. Tâchez y Monsieur y de me vendre bon marché votre vin , dont je fais plus de cas que de cette grande forest de quarante arpents de la magnifique terre du Président. Je sçais qu'il y a via et vin y comme il y a fagots et fagots. C'est du bon que je demande. Il serait doux d'avoir rhonneur de le boire avec vous y et que ce terrible président n'y mit point d'absinthe^. Il fait d'étranges hippolèses. Il suppose des ventes ^ et il argumente àjîalso supponente.
Vous ne m'avez pas répondu ^ Monsieur ^ sur l'arbitrage que je proposais. Aussi je n'en demande plus , et je le tiens condamné dans le cœur de tous ses confrères : quod erat ûfemonstrandum. ^
J'ai l'honneur d'être , etc.
VoLTAtRE.
* Voltaire avait reçu de Bandy y et non da Président^^ un seul exploit, comme on Pa vn plus haut. Mais il vou* lait qn'on le crût bombardé de procédures.
■ Encore !
Non missara catem , nisi plena craoris; birado,
^ La démonstration est sans. réplique.
ty4 r£TTR£S DE VOLTAIRE