VOLTAIRE A M. DE LA MARCHE
Fcrney ai*.
' Depuis rappariiion que vous avez daigne faire dans uos déserts , nous avons eu beaucoup de conseillers de Paris et quelques membres du conseil , mais rien qui approche de vous.
J'ay chez moi un parent du Fétiche encore plus petit que luy. C'est M. Fargès, mailredes requêtes * . Je crois qu'il n'approuve pas son •^vO/^
Fétiche ^ et qu'à la fin cette ridicule affaire sera abandonnée.
Adieu, monsieur, madame Denis et M^^* ^^0R5^
^ Novembre 1761. Cette date est iïxée par celle de la lettre lil ci -dessus.
' Lebeau-pèredeM.deCourteilles.y. p. 182, note 1;
* François Fargès , depuis intendant des finances et conseiller d'Etat, mort en J791 9 était le frère de la marquise de Saint^Pierre-Crévecœur et partant Fonde germain de madame de Brosses.
^ On a pu Yoir par la lettre LI que M. de Fargès ne connaissait TaHaire Baudy que par Texposé de Voltaire. Il est très-yrai du reste que cette afliire était ridicule: niais était-ce bien à Voltaire qu'il appartenait da là qua* lifier telle?
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l86 XBTTRES DB VOI^TAIRE*
Corneille sont remplies de sensibilité pour vous. Mademoiselle Corneille vous regarde comme un de ses plus grands bienfaiteurs y et moy \e suis pénétré pour vous du plus tendre respect.
Voltaire.
VOLTAIRE y A M. DE RUFFEY.
Aux Délices y 3 janyief^*
Mon cher Président, je ne suis poiut paresseux, mais je suis accablé de vers et de prose* Perrin Dandin avait moins de sacs. Mon coeur vous a écrit mille fois^ mais ma main n'a pu encore faire un mot de lettre. P^irdon nez-moi ^ je vous en prie.
J'ai été très-sensible à la mort de madame de Brosses ' . Elle était fille d'un homme que j'avais aimé depuis l'âge de sept ans ( et qui ne m'eût jamais fait un procès pour six voies
■ Françoise Castël de Saînt-Pîerrc-Crévecœur , première femme da président de Brosses ^ morte le 3,5 dé« cembre 1761.
rETTRES DE VOLTAIRE. 1 87
de bois). J'aurais même écrit au yeuf , si le veuf pouvait recevoir mes complimens sans rechigner. J'ai été très-fâché contre lui , mais je n'ai point de rancune ' • Je n'en aurai pas même contre ce président Le Franc de Pompignan s'il veut promettre de ne plus ennuyer le public.
Le Parlement de Bourgogne ne doit plus songer à son procès contre les Etats ^. Il s'unira avec eux pour donner au Roi un beau vaisseau. Je me flatte que mqn petit pays de Gex y con« tribuera pour un cordage. Mais j'aime encore mieux un bon carosse pour aller vous voir» si Corneille m'en laisse le temps ^ et si je peux avoir la consolation de vous embrasser.
VOLTAIRE A M. DE RUFFEY.
Aux Délices ^ 26 mai 176a.
Comme on se flatte toujours^ Monsieur, j'espère manger de vos navets. Je les fais planter
' Ceci pronye qaMl n^était plus question du procès Baudy et confirme la conjecture énoncée p. 181, note.
* Uaflaîre Varenne. V. ce nom dans la Biogr. univ, p t. XL VII. Cette aflaire est exposée ayec détails dans V Histoire de la vie et des ouvrages du président de Brosses.
l88 LETTRES BB VOLTAIRB.
dans une terre aussi sèche que le devient mon imagination. La maladie détruit toutes les fa« cultes à mon âge 5 et je vous réponds bien que je ne ferai plus de tragédie en six jours. Je Vous remercie bien sincèrement de vos graines et de vos régleniens académiques '• Que n'ai-je la force de faire le voyage ! Que ne puis-je assister à vos séances avec le président fétiche! Il est vrai qu'il ne serait pas mon fétiche y mais il pourrait bien être mon serpent , et surtout serpent gardien des trésors *• Je crois pourtant notre noise appaisée. Je voudrais en pouvoir dire autant des Etats et du Parlement.
Pourriez -vous avoir la bonté , mon cher Monsieur, de m'envoyer le Mémoire du Parlement et celui pour lequel votre pauvre parent est en pénitence ^ ? Je le trouve bien bon de n'avoir
' Les règlemens de TÂcadémie de Dijon.
* Cette plaisanterie porte à faux. Personne ne savait mieux dépenser que le président de Brosses. Voltaire lui-même (plus haut p. 69) , lui reproche d'avoir trop sacrifié à ses goûts de dépenses et dévasté la moitié de la Ibrêt de Tourney pour avoir de Pargent comptant.
^ M. Joly de Bévy , alors Conseiller , depuis Président au Parlement de Dijon y mort en 1822. Sa brochure Intitulée Le Parlement outragé est devenue d'une ra* reté excessive. Je n'en connais qu'un seul exemplaire* (V, Barbier } Dict* des Anan»)
tETTBES DE VOLTAIRE. 189
pas voyagé, elde s'être laissé embasliller j il me semble qu'il a pris-là un bien mauvais parti- Tout ce qui se passe dans ce monde me fait bénir ma retraite ; elle serait plus heureuse si je pouvais vous y posséder. L'état où je suis ne me permettra pas vraisemblablement la consolation de vous voir à la Marche. Tenez, voilà une gazette de Londres ^ vous pouvez la montrer, et même à Tabbé de Citeaux, pourvu que vous ne disiez point de qui vous la tenez , de peur que je ne sois exconununié et que je meure déconfès.
Je vous embrasse tendrement et vous regrette toujours.