M. DE LA MARCHE.. 2B
potéquez sur la terre de La Marche. Vous deviendrez avec moy Le bieufaicteur de Mll^ Corneille ; vous me ferez donc un plaisir extrême, mon digne magistrat , de mVnvoyer une procu' ration en blanc par laquelle vous donnerez commission et pouvoir de stipuler en votre nom la reconnaissance d'une somme de 20 m. "^ à vous prêtée par moy, au pays deGex, le i3 septembre 1761, portant intérêts de mille livres et hippo^équée sur la terre l'dire tie La Marche. C'est dommage qu'on ne puisse marier des filles sans passer par ces tristes ^rmalitcz.
HimeD qui marc1ia!t «eal Mène à présenta sa suilte un notaire.
Rien ne s'éloigne { contrats de mariage. ] qu'un était fait pour 1 terre , c'était vous. J sent dans ma retraite m'en ferait un siècle 1
losophie. Votre amilic est un beaumc pbis souverain pour mes manx que tous les philosophes présents et passez. Quand pourrai-je vous dire chez voijis combien JQ vous «ime & à quel poin^ je vous respecte 1*
A Fcrncy , a3 janvier*.
Je reçois dans le moment une lettre de monsieur Tronchin , le fermier général , par laquelle il me demande le billet et le double du billet pour vous les remettre luy-même. J'écris à Lyon, mon respectable et aimable magistrat ; je mande à l'associé de M. Tronchin qu'il envoie sur le champ ces billets que je comptais vous faire par* venir en droiture. A leur défaut, je vous renvoyé la procuration qui n'aura plus lieu moyennant l'arrangement que vous prenez : les vingt mille livres serviront toujours de dot à Mil® Corneille. Nous la marions, selon toutes les apparences , à un auire Bourguignon , au (ils d'un Maître des comptes de Dole , notre voisin , jeune officier très aimable " . On dit que vous n'étiez pas trop content de la famille Cormont *. Je ne
' M. Dnpuits , cornette de dragons.
* Il avait été question pour Mlle Corneille , du fils de M. de Colmont de Yangrenant, commissaire des guerres à Châlon-S. -Saône, lequel possédait un fief voisin da marquisat de la Marche. (Lettre à d'Argental, 16 décembre J762.)
A M. SB LA MARCHB. 289
veux point d'au gendre qui vous déplaise. Si vous éliez à La Marche y la noce viendrait danser dans votre parc. Les yeux me font mal , les neiges m'aveuglent. Je ne peux écrire longtemps j sans cela je vous écrirais huit pages.
À Ferney, 12 février 1763.
Cottime Je deviens un tant soit peu aveugle ^ Monsieur, permettez que j'aie l'honneur de vous écrire par mon clerc. Nous marions de* main M®^^® Corneille à un Bourguignon fort joli, officier de dragons de son mélier, et fils d'un maître des comptes^ Mes anges > M. et M"*® d'Argenial , ont si bien fait par toutes leurs bonlés, ont tellement suppléé à noire ignorance d'une publication de ban qui devait se faire à Paris, que rien ne nous rétarde plus. Un enfant qu'on dit plus aveugle que moi et qui est beaucoup plus puissant se mêle de la cérémonie j nous avons signé le contract de mariage j j'ai usé de la permission que vous m'avez donnée d^assigner à M*'^^*' Corneille, désormais M"*® Dupuits, vingt-mille livres sur la plus belle terre
apO I.BTTRES DE VOLTAIRB
de Bourgogne. Comme il faut que je Hisse apparoir et que j'annèice au contrat que ces vingtmille livres m'appartiennent , j'ai recours à vos bontëz.
On nous flatte dans nos déserts que nous pourrons avoir incessamment le plaisir de nous ruiner à votre Parlement. Si M™® la comtesse de Pimbêche avait été Bourguignonne , elle serait morte de chagrin ces deux années-cy •
Je crois qu'on débusquera à la fin les Jésuites nos voisins que vous connaissez^ • 11 y en a un pourtant^ qui fait notre mariage demain à minuit. Je pense qu'il ne leur restera bientôt pour tout bien que des sacrements. On les lapide au bout de soixante et dix ans avec les pierres de Port-Royal.
Conservez-moi vos bontéz et agréez mon tendre respect.
' Les Jésuites d^Omex. Voir la lettre à la Chalotaîs da 17 mai 1762, oà Voltaire confirme pleinement la note de la page i32 ci-dessus.
* Le père Adam.
X M. DE tx mauchs. 291
8 Janvier 1764 ^ & Ferney.
Mon illustre et respectable magistrat ^ mes lettres et mon cœur courrent après vous depuis un an. Je vous croyais actuellement à Paris conformément à votre dessein de passer l'hivert dans cette grande ville et le reste de Tannée dans votre belle terre. M. le président de Rtiffey m'apprend que vousétesà la Marche. Je vousen félicite f car après tout on n'est bien que chez soi^ surtout quand on sait s'y occuper.
Je me plains delà nature , non pas seulement de ce qu'elle m'a £iit malade et faible , et qu'elle 5'avise à présent de m'ôler présq n'en tiè rement l'usage de la vue ^ mais de ce qu'elle m'empêche de venir vous voir et être témoin des sentiments de votre belle âme dans votre solitude.
11 parait depuis peu un livre sur la tolérance à propos de l'affaire des Calas' . Je voudrais vous l*envoier et surtout vous en demander votre
' On sait que l'Essai sur la tolérance est de Voltaire.
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seDlimenl; failles-moi savoir, je vous prie, par quelle voie je puis vous Tenvoier.
Je m'imagine que dans voire belle relrailc vous regardez en pilië loutes les soltises qui agitent le monde et toutes les fautes que font le» corps et les particuliers, La sagesse n'habite guères que dans la solilude ; tout ce que je souhaite à cette belle divinité, c'est que l'ennui ne s'introduise pas chez elle.
On dit que vous bâtissez à la ville et à la campagne. Je m'avise d'en faire autant dans ma chaumière j mais le bonheur n'est pas dans ces occupations, il est dans la santé, valeat possessor oportet; le maître de l'univers serait très malheureux s'il digérait mal. Tout dépend de nos cinq sens ; tout le reste est bien peu de chose. A quoi sert le plus bel aspect du monde quand on devient quinze vingt?et qu'importent les perdrix quand on ne peut pas les manger ? Dieu merci, vous avez un bon eslomach comme un bon esprit j jouissez de ces deux pièces essentielles à la machine. Vivez heureux, vivez longtemset conservez-moi vos bontés.
Le presqu'aveugle,
A M. DE I.A MARCHE. 2^'i
Fcrney, 3o janvier 1764.
Digne magistrat, bienfaisant philosophe, il ne sera pas dit assurément que je sois assez sot pour mourir sans vous avoir vu dans votre paradis de la Marche. Vous y fondez un hôpital' , voilà tout juste mon affaire. J'y viendrai en quaHté d'impotent si nos vilains vents conlinuent , et en qualité d*aveuglesi ma fluxion sur les yeux ne guérit pas 5 j'y viendrai sain ou sauf^ en litière ou en brancard , en bonnet de nuit ou en perruque. Vous éclairerez mon esprit, et cela vaut bien la guérison de mes yeux que vous me faites espérer. Vous me rendrez raison si vous pouvez , de toutes les sottises, de toutes les inconséquences, de toutes les contradictions de la Gaule Transalpine et des pauvres petits royaumes des Bourguignons et des Francs.
Vous me direz quel chemin il faut prendre
-pour arriver de ma chaumière à votre palais de
La Marche. J'envoye le livre de la Tolérance que
* A. Mervans, bourg dépendant de la terre de la Marche. Cette fondation a été transférée à Chalon-sur- Saône.
api LETTRES DE VOLTAIRE
Tau leur m'ordonne de vous présen 1er par la voie de M. de Raimond ^ directeur des postes de la Franche- Coni lé. Je ne sais pas si c'esi la voie la plus sûre et la plus prompte. Je hasarde cellelà parce que vous ne m'en avez pas donné d'autre. Le paquet doit arriver franc. S'il fait naufrage en chemin , on tâchera de prendre une autre route.
J'ay actuellement une grande affaire avec Monsieur votre (ils. Je ne sçais si vous sçavez qu'il est aussi venu à Ferney« Je suis à peu près dans le cas du Roy. J'ay eu affaire à trois parleniens du royaume à la fois^ je m'en suis tiré jusqu'icy assez heureusement. Nous verrons si je réussirai avec le vôtre. Sçavez-vous bien que mon affaire est très délicate et que j'ai obtenu du Roi une belle lettre dont on n'a pas fait grand cas. Ce monde-cy est plaisant^ et moi aussi en vérité. Mon Dieu, que j'ay envie de venir philosopher à la Marche ! J'ay trois jours à vivre : que j'en passe un avec vous et je suis content. Conservez-moi les bontés dont vous m'honorez, et soyez sûr que vous êtes autant aimé que res* pecté du vieux de la Montagne.
A M. DE X.A MARCHE. SpS
xxn.
Aax Délices ) 4 ^^J ^7^i'
Mon illustre magistrat, digne d'un meilleur siècle^vousétesdigneaussid'avoirdesamis moins paresseux que moi^ouplutôtdesamlsmoins privés de la douceur de la société. Il y a deux mois que je me trouve absolument incapable d'écrire et de me remuer. J'ay été obligé de me transpoi'» ter aux Délices auprès de M"" Tronchin, quoique je sache très bien que les voyages au temple d'Ëpidaure ne rendent pas la santé. Je ne parle à mon médecin que par condescendance pour ma famille. Il faudrait que je fusse fou pour imaginer qu'un homme peut guérir la vieillesse et la faiblesse d'un autre homme ^ et encore plus fou de ne pas me soumettre de bonne grâce à la destinée. Ma carrière finit , la vôlre sera plus longue, parce que vous êtes né avec de meilleurs organes comme avec un meilleur esprit. Vous êtes un vigoureux Bourguignon, et moi un faible Parisien.
Je vous loue aussi de faire des chansons; il est vrai qu'elles ne sont ni bachiques, ni grivoises 5 mais elles sont pleines d'agrément, et je crois que Cicéron en aurait fait de pareilles en
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mai iant son neveu, car quoi qu'en dise Juvenal, Cicéron votre devancier faisait fort bien les vers , et il était réellement le meilleur poète de son temps après Lucrèce j c'est de tous les poètes Romains celui que j'aime le mieux avec ses défauts.
S'il y avait quelqu'un parmi nous que j'osasse comparer , quoique de très loin , à ce grand homme, ce serait le chancelier de l'Hôpital, On vient d'imprimer sa vie j je ne sçais si on en fera autant pour notre chancelier d'aujourd'huy! * Nous sommes bien médiocres en tout genre. Ne rougissez- vous pas quelquefois delà décadence où vous voiez notre nation? Nous avons eu un beau moment sous Louis XlVj mais nous n'a-» vous aujourd'hui que l'opéra comique et M*"* Duchapt.
On dit que M^ d'Eiiole le Normand fait un beau procèz à la mémoire de M™® sa femme, et préiend hériter d'elle en venu d'une donation réciproquede tous leurs biens stipulée dans leur cou tract de mariage. La plat te éloquence de nos avocats aura là un beau champ de bataille ; on verra si une séparation l'emporte sur une
'' Guillaume de Lamoiguon de Blancmesnil, père de Lamoignon de Malesherbes , avait succédé à d'Aguesseau le 27 novembre 1750 Démissionnaire lui-même en 1768, il eut pour successeur Réné-Nicolas-Charles-Auguslin do MaupeoU) et mourut le 12 juillet 1772 , à 90 ans.