‹ Correspondance inédite de Voltaire avec Frédéric II, le président de Brosses et autres personnagesChapitre 32 sur 61 · AU PRÉSIDENT DE RUFFEY · texte numérisé non relu

AU PRÉSIDENT DE RUFFEY

M. Richard de Roffey ( Germain-Cilles ) , né à Dijon le 6 octobre 1706 , étodia sous les Jésuites au collège Louis-le -Grand. D^abord élu du Roi à la cbambre des Ëlus généraux des États de Bourgogne , puis Président en la cbambre des comptes de Dijon en 1 ^35 , îl se retira de cette compagnie ayec le titre de président honoraire en 1757.

Il s^était lié avec Voltaire aux eaux de Plombières en 1^549 et depuis il ne cessa de correspondre avec lui jusqu'en 17789 c'est-à-dire jusqu'à la dernière année de la vie de l'auteur de la Henriade*

Le Président de RufTey était aussi en relations épis-» tolaires fort suivies avec nombre de gens de lettres con<^ temporains et surtout avec Buffon. L'Académie deDijon^ fondée en 1740 9 mais singulièrement languissante durant vingt années, lui dutcomme une seconde naissance lors* qu'en 1760 , il fit entrer dans cette compagnie la plupart des littérateurs qui s'assemblaient chaque semaine à l'hôtel de RufTey. 11 s'occupa fort activement dès-lors de tout ce qui pouvait donner quelque retentissement et quelque éclat à cette société littéraire , et fit bâtir à ses frais la serre du jardin botanique dont l'avait dotée Legouz de Gerland.

On cite un trait plus honorable encore du désintéressement de M. de Ruffèy* Institué l'héritier d^un de ses cousins 9 conseiller au Parlement de Bourgogne , il remit spontanément cette succession ( d'une valeur de plus de 1 00,000 tf) au frère du défunt.

Le Président de Rufley est mort le 1 8 septembre 1 794 9 cinq mois après son fils aîné , Président au Parlement de Dijon, tombé sous la hache révolutionnaire le 10 avril précédent.

À Lyon, lé sa iibi^ethké i^54;

Ta\ l*feçtl, Monsieur y de nouvelles preuves de voire mérite et de votre amîtië. Vous augtiietitez les regreiis que je sens d^avoir séjourtie si peu à Dijon ^ . Ma tiièce et moi nous avotis plus d*uû remerciement à vous faire. Oserais-je vous supplier d'ajouter à vos bontés celle de Vouloir bien assurer M, le premier président de La Marche de mes tendres respects quand vous

^ Ëii allant de Colmar k Lydii ^ k la l'enconti'e au inàréclial de Richelieu. Voltaire fît ce trajet dtt lO au 20 novembre.

3o5 LETTRES DE VOLTAIRE

le reverrez. Recevez les miens pour vous, et soyez persuadé du véritable altachement d'un voyageur malade que le changement de climat ne peut guérir, et dans qui ce changement ne peut altérer lessentimens avec lesquels il sera toujours f

Monsieur, etc.

Au château de Prangin , 7 jaiivier iy55f près de Nyon , pays de Vaud.

Votre prose, Monsieur, est aussi obligeante que vos vers sont agréables. On ne peut être plus sensibles que nous le sommes, ma nièce et moi, à vos bon tés. Vous avez été témoin , à Colniar et à Plombières , du cruel état de ma santé^ elle est devenue encore plus mauvaise. Tous les médecins de Lyon m'avaient conseillé les bains d'Aix en Savoie; mais les médecins de Genève ont voulu absolument que j'attendisse une saison plus favorable; je ne connais qu'une belle saison , Monsieur : ce serait celle qui me rapprocherait de vous et de M. de La Marche.

A M. DE RUFFfiY, ZoJ

Je passerai cet hiver avec ma garde-malade dans un très-magnifique chàtau vis-à-vis Ripaille'; nous sommes bien loin de faire ripaille , et encore pins loin de la papautë qu'attrapa le duc hermiie Amëdée ^. Je suis condamné à la solitude et au régime par des maux intolérables qui m*em[>echent de vous écrire de ma main. Conservez-moi voti^ amitié , et recevez les tendres sentimens de la reconnaissance et de rattachement avec lesquels je serai toute ma vie. Monsieur,

Votre très- humble

À Prangln, au pays de Vaad , 16 février lySS.

Il est vrai, Monsieur, que j*ailoué pour quelque temps unedes plus joliescap[ipagnesdu monde

' Maîion de plaisance des ducs de Savoie.

* Amé ou Amédée YllI , premier duc de SaYoie , se fit bermite à Ripaille près de Thonon en 14^4? ^t fut proclamé Pape sous le nom de Félix Y ) mais il abdiqua bientôt»

3o8 LETTRES DE VOLTAIRE

auprès de Geaève. Je ne sais si j'en aurais pu trouver une aussi agréable au près de Rome. Mais je n'ai choisi cette campagne ^ qu'en qualilé de malade , ei parce qu'elle m'approche du médecin en qui madame Denis dit que je dois avoir con^ fiance. Cette maison est sur le chemin desbaios d'Aix en Savoye , où l'on veut me conduire. J'aimerais bien mieux aller à Dijon , jouir de votre amitié et éire témoin de tous les avantages que M. de la Marche' procure à la ville et aux lettres. Si ma santé peut devenir tolérable^ je vous assure que je viendrai à Dijon passer une partie de Thiver. Je suis tendrement attaché à M. de la Marche depuis mon enfance : ce serait une grande consolation pour moi de le voir encore avant de mourir j mais je crains bien de n'avoir plus la force de faire des voyages.

Je vous dois, monsieur | les bontés de M"* la baronne de Donop* j elle m'a fait déjà l'honneur de m'écrire pour m'offrir ses bons offices. Tout le pays où je suis s'est empressé à me

' Voir raVant-{)ropos des lettres adressées à ce magistrat, ci-dessus page 25a.

* De la famille Tarretin , une des plus considérables de Genève. Elle était femme d'un Résident étranger.

A M. DE RUFFEY. Sop

donner les marques les plus touchaniesde bonne volonté; mes maladies m'empêchent d'en profiter, mais elles me laissent un cœur bien sensible aux attentions dont vous m'honorez.

Je vous prié de vouloir bien présenter mes respeclsà M . le premier président de la Marche. J'ai l'honneur d'être avec toute la reconnaissance possible, et avec les sentimens les plus tendres et les plus respectueux, Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

Aux Délices y près de Genève, le 4 avril 1755.

Nous avons eu. Monsieur, celui qui a fait vos plaisirs à Dijon* . Il m'a fait presque oublier

' Lekain. On assure qu^ayant risqué à Dijon j où il séjourna trois semaines, une intonation nouVelle dans un de ses rôles , il fut sifflé , et remercia le public de la leçon. Il joua dans trois pièces du théâtre de Voltaire , savoir le rôle d'Hérode dans Marianne, celui de Zamore dans Alzire f et dans Zaïre celui d^Orosmane.

3lO LETTRES DB YOLTAIRB

mes maux. Les vieux magistrats de Genève sont venus l'entendre dans ma retraite^ et la sévérité de Calvin a cédé au plaisir; c'en serait un bien grand pour moi de vous voir ici , car je désespère de pouvoir venir à Dijon cette année. Accablé de maladies et d'ouvriers y je suis con-* tiûuellement occupé à me faire un assez joli tombeau ; mais j'ai bien peur qu'il ne soit trop long à faire. On n'a point ici les mêmes secours qu'en France; on exécute mal et lentement. Je vous supplie. Monsieur, de permettre que je présente ici à M. le premier président de la Marche^ les assurances de ma tendre et respectueuse amitié. C'est avec ces sentimens que j'ai Thonneur d'être.

Monsieur , etc.

Aux Délices I près de Genève , le a3ao&t 1755.

Il est vrai, Monsieur^que mon corpsafaitunef** forien setrausportant àGex^et monâme en a fait nn autre en barbouillant une tragédie cbinoise. Je ne donne plus que des magots. Yoiià comme

A M. DE RnFF£T. 3ll

<yn fiDÎt; mais qu« voulez-vous qu'on £i$s6 quand on se trouve entre des médecins et des apoticaireSy des montagnes et des fripons? Votre intendant' m'a paru tout aussi aimable qu'à vous. Si mon goût décidait de mes marches, je viendrais bien vite profiiter des bontés de M. de la Marche 9 de celles de M. de la Valette , et surtout des vôtres. Mais je suis hors d'état de voyager. Il faut que je m'en tienne à mes montagnes et à mon lac. Je me souviendrai toujours de vous dans ma solitude , où j'oublie tout le reste du monde de tout mon cœur. Comptez sur liies sentimens et jamais sur mes complimens.

A Moarion, é février iy56.

Je suis doublement flatté. Monsieur} les vers que vous daignez m'adresser sont les meilleurs quej'aie jamais vude vous. Vous voyez que ce sont

■ M. Joly de Fleury de la Valette, frère de Pavocatgénéral et intendant de Bourgogne de 1749 ^ 17^1*

3ia LETTRES B£ VOLTAIRB

les obstacles qui font les succès, et que c'est souvenld'un terrain ingrat qu'on tire le meilleur parti. Si ma déplorable santé me Tavait permis, j'aurais eu la satisfaction d'entendre ces vers de votre bouche. M. Le Bault me mettra peut-être en état de faire le voyage, s'il continue à me faire avoir un aussi bon cordial que son vin« Permettez-moi de lui présenter ici mes respects aussi bien qu'à M"^^ Le Bault.

L'histoire de la guerre de 174^ > dont vous me parlez, est une rapsodie misérable, tirée d'une partie de mes manuscrits qu'on m'a volés. Tout y est tronqué et estropié. Cette prétendue histoire ne va que jusqu'à la bataille de Fontcnoyt II y a quelques années qu'on me vole ainsi mon bien , et qu'on le dénature pour le vendre. On met sous mon nom des ouvrages que je ne connais pas; on défigure ceux que j'ai faits. Il faut prendre patience* Il y a de phis grands maux dans le monde sur terre et sur mer. J'ai l'honneur d'éure, avec tous les sentimens que je vous dois.

Monsieur ,

Votre très humble

A M. DE nUFFET. 3l3

Aux Délices près de Grenèye , la avril 1756.

En revenant, Monsieur, à mon petit hermîtage qu*on nomme les Délices , je reçois presqu'à la fois votre lettre et votre présent. M. Tronchin, qui me faisait vivre, m'a abandonné pour aller inoculer des princes j vous réparez le tort que me fait son absence en daignant m*envoyer du vin de Bourgogne, qui vaudra mieux pour moi que tous ses remèdes.

Une me manque, Mon8ieur,qu e d'avoir Tbon* neurde boire ce vin avec vous. J'ai aussi des vignes, maisce sontdes vignes plus hérétiques qu'à Genève :ellessont maudites de Dieu etdel'Eglise, Ma retraite est d'ailleurs aussi agréable qu'elle puisse l'être j je m'y attache tous les jours , el je sens que je ne pourrai la quitter que pour venir vous remercier de vos bontés. Ce que vous me mandez de la santé de M. de la Marche me pénètre de douleur ; c'est le plus ancien ami qui me reste ; la mort m'a enlevé presque tous les autres. Je me flatte encore de le retrouver à Pijon avec vous, si ma saaté me permet de

3l4 LETTRES DE VOLTAIRE

faire ce voyage. Adieu, Monsieur, recevez les tendres remerciemens de

Votre très humble

Je suis fort en peine de M. le maréchal de Richelieu : j^ai bien peur qu^il ne trouve des vaisseaux anglais dans son chemin avant d^arriver à Minorque; mais sML peut ou les devancer ou les battre , il prendra Port-Mahon , il vengera la France et reviendra comblé de gloire. Adieu, Monsieur , je vous réitère mes remerciemens et les tendres sentimens avec lesquels je serai toute ma vie ,

Votre très humble et très obéissant serviteur,'

Ce post-scriptum seulement a été publié par M. Beuchot , n^ 9348 de la Correspondance générale, J*igDore commeut ce fragmeut était parvenu entre ses mains séparément de la lettre qui précède.

Aux Délices , 11 juillet 1756.

Je ne suis qu'un petit prophète, Monsieur} et vous êtes un vrai poêle, cui mens divinior at^ que os magna sonaturum. Il faut avouer que M. le maréchal de Richelieu doit être plus flatté

A M. DE nUFFET» 3l5

âe vos éloges que de ceux d'un homme qu'on pourrait regarder comme séduit par un attachement de tant d'années.

Je crois que M. de la Marche ferait mieux de venir à Genève , au temple d'Ësculape, que d'aller dans ses terres de Bresse; si quelqu'un dans le monde est capable de le guérir , c'est M. Tronchin. Ses amis devraient l'engager à prendre ce parti. Il y a moins loin de ses terres à Genève qu'en Languedoc^.

II est bien triste de voir un homme aussi estimable dans un si triste état. Adieu^ Monsieur^ les malades comme moi écrivent peu ; mais vous ne douttez pas des sentimens qui m'attachent à vous. Ils sont si vrais que j'ose supprimer les

cérémonies.

Aux Délices, 19 septembre*

J'écris quand je peux, mon cher monsieur} je dérobe ce petit moment à mesallariueset âmes

' M. de la Marche était allé consulter la Faculté de Montpellier.

3l6 LETTRES DB VOLTAIBE

souffrances pour vous remercier de votre souvenir. J'ai chez moi une nièce qui a été longtemps enlre la vie et la mort * . Je ne suis guère mieux. Ainsi tenez-moi compte avec votre bonté ordinaire de mon triste laconisme. J'avais conseille à M. de la Marche, de venir voir Tronchin , quoique Tronchin ne me guérisse pas.

J'ai pour voisin le président de Brosses*; c'est un homme qui paraît très instruit. Mais je ne peux profiter d'un si bon voisinage. Je peux à peine vous mander que je vous suis tendrement attaché*

Lemalade^ V.

I M™« de Fontaine , sœur cadette de M"^« Denis et de Tabbé Mignot , fille d^une sœur de Voltaire.

* Ceci parait marquer le commencement des rapports de Voltaire avec M. de Brosses. Ils sont plus caractérisés dans une lettre de ce dernier à M. de RufTey en date du i4 octobre 1756.

a Je n^ai guères pu profiter, écrivait- il, de Pagréable K Toisinage de Voltaire , n^ayant passé qu^one soirée à ce mon aise avec lui , Troncbin , Jalabert et d^Alembert , o: Tencyclopédiste, qui s^y trouva. Nous nous ajournâmes ec à un grand dîner pour le surlendemain. Mais , Tune a de ses nièces étant tombée malade à Textrémité , la a partie ne put avoir lieu. Elle a toujours été fort mal , « de sorte que je n^ai tu Toncle que deux autres ibis a depuis , et assez succinctement. »

A M. DE RDFFEY. Si/

A Monrion pfès de Lausanne, 6 février 17^7.

Il y a quelques jours ^ Monsieur , que j'ai fait parliràvoire adresse^ parPonlarlier, un paquet de quelques livresqui sontaucoche ou à la messagerie ^etqui vous seront rendus à votre premier ordre , en casque quelque méprisedans l'adresse n'ait pas permis qu'on les portât chez vous. Si vous jettez les yeux sur celte histoire , vous n'y trouverez rien de plus fou et de plus atroce que ce qui se passe aujourd'hui dans Paris ^ .Voilà la suite du Jansénisme et du Molinisme et des querelles des prêtres. Il y a en France deux nations : celle des honnêiesgens et celle des sauvages. C'est le pays des conirastes. J'ai bien fait de choisir le pays de l'uniformité. Si j'avais de la santé) je serais heureux et je vous écrirais de plus longues lettres. Comment va M. le Premier P^ de la Marche? Comptez que personne ne vous est plus attaché que le Suisse

* L^assassinat de Louis XV par Damiens j le 4 j^^* vier 1757.

3i8 LETTRES DB VOLTAIRE

De Lansanne, le la jantier 175S.

Voire souvenir^Monsîeur, m*esl bien sensible^ et vous devez penser que j'applaudisde loul mon cœur au parti que vous avez pris d*être entièrement libre'. Si jamais il vous prend fantaisie d'user de cette liberté pour venir voir nos cantons, je tâcherai de vous recevoir un peu mieux que je n'ai fait à Golmar. J'ai une maison assez agréable à Lausanne j j'y vois de mon lit ce beau lac 9 qiii baigne cent jardins au dessous de ma terrasse , qui forme à droite et à gauche un canal de douze lieues, une mer tranquille vis-à-vis de mes fenêtres , et qui arrose les campagnes de la Savoye, couronnées des Alpes dans le lointain. Le Grand-Turc n'a pas une plus belle vue; mais le Grand-Turc est jeune ^ vigoureux et a autant

' M. de Rufjfey Tenait de résigner sa présidence à la Ckambre des comptes dont il demeura Président honoraire.

A M. DE RUFFET* Sip

de Glles qu'il veut. Sans ce petit avantage , je ne lui envierais rien. Je passe l'hiver à Lausanne, nous y jouons la comédie et quelquefois assez bien. Ensuite nous allons passer la belle saison dans l'autre hermitage des Délices, où nous trouvons la trouppe de Lemoine. Le petit hermitage des Délices' me platt encore pins que Lausanne. Le paysage est moins vaste , mais beaucoup plus pittoresque. Quelques livres dans ces deux retraites, quelques bouteilles de via de M. Lebault, votre compatriote, et de temps en temps bonne compagnie, yoilà de quoi ne pas regretter Paris.

Omitto mirarî beatœ Fnmnm et opes strepitumqae Romœ.

Ces retraites surtout conviennent à un malade qui ne peut guère sortir de chez lui. Si j'avais de la santé, je viendrais vous voir à Dijon*. Mais \ous qui vous portez bien , vous devriez bien

' La maison que Yoltaire intitula les Délices est à peu de distance de la chute de TArve dans le Rhône.

* Pure coquetterie. Voltaire laissa espérer sa visite à» ]Sf • de KtifTey jusqu^en 177B, où il traversa Dijon , sans 0^y arrêter , en allant jouir à Parir des honneurs du triomphe»

Venir faire iin pèlerinage chez nos bons Suisse^*

Adieu y Monsieur ; il n'y a point de Suisse qui

vous soit plus sincèrement attachéque rhermilQ^

xn»

Ainsi donc, Moiisieuf, vous m^envoye^ deS' roses, et quidquid calcaveris rosa fiet. Avez- Vous vu M. le président de Brosses^ ? S'il vient dans un an à Tournav« il demandera où était le chàtau. Le plaisir de bâtir et de planter flatte titi peu ramoul* p^opt*e, et cela est vrai; mais le plaisir de mettre les choses dans l'ordre est bien plus grand. J^ai une telle horreur pour la difformité que j'ai rajusté deux maisons en Suisse, uniquement parce que leur irrégularité me

■ Cette lettre est une réponse à celle que M. de&uf* fey avait adressée à Voltaire le i«' janvier 1759.

^ M. de Brosses ne faisait quVrriver à Dijon , de xé* tour de Tourney qu^il venait de vendre à yie 4 Voltaire*

A M. DB RUFFET» 32 1

Blessait là Vue. Les propriéiaires lie sont pas fSichésde trouver un homme de mon humeur* Je ne me mêle point de réformer les mauvais livres 9 qui pleuvëntdans Paris ^ mais bien les maisons où je loge. Hoc euro et omnis in hoc sum * . J'ai été trop fôché de n'avoir pu avoir rhonneur de vous loger dans mon chétif hermi^ tage des Délices , pour ne pas bâtir au plus vile quelque chose de plus digne de vous recevoir.' Votre Chambre des comptes n'entendra pas sitôt parler de moi. L'acquisition de la terre de Ferney m'a causé plus d'embarras que celle de Tournayj toutaétéjini en un quart d* heure avec M* de Brosses'^ ; mais pour Ferney , il n'en va pas de même : Mg' Paramont ^, le sérénissime comte de la Marche me remet la moitiédesdroils^' et son conseil exige que je spécifie ce qui dépend de lui et ce qui n'en dépend pas; c'est une distinction très difUcile à faire et qui demande des recherches de Bénédictins. Je me donne biea

' Horace a dit :

Quid verum atque decens euro et rogo; et omnis in hoc sum.

Bpist, I, Ub, /.

* Voltaire ne pensait point encore à ce qu'il écrivit depuis du caractère intéressé de M. de Brosses.

' CVst ce mot qu^il faut lire dans la lettre dn 7 mars 1760 à d'ArgentaL MM. Clogenson et Beuchot , qui ont lu par amour, avaient raison de Toir là un non-sens.

322 LETTRES DB VOLTAtRE

de garde de faire des actes de seigoeor à Ferney* Je n'ai point encore signé le contrat : je n'agis jusqn'à présent qu'avec une procuration du vendeur. Je n'ose même aller à la messe de peur que la Chambre des comptes ne saisisse mon fief. N'aurai-je pas même encore^ s'il Tons plaie ^ six mois après la signature^ pour tous donner aveu et dénombrement? Je m'en rapporte à vous; j'espère qu'on ne me chicanera pas; mais, mon cher président y ce que j'ai bien plus à cœur et ce que \e regarde comme la plus belle des acquisitions^ c'est d'avoir quelque part dans le souvenir de madame de B.u£l*ey ' ; s'il y a beaucoup de dames à Dijon qui lui ressemblent y c'est à Dijon qu'il faut vivre. Aussi aurais- je déjà fait le voyage si je n'avais embrassé bien fermement le parti de la retraite pour le reste de ma vie» Vous pourrez dire de moi :

Namque sbL Œbalîse meminî me turrîbas allU Coryciom Tidisse senem , caî pavca beatt Jugera rnris erant, etc.

et qu'est-ce qui me retient sur les bords de mon

lac?

Libertas, qusesera tamen respexit inertem.

' V. ci-dessus p. 29. M^*^ Ap Rufiey avait accompagné son mari dans la visite qu^il fit à Voltaire en octobre

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