A M. DB RUFF£Y
pierres» Adieu ^ mon cher donneur de roses. Mille respects à madame de Rufifey et aux roses de son teint.
Senza cérémonie*
Aux Dëlicea, 27 mars i759r
Nous sommes^ M"*® Denis et moi , Monsieur^ les deux plus envieuses créatures de ce monde ; et M™* de Fontaine est Tobjet de notre rage.' Elle va vous voir, et nous restons entre nos Alpes et le Mont- Jura. Je présente mes regrets et mes respects à madame de Ruffey.
Vous m'avez permis de m'adresser à vous. Monsieur , pour Taveu et dénombrement du lîef de Fernex. Je vous envoyé ce que j*ay. S'il faut la minute du contract y j'aurai Phonneur de vous la faire tenir. Je n'ay point encore fini avec Mg*^ le comte de La Marche. On ne peut être plus sensible que je le suis à vos bontés. Regardez-moi comme un homme qui vous sera attaché toulie sa vie.
326 XETTRES DB TOLTAIBB
Aux Délices , a mai 1759.
C'est abuser de vos bontés , Monsieur ^ que d'avoir passé tant de temps sans en profiter* J'ai toujours attendu que Mg^ le comte de la Marche 9 mon Seigneur suzerain ^ eût réglé ce qu'il veut avoir de la pauvre petite terre de ma nièce' pour son droit de mouvance; cette affaire n'est point encore terminée^ et je ne sais même si on peut reprendre le fief et rendra foi et hommage avant d'avoir payé son seigneur, pour lequel on doit marcher armé de pied en cap toutes les fois qu'il l'ordonne. Je vous envoie , à tout hâzard, à l'adresse indiquée , la grosse en parchemin du contrat d'acquisition et la procuration de M™® Denis , qu'elle n'a pu faire pardevant notaire. Mais s'il est nécessaire qu'un
' Ferney avait été AcKeté fOii$ le nom de M»»* Desis. Cette précaulioQ déplut à M. de Brosses, à quiVolUire avait laissé croire que cette terre lui répondrait des indemnités auxquelles le Président pourrait avoir droit pour démolitions indûment faites à Tourner,
A M. DE ÏIUFFEY. 827
notaire y passe , nous irons à Ferney faire celle cérémonie, quoiqu'on ne puisse pas encore y loger. J'ai faitàGe:t des contrais avec des procurations sous seing-privé. Je ne sais si on est plus difticile à Dijon que dans le pays de Gex.
Eii bonne juslice, Toncle et la nièce auraient dû aller àDi jon^yous rendre à vous, Monsieur, et à madame de RufTeyyleurfbiei hommage. Mais vous savez que je suis un républicain qui ne peut se résoudre à habiter tout au plus que la frontière d'un royaume; encore s'en repent-il quelquefois, en voyant la petite rapacité xles petits officiers de justice et de finance , et le* vexations exercées sur de pauvt'es cultivaleurs à qui on fait payer pour la taille le tiers au: moins de ce que produisent leurs sueurs et leurs larmes. Je gémis en voyant le plus joli paysage de la nature défiguré par la voracité de tant de harpies. Il y a dans ce petit canton, à la lellre, plus de commis que de laboureurs. Je suis obligé de faire venir à grands frais des familles suisses pour culliver des terres qui sans elles resteraient incultes. Si je pouvais labourer moi-même , je le ferais j mais je suis trop faible. Je peux à peine tenir le nouveau semoir fort joliment verni, et vrai amusement d'une autre femme que M'"® Denis. Mes Suisses sont tout ébahis de ne pouvoir semer le jour [de la féie
328 LETTRES DE YOLTAIRE
d'un Saint qu'ils ne connaissent pas. Nous avons imagine y nous autres papistes , qu'il fallait manquer de pain pour honorer S. Roch et S. Fiacre. Cela est fort set\sé ' . On croit dans une cour élre auprès de Séjan , et dans la campagne av, pays des Caflfres.
Nous verrons si des actions sur les fermes générales ramenneront l'abondance , et si le traducteur de Pope * remplacera Colbert. Je le souhaite : quelques personnes Tespèrent. Ont dit que vous avez un bulletin passable de Paris. Adieu 9 le Roi de Prusse est eu Bohême; je le crois au-dessus de ses affaires, car il m'écrit toujours des vers et trop de vers. Mille l'emerciemens,
Aux Df^iiceSy 29 juin 1759.
11 y a longtemps , mon cher confrère en A pollen et mon Président en foi et hommage , que
• Voy. la note de la page 1 09*
* Silhouette^ nommé contr6letirgénéraUe4BiArs 1759»
A M. DB BUFFBY, 829
je n'ai eu de vos nouvelles. Je vous ai envoyé plus d'un paquet et une belle procuration légalisée, et tout ce que vos bontés prescrivaient , à l'adresse du secrétaire des Etats de Bourgogne '. Je soupçonne que vous êtes dans vos belles terres, et que vous y avez un temps plus favorable que celui qui nous persécute dans nos montagnes. Vous savez sans doute que Gresset a menacé le public, dans une lettre, de ne jamais écrire pour Le tbéâtre, et vous connaissez la jolie épigramme par laquelle Piron l'a remercié au nom du public.
On dit qu'on a brûlé trois jésuites à Lisbonne* j mais jusqu'à présent on ne tient celle nouvelle que des jensénistes. Permettez-moi , pour toute nouvelle sûre, de vous dire que le Roi m'a accordé tous les privilèges attachés à
' Jacques Varenne , père de Yarenne de Béost et de Varenne de Feniile. Il a mérité une place dans la Biogr. univ, (xLYii, 49^) PAI' Téclat de la lotte qu^il soutint sous le nom des Ëlats contre le Parlement de Dijon. On Toit que le secrétaire des Etats avait le port franc.
* C'est à ce propos que Voltaire écrivait à Vernes : Ce sont là des nouvelles bien consolantes / (i«' octobre J 761 , n^ 3435 de l'édit. Beucliot.)
Cette citation manque comme annotation auCommen-^ taire de Voltaire sur le 16' chapitre de Beccaria.
33o LETTRES DE VOLTAlftE
Ferney aulrefoU, et qui étaient perdus pour moi* Me voilà entièrement libre.
Vous avez en la bonté de me faire inscrire an nombre de ceux qui reçoivent le petit bulletin de Dijon ^ ♦ Je n'en ai pas entendu parler. Mille respects à madame de Rnffey . M*"® Dénia et moi nous sommes pénétrés pour vous de la plus vive reconnaissance. Le Suisse ^
A Tourucj par Genève , 21 juillet 1759.
Je ne sais comment faire ^ Monsieur, pour vous remercier de toutes vos bontés, et pour payer MM. de la Chambre des comptes ^. Je suis prêt de donner une leitre de change de la sommé que la Chambre exige. M.Trouchin de Lyon, mon banquier, fera toucher l'argent à Bijou, selon les ordres qu'on voudra bien me donner. A qui faul-il adresser l'argent?
' Je ne sais ce que c^ètalt.
* Pour la reprise du fief de Ferney,
A M. DB aUFFBT* 33 1
J'observerai seulemeùtqu'oo a fait un calcul un peu fort et qu'où n'a pas songé qu'une partie de Cette terre relève de l'ancien chapitre de Saint-Victor > aux droits duquel les hérétiques de Genève se sont mis. De tout xnon cœur j'y consens; et puisque je paie au Roi sur le pied de 75^000 liv. , restera peu pour les parpailloiSi Je les renverrai à la Chambre des comptes y ce sera un procès ; il faudra biei^ qu'ils le perdent, pui^ue les épices eu sont payées , et qu'on me fait reconnaître le Roi au lieud'eux. Franchement j'aime mieux reconnaître le Roi ou son engagista ^ Mg^ le comte de la Marche 9 pour mon seigneur suzerain que la république genevoise» Mais voici un autre em^ barras : si M^^ de la Chambre des comptes îne font payer sur le pied de 76^000 liv., monsg' le comte de la Marche , de qui je ne relève que pour 499000 liv. aux termes du contrat , sera donc en droit de me demander le quint et requint de 75,000 fr. Par là M"^* de la Chambre des comptes me coupent la gorge. L'objet devient important, il faudrait peut-être que j'allasse à Dijon ; mais je ne puis quitter le czar Pierre, auquel la cour de Pélersbourg me fait travailler jour et nuit. Pierre-le-Grand me tue. Pour Frédéric, il m'égaye j il m'écrit des lettres
33a LETTRES DE VOttAÏRB
à faire pouffer de rire j il se moque des Russes, des Autrichiens et des Français.
Je vous suis très*obligé du bulletin y mou cher Monsieur; je le prendrai. On n'a qu'à renvoyer par la poste aux Délices. L'auteur n'est pas le confident des ministres; mais n'importe, c'est une gazette de plus.
On dira de moi^ à ma mort; comme de voire Dijonnais ' :
Que nul n^y perd tant que 1« poste *.
ie plains M. le Bault. Nous sommes nous autres assez malheureux pour avoir beaucoup de vin cette année. Il n'y a que les chèvres qui Veulent danser qui puissent s'en réjouir. Mille respects à madame de Ruffcy.
Vous savez que le Roi m'a rendu ou donné tous les anciens privilèges de la terre de Fernay. Elle ne paie absolument rien. Il aurait fallu obtenir ce brevet plutôt. C'est une trèsgrande grâce. Je me trouve eniièremeut libre', tuais un peu ruiué.
Libertas qiise sera tamen respexit inertem.
• L^abbé Nicaise, dont la voîuraîneuse correspondance a été, pour la plus grande gloire de la centralisation , enlevée à la blibliothèque publique de Dijon , et trans- )>ortée à Parift où elle n^est feuilletée de personne.
* Dernier vers de Tépîtapbe de Nicaise, parLamonnoye.
A M* DE AUFFET* 333
Je voudrais jouir avec vous de mon bonheur. Adieu y Monsieur* Pourquoi m'écrîvez-vous du très- humble? Fi! cela n'est pas philosophe.
A Fernay , le i«r «oût 1759.
Je serais bien confus de tout ce que vous( aves fait s'il n'y avait un plaisir extrême à être obligé par vous. Vous êtes le plus aimable président qui soit au monde* Comptée que tous les présidents ne sont pas aussi officieux que TOUS* On n'en trouverait pas, même aux terres australes ' .
Je sens que ^'aurais choisi des terres dans votre voisinage plutôt qu'ailleurs , si mon goût extrême pour la liberté ne m'eût décidé à me Caire Franco-Genèvo- Suisse ^ ^ afin qu'étant
* Ce premier Irait dècocLé par Voltaire marque le commencement de sa mésintelligence ouverte avec M* de Brossea. Bile coayait déjà trois mois plus tôt (t. ci-* dessus pp. 68 etsaivantes.)— Uy ^nt plus tard des interralles d'assez bonne bar mon le apparente.
* On sait que Genève alors ne faisait point partie intégrante de la Suisse. C'était une république à part , qui jiVst entrée dans la confédération belvétique qu'en j8i5.
334 I.£TTll£S SE TOLTAtRE
sar trois territoires 9 eomme Hécate y je ne dé^ pendisse de personne, autant que faire se peut* }*en suis yenu à bout, et je tiens que c'est un tour de force*
M. Tronchin devait payer Targent dû à la Chambre des comptes. Mais puisque vous aves^ poussé vos bontés jusqu'à youloir bien avancer l'argent , il faudra bien aussi que vous ayez celle d'ordonner à vos gens d'affaires de se faire rembourser par M* Tronchin de Lyon. Il fait tenir de l'argent à Dijon très-commodément, et le président des terres australles s'est apperçu de eette facîKté. Trouvez donc bon que je prenne la liberté de vous adresser une lettre de change tout comme si vous n'écriviez pas des lettres très-aimables.
On dit toujours l'ordre des révérands pères fésuiies aboli en Portugal. Votre domestique serait très- bien reçu dans mes hermitages, puisqu'il y parlerait de son ancien maître } mais malheureusement je n'ai que trop de domestiques. Je suis à présent comme Trimalcion : je demande à un valet, A qui éties^vous P et il me répond qu'il est à moi, et je suis tout honteux.
Vous avez très-bien fait, et je vous remercie d'avoir eu la bouté de m'envoyer le contrat par la poste. Les pauvres résidents n'ont point
A M* BB RUFFET. 335
leurs ports francs ; celui de Genève ' sert irèshien et est mal payé. C'est un irès-honuête homme qui est fort de mes amis.
Le Roi fait les frais d^uiie décoration de jardin, en terrasse, pour Sémiramis qu*on va jouer. Cela ressemble auK Athéniens qui déprisaient en spectacles, quoiqu'ils eussent la guerre avec les Barbares. Adieu , Monsieur, mille tendres remerciemens et mille respects à madame de RufFcy.
Aux DéUces^ le \5 août 1759.
Il y a long- temps , mon cher Président, que M. Tronchin est informé qu'il doit payer. Nous n'y faisons pas tant de façons. Quand M. Lebault m'envoie de son burgundien , il tire sur M. Tronchin sans que je m'en mêle. Vous auriez été payé sur un simple ordre de votre part. Je vous demande pourtant pardon de la petite inadverlence. Vous n'avez qu'à faire mettre l'adresse de M. Robert Tronchin sur le billet
' Le chevalier de Beaulevilie.
de change et toute loi sera accomplie^ Il iau-^ dra f je crois, vivre dorénavant de ses terres* Celte copie de la bataille d'Ocsted ' que M. dé Contade vient de nous donner, pendant qu'on prépare ce dangereux embarquement, va nous mettre tous à la besace. Il faut se nourrir de son bled , se chauffer de son bois et manger SCS poulets en plaignant le genre humain qqi n'a pas le sens commun. Intérim vale.
Du i«r janvier 1760.
Yous m'avez écrit, mon cher Monsieur, une lettre où vous peignez la plus belle ame du monde avec des couleurs dignes du peintre. H me semble que vous êtes un peu fâché contre le genre humain, qui le mérite bien, surtout en ce temps-ci, en y comprenant les meurtriers prussiens , les assassins jésuites ^y et les
' Bataille de Minden, perdue par le maréchal de Contades le i«r août 1759.
^ Le jugement du Conseil souverain de Lisbonne , du 12 janvier 1759 , qui coiidamne à mort onze personnes
A M. DE RUFFEY* SS^
Coupeurs <îe bourses privilégiés qui nous ruinent. Si c'est seulement la philosophie qui vous fait voir les hommes tels qu'ils sont, je vous et) fais mon compliment j si malheureusement vous aviez à vous plaindre de quelqu'injuslice de 1t1 part de ces animaux à deux pieds sans plume, parmi lesquels il y en a de si ingrats et de si méchants, comptez que je m'y intéresse très-vivement , et que je souhaiterais avec passion d'être à portée de vous consoler. Mais je n'imagine pas que, n'ayant jamais fait que du bien, et jouissant d'une fortune tranquile dans le sein des belles-lettres, et surtout dans la société de M*"® de RufFey> vous puissiez être au nombre de ceux qui se plaignent^
Vous me demandez, Monsieur, si j'ay achevé mes bâtimens. J'ay été beau train jusqu'au ministère du traducteur de Pope ' . Mais ce diable d'homme , qui avait traduit le tout est bien ^ nous a bien vite prouvé que tout est mal. Il m'a fait perdre une partie de mon bien. Je m'imaginay que parce qu'il mariait son neveu à une de
commis complices de l^assassinat du roi de Portugal, il^atteîghit aticuli jé&uite. Malagrîda fut jugé et exécuté comme hérétique et visîoilnaire. (V. Biogr, uniç., art. Malagrîda.)
' Silhouette»
33S LETTRES DE VOLTAIRB
mes parentes, je devais avoir confiance en Iny; mais à présent je n'ay d'aoïre ressonrce (]ue d'à- IiaDdoDoer mes projets.
Pendent opcra interrapU, mînœqae
Murorum ïn^nte*.
Ainsi se passe une partie de la vie à se tromperdans ses idées. 11 faut jonrs du point o présent comme nous, calculer 1 garder ce qui s arrivé du temps Ja meilleure rei pas oublier le ] menls où j'ayet Ma «anté est bi iàires: mou ca