‹ Correspondance inédite de Voltaire avec Frédéric II, le président de Brosses et autres personnagesChapitre 43 sur 61 · XLV · texte numérisé non relu

XLV

5b Février 1767 , k Ferney.

Moa cher Président ^ tout ce que vous me mandez est incroiable y tout vrai qu'il est. Il ne faut jamais faire des plaisanteries à descompa* gnies, et celle- cy est trop forte j il est impossible qu'on la souffre. U y a tant de choses à dire sur cette espièglerie que je ne dis mot ; mais je crois que M. Lebault est un homme trop considérable pour souffrir une telle accolade.

Je vous dépécherai les feuilles en question dès que les chemins seront un peu plus pralicables. Nous sommes bloqués par les neiges et

' Voltaire et Tancicn Premier Président de la Marche étaient 4e la même aonée ( 1694): l'un du ao février > l'autre du 1 a août.

* Entre cette lettre et la précédente venait la lettre du 1 5 janvier 1767 , insérée dans la correspondance re« lative aux démêlés du Président de Brosses avec Voltaii'e, p. 189 du présent volume.

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par la guerre ' } nous manquons de toulj je suis malade dans mon lit ; voilà mon état. Je vous embrasse et je vous aime tout comme si je me portais bien. On ne peut vous être plus tendrement dévoué que moi.

Vous verrez, mon cher Président, selon toutes les aparences. M"*® Denis le même jour que vous recevrez ma lettre. Elle va à Paris pour les affaires les plus pressantes ^5 et elle prend son chemin par Dijon , avec la petite du grand

* A raison des troubles de Genève , dans lesquels la France intervînt sans détour, un corps d'observation avait été placé dans le pays de Gex.

* Wagnière, secrétaire de Voltaire, dit que M"»» Denis fut chassée par son oncle {Mém, 11 , 269). Cette séparation, motivée tout à la fois par Phumeur etPéconomie (Lettre de Voltaire à M°»« de Florian , du 4 avril 1768), fit événement à Paris. V.Grimm, Corr,, 1'* part., •VI, 1-12. Mm« Denis revint à Ferney à la fin d'octobre J769 (Lettre de Voltaire à d'Alembert , 28 oct. ) et ne quitta cette résidence qu'avec son oncle en 1778.

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Comeilie {sic) dans l'espérance d^ voir le Président de l'Académie. J'aurais bien voulu être du voiage, mais il m'est impossible de quitter le coin de mon feu.

Je suis fâché qu'on ait pu penser à Dijon que je sois l'auteur de la mauvaise épigramme contre Piron au sujet d'une épigramme encor plus mauvaise que ce fou de Piron avait fait contre Bélisaire^ j ceux qui combattent ainsi devraient combattre au moins à visage décou* vert et ne point charger les autres de leurs sottises. Il n'est ni vrai ni plaisant de dire : Que les vers dors vont tous en Paradis.

Ce vers est même presque aussi dur que ceux de Piron. Le goût est rare dans ce monde.

Je vous parlerai de la terre de Tour nay* au retour de M™^ Denis. £n attendant , j*embrasse

' Marmontel avait publié cet ouvrage en 1767.

* Il parait que Voltaire ( lettre précitée à Mm« de Florian) avait en sérieusement la pensée de faire vendre Ferney à M"^^ Denis sous le nom de laquelle il l'avait acheté et de se retirera Tourney acheté sous son propre nom (Grimm , loco citato), 11 eut même une velléité nouvelle d'acquérir la pleine propriété de Tourney , d'abord pour sa nièce ( v. ci-dessus 9 p. 192 ), ensuite pour luimême après l'avoir renvoyée à Paris* Ce dernier point résulte de nombreuses lettres des agens d'afTaires du F^ de Brosses dans le pays de Gex.

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mon cher Président avec les sentiments les plus respectueux et les plus tendres.

y* mars 1768, à Pcracy *.

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