VII
A Montfalcony parMâcoii) le 12 novembre'^.
. Votre dernière lettre, Monsieur,* vient de m'être renvoyée dans ma terre de Bresse où je suis venu seul passer une quinzaine de jours pour régler quelques ai&ires. Je vois que vous voulés me £iire plus riche d'un capital de dix mille écus, à moins que je ne le mange , comme cela arrivera infailliblement. Allons, il m'en va. coûter mille sept cents francs de rente que je sacrifie pour procurer à ma vieille terre la gloire de posséder un homme illustre qui l'immorr talisera par quelque poëme aère perennius,
' Ceci est une réponse à une lettre de Voltaire qui s^est perdue. Voici comment. Après le décès du Président de Brosses et durant Pémigration de ses enfans, M. de Toumay , son frère , resta dépositaire de ses papiers. Ce dernier étant mort le ai janvier 1793, sa veuve se remaria. Des personnes que j^ai lieu de croire bien informées assurent que le second mari de cette dame avait gaspillé, au profit de quelques curieux ^ la correspondance de Voltaire avec le Président.
De grâce faites-luy cet honneur de la chanter à côté du lac, cela ne vous coûte guères. Je vous livreray donc l'usufruit viager de la seigneurie, du château , et du domaine du château f tel et ainsi qu'en jouit le sieur Chouet par son bail actuel. Je n'entre pas dans le détail des autres articles portés par votre dernier mémoire responsif , parce qu'il se réfère assez au mien , et qu'il me semble que nous sommes à peu prez d'accord là-dessus. Reste cette chaîne ou pot de vin, pour laquelle vous ofJVés à M"*® de Br. une belle charue à semoir. Mais , outre que j'en ai une ici , je doute qu'elle prenne cela pour un meuble de toilette. Je ne me mesle pas des affaires des femmes. Voyez si vous voulés démesler cette fusée avec elle. Vous este» galant, vous ferés bien les choses. Et n'allez pas dire : ce Je ne suis point galant^ ce sont ce mes ennemis qui font courir ce bruitce là ^ » car elle n'en voudra pas croiœ un mot%' Si vous avés quelque proposition honneste à faire pour elle , je m'en chargerai volontiers et je tâcherai de vous en tirer à meilleur compte. Que si elle est une fois à vos trousses, il faudra les Pères de la Mercy pour vous racheter. Encore elle s'en va à Paris cet hiver, où elle compte manger beaucoup d'argent. Ceci la va rendre
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&pre comme tous les diables; ma foi je vous plains.
Dites «moy quand et comment vous voulés que nous fassions les actes; en quel temps à peu prez vous voudriez entrer en jouissance; si vous comptés laisser le fermier actuel dans )e bail^ ou si vous entendez qu'il sera résilie. En ce dernier cas, ceci demande des précautions ^ et des arrangemens à prendre de ma part avec le sieur Chouet. Vous sentez assés que cela ne se peut pas faire dans la première minute ; maïs cela n'empécheroit pas que vous ne puissiés prendre vos mesures d'avance sur ce que vous pouvés avoir dessein de faire.
Il y a un article qui me peine, quoique ce ne soit pas grand-chose ; c'est celui des meubles. Quand on rentrera-là un jour à venir , il n'y aura que les quatre murailles , et on y sera comme le Fils de l'homme qui n'a pas où reposer sa teste. Convenons qu'ils vous resteront pour l'usage tels qu'ils y sont , et qu'ils y seront laissés après vous tels qu'ils seront * .
Je vous demande en gr&ce de garder le plus grand secret sur notre traité , non-seulement à cause des arrangemens qu'il me faudra faire
■ Voltaire s'est fort récrié depuis contre cette clause. C^était un de ses griefs contre M. de Brosses. 11 Pavait pourtant consentie sans surprise aucune. ( Y07. ci-après | p. 37.)
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peut-être avec M. Chouet^ mais encore plus à cause des précautions à prendre pour notre utilité réciproque , tant sur Tarticle des franchises que sur les demandes que Von pourroit vous faire sur le pied d*une aliénation : si bien qu'il faut que ceci n*aît que Tair extérieur d'un bail à vie. Faites-moy le plaisir de me faire là -dessus la plus prompte réponse qu'il vous sera possi-' ble y afin que je puisse prendre sans tarder les mesures nécessaires.
Indépendamment de notre affaire, c'est toujours un moment bien agréable pour moy que cçluy où j'ay Tavantage de recevoir de vos lettres. Je désire avec empressement de vous des sentimens d'amitié; et je puis dire que je les mérite par ceux de la plus grande estime et du plus parfait dévouement que j'ay l'honneur de vous porter.
Brosses*
36 LETTRES DE VOLTAïaB
VOLTAIHE, AU PRÉSIDEJVt.
A FerneXy 18 noyembre *,
Vous , Monsieur , qui êtes maître en Israël ^ ayez la bonté d'abord de m'instruire si on doit Fimpost got et vandale des lods et ventes , quand on achète pour le temps de sa courte vie. Alors je pourrais avoir Thonneur de transiger avec vous la tête levée quoyqne chenue, et M'"® de Brosses aurait un cent d'épingles. Ce parti serrait bien préférable à celuy d'un prétendu bail qui m'exposerait à de grands embarras. Nous n'avons pas de grands génies à Gex. Mais les bœufs sont des aigles quand il s'agit d'intérest^ et un commis , un procureur, etc. , attraperait Homère et Platon*
Après ce préambule , je dois vous dire que je n'entendrais point du tout garder noble Chouet, fils de noble Chouet , sindic. Je respecte fort les Genevois et les ivrognes : il est l'un et l'autre j mais je ne veux point de luy. Il ne demande
ET DU PRÉSIDEKT DE BROSSES. Sj
d'ailleurs qu'à sortir de la terre ; il a fait afficher dans la ville de Jean Chauvin ' qu'il cherchait un sous-fermier et n'en a point trouvé. Il laisse votre terre dans un état déplorahle. Je luy avaiâ acheté du bled pour avoir le plaisir de faire dans mon hermitage des Délices les premières semailles que j'aye faites de ma vie. On n'a pu employer son froment : il était plein d'ivraie ( ce qui est maudit dans l'Evangile ) , tandis que dans ma terre de Fernex, j'ay le plus beau froment du monde à deux pas de chez vous. On m'a fait espérer un gros Suisse qui ne boit point, qui entend l'économie d'une terre, et qui la dirigera sous mes yeux.
Je veux bien consentir à vous laisser me^ meubles quand je n'aurai plus pour tout meuble que trois ais de mauvais sapin ^.
Tout ce qui sera sur la terre et dans la terre vous appartiendra 5 mais je veux la forest, qu'on dégrade et dont j'aurai soin ^. Je demande les
' Oa plutôt Cauviiiy en latin Calvinus, d'où le nom de Calvin 9 qui a prévalu.
^ Mes meubles, voilà qui est formel. M. de Brosses voulut bien se départir plus tard de cette clause , bien qu^insérée dans Pacte du 1 1 décembre 1 y 5b.
^ Cest la seconde fois que Voltaire insiste sur ce point. (V. ci-dessus p. 16.) Dans la suite il se plaignit d^avoir acheté cette forêt sans la connaître.
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cens, tous les droits seigoeunaux^ tout ad vî^ tant brève m.
Mais ces lods el ventes y convment s'en débarrasser? Yoilà le grand point! Je n^en dois déjà que trop pour la terre de Feroex : le droit goth m'épuise et \e ne suis plus en état de payer des princes. Pourvu que je sois loin d^eux ^ je suis content. Heureux ^ Monsieur^ si )e peux avoir rhonneur de traitter avec vous et de recevoir vos ordres ! Vous ne doutez pas des seniimens de votre très-humble et obéissant serviteur y