‹ Correspondance inédite de Voltaire avec Frédéric II, le président de Brosses et autres personnagesChapitre 6 sur 61 · V- , G. ord. du R · texte numérisé non relu

V- , G. ord. du R

( Gentilhomme ordinaire du Roi. )

A Moutfalcon , le 37 novembre. *

Comme notre droit féodal , Monsieur , est tant soit peu barba resque^ il ne se déduit pas si bien que la jurisprudence papinienne des principes de la droite raison éternelle et universelle , surtout dans les points où les premières pierres^

D'elant pas posées bien droit , les conséquences gauchissent de plus en plus quand Je cas devient anomal et singulier comme celui-cy.

Il n'y a rien de prévu par la loy pour les ventes à vie, chose très-inconnue autrefois et dont Tu- Stage ne s'est introduit que depuis fort peu de temps. La r^le générale de noire pays savoyard est que les lods sont dûs ea: translatione do^ minii per emptionem. L'usage |)Our les ventes à réachat y auxquelles les ventes à vie pouroient s'équiparer , est que le lod est dû de la première vente, et non du retrait, parce que, disent les docteurs, est resolutio et distractus , potius quant contractus. Conclues de là que les prin- xTOi?

ces, à qui vous êtes las de faire des libéralités, ne manqueront pas de prétexte pour vous demander \ et que vous aurés à leur répondre que ^^3fî5*nnO vous n'avés rien à leur offrir, puisque ce n'est qu'une vente d'usufruit, où il manque transla-tio dominii et proprietatîs : que, dans le réachat ordinaire, l'aliénation est certaine et le retour incertain ; car il n'est que faculté et peut n'avoir jamais lieu : au lieu qu'il est certain et de nécessite dans la vente viagère. Mais à quoy bon laisser matière à contestation ? Il ne faut jamais avoir d'affaire où l'on soit défendeur , c'est le mauvais rolle. Pourquoy ne vous en pas tenir au plan projette d'an bail apparent suivi d'une

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vente réelle? Ne scrés-vous pas parfailement le maiire chez vous et sans embaras , quand , deux jours après le bail à ferme , nous passerons uq acte de vente où il sera rescindé du consentement de toutes les parties et converti en vente viagère ? N'ayez pas peur pour votre acquisition» Je vous puis assurer que vous ne risqués rien. D'ailleurs il ne me seroit pas possible d'adopter aucune formule publique qui pût mettre en risque les franchises de ma terre , qui se perdroient par aliénation à un François; et vous avez à ceci le même intérêt que moy.

Or sus, tant sur cet arlicle-cy que sur beau* coup d'autres , on s'égosille à parler de loin , et l'on ne termine rien. Il faut faire en sorte de nous voir. Nous en dirons plus en une demie heure qu'en cent pages. J'attends icy , sur la fin de la semaine^ un eclésiastique de mes amis^ fort honnête évêque. Voulés-vous que j'aille avec luy jusqu'à Belley ? Voulés-vous avoir la bonté d'y venir passer 2.4 heures? Nous en ferons l'isle de la conférence ; et je m'assure qu'en un moment nous aurons tout réglé et terminé de fort bonne grâce j beaucoup mieux probablement que nous ne ferions sur la place même y dans un pays , soit dit entre nous , de grand bavardage. Je seray à Belley au milieu de la semaine prochaine , vers le manly. Faiies-moy l'honneur de m'y écrire sans aucun retard un

ET DU PEESIOEMT DE BROSSES. J^l

peut mol à l'évêché pour m'apprendre votre résolution. Vous ne doutés pas de rempressement extrême que j'aurois de vous voir, de vous em« brasser, de finir avec vous une affaire qui nous xnettroît encore plus en liaison. De votre côté^ vous ne serés pas fâché de faire connoissanco avec un voisin homme d'esprit et de beaucoup de niériie' • A demain donc les affaires , disoit lo roy Anligone. Mais, tous les jours de ma vie, elle vous est entièrement dévouée par tous les seniimens imaginables d'estime et d'attachepient.

Vous me mettes en colère contre Y ennemi qui a suscité ce maudit Chouet pour semer de rivraye dans mon champ admirable, où il n'a Jamais cru du bled que pour les élus. L'ivrogne qu'il est n'a donc pas assés de s'enivrer de mon vin, il veut encore s'enivrer de mon bled.

VOLTAIRE, AU PRÉSIDENT

Aux Délices, lo décembre 1758.

J'aurai l'honneur. Monsieur, d'être à vos ' M. Cortois de Quincej ^ évêqae de Bellej.

4^^ LETTRES DE VOLTAIIIB

ordres demain matio à Toumay'; je vous ofTii* rai des œuù et du fromage à Fernay ; )'espere que nous reviendrons coucher à Thermilage des Délices.

Ne soyex en peine ny de voire châtau ny de Voti^forest; j'édifie plus que je ne détruis (je parle d'édifice et non d'édification )) et je plante plus que je n'arrache. Mais vous savez qu'un Suisse ne peut être gêné. M. Tronchin s'est bien trouvé de m'avoir laissé la bride sur le cou. Il y a un article qu'il faudra expliquer , c'est celuy des troupeaux qui vous resteront à ma mort. Vaches et moutons avec le chien, oui; mais beufs et chevaux , non. La raison est que j'aurai probablement un haras à Tourney , et que les beufs qui exploiteront la terre seront ceux de Fernay , qui sont au nombre de seize. Je deviens patriarche. Si vous vous fiez à moi, vous y gagnerez; si vous vous défiez, vous y perdrez. Mais vous ne perdrez jamais les sentimens qui m'attachent à vous. V.

■ Voltaire écrivait ordinairement Tonmey. Ses secrétaires écrivaient tantôt ainsi , et tantôt Tonrnay. M. de Brosses avait adpptè cette dernière orthographe. L^mprimenr a cru devoir suivre ces variations, hien que le véritable nom soitTourney ( anciennement Tornex).

ET DU PJIÉSI0ENT DE BEOSSES. ^'i

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