XIX
MAXJPERTtJIS, A VOLTAIRE.
De Berlin , da 3 avril 175^.
Les gazelles disent que vous êtes demeuré malade a Leyplzig; les nouvelles particulières assurent que vous n'y séjournez que pour faire imprimer de nouveaux libelles ^ ; pour moi 9 je veux vous faire savoir des nouvelles de mon état et de mes intentions.
Je n*ay jamais rien fait contre vous , rien écrit, rien dit ; j'ay cru même indigne de raoy de répondre un mot à toutes les impertinences que jusqu*icy vous avez répandues, et j'ay mieux ^imé laisser courir des histoires de M. de la
* Cette lettre evt Imprimée dans la Nouvelle Bigarrure (t. III, mai 1753). Comme ce recueil est assurément iort rare et fort onblié, je crois devoir ]a réimprimer ici diaprés la copie trouvée dans les papiers du chevalier de La Touche ; c'est un prélude de Tavanie de Francfort.
^ Collini insinue que ces nouveaux libelles (lesquels n'étaient , je crois , que des réimpressions de la Diatribe d'Akakia) furent le fait des libraires de F Allemagne et de la Hollande.
Saumelle' , dont j'avais le désaveu de lui par écrit, et cent autres faussetés que vous avez débitées pour tâcher de colorer voire conduite à mon égard 9 que de soutenir une guerre aussi indécente ; la justice que m'a fait le Roy de vos premiers écrits, ma maladie, et le peu de cas que je fais de mes ouvrages ont pu jusqu'ici justifier mon indolence.
Mais s'il est vray que votre dessein soit de m'attaquer encore, et de m'attaquer comme vous avez déjà fait par des personalités, je vous déclare qu'au lieu de vous répondre par des ^
écrits, ma santé est assez bonne pour vous trou- |
ver partout où vous serez et pour tirer de vous la vengeance la plus compleite.
Rendez grâce au respect et à l'obéissance qui ont jusqu'icy retenu mon bras, et qui vous ont sauvé de la plus malheureuse aventure qui vous soit encore arrivée*.
» V. deux lettres de Voltaire à M, Roques (no» 197S et 1976 de redit, de M. Beuckot).
* Cette finale est citée par CoUini (JMon Séjour auprès de Voltaire i Paris , 1 807).
Dans la Diatribe d*Akakia , Voltaire fait commencer la lettre à ces mots : « Je vous déclare que ma santé est ce assez bonne; »el il finit par ceux-ci : « qui ont jusqu^ici a retenu mon bras. » Il ajoute le mot : Tremblez ! qui A^est pas dans la copie que j^ai sous les yeux. '
34 I.£TTR£8 DE VOLTAIRE.
VOLTAIRE , AU CHEVALIER DE LA TOUCHE
Je présente mes respects à monsienir le chevalier de la Touche y et luy demande pardon de luy envoyer un si gros paquet par la poste j mais il ne coûtera pas plus qu'une lettre de France. Je pars de Leipzik dans ce moment, et je seray à ses ordres toutte ma vie.
18 Avril.