‹ Correspondance inédite de Voltaire avec P. M. HenninChapitre 5 sur 10 · XXI X · texte numérisé non relu

XXI X

II fiiL membre de racaJémie Celliquc , formée vn 1801, et archiviste de cette société savante.

Le peu de fortune que P, M. Hennin avait conservé , après les orages de la révolution , lui avait rendu les années qui suivirent fort pénibles ; mais , dans les premiers temps du gouvernement consulaire , on établit , pour le ministère des relations exténeures , un système de retenue sur les appointemens , et des pensions de retraite. Le Premier Consul lui accorda la première et la pins forte des pensions qui furent alors données aux anciens agens diplomatiques , sur la proposition

i< Ce qui fait le désespoir de ma position , c'est d'avoir » compromis des personnes que je n'ai jamais vues ^ et » qui ne doivent riu'à leur réputation el à mon estime, )) la mention que j'ai h'de d'eux. » P. M. Hennin ne fut pas inquiété à l'occasion de cette liste de ministère projeté, sur laquelle figuraient d'ailleurs avec lui des agens du gouvernement.

Celte affaire fit grand bruit à cause des circonstances qu'elle présentait et des incidens que le procès amena. Les <juatre accusés principaux furent condamnés à mort ; mais, eu ép;ard à quelques circonstances atténuantes , cette peine fut commuée en celle de la réclusion. Berthelot de Lavilleuruoy et Brotier furent déportés à la Guyane, avec les députés et autres individus condamnés par suite de la révolution du 18 fructidor au V ( 4 septembre i 797 ).

du minislre des relations extérieures, M. le prince de Talleyrand.

Au milieu des occupations qui remplissaient sa vie , dans un âge si avancé , il fut atteint de la maladie qui devait le conduire au tombeau. Son tempérament robuste faisait espérer à sa famille et a ses amis de le voir pousser sa carrière plus avant, mais à la fin de juin 1807 , l'affaiblissement fit de rapides progrès, et il mourut le 5 juillet suivant.

Ainsi finit un homme de bien , aussi distingué par les qualités de l'esprit que par ses vertus privées , dont la carrière a été remplie par des services rendus à son pays , et qui avait su embellir sa vie par ce qui charme l'imagination et console des adversités , l'étude , les lettres et les beaux arts.

LETTRE DE VOLTAIRE A P. M. HE^S'ININ

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( septembre ijSS.)

Je supplie instament Monsieur Hennin de vouloir bien excuser un malade s'il n'a pas Thonneur d'aller le voir et je le supplie de ne pas oublier l'homme du monde qui a été le plustot et le plus sensible à son mérite; je me flatte qu'avant d'aller sur la tombe du pauvre Patu*, il n'oubliera pas le squelette des Délices.

* Claude-Pierre Patu , auteur de diverses poésies, de la comédie des Adieux du Goût , faite en société avec Portelance , et d'une traduction de comédies anglaises , avait été voir Voltaire, à la fin de i755, en passant à Genève pour se rendre en Italie. Il avait plu à Voltaire. ( Voyez ses lettres à Thiriot , de^ 8 novembre 1755 et 29 février 1756). Patu, en revenant d'Italie, mourut à Saint- Jean -de -Maurienne, le 20 août 1707, à l'âge de vingt-huit ans. ( Voyez sur cet événement la lettre do Voltaire à Palis.sot , du 27 octobre 1757).

P. M. Hennin était fort lié avec Patu. Lors'ju'il se

Turin, 17 septembre ijSS.

Monsieur,

Quitter les Délices pour traverser les montagnes de Savoie , c'est passer des riches campagnes de l'Egypte dans les déserts de Chanaan 3 aussi ai-je souvent tourné la tête vers cette heureuse colline où vous avez dressé votre tente. J'ai comparé la liberté dont vous y jouissez à l'esclavage volontaire que je me suis imposé, et je me suis trouvé aussi enfant que les autres hommes. Cette idée m'allait affliger j j'ai repris mes joujoux

rendil lui-même en Italie en 1768, il voulut faire placer une inscription sur la tombe de son ami , et il parla de ce projet à Voltaire , qui lui donna les vers suivans écrits sur une carte :

Tendre et pure amitié dont j'ay senti les charmes , Tu conduisis mes pas dans ces tristes déserts, Tu posas cette tombe , et tu gravas ces vers Que mes yeux arrosaient de larmes.

pour m'en distraire. J ai examiné avec attention tous les objets qui se sont oflerts suceessivenicnt à mes yeux, rochers, torrens, animaux, plantes, minéraux. J'ai suivi les diverses nuances qui joignent l'espèce humaine à celle des brutes, à mesure qu'on s'enfonce dans les contrées les moins fréquentées; et malgré la lenteur de ma marche, l'ennui ne m'a point approché.

Arrivé à Saint-Jean-de-Maurienne, je me suis informé de la fin de mon pauvre ami Patu. Ses hôtes m'ont dit qu'un instant après être descendu de sa voiture, il était tombé en faiblesse, et s'était endormi insensiblement du sommeil étemel

A l'ouverture de son coffre, ces bonnes gens jugèrent que le mort avait été un homme d'esprit , et ils l'enterrèrent parmi les nobles à la cathédrale. Pour des montagnards, ce trait est louable.

J'ai réfléchi. Monsieur, sur l'inscription que vous avez eu la bonté de faire pour orner la tombe de mon ami. Outre qu'elle ne parle pas de lui, il me semble qu'on ne peut guères traiter un pavs de tristes déserts^ à la barbe de ses habitans. Je joins ici celle que je me propose d'y faire graver, si vous l'approuvez. INlon but est qu'on sache en Savoie quel était celui dont j'ai pleuré la perte.

Vous voyez tous les jours des gens qui vous pailent du Mont-Cenis conmie d'un passage affreux»

Je ne Fai pas trouvé tel. 11 n'est pas vrai que du sommet on découvre la France et l'Italie. Ce prétendu sommet est une vallée assez étendue, enfermée de toutes parts par des montagnes fort hautes. Yoilà comme les fausses relations se perpétuent.

Je me suis acrjuitté, Monsieur, de ce dont vous m'aviez chargé pour M. le marquis de Chauvelin * , et je puis vous assurer qu'il y a été sensible. Il se propose de passer par Genève à son premier voyage de Paris.

Yous ne vous attendez pas sans doute que je vous parle de Turin. Je n'y ai encore vu que l'Opéra bouffon; les paroles sont de Goldoni, et la musique de Scarlati. Il y a deux acteurs trèsbons et une jolie chanteuse. C'est, je vous assure, une agréable ressource pour un arrivant.

J'ose vous prier de présenter mes respects à vos dames. Je suis très -fâché que la nécessité m'ait rangé au nombre des êtres éphémères qui les importunent continuellement , et je me ferai un devoir de réparer ce tort, s*il m'est possible, à mon retour.

Je vous supplie d'être persuadé de la sincérité des sentimens avec lesquels j'ai l'honneur d'être, etc.

* Ambassadeur Je France à Turin.

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