‹ Correspondance inédite de Voltaire avec P. M. HenninChapitre 7 sur 10 · JJ · texte numérisé non relu

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sectes qui ont l)n ensemble largement et gaiement *. Tout cela nous rend petits et ridicules.

Les hermitcs entourés de neige vous embrassent bien cordialement.

LETTRE DE P. M. HE^jNIN A VOLTAIRE.

A Genève^ lè t février ij6S^

Je reçois dans le moment, Monsieur, ta réponse de M. le duc de Clioiseulsur la commission des sels du \alais; elle n'est pas satisfaisante. La voici mot pour mot :

c( Depuis , etc.

Je suis très ïiiché de cette décision, à laquelle cependant j'avais lieu de in'atteiKiœ.

Que dites-vous des gentillesses de nos Repré-

* Cela n'est pas dît cxpressémcut dans la lettre de l'Impératrice, qui est datée de Casan le \8 — 29 mai 1767. Voltaire , dans sa réponse à Calherinc II da 29 janvier 1 768, s'exprime cepjîndant à peu prcs comme il le fait ici.

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senlans ? Je voudrais bien qu'on se hâtât de songer à Versoix. C'est le plus sur moyen de mortifier des gens qu'on ne veut pas écraser.

J'aurai l'honneur, Monsieur, de vous voir demain, à moins de quelque incident que je ne prévois pas.

LETTRE DE VOLTAIRE A P. M. HENNIN

Mardi matin, i*?"" mars (1768) à Ferney.

Soyez très sûr, très aimable Résident, qu votre languedochienne avec ses beaux yeux n'avait point vu la deuxième Baliverne *. J'avais abandonné aux curieux la première et la troisième;

*La deuxième Baliverne est le second chant de la Guerre de Genève. Voltaire crut que La Harpe lui avait pris le manuscrit de ce chant en quittant Ferney et l'avait fait connaître à son arrivée àParis. Le public pensait de même. La Harpe chercha à se justifier auprès de Voltaire qui ne fut jamais bien convaincu. Ce fait est d'ailleurs fort peu important aujourd'hui.

mais pour la seconde , je l'avais toujours laissée dans mon porte-feuille 3 et j'avais des raisons essentielles pour ne point la faire paraître. Si votre dame aux grands yeux l'a eue , ce ne peut être que depuis le mois de novembre , car La Harpe partit au mois d'octobre , et ce fut au commencement de novcml)re qu'il la donna à trois personnes de ma connaissance. Les copies se sont peu multipliées , attendu qu'on ne se soucie guères à Paris de Tolot l'apothicaire, de Flournoy, de Rodon, du prédicant Buclion, et autres messieurs de cetto espèce.

Si quelqu'un avait pu me faire cette infidélité , c'était ce polisson de Gallien* cepandant il ne la pas faite.

S'il était vrai que cette coionnerîe eût paru à Paris avant le vovage de La Harpe an mois d'octobre, comme il Ta dit à son retour, pour se justifier, il m'en aurait sans doute averti dans seslettres. Il m'instruisait de toutes les anecdotes littéraires; il n'aurait pas oublia celle qui me regardait de si près , il n'aurait pas manqué de prévenir par cet avertissement les soupçons qui pouvaient tomber sur lui. Ccpandant, il ne m'en dit pas un seul mot, au contraire. 11 donna une copie k M. Dupuits, et le pria de ne m'en point parler. Dupuits en efFcl ne m'en parla qu'à son retour, lorsqu'il fallut éclaircir l'aflàirc. La Harpe ne se

justifia qu'en disant qu'il n'avait donné le manuscrit que parce qu'il en courait des copies infidèles. Il en avait donc une copie fidèle, et cette copie fidèle, je ne la lui avais certainement pas donnée.

On lui demanda de qui il la tenait. Il répondit que c'était d'un jeune homme dont il ne dit pas le nom. Huit jours après, il dit que c'était d'un sculpteur qui demeurait dans sa rue.

Je ne lui ai fait aucun reproche , mais sa conscience lui en fesait beaucoup devant moi. Il ne m'a jamais parlé de cette affaire qu'en baissant les yeux , et son visage prenait un air de pâleur qui n'est pas celui de l'innocence. Son procès est instruit. Il s'en faut beaucoup que je l'aie condamné rigoureusement; je suis trop partisan de la proportion entre les délits et les peines, et je sais qu'il faut pardonner.

Non seulement j'ai eu le bonheur de lui rendre des services essentiels, mais je lui en rendrai toujours autant qu'il dépendra de moi. Je serrerai seulement mes papiers , si jamais madame Denis le ramène à Ferney.

Yoila , aimable Piésident, l'histoire au juste. Plût à Dieu qu'il n'y eût pas de plus grande tracasserie dans le monde. J'espère que vous verrez bientôt finir celles de Genève. Voulez-vous bien avoir la bonté de donner au porteur cette gazette

i37 de France où il est parle des rodomontades Espagnoles contre l'Inquisition. Il y a des monstres auxquels il ne suffit pas de leur rogner les ongles, il faut leur couper la tête.

Tuus suni et scmper ero.

LETTRE DE P. M. HE^S^m

A VOLTAIRE

A Genève, le i*'^ mars 1768.

Si j'avais pu prévoir, Monsieur, qu'on vous rendît compte de ce que j'avais avancé d'après beaucoup de personnes et en particulier la dame qui est venue à Genève ces jours-ci, je me serais bien garde de toucher cette corde à E'erney : mais je puis vous assurer qu'avant le départ de iNI. de La Harpe, on m'avait soutenu qu'il existait à Paris des copies du second chant ; on m'en avait même dit des vers. Si M. de La Harpe a contribué à divulguer une badinerie que vous vouliez laisser dans l'oubli, il a mal fait; mais à coup sur il n'a pas été le premier à la publier. Ce (pie j'ai 1 honneur de vous dire au reste ne vient pas do

id8

lui, puisqu'il ne m'en a point parlé, et que sa femme ne ma dit qu'un mot sur l'idée où vous aviez été à cet égard. M. Dupuits aurait mieux fait de ne pas vous instruire d'une particularité qui pouvait vous déplaire. Mais encore une fois, les choses ne sont pas allées comme vous avez pu le croire, et j'espère éclaircir ces détails pour votre satisfaction et pour la justification de M. de lia Harpe, qui vous aime autant qu'il vous respecte, et que je serais très-fâché qui eût des torts vis-à-vis de vous.

Voici les deux dernières gazettes.

Quand vous voudrez n'être pas seul, je vous prie de me le faire savoir. Vous ne devez pas douter du plaisir que j'aurai de vous prouver , en tout temps et de toutes manières, mon dévouement.

LETTRE DE VOLTAIRE A P. M. HENNIN

Mardy au soir i mars (i j68. )

Mon chei minisire , non ministre prédicant, j'ay l'honneur de vous renvoier votre gazette. Elle donne quelques espérances aux cœurs bien faits. Je commence à croire que les ordres donnez à tous les gouverneurs de place sont quelque chose de sérieux.

La petite micvreté de La Harpe n'est pas si sérieuse , mais elle est certaine et avérée. Je sais que le Gallien en avait retenu (juelques vers: mais je suis très sûr qu'il n'en avait point pris de copie. Bailleurs cet Antoine, ce sculpteur dont La Harpe prétendait tenir le manuscrit, a été interrogé par un de mes amis. Sa réponse a été que La Harpe était un menteur et quelque chose de pis. Cette inlidéhté m'a fait baucoup de pcuio. Mais je pardonne aisément. J'attends les beaux jours pour vous vonir voir dans votre chatau de Gaillardin. (lar j)Our Genève, il n'y a pas moyen que j'aille me fourer à travers de leurs tracasseries.

1 JiO

Maman est partie * , me voyla hermite. Vous savez que le diable le devint, quand il fut vieux» Mais, quoy qu'on die, je ne suis pas diable.

ïnterini vale.

LETTRE DE P. M. HENWN A VOLTAIRE

A Genève; le i5 mars 1768.

Je suis accoutumé, Monsieur, à entendre redire vingt fois en nn jour le même mensonge par différentes personnes dignes de foi. Aussi ne me pressai-je pas de croire les choses les plus probables. Celle qui m'engage à avoir l'honneur de vous écrire n'est pas de ce nombre, mais il m'importe beaucoup de l'éclaircir. On a assuré hier ici , Monsieiir, que vous vouliez vendre Ferneyj que même plusieurs genevois y pensaient. En conséquence , une personne avec qui je suis fort lié ici

♦Madame Denis était allée s'établir à Paris. Elle revinl l'année suivante à Ferney.

ni*a ofrcrt d'en Irailcr avec vous argent comptant. J'ai rejeté très-loin cette idée. Enfin on m'a prié instamment de savoir si vous étiez dans l'intention de vendre cette terre , et je prends le parti de m'en informer à vous-même. Je ne puis vous dire, Monsieur, à quel point je serais fâché de vous voir quitter une aussi belle habitation, et le voisinage de Genève. Peut-être y aurait-il moyen de ne pas vous ôter la faculté d'y revenir? Faitesmoi le plaisir de me répondre. Quelque soit votre résolution, je serai peut-être assez heureux pour vous rendre service.

Je me flatte que vous ne doutez pas de mon , etc .

LETTRE DE VOLTAIRE A P. M. HENNIN

i5 mars 1768, à Ferney.

Il est vrai. Monsieur, que Ferney est à vendre, qu'on en a déjà offert beaucoup d'argent , et que j'en ai dépensé bien davantage pour rendre la maison aussi agréable , et la terre aussi bonne qu'elles le sont aujourd'hui. Il est encor vrai que je la donnerai à celui qui m'en offrira le plus; le tout pour faire des rentes à maman , car, pour moi, je ne dois penser qu'à mourir. Tout ce que que je puis dire, c'est que quiconque achètera Ferney fera un excellent marché. Je pourais en ce cas habiter Tournay ^ ^ car je ne puis plus passer qu'à la campagne le peu de temps qui me reste à vivre,

*Le comté de Tournay situé près de Genève , entre les terres de la République et celles de France, et qui avait le privilège de ne rien payer à aucun des deux Etals. Voltaire l'avait acheté en 1758.

Permettez que je vous embrasse le ])liis teiulrc-

mcnt du monde.

LETTRE DE P. M. HEJN^IN

A VOLTAIRE

A Genève le iG mars 1768.

J'ai fait connaître vos intentions, Monsiem', et on me presse de vous prier de mettre un prix à votre terre. Si je continue à me mêler de cette affaire, c'est bien plus pour ne pas désobliger des amis, qu'avec le désir de réussir, du moins siu' le pied proposé, car il me paraît impossible que vous habitiez Tournay l'hiver, et je suis bien sûr d'ailleurs que INIadame Denis serait au désespoir que vous vous gênassiez pour lui faire des rentes. Quoiqu'il en soit, Monsieur, je vous prie de me mettre à portée de répondre aux personne» qui m'ont mis en jeu. Je pourrai un de ces jours aller causer avec vous sur cette affaire, et vous donner quelques idées d'arrangement qui vous paraîtront peut-être convenables à votre position et aux motifs qui vous déterminent.

On me mande que la Reine est mieux , mais que la joie de ceux qui l'entourent pourrait bien n'être pas durable.

Je suis très sensible. Monsieur, aux témoignages de votre amitié , et rien ne me ferait plus de plaisir que de pouvoir vous donner chaque jour des preuves de mon tendre attachement.

LETTRE DE VOLTAIRE

A P. M. HENNIN

18 mars 1768.

J'ÉTAIS près de signer le traité aujourd'hui , mon cher Ministre. On donne deux cent vingt mille livres, en prenant la moitié des meubles, et en me donnant l'autre; mais on ne paie que soixante mille livres argent comptant , et le reste en dix années. Cet arrangement m'a paru peu convenable. Je n'ai point signé. Il faut un peu plus d'argent comptant. Yoyez si vous pouvez rendre ce service à Madame Denis. Voici un état fidèle de la terre. J'ai le cœur navré en la quittant; mais je ne l'ai bâtie que pour maman , et il faut que la vente la mette à son aise.

Quand vous serez à votre maison de canijingnc, ne pouvez vous pas pousser jusqu'à Ferney? Car, en conscience , je ne puis aller à Genève.

Dès que vous serez arrangé dans votre petite maison , je quitterai mes confins uniquement pour vous.

A P. M. HENNIN

Mercredi au soir (.,.. mars 17C8.)

Mille tendres remerciments à mon très cher Ministre. Je n'oublierai jamais ses bontés. J ai peur que la fille au vilain ne soit déjà mariée, du moins je la crois fiancée. Si vous pouvez, Monsieur, vous échapper un moment et venir à Ferney, j'ai bien des choses à vous dire. Je ne vous dirai jamais combien je vous aime et révère.

LETTRE DE P, M. HENNIN A VOLTAIRE

A Genève, le 19 mars 1768.

Il y a du changement. Monsieur, clans ce qui m'a conduit chez vous hier. Tandis que j'étais à

Ferney 5 M. et Mad. de T ont consulte

leurs parens sur le mémoire que vous m'avez envoyé. On a trouvé la terre trop chère , du moins pour leur fortune qui est d'environ vingt mille livres de rente y compris une maison en ville. Ils avaient cru que Ferney n'irait qu'à cent-cinquante ou soixante mille livres, et voulaient le payer argent comptant. Ils avaient même pris des arrangemens pour avoir cette somme en signant le contrat. Comme j'ai su leurs intentions en arrivant, je n'ai point envoyé votre lettre à M.Tronchin, et j'ai l'honneur de vous la remettre. Ainsi le marché que vous avez avec lui n'est pas rompu. Au reste votre dessein de vendre occupe beaucoup ici , et je ne doute pas que vous n'ayez d'autres ofiPres. Faites-moi le plaisir de me marquer si toute votre terre est de l'ancien dénombrement.

Je suis très-f[tclié , et pour vous, et pour mes amis, que cette affaire n'ait pas pu s'arranger, lis en avaient la plus grande envie, mais on leur a représenté qu'ils se mettraient trop à l'étroit. Quant à l'acquisition en elle-même, je la trouve si bonne que je voudrais être en état de faire avec vous le marché dont je vous ai parlé qui vous laisserait jouir de l'ouvrage de vos mains.

Tout ce qui pourra vous retenir à Ferney me paraîtra avantageux. Tournay est un >ilain manoir, surtout en hiver, et j'avoue que je n'aime pas à vous voir semer dans le champ de M. le Président *.

Pardon, Monsieur, du peu de succès de mes soins. Us n'avaient pour ol)jct que de vous donner une preuve de mon dévouement , et vous ne devez pas douter du plaisir avec lequel je saisirai toujours les occasions de faire ce qui vous sera agréable , personne ne vous étant plus attaché que je le suis et le serai à jamais.

* Charles de Brosses , premier président du parlement de Bourç;ogne, auteur de plusieurs ouvrages d'érudition , auquel Voltaire avait aclieté la terre de Tournay à vie. Il n'était pas content de ce propriétaire, qui lui causait beaucoup de tracasseries. (Voir sa lettre à ce président, du 20 octobre 1761.)

LETTRE DE YOLTAIRE

i5 auguste 1768. A Ferney.

A PROPOS, Monsieur, on dit que vous avez été diner au château d'Annemasse. Est-ce que vous voulez l'acheter? Vous me feriez plaisir. Mais n'auriez vous pas vu là un M. de Foncet, un président, qui prétend arranger l'hoirie, et peutêtre acheter la terre en payant les créanciers? S'il y a quelque chose sur le tapis , soyez assez bon pour m'en faire confidence. Je suis facile en affaires* et d'ordinaire quand on me rend les trois quarts et même la moitié de l'argent que j'ai prêté, je crois avoir fait un excellent marché.

On dit que celui du Roi de Pologne n'est pas si bon que les miens. S'il jouissait en paix de la moitié de son royaume , je ne le croirais pas encore aussi heureux que moi, à moins qu'il ne digère, chose à laquelle j'ai renoncé. Aimez toujours un peu le solitaire de Ferney, vous ne l'aimerez pas long-temps.

LETXrxK DE P. M. HE>NI>

A VOLTAIRE

Le i5 qui n'est pas plus augu te que le i^î (août ijfJS. )

Août peut être barbare comme pain ; mais il est seul

pour signifier un de nos mois , et auguste a déjà, ce me

semble , assez d'étendue. Pardon ; c'est peut-être la seufe

chose en quoi je ne pense pas comme voys.)

Iii est vrai^ Monsieur, que Madame de Monthou s'étant adressée à moi dans l'embarras où elle se trouve, j'ai été bien aise de rendre service à cette bonne dame qui est fort a plaindre. Comme je crains toujours de vous importuner, je ne me suis pas pressé de vous rendre compte de ma conférence avec M. de Foncet, dans laquelle il a été question de votre créance. Votre bon cœur vous a fait hasarder de l'argent sur une terre déjà hypothéquée. Cependant, si Tarranoement projeté a lieu, vous ne perdrez au pins que ce que vous avez bien voulu perdre. Ce n'est pas la peine d'écrire tout le détail du projet. Au premier jour, je vous le ferai de vive voix.

Votre ami, le Roi de Pologne, est un peu mal-

i5o mené par votre amie, l'Impératrice Catherine, et votre ami le Primat m'a l'air de les jouer tous les deux. En attendant, les Puisses sont fort affamés de la châsse de saint Stanislas et du trésor de son église. Cracovie va vraisemblablement être au pillage. Ou je me trompe fort, ou ce ne sont pas là des affaires bien et honnêtement conduites. Cultivons notre jardin, et ne nous chagrinons ni des sottises, ni même des crimes de ce meilleur des inondes. Je compte bien vous aimer longues années ici-bas, sans compter la suite. Qui est-ce qui digère? J'ai la goutte, et vous courrez comme un basque.

LETTRE DE VOLTAIRE A P. M. HENNIN

18 auguste 1768, à Fcrncy,

Je ne vous al point du tout prié, Monsieur, dey mettre Auguste à la place d'Août, comme en usent tous les peuples de l'Europe, excepté les Welclies. Mais je vous prie de croire que j'ai l'hypothèque la plus assurée sur la terre d'Anneniasse , attendu que j'ai prêté expressément pour en faire l'acquisition, et pour prix non payé. J'ai été substitué aux droits de M. de Barol ci-devant possesseur de cette terre. J'en ai la reconnaissance. Toutes les règles ont été observées dans mon contrat.

Je plains beaucoup madame de Monthou, et sa rage de se remarier. Je souhaite que ses autres créanciers entrent comme moi dans quelque composition.

Voulez vous bien avoir la bonté, Monsieur, de me marquer si M. de Foncet veut pèchcr Annemasse soit eu eau claire , soit en eau Irouhkv

Je n'aurai pas à me reprocher d'avoir dépouillé la veuve et l'orphelin ; et, si vous accommodez cette affiûre , je vous serai très obligé de me faire rendre quelque sous pour les louis d'or que j'ai donnés. Je souhaite à Stanislas et à Catau toutes les prospérités imaginables; mais à vous surtout, Monsieur, que j'aime mieux que tous les potentats du Nord.

LETTRE DE YOLTAIRE A P. M. HENNIN

Dimanche au matin, 25 septembre 1768.

Je vous remercie de tout mon cœnr. Monsieur, du bon gros paquet que vous avez bien voulu me faire tenir. Je vous demande encore une autre grâce, et même deux. La première de me dire comment on écrit à ce brave jurisconsulte , qui est devenu à peu près premier ministre à Naples, et qui soutient si bien les droits de la couronne contre le cher Rezzonico.

La seconde est de vouloir bien me dire si les Enfans de France ne sont précisément entre les

mains des femmes que jusqu'à l'agc de sept ans. Ces sept ans sont-ils comptés à six ans et un jour, comme la majorité à treize ans et un jour. Vous devez savoir cela sur le bout de votre doii^t , vous qui êtes de A crsaillcs.

Avez vous lu l'examen de l'Histoire de J (cm i IV , imprimé à Genève chez Philibert *. On y dit que le peiit-fils du grand Sha-Abas a été bercé pendant sept ans par les femmes et huit ans par les liommcs pour en faire un automate. On y dit encore plus de mal du président Hénault , en le nommant par son nom. 11 serait curieux de savoir le nom de l'auteur bénévole.

Adieu, Monsieur, je vous embrasse de tout mou cœur. Yous aurez beau faire et beau dire , le roi de Pologne restera toujours roi de Pologne , et moi, je resterai toujours volrc très at*ac]ié j)Our le peu de temps que j'ai à ^égelcr.

* Examen de la nouvelle hUtoiro cVIIenri IV, tic M. de Bury, par M. le marquis de B.... A. Genève, chez Phili- })ert Cramer. (Voyez la lettre de Voltaire à M. Marin , du C^ juil'ot 1769. Il en parle aus^:! dans deux UtUc:» à d' Alcnil>ert, des 1 5 juin et 3 1 décembre 1 768. )

io4

A Genève, le 25 septembre 1768.

1" Je crois. Monsieur, que l'adresse que vous me demandez est : A Son Excellence Monsieur le Marquis Tanucci , Ministre d'Etat , à Naples.

2" On dit que les enfans de nos rois sortent d'entre les mains des femmes à l'âge de sept ans, et quoique j'aie habité Versailles , je ne sais rien à cet égard , sinon que c'est à peu près à cet âge qu'on leur donne gouverneur et précepteur. Qui est-ce qui sait exactement ce qui se passe sous ses yeux?

5** On m'a nommé l'auteur de l'examen de l'Histoire de Henri lY. C'est, si je ne*me trompe , le Marquis de Belloste, languedocien *.

Yoilà , Monsieur , une réponse bien sèche; mais votre lettre m'a trouvé dans un moment 011 quelques affaires d'autrui me chiffonnent.

De la compagnie, des fêtes, des visites, m'ont

* On croit cet ouvroge du marquis de BelesUl.

empoché de vous voir depuis long-temps. D'ailleurs, vous vous vouez si fort à la solitude, que les gens dissipés doivent vous être de plus en plus importuns.

Adieu, Monsieur, conservez-moi vos hontes. Je ne vous rendrai jamais tous les sentimens qui m'attachent à vous.

LETTRE DE y(3LTx\lRE A P. M. HENNIN.

A Feruey, samcdy au soir.

( 00 septembre 1768.)

MoxN très aimable et très cher Résident, voicy un paquet qu'on m'adresse. 11 me semble (jue Monsieur voire frère peut beaucoup dans cette aflaire. Il s'agit des vivants et des morts. Us vous auront tous obligation *. Pour mov, tant que je

* Il s'abaissait, clans cette lettre, d'un mémoire fait par M. Pacou, sur la ncccssilé de transporter le cimetière de l'église de Saint-Louis de Versailles hors de la ville.

i56 serai au nombre des vivants , je vous serai bien tendrement attaché.

LETTRE DE P. M. HENÎ^IiX

A VOLTAIRE

A Genève, le 2 octobre 1768.

Vous jouez j Monsieur et très-cher voisin, le rôle le plus flatteur en ce bas monde , celui de réparateur des torts de l'humanité. Le mémoire de votre empesté est sûrement connu de mon frère, et sûrement aussi il ne tient pas à lui que nous soyons débarrassés de ces magasins de pourriture qui empoisonnent l'air de nos villes. Je l'exhorterai demain à se mettre à la brèche pour faire obtenir satisfaction au sieur Pacou, et j'aurai Fhonneur de vous instruire du succès de ses démarches.

Le frère de P. M Hennin était procureur du Roi à Versailles.

La lettre de Voltaire à M. Pacou, en réponse h l'envoi qu'il lui avait fait de son mémoire, est du 3 octobre 1768.

i57 J'ai clioz moi deux philosophes qni se préparent à vous rendre leurs devoirs, M. le duc de Bra- •^ance et M. le baron de Switen. Ils auront soin de vous prévenir pour ne pas vous déranger , et si je puis les accompagner, je m'en ferai le plus grand plaisir. J'aime tous ceux qui vous aiment, €t vous savez pourquoi.

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