DE GOLF.É
la crainte qu'elle aurait pu avoir de le trop bien traiter. Peut-être ne faudrait-il fonder ceci d'abord que trèslégèrement, de peur de luiire au dénoiunent; se réduire, je suppose, à dire qu'il est d'autant phis singulier qu'elle n'ait point cédé à la passion de Fédéric, que ce n'est que par vertu qu'elle souffrait son défunt mari, pour lequel elle a toujours eu un éloignement dont elle se rendait maîtresse le plus qu'elle le pouvait, etc., etc. Enfin, réserver à prononcer cet amour avec clialeur et impétuosité dans la scène du dénoûnient.
Je ne prétends point, Monsieur, vous faire adopter cette idée , mais seulement vous inviter à créer quelques circonstances qui augmentent l'intérêt et qui encbérissent sur 1<; conte de La Fontaine, qui me parait trop nu en le suivant si exactement et en n'y ajoutant rien.
Je crois nécessaire aussi, Monsieur, qu'ils se mettent à table, qu'elle ne mange point à cause de sa tristesse, ce qui nous facilitera la brièveté de cette scène. L'on ne sait pourquoi Mélisse vient apporter le plat, et dit surle-champ que c'est le faucon qu'elle sert, etc. Vous faites sortir Fédéric pour aller à la chasse ; le motif de cette sortie est dans hi nature; ne pourriez-vous pas donner une cause à la sortie de Clitie? Mélisse, occupée du soin du ménage intérieur, à mettre le couvert, à faire la cuisine, etc., pourrait inviter les dames à aller cueillir ellesmêmes des fruits dans le verger. Au liey de Mélisse, je donnerais à Fédéric ])our compagnon d'infortune un vieux valet de chambre qui l'aurait élevé. Je puis me tromper, mais je ne trouve pas qu'un personnage de
;ili GORRESPONDATSCE INEDITE
femme soit aussi naturel , à moins que vous n'en fassiez une vieille, du ridicule de laquelle vous pussiez tirer quelque comique; car, en substituant ce valet à Mélisse, mon idée serait d'égayer un peu l'exposition et de l'alléger par-là.
Je tremble à vous dire toutes ces choses. Monsieur, parce que votre pièce est faite, et qu'en général ce n'est guère là le moment de donner des avis. Personne n'a consulté davantage que moi, mais je commençais par faire mi plan , scène par scène d'abord , même quand ma comédie ne devait être écrite qu'en prose ; je le soumettais alors à la critique, et cette méthode, que j'ai toujours suivie, m'épargnait bien de la besogne par la suite.
Je ne tiens point, au reste, INlonsieur, à tout ce que je vous dis là et à tout ce que je vous dirai encore, lorsque j'aurai épluché votre pièce de plus près; c'est ce que je croirai la vérité , comme j'ai déjà eu l'honneur de vous le dire , mais ce que je croirai pourra bien ne pas valoir le diable! Ce qu'il y a de très-sûr, c'est que je serai trèssincère, et c'est par cette sincérité que je prétends vous prouver. Monsieur, mon estime, mon parlait attachement et tous les sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'être, etc.
Mille et mille tendres et très-étendus respects à madame Dupoirier.