THÉSÉE
Quoi ! la nécessité des vertus et des vices D'un astre impérieux doit suivre les caprices! Et Delphes, mal{jré nous, conduit nos actions Au plus hi/.arre effet de ses prédictions? L'àuie est donc toute esclave? Une loi souveraine Vers le bien ou le mal incessamment l'entraiue, Et nous ne recevons ni crainte ni désir De cette liberté qui n'a rien à choisir?
Attachés sans relâche à cet ordre sublime,
Vertueux sans mérite et vicieux sans crime :
Qu'on massacre les rois, qu'on brise les autels,
C'est la faute des dieux, et non pas des mortels.
De toute la vertu sur la terre épandne.
Tout le prix à ces dieux, toute la (;loire est due.
Ils agissent en nous quand nous pensons agir.
Alors qu'on délibère, on ne fait qu'obéir;
Et notre volonté n'aime, hait, cherche, évite,
Que suivant que d'en haut leur bras la précipite.
D'un tel aveuglement daignez me dispenser.
Le ciel, juste à punir, juste à récompenser,
Pour rendre aux actions leur peine ou leur salaire.
Doit nous offrir son aide, et puis nous laisser faire.
N'enfonçons toutefois ni votre œil ni le mien
Dans ce profond abîme où nous ne voyons rien.
Delphes a pu vous faire une fausse réponse;
L'argent put inspii'er la voix qui la prononce.
Cet organe des dieux put se laisser gagner
Par ceux que ma naissance éloignait de régner;
Et par tous les climats on n'a que trop d'exemples
Qu'il est, ainsi qu'ailleurs, des méchants dans les temples!
La seule critique à faire de ce plan tomberait, peutêtre avec raison, sur le dénoûment. Les deux récits faits sur OEdipe et sur Jocaste, qui finissent cette tragédie, jettent de la langueur dans ce dénoûment, que M. de Voltaire a mieux fait de mettre en action. Il a
senti ce défaut et l'a évité; mais il n'a pas profité do beaucoup de beaux détails, dont les idées premières sont dans Corneille, et de la richesse de fond qu'il pouvait puiser dans Sophocle et dans Corneille. Les j)auvretcs qu'il a mises à la place, j'entends les amours caducs de sa Jocaste et de son Pliiloctète, ne nous en dédommagent pas, assurément.
Disons quelques mots sur les caractères de la tragédie de Corneille. Jamais ce prince des dramatiques ne manque d'en donner à ses personnages principaux.
Dans ses tableaux, il peint toujours les hommes.
Dans cette tragédie, il présente Œdipe comme un prince politique, un roi ferme et vraiment roi.
Jocaste est une mère tendre et une épouse sensible , mais qui a pourtant la force de résister, avec les ménagements convenables , à la politique de son mari , que cette politique conduit h exiger de lui sacrifier sa fille.
A l'amour près, Thésée est un héros plein de raison, de vertu et de dignité.
A l'amour près encore, Dircé a un caractère fier et mâle dans lequel on aperçoit la manière du peintre sublime de Pulchérie, dans Héraclius. Elle en a quelques traits.
Je méprise trop les menues critiques sur le style de Corneille, qui forment le fond des fastidieux commentaires de ^L de Voltaire, pour m'abaisser à les réfuter.
ZAÏRE
TRAGEDIE
PERSOSyAGES.
OROSMA!NE, soiulan de Jérusaleiu.
HJSIG?fAN, prince du sang des rois de Jérusalem.
ZAÏRE
FATIME, iNÉRESTAX, CIIATILLO>, l]^ ESCLAVE.
Suite.
esclaves du soudan.
officiers du soudan.
La scène se passe au sérail de Jérns.ilei