‹ Correspondance inédite;Chapitre 120 sur 123 · A SON FILS LEON · texte numérisé non relu

A SON FILS LEON

23 décembre 1905 — 9 janvier 1906.

Aujourd'hui seulement j'ai reçu ta lettre, e^ aujourd'hui même je te réponds. Je savais plus ou moins tout ce que tu m'as écrit, mais ton récit est si bien que j'ai ressenti encore plus vivement toute l'horreur de la chute morale de notre société. Pour le moment, la situation s'est modifiée extérieurement, mais cette colère des hommes, contenue par des moyens extérieurs, est aussi horrible.

.Je ne lis pas les journaux, mais, malgré moi, par les récits de mes familiers et de mes visiteurs — et les uns et les autres sont nombreux — je sais tout ce qui se passe et ne puis

me retenir de poursuivre mes occupations, qui n'ont aucun rapport avec la révolution. J'ai écrit un article La fin de notre ère^ qui a paru, il y a deux semaines, à l'étranger, et maintej'écris... j'écris uniquement/>^r animant lavavi. Si tu as les Pensées des sages^ lis la pensée d'aujourd'hui, du 27 décembre.

Cette pensée : que seule l'amélioration individuelle peut amener celle de tous les hommes

— de même que pour chauffer l'eau d'une marmite il faut que chaque goutte soit chauffée ;

— est un tel truisme qu'il est inutile de le répéter, car jamais personne ne le discute. Et cependant , bien que le reconnaissant et disant : « Naturellement! » tous continuent à dire et à commettre des vilenies, ne comprenant pas que cette activité sociale non seulement n'aida jamais à améliorer le sort des hommes mais l'empire de la façon la plus absolue et la plus certaine. Elle l'empire, car ainsi que nous le voyons maintenant , le niveau moyen de la moralité baisse considérablement, et l'abaissement du niveau moral est avantageux et propice à tous les hommes

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