‹ Correspondance inédite;Chapitre 7 sur 123 · La femme de Fct · texte numérisé non relu

La femme de Fct

M octobre 1858.

Ma petite âme, mon petit oncle Fétinka ! Je vous jure, mon petit, que je vous aime beaucouf), beaucoup. Et voilà tout! C'est sol et ridicule d'écrire des nouvelles. Ecrire des vers... écrivez si vous voulez... mais aimer un brave homme, c'est très agréable. Et peut-être est-ce contre ma volonté, contre ma raison, peut-être n'est-ce pas moi, mais une nouvelle qui est en moi et n'est pas encore mûre, qui me fait vous aimer.

Parfois cela me semble quelque chose de pareil. On peut faire n'importe quoi, et entre le fumier et le chaume, malgré tout on compose quelque chose. C'est encore heureux que je ne me permette pas d'écrire. Droujinine me demande de lui écrire, par amitié, une nouvelle ; en vérité j'en veux écrire une, et de telle sorte qu'après cela il n'y ait rien à dire. Le schah de Perse fume du tabac et moi je t'aime. Voilà ! Plaisanterie à part, comment va votre Gaphise? On peut faire n'importe

quoi ; mais pour moi c'est la suprême fermeté, la suprême sagesse, do se réjouir des poèmes d'un autre, et son propre poème, de ne Je pas laisser sortir en habits déchirés, mais de le garder chez soi. Parfois, tout d'un coup, on désire tant être un grand homme, et on a tant de dépit de ne l'êlre pas encore 1 Même on se lève avec plus de hâte, on dîue plus vite, pour commencer. On dit sans cesse des sottises, mais c'est agréable d'en dire au moins une à un petit oncle comme vous, qui ne vit que par ces seules et mêmes bêtises. Envoyez-moi un seul poème de Gaphise, mais le meilleur, traduit par vous. C'est me faiie venir l'eau à la bouche; et moi je vous enverrai un échantillon de froment. La chasse m'ennuie mortellement. Le temps est superbe, mais seul je ne chasse pas. Vos chiens et Ivan Pétrovitch sont bien portants, ainsi que Prokofl et le vieil hongre. Je люus remercie beaucoup de la permission ; j'en profiterai. Ces jours-ci je vous écrirai ; pour le moment je vous remercie seulement pour vos démarches et vous embrasse bien fort. Envoyez-moi Pencyclopôdie.

Ma tante vous remercie beaucoup des souvenirs, et ce n'est pas une phrase banale, mais chaque fois que je lui lis votre post-scriptum, elle sourit, branle la tête et dit : « Cependant (pourquoi cependant ?), quel brave homme ce Fet ! » Et moi je sais pourquoi il est si brave : elle pense qu'il m'aime beaucoup.

Eh bien, au revoir.

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