L. Tolstoï
23 février 1860.
Cher ami Afanassi Afanassiévitch,
Votre lettre m'a beaucoup réjoui. Votre régiment augmentera, et c'est une excellente recrue qui vous arrive. Je suis sûr que vous en serez un admirateur.
A la question, que devez-vous acheter?
Le domaine dont je vous ai parlé et qui se trouve près de Mstzensk est loin de moi, et, autant que je me souvienne, vaudrait environ 16.000 roubles. Je n'en sais rien de plus. Mais
à côlé de moi, il y a un magnifique domaine de 400 de'ciatines de très bonne terre, avec, malheureusement, soixante-dix âmes de très mauvais paysans. Cependant ce n'est pas un très grand malheur. Les paysans paieront volontiers la redevance comme chez moi, 30 roubles, ce qui donnera 2.000 roubles de revenus. On demande pour ce domaine 24.000 roubles, sans déduction de l'hypothèque qui doit être d'environ o.OOO roubles. Par la beauté et la proximité de la grande route de Toula, c'est très avantageux. La propriété est en ruines, c'est-à-dire que la maison des maîtres est délabrée ; cependant il y a maison et jardin, et tout doit être refait à neuf. Malgré tout, à 20.000 roubles ce serait un excellent marché. Un avantage particuliei", c'est qu'en ma personne vous avez un surveillant de tous les instaats. Du reste je ne dis rien. Si cela ne vous plaît pas je vous vendrai une centaine de déciatines de ma propriété, ou demandez à mon frère Nicolas s'il ne vendrait pas son Alexandrovka. Mais vraiment, abstraclion faite de tout avantage personnel, le mieux serait d'acheter Téliatenki (le domaine
voisin du mien). Le vendeur est un vieux ruiné qui veut vendre le plus vile possible pour se débarrasser de son gendre, et voilà deux fois qu'il envoie chez moi.
Le premier calcul que j'aie fait, c'est de savoir combien peut rapporter cette propriété si Tony met S. 000 roubles de capital et deux années de travail. Môme dans l'état actuel on peut en tirer au moins 1.500 roubles, c'est-àdire plus de 7 pour 100. Il y a encore mon hameau à dix verstes de chez moi, 120 déciatincs, mais là-bas ce n'est pas très agréable à vivre : il n'y a ni eau ni bois.
Répondez-moi le plus vite possible et en détail quelle somme vous avez l'intention de mettre dans cette propriété ; c'est le principal.
J'ai lu Nakanoiinié (La Veille) ^ Voici mon opinion : c'est, en général, tout à fait inutile d'écrire des nouvelles, surtout pour les hommes qui sont tristes et ne savent pas bien ce qu'ils veulent de la vie. Cependant Nakanounié est beaucoup mieux que le Nid des gentilshommes^