L. Tolstoï
2G octobre 1878.
Je ne sais sur quel ton commencer ma lettre, cher Afanassi Afanassiévitch. Coupable, coupable, coupable î II n'y a pas d'autre mot.
Bien qu'il soit toujours inutile de donner des excuses, je vous les mentionnerai cepen-
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dant, parce qu'elles sont justes et vous expliqueront mon état.
Voilà déjà près d'un mois, sinon plus, que je vis dans un tourbillon non d'événements extérieurs (au coniraire, nous sommes seuls et tranquilles), mais d'événements intérieurs que je ne puis nommer.
Je vais à la chasse, je lis, je réponds aux questions qu'on me pose, je mange, je dors, mais je ne puis rien faire, même écrire une tel Ire. Il y a une vingtaine de lettres auxquelles je dois répondre. Aujourd'hui, je me sens un peu remis et vous écris aussitôt. Chez nous, Dieu merci, tout va bien, et tous sont en bonne santé. La vie habituelle de l'hiver, avec l'éducation toujours plus difficile et l'instruction des enfants, marche comme auparavant. Nous sommes tous très occupés : ma femme par des choses nettes et définies, moi par les choses les plus vagues, si bien que j'ai toujours conscience de mon oisiveté, et en suis honteux alors que tous autour de moi travaillent.
Vous avez sans doute terminé la correction
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de votre article, et si vous êtes en bonne santé, vous vous occupez déjà d'autre chose.
Si vous m'avez pardonné, donnez-moi de vos nouvelles ; à en juger par votre dernière lettre, votre santé menace de se gâter. Parlezmoi aussi de votre travail moral.
Je vous en prie, ne soyez pas fâché contre moi. Nous vous aimons toujours comme auparavant, et si je ne suis pas exact, ce n'est qu'un détail de mon caractère.
J'ajourne de nouveau mon voyage chez vous. Pour le moment, je ne suis bon à rien. Mais si Dieu me permet de travailler et de me fatiguer de travail cet hiver, si vous m'invitez, j'irai me reposer chez vous.
Ma femme vous salue ainsi que Marie Pétrovna.