‹ Correspondance inédite;Chapitre 77 sur 123 · L. Tolstoï · texte numérisé non relu

L. Tolstoï

1^1- février 1879.

Cher Afanassi Afanassiévitch,

Il y a déjà une semaine que j'ai reçu votre lettre, particulièrement bonne, accompagnée d'un très bon mais pas excellent poème. Je ne vous ai pas répondu aussitôt, parce que, le croiriez-vous, depuis, je ne suis pas encore remis de mon malaise ; aujourd'hui seulement je commence à aller mieux: ma tête est fraîche, mais je ne sors pas encore. Le vrai^ c'est ce qui est vrai. C'est la plus grande vérité. Mais le vrai, de même que cette vérité, on ne peut le prouver, il faut le guetter, y ar-

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river, et s'apercevoir qu'on ne peut aller plus loin.

\oirQ dernier poème ne m'a pas plu autant que les précédents, ni par la forme ni par le sujet, avec lequel je ne suis pas d'accord, comme on peut être en désaccord dans une question d'une telle importance.

Il y a un récit de Jules Yerne : Le voyage autour de la lune. 11 se trouve là-bas un point oii n'existe pas l'attraction. Peut-on d'un point pareil faire un bond? Ceux qui connaissent la physique y répondent différemment. De même dans notre supposition, il faut répondre différemment, parce que la situation est impossible, pas humaine. Mais la question morale est admirablement posée, et je réponds à celte question autrement que vous. Je ne voudrais pas retourner dans le tombeau.

Pour moi, avec la destruction de toute vie, outre moi tout n'est pas encore terminé. Il me reste encore mon rapport envers Dieu, c'est-àdire une manière d'être envers cette force qui m'a produit, qui m'a appelé à elle, et qui me détruira ou me transformera.

ЛЪ1ге poème est beau de ce fait seul que je l'ai lu aux enfants, dont quelques-uns s'intéressent à la ppste, et ce poème, répondant à leur terreur, les a touches.

Que Dieu vous donne la santé et la tranquillité morale, et tâchez de reconnaître la nécessité de votre rapport envers Dieu, ce que vous niez si brillamment dans ce poème.

Vôtre,

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