‹ Correspondance inédite;Chapitre 87 sur 123 · L. Tolstoï · texte numérisé non relu

L. Tolstoï

LETTRES A TÉNÊROMO

Juin 1882.

Cher Isaac Borissovilch. J'ai reçu la lettre de Mitrofane A... qui m'écrit la même chose que vous.

Je vous écrirai brièvement parce que je ne sais pas votre adresse exacte et crains que

1. Ces lettres jusqu'ici inédites furent adressées par l'illustre écrivain à M. S. Ténéromo, — de son vrai nom Isaac Borissovitch Feyermann, — son ami de longue date. M. Ténéromo travailla à lasnaia Poliana d'abord en qualité de maître d'école; puis il partagea avec L.-N, Tolstoï ses occupations agricoles, et, durant de longues années, fut témoin de sa vie intime. Les lettres que nous publions ici embrassent une longue période, d'environ vingt années, et touchent aux questions philosophiques, politiques et sociales de la plus haute portée.

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d'indiquer seulement Pultava ne soit suffisant. La lettre de Mitrofane A... m'a été transmise par Bodiansky. 11 était ici aujourd'hui avec Skorokodov et il est reparti.

La conversation avec eux, surtout avec ce charmant Bodiansky, que j'ai appris à connaître seulement maintenant, щ'aurait affermi encore davantage, si c'était nécessaire, dans mon opinion concernant votre proposition Ч

J^ai déjà exposé plusieurs fois cette idée qu'on ne peut trouver l'accord entre les hommes qu'en cherchant l'accord avec la vérité et avec Dieu. Et les tentatives de chercher l'accord avec les hommes — avec des hommes connus, choisis — montrent que les hommes ne savent pas, ne veulent pas ou sont fatigués de chercher l'union avec Dieu, ou qu'ils ne croient pas que cette union amènera l'union avec les hommes.

Ces tentatives affaiblissent l'aspiration même de l'union avec Dieu, et c'est pourquoi elles ne sont pas désirables.

1. De venir à Pultava, au congrès projeté des disciples de L.-N. Tolstoï.

En outre, comment puis-je savoir avec qui je dois précisément être le plus étroitement uni? A quels indices pourrai-je savoir si c'est l'union avec Ivan et non avec Pierre, avec le moine Antoine ou le voleur de chevaux de Krapivensk, ou avec le gouverneur de Tchernigov* qu'il me faut avoir?

L'idée même d'une union extérieure telle que celle que vous projetez, n'est en réalité qu'un projet de désunion. Nous devons admettre qu'entre Kharkov et Toula il n'existe que deux ou trois personnes pouvant nous comprendre.

C'est un péché, ('e n'est pas juste, et il ne le faut pas.

Pardonnez-moi, cher ami, de critiquer ainsi votre projet, mais je suis vieux et vois mieux certaines choses.

C'est notre rapprochement de plus en plus grand vers la perfection du Père qui nous unit et peut nous unir encore davantage. C'est cette perfection qu'il nous est indiqué de chercher, <^i jo suis convaincu que vous comme moi,

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