L. Tolstoï
Janvier 1887.
Cher Isaac Borissovitch,
Je n'ai reçu qu'aujourd'hui vos deux lettres où j'apprends enfin le résultat de votre service militaire. J'ai reçu aussi vos deux lettres de Krémentchouk. Toutes sont agréables. Л^ои8 avez raison sur le pharisaïsme. Je sens aussi la même chose vivant en ville. Les Pharisiens, les Hérodiens, les Scribes et les Légistes sont tous les mêmes, mais la conscience de leurs droits n'est pas la même. Cette conscience s'ébranle déjà, et elle continuera à s'ébranler, tant qu'elle ne sera pas anéantie. Ce ne sera pas de notre temps, mais nous servons à la vérité, afin qu'à travers ses couches elle se fraye un chemin pour les autres hommes.
A^otre état d'âme et le travail qui est devant vous sont maintenant très importants pour moi. Le succès de notre entreprise ne dépend pas de nous. 11 dépend : 1^ des sacrifices, de l'oubli de soi; 2° de la raison, de la nécessité des actes, et 3° de la perfection des instru-
ments de travail. (Dans le cas présent, la perfection de ces instruments, c'est la tendresse, la prudence, la douceur.) Tout cela dépend de nous.
Réussirez-vous ou non à toucher les cœurs, c'est à la volonté de Dieu. Mais ne privez pas votre raison douce, résignée, de ce qui peut lui aider.
Si cette force se manifeste complètement, nul ne lui peut résister. Moi je vis bien et joyeusement. J'ai travaillé tout ce temps mon drame*, il n'est pas encore paru. И est à la censure. Maintenant j'écris un traité général sur la mort et la vie, qui me semble nécessaire. Je vous ai lu quelques passages de ce travail.
Tchertkov est retenu à la campagne par l'indisposition de sa femme. Son état d'âme est excellent. En général, je n'ai pas encore vu d'hommes qui, étant sur la voie du Christ, n'y marchaient pas.
Vous me questionnez sur I... Le malheu-