‹ Correspondance inédite;Chapitre 90 sur 123 · La puissance des ténèbres · texte numérisé non relu

La puissance des ténèbres

reux souffre du désaccord entre les habitudes dues à son milieu et que sa grande faiblesse lui fait garder, et la vérité reconnue par sa raison. Ce désaccord est si grand qu'il peut faire aux hommes l'effet d'un blagueur ou d'un imposteur. La vie est une œuvre importante et compliquée. Je l'observe en attendant oii et comment cela le poussera.

Ces derniers temps, j'ai rencontré peu d'hommes de nature unie, mais il y a beaucoup de lumière dispersée dans les ténèbres, des étincelles brillantes, en comparaison de ce qui était trois années auparavant, par exemple.

Ici se trouve maintenant le nouveau professeur de philosophie, Grott, un homme neuf, vivant. [1 se rapproche beaucoup de nos opinions, il est même d'accord avec elles^ mais, comme un scribe, il veut exprimer tout dans son jargon. Cependant quand il aura rejeté tout le superflu, il ne restera plus que l'évangile. C'est l'évangile qui lui a donné ce qu'il professe. C'est très agréable à constater, et je vois beaucoup de choses semblables.

Ecrivez votre récit, mais évitez le plus pos-

LETTRES A TÉNEROMO 1Ы

sible les choses que la censure ne passera

pa

5 mai 1887.

Merci de m'avoir écrit, cher ami. Peu après vous, je suis arrivé à lasnaia, et je vis comme vous savez, avec cette seule différence que, de temps en temps, je travaille avec Constantin ]\ikolaiévitch, avec qui je suis très ami.

J'ai écrit aujourd'hui à Sibiriakov et lui ai conseillé de me répondre à Krémentchouk.

Je suis toujours attelé au même travail et il me semble que tout s'éclaircit. Vous avez fait, selon moi, ce qu'il fallait faire, et j'en suis très heureux pour vous.

11 faut seulement savoir ce qu'on a fait, ce qu'il faut faire, et alors on peut êlre content de tout.

Juin 1887.

J'ai reçu votre lettre aujourd'hui. Elle m'a fait plaisir et en même temps j'ai eu du dépit

CORKESPONDANCE INÉDITE

que ce soit vous qui m'écriviez le premier. En effet, depuis longtemps je voulais vous écrire. Je me souviens souvent de vous et vous aime^ ainsi que tous les vôtres.

Boutkévitch n'est toujours pas relâché, malgré que le procureur m'ait dit qu'il n'était nullement compromis. J'ai vu son frère. Ses parents ne s'inquiètent pas, mais pour lui c'est peut-être très pénible. Ce que vous m'écrivez de vous m'a fait un grand plaisir. 11 faut agir ainsi. Non seulement il le faut, mais on ne peut faire autrement. Moi je suis toujours occupé de mon travail u Sur la vie et la mort », je ne puis m'en détacher sans l'avoir terminé. Je vis par ce travail, je ne sais si je fais mal, mais je ne puis l'abandonner.

Vôtre,

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