‹ Correspondance inédite;Chapitre 93 sur 123 · Maison d'éditions fondée par Tolstoï et ses amis · texte numérisé non relu

Maison d'éditions fondée par Tolstoï et ses amis

2. ]1 s'agissait de fonder une communauté d'iiiteliecluels prés d'Klisabethgrad.

souffert, et je suis arrivé à cette conclusion définitive, que le besoin d'argent montre la fausseté de la situation, que plus ce besoin est grand, plus est grande la fausseté et que, quand on éprouve ce besoin, la question n'est plus de trouver de l'argent ntiais d'en détruire le besoin.

C'est comme la gale : il ne faut pas la gratter mais soigner la maladie.

Et en effet, est-il possible que des hommes ne reconnaissant pas la propriété personnelle veuillent, par de l'argent, faire leur la propriété foncière?

Plusieurs commettent cette faute. La vie en ville est si désagréable, la vie à la campagne si agréable! On a un tel désir de se placer en pareilles conditions, de pouvoir établir son bilan avec les hommes et se dire : Je vis de mon travail, et par ce travail* je sers mon prochain! Comme si c'était possible, comme si partout et toujours nous n'aurons pas de dettes insolvables ! Il s'agit pour nous de sentir cette dette partout et toujours.

Ah! mon cher ami, comme tout est simple

et comme tout ce qui me paraissait si difficile à résoudre maintenant me paraît clair I

Dans la question d'argent, tout se réduit à ceci : l'argent est une force méchante, antichrétienne, qui remplace la possession des esclaves,

Que faut-il donc faire?

Ne jamais posséder d'esclaves, c'est-à-diie d'argent. Que faut-il faire pour ne pas avoir besoin d'argent? Dominer ses besoins.

Quels besoins sont les plus dépendants de l'argent, c'est-à-dire lesquels exigent pour leur satisfaction l'argent?

Le besoin... pas de la liberté (vous reconnaîtrez la vérité et la vérité vous affranchira), mais de ce qu'on appelle la liberté : la possibilité de changer sa situation ; c'est le plus grand luxe.

Et c'est ce luxe que le diable nous présente sous l'aspect contraire, sous l'aspect de la simplicité. 11 ne faut pas tomber dans le piège.

Quel mal y a-t-il à ce que le chrétien vive en ville? 11 prend part à la vie de la cité. Mais il sait bien si les avantages de la vie en ville

lui plaisent ou non, s'il absorbe plus qu'il donne. Et qui Га calculé? Est-ce qu'un chrétien peut donner quelque chose de matériel?

Il donne ce qui est ordinaire... Que notre lumière luise devant les hommes et qu'ils la glorifient!

r*our un homme sincère, cette œuvre s'exprime toujours sous la forme d'actes matériels, mais elle-même n'est pas matérielle. Mais vous savez tout cela comme moi.

Il ne faut qu'une chose, je le répète sans cesse ces derniers temps : remplir avec joie la volonté du Père dans la pureté, l'humilité et l'amour, c'est-à-dire : i° vivre en évitant l'impureté morale (la lubricité, la vanité et autres péchés); 2° vivre dans l'humilité, c'est-à-dire en se préparant à être méprisé des hommes, ou au moins incompris et molesté; З'' aimer, c'est-à-dire étouffer en soi tout ce qui peut provoquer l'hostilité, et exciter en soi tout ce qui peut provoquer l'amour.

Et quand on parvient à arranger ainsi sa vie, alors, dans n'importe quelle condition la joie est constante, éternelle.

Mars 1891.

J'ai été très heureux de recevoir de vos nouvelles, cher Isaac Borissovitch. Avant même votre lettre je savais quelque chose de vous : Arcadie Alekhine s'est en effet arrêté chez moi au cours de son voyage à pied de Koursk à Kharkov.

Л^оиз êtes trop sévère pour votre expérience passées ou vous ne définissez pas tout à fait exactement ce qui n'était qu une erreur. Les principes, j'entends sous ce mot ce qui doit guider toute la vie, ne sont point coupables, et sans principes, c'est mal à vivre. L'erreur provient de ce qu'on pose comme principes ce qui n'en peut être. Par exemple, comment faut-il prendre son bain? etc. Même faire le « travail du pain », comme dit Bondarov, ne peut être un principe.

Notre principe est unique, fondamental, universel : l'amour; non seulement l'amour en paroles, mais par les actes, c'est-à-dire par la

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