s'agit de rinstallation de communes d'intellectuels
dépense, le sacrifice de toute notre vie pour Dieu et le prochain.
De ce principe général découlent les principes particuliers de l'humilité, de la douceur^ de la non-résistance au mal. La conséquence de ce principe, selon toutes probabilités (je dis selon toutes probabilités et non absolument parce que l'homme peut être mis en prison ou qu'il peut lui arriver quelque chose de semblable), sera le travail agricole, manuel ou môme industriel, mais en tout cas le travail pour lequel il y a le moins de concurrents et qui est le moins rétribué.
Dans toutes les sphères où la concurrence est grande, l'homme qui suit la doctrine du Christ (non en paroles mais en actes) sera toujours évincé, et, forcément se trouvera parmi les ouvriers. De sorte que l'état ouvrier du chrétien est la conséquence de l'application du principe, mais non le principe même. Et si les hommes prennent pour principe fondamental d'être ouvriers, sans remplir ce qui amène à cet état, évidemment il en résulterai de l'embrouillement.
Voilà ce que j'ai pensé à propos de votre lettre, bien que je comprenne parfaitement ce que vous y dites et que j'y compatisse complètement.
Ces jours derniers les Boutkévitch étaient chez moi, Anatolie avec sa femme et André, et je leur ai lu votre lettre. Elle leur a plu beaucoup. Anatolie et sa femme regrettent de ne pas connaître votre adresse à Pultava, pour vous voir en passant. Ils sont maintenant en Roumanie.
Je ne vous envoie pas Grisbach, mais ïechendorf, où il y a toutes les variantes de Grisbach, et je vous envoie ce dernier livre et non Grisbach parce que Techendorf est à moi tandis que l'autre ne m'appartient pas. Ne vous emballez pas trop sur ces variantes, j'ai éprouvé cela. C'est une pente très glissante.
Le sens de chaque passage de l'évangile est dans le tout, et rien ne peut convaincre celui qui ne peut pas comprendre le sens d'un passage quelconque conformément à l'esprit du tout.
Que Dieu vous assiste. Ecrivez-moi.
Avril 1891.
J'ai été très heureux de recevoir de vos nouvelles, cher Isaac Borissovitch. J'ai bien reçu cette lettre sur les principes. Je n'y ai pas répondu parce qu'il n'y avait rien à répondre. D'un côté je suis d'accord avec vous, bien que je trouve que vous faites ici une diversion trop méticuleuse, et tout ce qui est trop méticuleux est dangereux. C'est dangereux non parce que c'est injuste, mais parce qu'on peut arriver ainsi à ergoter sur les mots.
C'est juste qu'il y a une différence entre les actes provoqués par la raison et ceux provoqués par la foi, et les uns et les autres sont propres à l'homme. Et l'homme avance en accomplissant les uns et les autres.
D'ailleurs en cela nous sommes essentiellement d'accord et ne discuterons pas par lettre. J'espère en causer avec vous la prochaine fois que nous nous verrons, si Dieu le permet. Mais dans votre lettre il y a des choses plus intéressantes pour nous deux. J'ai été très
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frappé de ce que vous m'écrivez à la fin sur cet « errement » incessant qui se remarque éh nos amis.
Vous écrivez : « Je regarde cela comme une punition de Dieu qui, je crois, se terminera par la joie et l'élévation de l'esprit... » Cela m'a frappé, cnr ce même jour j'avais écrit à Popof, qui vit avec Tchertkof dans la province de A^oronèje, que noire vie — j'entends celle des hommes qui suivent la même voie que nous — me semblait être arrivée à un moment pénible — ou qui plutôt semble tel — nécessitant l'attention, la fermeté, moment privé de joie, d'enthousiasme et même de lumière.
L'heure du désenchantement des tentatives pour réaliser complètement et rapidement nos intentions est venue. L'heure de l'indifférence, du mépris (pas même de la persécution qui, au contraire, encourage) a sonné.
Je sens ce changement, et, à ma joie, je vois que cet état de choses non seulement n'ébranle pas la conception du monde qui est devenue la mienne, mais, au contraire, la purifie des couches étrangères et la fortifie. Л^оиз me com-
prendrez, sans doute," bien que je m'exprime très mal, parce que le sens de la fin de votre lettre est précisément le même.
Anatolie Boutkévitch est avec son frère à Roussanovo. Il s'occupe de menuiserie; il est toujours aussi doux et intelligent. KIopski n'est pas chez lui. II est venu ici en se rendant à Moscou, et j'ai été heureux de constater en lui d'extraordinaires changements, pour le mieux.
Rouguine est à Pélersbourg. Il est parti là à pied. Rakhmanof est parti à Novossolo, chez Tairov. Gay aîné est à Pétersbourg, avec le tableau de Judas, et le cadet est chez lui, probablement il laboure déjà.
Que soit Ferrement, mais que chacun fasse ce que Dieu lui ordonne sans se soucier des hommes (de l'opinion des hommes), et il en adviendra ce qu'il doit être et que nous ne pouvons ni prévoir ni imaginer.
En réponse à votre lettre, je n'ai pas dit tout ce que je voulais à propos de l'idée de votre première lettre avec laquelle je suis et en accord et en désaccord.
Je suis complètement d'avis que c'est péril-
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leux de vivre par les principes seuls, mais je ne suis pas d'avis qu'on puisse vivre sans eux, c'est-à-dire sans l'activité raisonnable qui définit la vie.
Л"ivre avec la religion seule, c'est aussi dangereux que de vivre uniquement avec les principes. Non seulement l'une est liée aux autres, mais c'est la partie d'un même tout : du mouvement moral en avant, c'est-à-dire de la vie.
Dire qu'il est inutile et dangereux de définir la vie et de tâcher d'y conformer la réalité, c'est la même chose que de dire qu'il est inutile et dangereux de poser un pied en avant sans y transporter le poids de tout le corps. De môme qu'on ne peut marcher sans soulever la jambe et s'appuyer sur une seule, de même on ne peut pas avancer dans la vie sans définir raisonnablement sa voie, sans établir des principes et y conformer sa vie.
L'un et l'autre, c'est-à-dire la définition antérieure des principes et la conduite conforme a la religion, sont également importants pour le mouvement. Mais il est difficile de séparer
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l'un de* l'autre, de dire où commence l'un, où finit l'autre. C'est aussi difficile que de dire, pendant la marche, sur quelle jambe l'on s'appuie à un certain moment, et laquelle nous porte en avant. Vous me comprendrez et j'espère que vous penserez comme moi. Je n'écris pas cela à la légère : j'y ai beaucoup réfléchi. Ecrivez-moi plus souvent, en détail. Quand et comment partez-vous dans la province d'Ekatôrinoslav?
Anatolie Boutkévitch a lu chez moi votre lettre, elle lui a plu beaucoup. Il y a déjà longtemps que je ne l'ai vu. Il m'a seulement écrit qu'on a voulu expulser M"' E. F..., comme juive, mais que maintenant c'est arrangé.
Décembre 1891.
Merci, cher Isaac Borissovilch, de m'avoir donné de vos nouvelles. J'ai été très heureux de savoir comment vous tous vivez. Moi, je vis très mal.|Je ne sais pas moi-même comment je fus entraîné à m'occuper des secours
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aux victimes de la disette. Ce n'est pas à moi, qui suis nourri par eux, de les nourrir. Mais j'élais si entraîné que je me suis trouvé le répartiteur de ces déjections que vomissent les riches. Je sens que c'est mal et honteux, mais je ne puis me retirer; non que je ne le trouve pas nécessaire mais les forces me manquent.
J'ai commencé par écrire un article à propos de la famine, où j'ai exposé l'idée principale, à savoir que tout provient de notre péché. Tout vient de ce que nous nous sommes séparés de nos frères, que nous les avons asservis. Et il n'y a qu'un seul moyen de salut : Changer de vie, détruire le mur qui se dresse entre nous et le peuple, lui restituer ce qu'on lui a dérobé, et se rapprocher de lui, s'unir à lui on renonçant aux avantages que procure la violence.
J'ai donné cet article à la revue « Problèmes de Psychologie », et Grott ^ fait des démarches depuis un mois. On l'a atténué, on Га laissé passer, puis on l'a interdit et, à la fin des fins, l'article n'a pas encore paru.