Directeur de cette revue
Mais les idées provoquées par cet article m'ont forcé de m'installer parmi les paysans atteints par la famine.
Ma femme vient de publier une lettre qui a provoqué les souscriptions, et moi-même, sans le remarquer, je me suis trouvé le distributeur des déjections des autres, et, en môme temps, je suis entré en certains rapports obligatoires avec le peuple d'ici.
La misère est ici très grande et croît sans cesse, et les secours augmentent en progression moindre que les maux. C'est pourquoi, une fois me trouvant dans cette situation, je ne puis m'en écarter.
Yoici ce que nous faisons : nous achetons le pain et autres aliments, et nous les distribuons dans les villages, aux paysans pauvres, c'est-àdire que ce sont les patrons eux-mêmes qui font tout ; nous donnons seulement les provisions pour la nourriture des faibles, des vieillards, des enfants.
Il y a là beaucoup de mauvais et de bon, non au point de vue de notre œuvre, mais au point de vue de la manifestation des bons sentiments.
LETTRES A TENEROMO 183
Ces jours-ci, un paysan enrichi de la province de Kalouga a demandé qu'on lui envoie au district de Mossalsk, pour l'hiver, quatre-vingts chevaux appartenant aux paysans atteints par la famine. On les nourrira pendant l'hiver et les renverra au printemps.
En un jour, les paysans d'ici ont rassemblé les quatre-vingts chevaux, et ils sont prêts à les expédier, ayant confiance à des étrangers quïls n'ont jamais vus.
Eh bien, en attendant, au revoir; transmettez mon salut fraternel à tous vos collaborateurs qui me sont connus et inconnus. Ecrivez-moi plus de détails sur vous.