ALEX. HUMBOLDT A AL. DE T0DRGUENEFF (W
Lorsqu'on se sent une peine profonde on aime à s'adresser à ceux qui réunissent aux qualités de l'esprit celles d'une âme généreuse. Vous voyez, monsieur, que
je vais réclamer votre secours. Une femme placée dans les plus hautes régions de la société et pour laquelle j'ai professé depuis de longues années une admiration sans bornes a dû être mécontente de moi ; il est à craindre qu^elle ait pu soupçonner mes intentions. J'en suis inquiet, mais ma conscience me dit que je suis innocent autant que vous-même, monsieur, que je n'ai pas pu faire du mal sans le vouloir. La gloire littéraire est si peu de chose si des doutes peuvent s'élever sur le caractère. C'est la première fois de ma vie que j'ai pu être méconnu ainsi, et c'est une triste expérience après avoir exposé ma santé dans une course de 18,000 werstes, dans une région dont une partie du moins n'est guère bien amusante à parcourir. Je suis allé aux mines du cabinet et à la belle schleiferei de Kolywan, parce que M. le prince Wolkonski l'avait désiré. Je n'ai fait aucun mémoire, je n'ai porté aucun jugement par écrit, je n'ai présenté aucune pièce sur ces mines, ni à l'Empereur, ni au Pr. W. , ni à M. de Cancrin ; la raison en est trèssimple. La grande affaire du Schlangenberg est la perte d'argent dans la fonte. M. le Pr. W. m'en a souvent parlé ; à mon retour il m'a consulté sur une correspondance avec Mr. Children qui avait mystérieusement annoncé de nouvelles méthodes. J'ai dit au Pr. que je ne pouvais rien savoir sur les causes de la perte, sans faire avec M, Rose (le célèbre chimiste qui m'accompagnait) l'analysfô des minèfaîs iet des ï^rodtiits de fonte que j'allais éttiporter. îl était du bon Ion dans la grande société de Sâint-lPéteï'sbourê lde parler avec un extrême dédaitt des
procédés et de l'état de TexploitatioR de l'Oural et de TAltai. Je me suis opposé partout à ces jugements généralement portés sans connaissance de cause. J'ai dit partout que les pertes à Barnaoul pourraient, en grande partie, être une maladie incurable, qu'elle tenait surtout à une extrême dissémination de l'argent sulfuré. J'ai ajouté partout que l'intendant, M. Froloff, était un homme instruit, actif, doué de beaucoup de talent « que sans analyse des minerais que le Pr. a bien voulu me faire emportera Berlin, que sans suivre les procédés à Barnaoul, pendant plusieurs mois, un homme du métier comme moi , ne pouvait se permettre un jugement. * Aucune parole n'est jamais sortie de ma bouche ou de ma plume sur l'utilité ou la convenance de réunir la direction de toutes les mines de l'Empire. J'ai toujours répété que je ne ferais jamais de mémoires sur les hommes et l'organisation administrative ; que je ne traiterais que des choses, de la partie physique, géognostique ; que je n'écrirais jamais une relation de voyage ; que, pour éviter des écueils de blâme ou de flatterie, et n'ayant aucun devoir de me rendre la vie difficile, je n'imprimerais que des observations scientifiques sur la nature inanimée et beaucoup de chiffres qui sont les hiéroglyphes les plus innocents de la pensée. S. M. Tempereur m'a traité avec une extrême bonté à Saint-Pétersbourg et à Varsovie. A la première entrevue, pendant sa convalescence, l'Empereur m'a demandé si je ne croyais pas la réunion de toutes les mines indispensable. Préparé à cette qucbtion, j'ai répondu que je ne pouvais juger de
rien en ce qui concerne radoiinistration, que le Pr, W. employait des personnes du métier, élevées au collège des Mines et que la séparation sanctionnée par une longue expérience, ne me paraissait pas nuisible... L'Empereur a répondu : « aussi M. Cancrin s'oppose-t-il de toutes ses forces à cette réunion, il ne veut rien avoir à faire à la Sibérie. » J'ai continué à exposer que les difficultés tenaient moins aux hommes, parmi lesquels, à l'Oural et à l'Altai, j'en avais vu de très-instruits, qu'à la nature du minerai. Voilà la seule fois qu'on ma parlé de séparation. J'ai entendu qu'elle s'est faite deux mois après mon départ. M. le Pr. W. m'a traité avec la même bienveillance à Varsovie et Fischbach qu'à Saint-Pétersbourg; il m'a honoré d'une confiance particulière; jamais le soupçon m'est venu qu'il était mécontent de moi. Le Pr. a une noble franchise de caractère. Comment, pendant une habitude de me voir huit à dix heures par jour, pendant un mois, ne m'aurait-il jamais dit un mot sur cette affaire, ni sur des torts que j'avais eus? Il m'a parlé au contraire de la séparation avec le plus grand calme.
ALEX. HUMBOLDT A HITTORFF (^• 58).
Paris, 7 février 1832.
Aurez- vous Textréme bonté de me recevoir aujourd'hui mercredi, vers midi, monsieur, j'ai un petit service à
vous demander, celui de charger quelque jeune architecte d'aller aux Tuileries pour me faire, pour le roi (qui me le demande), un croquis, grand comuie la main, du raccord des fortifications avec Tédifice, et du placement du Laocoon. Mille hommages de haute et affectueuse estime.
HUMBOLDT
Mercredi.
ALEX. BUMBOLDT A ÏIITTORFF (n** 59).
40 février i832.
En me servant du stratagème de faire moi-même un petit croquis du projet, et le montrant à M. Fontaines avec menace de le joindre à ma lettre au prince royal de Prusse, j'ai enfin obtenu de lui les deux gravures dont une est destinée au roi, l'autre au prince royal. Je les envoie déjà aujourd'hui à monsieur Hittorf, dans l'idée qu'il serait agréable à mon savant ami de les étudier luimême. Je ne réclame donc que le croquis de l'état actuel des fortifications, la lithographie des ruines d'embellissement et le monument des héros chiffonniers. Si vous pensez que ce n'est pas trop tôt, j'aurai l'honneur de passer chez vous, monsieur, lundi, vers les onze heures. Je solliciterai alors de votre bonté de vouloir bien charger aussi un de vos jeunes élèves de la prose de deux bâtons pour rouler et emballer les dessins, le prince royal ne
recevant cette fois-ci que le seul plan gravé des Tuileries.
Je suis tout honteux de toutes les peines que je vous cause, et je vous supplie, monsieur, d'agréer l'expression réitérée de mes excuses et de ma haute et affectueuse considération.
HUMBOLDT
Ce vendredi.
ALEX. HCMBOLDT A HITTORFF (lS° 60).
14 février 1832.
Les deux précieux rouleaux joliment ficelles «ont entre mes mains, monsieur ; ils partent dans ce moment par le courrier et avec l'expression de tout ce que je dois à votre obligeance. Permettez que je vous offre à la hâte l'hommage de ma vive reconnaissance et de la haute estime que vous inspirez par vos travaux et par cette aménité de formes dont le type disparaît peu à peu. M. le comte Turpin me fera grand plaisir s'il veut bien me donner, pour le P. R. , les ruines qui embellissent un jardin.
HUMBOLDT
Ce lundi.
ALEX. HUMBÔLDT À ALEX. TOURGUENEFF (N* ÔJ).
Berlin, 21 février 1832.
Je n'ai que le temps de vous envoyet les incluses du bon Ritter et de vous le recommander. J'ai fait un mémoire pour le Roi, demandant, avec les éloges mérités, une remémoration qui vous est bien nécessaire. Ne vous étonnez pas, mon excellent ami, que la réponse n'arrive pas de sitôt encore, le Roi étant extrêmement distrait par des Princes étrangers et des fêtes, et très-enclin à refuser, Albricde doit guéter le bon moment. Amitiés,
A. HOMBOLDT,
Berlin, ce 24 février 1832.
ALEX. HUMBOLDT A HITTOBFF (N* 62).
Paris, 18 mars 1832.
Comment aurai-je pu douter un instant, monsieur, du plaisir que le roi aurait de recevoir un ouvrage de vous ? il i^uffisait de vous nommer; dans un pays où les arts sont cultivés par la haute société plus que dans les salons des Barricades. Je n'avais pas besoin de rappeler votre talent de composition, votre goût du dessin, la sagacité de
VOS recherches sur les monuments de la Grèce. Si vous voulez me consulter^ ce qui me paraît pou nécessaire, j'aurai beaucoup de plaisir de vous recevoir lundi vers les deux heures et demie. Ce sera une bonne fortune pour moi et une occasion pour vous renouveler, monsieur, l'hommage de ma haute et affectueuse considération.
HUMBOLDT
Samedi,
ALEX. HUMBOLDT A HITTORFF (n* 63).
•Paris, 22 mars 1832.
Forcé d'être auprès du Roi de sept heures trois quarts du matin à minuit, je ne puis offrir à mon* respectable ami monsieur Hittorff, comme marque de mon dévouement, qu'un affreux rendez-vous à sept heures du matin. N'irez- vous pas dans la journée chez M. de "Werther? Depuis six jours nous ne cessons de parler de vous au Roi, de vos admirables dessins du sacre de Charles X Jt Rheims (qu'il verra avec plaisir), de la Sicile, de ce que vous faites pour nos compatriotes. M. de Werther possède le secret des heures. Quand vous pourrez voir le Roi — c'est un problème que je n'ose résoudre pour ne pas vous induire en erreur — comptez sur ma constante admiration.
HuMBOLDT.
Ce jeudi.
ALEX. flUMBOLDT A LBTllOÎSNE (n** 64).
BerUa, 11 juillet 1832.
Un désir irrésistible et des vues particulières sur la géographie de Nubie et le site de Meroe entraînent un de mes jeunes compatriotes, M. de Jargow, vers l'Egypte. Comme j'aime les entreprises désintéressées et courageuses, j'ose, cher et illustre confrère, vous supplier de recevoir avec bonté cet excellent jeune homme. Officier prussien, il a déjà combattu pour la liberté des Hellènes, que, vus de près, il n'a pas trouvé très-aimables. Daignez, de grâce, lui être utile et le présenter à notre ami commun, M. Gérard, qui a tant d'indulgence pour tout ce qui vient de cet oasis. Je vous offre aussi de l'Ithaque et ses éternels Pelasges. Vous avez la grâce d'offrir un exemplaire à l'Institut et de faire faire une de ces lettres de remercîments au général (ami intime de mon frère) , dont les augures vient à Paris et qui font encore de l'effet à Berlin. Mille tendres amitiés et mes hommages à l'ai^ mable madame Letronne... Vous êtes peu sage quand je vous quitte.
Al. Humboldt.
Berlin^ ce li juillet 1832.
ALKX. HUMBOLDT A GUIZOT (N" 65).
A Berlin, ce 2 novembre 1832.
Monsieur,
J'ai été bien agréablement surpris, en me trouvant avec le Roi dans la belle vallée basaltique de Teplitz, de recevoir de vous, monsieur, une marque si honorable de votre souvenir affectueux. Daignez en agréer Thommage de la plus vive reconnaissance. J'avais déjà le plaisir*de connaître M. Artaud à Paris; Je sais apprécier tout ce qu'il réunit de qualités solides et d'aménité dans les formes. J'ai tâché de lui être utile dans ses recherches, tant en Prusse qu'en Saxe, où le président du conseil est un astronome, ce qui ne l'empêche heureusement pas de voir ce qui se fait de peu constitutionnel ici-bas, en Allemagne et ailleurs. M. Artaud a laissé partout les impressions les plus favorables, celles d'un homme studieux, vrai et ne se contentant jamais de vagues aperçus. Je n'ai pas besoin de recommander à Votre protection trèsspéciale M. de Sinner, qui a déjà eu le bonheur de fixer Tattention de votre excellente École normale. C'est un helléniste très-distingué qu'on voudrait attirer ici, mais qui, je pense, devrait pouvoir prolonger son séjour en France, où l'édition du Thésaurus aurait grand besoin de son secoursi Mon frère* dont la vie entière est consa* crée aux lettres, a été très-charmé de recevoir à sa cam*
pagne MM. Artaud et Sinner, et de se souvenir avec eux des moments heureux qu'il a passés avec vous, monsieur. Nous faisons des vœux pour votre sérénité intellectuelle, et que la politique orageuse vous laisse le temps de profiter de la haute sphère dans laquelle vous êtes placé, pour avancer la culture des bonnes études et la délivrer des formes si contraires aux progrès de la liberté publique. Daignez aussi, je vous en supplie, vous souvenir de M. Valenciennes, le collaborateur de M. Cuvier et le mien ; il est digne de votre bienveillance. Je suis heureux d'avoir enfin des nouvelles de mon malheureux ami, M. Bonpland. Je voudrais qu'il pût vous devoir ce que souvent on donne avec une largeur expensive, une décoration toute française. Veuillez bien faire agréer à l'aimable et spirituelle madame Guizot l'hommage de mon respect, et n'oubliez pas entièrement une personne qui vous est dévouée depuis un temps antédiluvien.
Â. HUMBOLDT
Berlin, ce 2 novembre, 1832.
ALi:X. HUMBOLDT A LBTRONNE (n* 66).
Postdam> ce 28 décembre 1832.
Je suis sans cesse occupé de vous, mon illustre ami^ Vous le voyez par les pauvres envois que j'ose vous faire; vous y reconnaîtrez ma bonne volonté» Je suis tourmenté de ne pas tout trouver ce^qui est sorti de votre plume» Il n'y a pas d'écrivain moderne dont je tire tant de fruits^
quel trésor que ce petit mémoire d'Atlas et le grand sur Osymandias. Je travaille à mes recherches historiques sur la géographie du nouveau continent et l'astr.... nautique du seizième siècle, et à ma physique du monde, précédée d'un précis hist. du développement progressif de l'idée de cosmographie physique. J'ai trouvé dans V Imago mundi^ du cardinal Pierre d'Ailly, le passage qui a enflammé Colon ; je lis, page par page, Roger Bacon et Albert le Grand et Cosmos. De grâce, écrivez-moi, mon cher ami, où vous avez traité de la topographie chrétienne de Cosmas. Citez-moi, dans une lettre de dix lignes, avec le courrier prochain (car je suis dans toute l'ardeur des études) , avec indication de pages et volume, ce que je puis lire de vous. Mon frère imprime son grand in-4° sur le /fTay/ (la langue de Java) et les rapports des langues de la mer du Sud avec les formes grammaticales sanscrit. Bopp fait plus de zend que pourrait le désirer l'excellent Burnouf. Je vais à Tegel si souvent que je puis, pour faire du grec avec mon frère, qui me charge de l'expression de sa constante admiration pour vous. Mes hommages à l'aimable madame Letronne et aux Gérard qui ont fait une si cruelle perte. Daignez m'écrire par la légation prussienne, rue Bourbon ; il suffit de jeter la lettre ou le paquet, sous mon adresse, au bureau de la légation.
Je suis heureux de vous voir à la tête de la Bibliothèque.
Amitiés, A. Hgmboldt.
Postdam^ ce 28 décembre 1832.
ALEX. HUMBOLDT A LETRONNE (n* 67).
Paris (sans date.) 4832.
Comment vous remercier assez, mon cher et respectable confrère, pour Taimable souvenir que vous m'avez donné en m'envoyant cette intéressante pétition des prêtres de Philoe, écrite, non comme une pétition aux chambres, sur un papier fait avec des cailloux, mais sur de beau granité, avec amphibole de syène! Depuis le contract rapporté par le général Minutolo entre les fastes noirâtres et le maître à couleur d'. ...... je ne connais
rien de plus curieux pour l'histoire de l'Egypte.' Votre monument est bien supérieur pour l'antiquité. Les deux reines dont l'une ne couche pas; les parents des rois qui sont cousins^ comme les maréchaux qui ont combattu contre les Bourbons ; ces prêtres qui flattent le pouvoir comme les chanoines de Notre-Dame flattaient ce très^ grand Dieu^ l'empereur Sylla...., tout cela est trèspiquant et très-instructif. Votre mémoire porte ce caractère de supériorité qui vous a valu votre place parmi les philologues et les historiens de l'antiquité. Vous savez maîtriser votre sujet, être érudit et judicieux, clair et bref à la fois. Je suis indisposé d'un gros rhume, sans sortir depuis trois à quatre jours. Si vous ne craignez pas la pauvreté, l'indigence stoïque de ma demeure sous un toit, à la hauteur aérieni\ededeux cent-soixante marches, venez me voir un de ces jours. J'aurai un grand plaisir à
VOUS questionner sur des problèmes africains qui me tourmentent. Vous voyez tous les jours des personnes qui profitent moins de vos entretiens que moi. L'ignorance a quelque droit à votre intérêt, lorsqu'elle est jointe à la bonne foi et à une curiosité ardente.
HUMBOLDT
Ayez la grâce de vous nommer pour un rendez-vous, car je suis parvenu à donner un haut degré de férocité à mon portier. — Aimez-vous V animal-monde^
ALEX. HUMBOLDT A LETRONNE (n** 68).
Berlin, co 26 avril 1833.
Si je réponds si tard et d'une manière si peu intéressante à votre lettre aimable et spirituelle, mon cher ami, c'est quej alité pendant une semaine entière des suites de cette vilaine ^n/?pé?, je ne suis qu'en convalescence. Je ne saurais vous exprimer combien vos cadeaux m'ont rendu heureux, surtout celui de votre portrait. C'est vous, c'est la vie même, c'est votre esprit fin et enjoué jusqu'à un peu de malice, telle que je l'aime tant ; tout y est vivement exprimé. Je ne vous perds pas de vue, et comme je suis de cette vertu pédantesque (depuis le commencement du choléra à Paris) de lire toutes les nuits, depuis niinuit, ou l'heure du grec, je trouve que
votre présence me sert â! admonition et d'encouragement, lorsque la chair fléchit. Le petit portrait est dans mon étude, et mon frère, qui me charge de mille expressions de son amitié et de sa haute et constante admiration pour vous, voudrait bien qu'à la première occasion vous puissiez aussi lui faire le même cadeau pour orner sa maison de Tegel, si riche en monuments et en grands souvenirs. Votre livre chrétien a été lu par moi ligne par ligne ; c'est un trésor d'érudition linguistique et d'observations neuves qui jettent du jour sur des communications de peuples et d'idées bien précoces. Les demoiselles, ces Hiérodules^ m'ont beaucoup diverti; vous ignorez peut-être que l'ami d'Osymandias,le pédantesque M.Hirt, avait imaginé, il y a vingt ans,de marquer dans une fête de !a cour des dames d'honneur de la reine, conime Hiérodules, et imprimer ce nom dans un programme. Voilà de l'érudition bien placée, j'espère. La note de div m'a beaucoup intéressé. Il paraît, disent nos indianistes, que dans la composition où div précède, c'est deva Dieu, Déesse surtout, Dourça, épouse de Seva, comme Devikotta, maison (kotta) dé Durga. Div à la fin est une abréviation de divipa (île), comme vous l'avez aussi très-bien dit. C*est comme dvis [sanscrit) deux a perdu le p et celui de devipa est devenu boMv^ permutation très- commune. Il est toujours bien remarquable d'avoir dans Ptolémée (vu, 2) ic«i8a<ri8 deux mots, sanscrit pur avec leur interprétation exacte , comme Morimarasa (mot cimbre) se rattache parfaitement aux langues indogothiques, par morii mer, (golh. mari^ même slave more:
du sarrir, wari, eau, water^ la permutation de i? et m est d'après le nouvel ouvrage de M. Bopp^ que je vous offre, fréquente dans le passage du sanscrit au latin et au gothique). Marusa de la racine sanscrite, m' mourir (a-mara immortel). D'ailleurs, vous savez combien on est puissant quand on n'a pas la faiblesse de tenir aux voyelles et aux consonnes ! Le prince royal a été plus sensible à votre cadeau que vous pourriez l'imaginer. Il n'a^ vait jamais vu votre excellent mémoire sur le tombeau, et comme il étudie et dessine tous les soirs de Tarchitecture, jugez combien ces plans lui ont fait plaisir. Il m'a chargé de vous exprimer sa plus vive reconnaissance, et comme il tenait beaucoup à la bonne opinion que M. Letronne pourrait avoir de lui et de son ardeur pour les arts, il m'a prié de vous dire comment, à son plus grand étonnement, à Berlin même, l'idée de sa part, à la réponse de M. Hirt s'était répandue. M. Hirt, l'ancien précepteur du prince pour lequel il a de l'amitié, mais dont il connaît les bizarreries et l'incorrigible entêtement, a la manie de croire à la lettre tout ce que les grecs veulent avoir entendu des abbés de Memphis ; il croit jusqu'à des singes secrétaires d'Etat. Or, quand le prince a trouvé dans un journal allemand l'extrait de votre travail, il a écrit une lettre pleine de malice à M. Hirt pour lui révéler de quelle manière on se défiait de ses amis les prélats égyptiens. Voilà M. Hirt qui, sans avoir v»i votre mémoire, fait une réponse. Je vous la transmets, car vous pourriez ne pas l'avoir vue; elle est très-insignifiante. M. Hirt envoie en même temps la réponse au supplément
littéraire de la Gazette rf'J^/flM'ici,pctit moniteur presque aussi ennuyeux que le vôtre, le jour que paraissent les Viennet et les Charles Dupin ; c'est, dit-il, la réponse que j'ai faite au prince royal qui s'intéresse vivement à cette architecture monumentale. Vous devinez la source du quiproquo. Le prince royal a cela d'excellent qu'il jouit de la mémoire la plus sûre de l'étude des antiquités, sans pédanterie, ayant des idées à lui, mais ne les défendant jamais avec aigreur, aimant les disputes littéraires, parce que elles l'éclairent, mais restant aflfectueux pour les dissidents, entretenant un correspondance active avec M. de Rumohr, le connaisseur le plus érudit de l'ancienne peinture italienne et ennemi atroce de M. Hirt. Me voilà devenu bien long et ennuyeux, comme on l'est en province. Je mets à vos pieds un nouvel ouvrage de M. Hirt, non parce que je le crois très-bon, mais parce qu'il paraît aujourd'hui. Les hiéroglyphes y sont traités avec un superbe dédain. Vous avez sans doute depuis longtemps 0. Muller Handbuch der archéologie der Kunst^ 1830, qui (j'en suis étonné) connaît votre mémoire sur Osymandias et trouve encore que la description de Diodore offre moins de dissemblances que d'analogies. Demandez-moi des livres de grâce ; j'ai des moyens de vous les donner par notre courrier de l'ambassade et je le fais avec plaisir. M. Burnouff sera intéressé aux incursions de Bopp dans son domaine Zend. Pourquoi aussi a-t-il tant tardé de donner son commentaire grammatical. Mon frère est heureusement très-bien , malgré un tremblement des mains qui m'afflige. On imprime son grand ouvrage sur
le Javanais, les langues de la mer du Sud et leurs rapports à la fois avec le sanscrit et les langues américaines. Les derniers rapports sont très-faibles ; je vis très-solitairement, car la cour, c'est-à-dire une famille royale jeune et très-nombreuse et (ennuyeusement) avide d'instruction et de mouvement intellectuel, absorbant des heures fixes, soit ici, soit dans notre vie nomade de Postdam, je me tiens à mon travail le reste du jour et de la nuit. La vie est une équation de condition et il faut savoir la résoudre. J'espère que les petits mouvements du Rhin et les menaces des héroïques étrangers, ne seront pas grand'chbse. D'ailleurs, de certains gouvernements en profiteront pour introduire cet admirable régime pénitentiaire (martyrisation doucereuse avec accompagnement de coups de fouet et de petits sermons) selon lequel on applique des bandeaux sur les yeux pendant quelques mois seulement. Etre obligé de se taire et empêché de voir clair, c'est la perfection, et il restera toujours assez de jour pour « compter ses poux, » comme dit élégamment votre abbé Dicuil. Ce pauvre Valenciennes, mais comment aussi pouvait- il ne pas prévoir qu'on ne résiste pas aux monstres qui pleurent. Ce mélange de terreur et de pitié agit toujours sur les corps académiques surtout quand on est président. Il me semble, d'ailleurs, que l'Institut se hâte furieusement à échanger ses grandes pièces en petite monnaie. Cependant, la nomination de Libri a été excellente ; c'est un homme de talent avec une variété de connaissances qui rappelle Herschel fils, aimable et bon excepté là où le peuple est représenté par
des pavéis. Je suis tout plein de mon affaire de la distillation, opération sans laquelleiln'existeraitpas de chimie, les acides étant les seuls moyens d'entrer dans la composition des corps. La distillation du Koumys (lait de jument fermenté) chez les nomades d'Asie m'a parue très-ancienne, je ne trouve cependant aucun texte d'un i'TTTTAx^ enivrant, je veux dire que la confection de ce fromage mou ait été accompagné de distillation. Tout ce que les poèmes indous offrent de liqueurs enivrantes, ne prouve rien, la simple fermentation vineuse du riz expliquant l'effet. On a tout attribué aux Arabes, enfin je trouve une description complète de la distillation de l'eau salée au commencement du troisième siècle. Frappé du passage de Pline sur la manière d'obtenir le mercure du cinabre xxxui, 8, ferriacnncha calyce cooper ta ^fsii été conduit à Dioscoride (Mat. med. v., 110, oii se trouve l'emploi de Vet/x^ixoç (oL/xlit^) vase très-étroit, par en haut (lagena) , le calix de Pline dont on a fait avec l'article arabe le mot alambic, comme l'observe très-bien le Schol. Venet, ad Iliad. (Voyez Animadv. in Athen, ix, 61, éd. Schweigh, t. 6, p. 164). Un passage d'Aristote, Met. ii-3, prouve que du temps d'Aristote, on n'avait aucune idée de l'eau-devie. Il dit que les vapeurs du vin chauffé sont de l'eau pure. Alors j'ai cherché dans le Comment. d'Alexandre Aphrod. (Joan. Philoponi Gramm. et N. Aphrod. Yen. 1527, p. 97, 6,) et j'ai trouvé une excellente description de la distillation de l'eau de mer, seulement W/uL^t^ est nommé tv/ula^ ce qui me fait un peu de chagrin : ce sont donc les Arabes que le seul passage de Dioscoride
a conduit, et comme alambic, alambiqué est à présent connu des plus ignares, (la tribune des Chambres en fait foi) il est curieux de voir qu'un seul emploi du mot eLjuifitXo^ comme instrument chimique (je ne connais aucun autre passage) ait pu décider la nomenclature. Je vous promets de terminer. M. Boekl, que je consulte souvent et dont j*espère pouvoir suivre de nouveau le cours, est toujours vif et spirituel; il vous est très-attaché. M. Brandes a été ici terminer la partie des variœ lectiones de TAristote de Becker, la Grande-Ourse. La mort de Passow est une calamité. J'ai donné pour vous une lettre à un jeune ^x*-^*^^ Lepsius (sic) , philologue extrêmement Aiambieus distingué, qui vient de publier un traité
œ^itjuhmm ^ur les tables Engub. et les idiomes italiques. Veuilllez, de grâce, offrir mes hommages à l'aimable madame Letronne, que je voudrais pouvoir reconduire encore du Collège de France, sauvée de vos déluges, ce bon temps quand j'étais dans cette calamité ogygienne. Il ne me reste que quelques pages que j'écrivais à côté d'un ami du peuple qui avait des mains noires comme du charbon et qui savourait vos impiétés, plus que le duc Abbé (Raûzan.), propos de propreté. Y a-t-il dans ce monde quelque chose de plus bizarre, de plus ennuyeux, de plus barbare et impropre de nomenclature, que cet éternel arbre des connaissances humaines du bon temps.
Mille tendres amitiés.
Al. H(3mboldt.
Berlin^ ce 26 avril 1833.
Vous avez pourtant dit quelques mots obligeants au père Ideler sur le petit ouvrage du fils du météorologiste grec et romain, 1832 ; si enfin vous l'avez reçu.
ALEX. BDMBOLDT A GDIZOT (n° 69).
A Postdam^ ce 25 mai iSd3.
Monsieur,
Si j'avais cru pouvoir me laisser guider par les inspirations seules, je devrais dire par les besoins du sentiment, je vous aurais adressé l'expression de ma profonde douleur il y a quelques mois. Reçu avec tant de bienveillance, avec une si rare aménité dans l'intérieur de votre famille, je pouvais comprendre ce qu'une telle infortune a d'irréparable et de cruel. Quel charme dans la réunion de toutes les qualités qui embellissent la vie, à l'élévation des sentiments, à la finesse de l'esprit, à une douce sérénité, atmosphère si nécessaire à un homme d'État, naviguant, quoique avec succès, au milieu de courants opposés. Cette sérénité des beaux jours de votre vie, je le sens, elle est perdue pour vous ; la force de votre caractère et d'une philosophie qui ne s'alimente pas d'abstractions arides, vous rend le courage du travail comme l'accomplissement d'une haute destinée. Mais l'aspect de mon pauvre frère tout adonné à sa douleur,
puisant dans cet abîme ce (jui seul lui rend la vie supportable, s'occupant des travaux de l'intelligence, comme on s'occupe d'un devoir, me peint votre situation avec de vives couleurs. Vous m'avez honoré de votre intérêt, j'ose dire de votre amitié depuis de longues années. Le souvenir de ces temps vous fera pardonner la familiarité et la candeur de ces lignes.
J'aime aussi à vous parler de ma vive reconnaissance ; vous avez daigné vous souvenir de mon infortuné ami M. Bonpland, en remplissant la prière que je vous adressai l'automne passé ; vous l'avez fait nommer membre de la Légion d'honneur. Cette nomination ma causé la plus vive satisfaction. Je devais craindre pour mon compagnon de voyage, ce qui arrive si facilement dans les choses humaines. Lorsqu'il avait le bonheur d'être dans les griffes du docteur dictateur, tyran républicain depuis les bords de la Thamise jusqu'aux bords de l'Obi, on me demandait de ses nouvelles, en compatissant à son sort. Le drame fini, ce n'est qu'un savant qui a voyagé pour recueillir de bonnes herbes. Il était à redouter qu'il fût oublié. Cet oubli était impossible dans une âme généreuse comme la votre ! Nos excellents amis MM. Benjamin et François Delessert m'ont écrit plus d'une fois, quelle noble part vous avez prise aux démarches que j'ai faites pour solliciter le payement des arrérages qui sont dus à M. Bonpland depuis i 820. J'ai tort de dire que ces arrérages sont dus à mon ami, je sais qu'une loi positive s'oppose aux payements antérieurs aux dernières cinq années. M. le ministre des finances, en ne faisant payer
que ces cinq années n'a sans doute pu agir autrement, quoique le comité des finances et le conseil d'État, à cause de la position particulière de M. Bonpland avaient donné quelque espérance de plus. Je me crois un devoir de plaider la cause de mon compagnon de voyage devant un ministère si noblement enclin à soulager les infortunes des hommes de lettres. J'ai osé écrire aujourd'hui même au Roi, non pour réclamer un droit, mais pour solliciter une grâce spéciale. Daignez, je vous supplie, monsieur, m' accorder votre protection dans cette affaire, qui est d'un haut intérêt pour les finances délabrées de M. Bonpland. Ma lettre à Sa Majesté restera sans effet si vous ne trouvez pas occasion de nous aider. La pension de trois mille francs de M. Bonpland se fonde sur la cession que j'ai faite au Jardin des plantes d'un herbier de mon voyage. Je m'en suis privé moi-même pour être utile h mon ami. Je ne possède pas un brin d'herbe, pas le moindre souvenir du Chimborazo ! La pension est donc d'une nature toute particulière. La chose cédée existe matériellement, et la prison seule a interrompu les payements. Voilà le roman de motifs de droit que je me suis fait, mais je n'allègue ces motifs que pour pouvoir solliciter une grâce. J'oserais même croire que les commissions des chambres, si l'on avait besoin d'une telle sanction, ne s'opposeraient pas à cet acte de munificence en faveur d'un français dont les malheurs ont eu une certaine célébrité. Daignez excuser, je vous supplie, la longueur d'une lettre si mal rédigée. Vous ne blâmerez pas les motifs qui l'ont déterminée.
Agréez avec bonté de la part des deux frères Humboldt l'hommage d'une ancienne et affectueuse considération.
Votre très-humble et très- obéissant serviteur,
Al. Hdmboldt.
A Postdam, ce 25 mai 1833.
Je regrette que les belles collections que M. Bonpland a formées pour le Muséum d'histoire naturelle depuis sa sortie du Paraguay, ne soient pas encore arrivées. Les caisses sont déposées au consulat pour les remettre au premier navire de l'État qui toucherait à Buenos-Ayres ; mais par suite de l'affaire de M. Laforest, les rapports officiels entre la France et la République dite Argentine, ont été en quelque manière suspendus, et depuis huit mois aucun navire de l'État n'a dépassé Montevideo. Je tiens ces détails de M. Boissière (de la maison Chauviteau et C*), ami de M. Bonpland, récemment arrivé de Buenos-Ayres, à Paris.
ALEX. HUMBOLDT A ARAGO (n" 70).
Berlin, 1833.
Je t'ai écrit quelques lignes, cher et excellent ami, lors de la mort de ce pauvre Oltmanns; je crains que
celles que j'ose t' adresser aujourd'hui ne soyent pas plus instructives; mais à quelque distance que je sois séparé de toi par un sort que je déplore, je me flatte de la persuasion, qu'un homme (vieillard aujourd'hui) qui a traversé avec toi l'époque la plus belle et la plus heureuse de la vie, ne peut te devenir indifférent. Je mets à tes pies mon humble Dédicace, un simple feuillet qui exprime que tes découvertes ont agrandi le domaine de nos connaissances et qu'au moment où bien des personnes, par des passions politiques, s'éloignent peut-être de toi, j'aime à te donner une marque publique de mon dévouement inaltérable. Ce dévouement, je l'ai pour ta personne, pour la puissance de ton talent, je l'ai aussi pour la noble franchise d'opinions, dans lesquels {sic) (tu le sais) je persiste inaltérablement aussi depuis que j'ai commencé à réfléchir sur les progrès de la raison. Tu verras dans quelques lignes de la Pré/ace de mon ouvrage que mon espoir de la stabilité définitive des progrès se fonde sur une simple analogie de faits historiques. Les siècles finissent toujours à accomplir leur destinée, un siècle entier ne vit pas de vaines espérances. Je joins une mauvaise épreuve de cette préface à cette lettre pour te donner une idée de l'ouvrage dont vingt feuilles sont déjà imprimées. Puisse cette préface te prouver que cet ouvrage, qui plus lard sera réimprimé in-8% par la variété des vues, ne sera pas tout à fait indigne de l'hommage public qu'il renferme pour toi. Si tu veux me récompenser un peu, fais-moi la grâce de dicter quelques lignes : r sur l'atmosphère et les nuages sous le rapport optique de
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simples résultats (sans preuves) ; 2° sur le scintillement des étoiles, sous le simple rapport de réfuter celte ennuyeuse objection que je trouve encore si souvent dans les livres allemands, que le scintillement des étoiles peut s'expliquer par le simple mouvement des vapeurs ; (a)
3) As-tu répété, dans la dernière éclipse lunaire, l'expérience de polarisation que tu as faite sur la queue de la comète pour prouver que toute la lumière que réfléchit la lune déjà éclipsée^ est de la lumière réfléchie, non une lumière propre à la lune.
Je te demande la grâce de me donner quelques lignes pour orner mon Essai sur la physique dumonde. En allemand, ce livre s'appelle Cosmos ou Essai de « physiscke Well Beschreibung »; parce qu'en allemand on dit Erd* beschreibung ^ description de la terre. En français on ne pourrait dire par opposition à géographie^ que cosmographie^ ce qui conduit à d'autres idées purement astronomiques ; et Essai sur la descrij)tion physique du monde me paraît ridicule en français. (J'entre dans ces détails parce que je ne voudrais pas qu'une traduction française de ce livre qui embrasse tout, depuis les nébuleuses jusqu'à la géographie des mousses, aye un titre risible). J'ai commencé l'impression.
Mes tendres amitiés à ta famille, surtout à M. et Mme Mathieu et à ton excellent frère, le vainqueur courageux d* Anvers. La paix sera maintenue, comme effet de peur mutuelle* A* H.
(a) Je n'ai un besoin urgent des eifets de ta gracieuse bienveillance qu'en deux mois.
Si tu m'écris, ou si tu avais la grâce de m'envoyer quelques pages que je réclame, n'oublie pas que la voie la plus sûre est de faire jeter la lettre (sans passer par la petite poste) au bureau de la Légat, prussienne, rue Bourbon, n" 86.
Je n'ai pas besoin de te prier de ne pas donner hors de tes mains cette lettre. Tu ne sais pas qu'un journal français a fait naître ici, une fois (sans qu'il y ait eu de la faute, cher ami) , de misérables caquets sur une lettre de M. de H. , relative au danger des forts. (Je crois d'ailleurs,- comme toi, à ces dangers).
ALEX. UOMBOLDT A HITTQRFF (lN° 71).
Sans-Souci^ 6 juillet 1833.
Je ne saurais vous remercier assez vivement, mon cher et excellent ami, de la marque de confiance que vous avez bien voulu me donner. Je déplore les perles, que vous avez faites^ mais, heureusement, vous êtes assez riche de beaux talents pour ramener ^ j'en suis sûr, l'opinion publique et le pouvoir vers vous ; je serais heureux d'y contribuer pour une bien minime partie, et si je n'ai pas répondu plutôt à votre aimable lettre, c'est que très-près de mon départ avec le roi pour la Bohême, j'ai été plus occupé qu'à l'ordinaire. J'ai pensé à votre nomination comme membre étranger de l'Académie des
Beaux-Arts (cela répond à associé étranger que nous n'avons pas), elle ne trouvera aucune difficulté. Je suis tout honteux de ne Tavoir pas fait il y a des années. Vous avez rendu de grands services, non-seulement comme architecte plein de goût et de grandes conceptions, mais encore comme enrichissant l'histoire de Tart de recherches d'érudition les plus neuves et les plus curieuses. Vous verrez par le petit billet ci-joint que j'ai pris mes mesures pour l'élection ; si cependant vous vouliez envoyer à l'Académie, récemment agrandie par une section de musique, quelques morceaux de vos admirables ouvrages, cela sera reçu avec une vive reconnaissance. Les académies aiment la propriété tout et partout, par désintéressement. Agréez, je vous supplie, vous et l'aimable madame Hittorff,et votre digne beau-père, l'hommage de ma respectueuse reconnaissance.
Al. Humboldt.
Sans-Souci, ce 6 juillet 1833.
ALEX. HUMBOLDT A LETRONNE (n** 72).
Paris, ce mercredi 1833.
J'ai été malade depuis quinze jours et je vais vous ennuyer d'une longue lettre. C'est votre absence de Paris, qui m'a fait oublier, mon respectable et illustre confrère, de vous rapporter ces volumes dont la lecture m'a causé
le plus vif plaisir. Je vous ai lu ligne par ligne, et quoique je n'aie plus ouvert ces livres depuis trois mois, je me souviens avec reconnaissance de l'instruction que j'ai puisée, dans des articles qui réunissent la plus profonde érudition, aux vues les plus philosophiques sur l'état des* peuples anciens, et à une élégance de diction toujours soutenue. Vous avez bien réfuté les absurdes hypothèses de M. Corancey, le seul géomètre qui fuit la perpendiculaire. Les morceaux sur le passage de Strabon (le pronaos et Uéliopolis) ^ sur la distance de Canope à Alexandrie, sur Pytheas à Marseille et la division du cercle des Ghaldéens sont d'une haute importance. J'ai été bien aise que vous ayez traité un peu mieux ces « pauvres diseurs de bonne aventure » que l'on tourmente de nos jours comme des frères ignorantins. M. Cuvier, qui traite les plus grandes questions historiques avec la fatuité d'un conseiller d'État, aurait dû se souvenir un peu de votre article. Mais que faire d'un homme qui dit : « Plus j'y pense, plus je me persuade qu'il n'y avait point di histoire ancienne à Babylone, à Ecbatane, en Egypte et aux Indes. » Qu'appelle-t-on, en saine critique, de l'histoire ancienne ? Pour se jouer du savoir comme Voltaire, il faudrait en avoir la légèreté et la grâce du style. H ne faudrait pas écrire : « au fond, l'on a pu voir ci-devant que l'on est d'accord que sur un seul point. » J'aime mieux revenir à monsieur Letronne qui sait revêtir des observations ingénieuses des formes les plus agréables. Vous avez donnéquelque part desréflexions qui m'ont paru pleines de justesse sur la cause du succès des œuvres de Lucien, lors
de la renaissance des études classiques. J*ai été frappé de ce que JuliusValerius rapporte de la naissance et de la vie d'Alexandre. Il serait curieux de fixer l'époque où l'on s'est permis à faire ces romans historiques. Vous con-
naissez ce que de graves auteurs persans rapportent d'Alexandre, témoignage qu'un savant orientaliste (Richardson) a osé préférer aux témoignages des Grecs. On se confond dans ces prétendues vérités historiques qui rappellent ce que les contemporains ont vu des miracles de saint Médard. Tout mon sang calviniste a bouillonné en voyant comment M. Daunou défend la révocation de l'édit de Nantes; je le croyais moins orthodoxe.
HUMBOLDT
ALEX. HUMBOLDT A LETRONNÈ (n^* 73).
Je ne sais comment j'ai fait de ne pas vous parler de cette reconnaissance jointe à l'admiration que je yous dois toute ma vie. Votre dernier ouvrage, mon cher et digne ami, restera comme un phénomène dans les recherches archéologiques. Je ne connais pas d'exemple qui fasse sentir plus clairement la puissance du talent soutenue par tous les secours de l'érudition moderne. Tout se tient dans cette découverte et dans les conséquences que vous en tirez. La famille de Petermann n'a
certes pas rendu tant de services pendant leur vie que depuis que les corps diAmmonius et de sa nièce, Dona Sai^aponty Tyhout^ ont eu la fantaisie de faire un tour d'Europe, Cette irruption des idées astrologiques dans le premier temps du Christianisme est une chose admirable ; mais quelle paresse d'un Institut qui voit tranquillement deux de ses membres se dire qu'ils se trompent dans des calculs numériques et qui ne les prie pas de faire juger leurs calculs par un tiers. « Cela ne me regarde pas, je n'ai pas le loisir, c'est un calcul trop simple, je me mettrais les prêtres à dos, B... doit avoir tort. » Voilà les excuses banales de la partie dédaigneuse et je vous remercie bien d'avoir traité ce point avec franchise. Je ne vous parle pas de la reconnaissance de mon frère : je lui avais fait passer cet admirable ouvrage le premier jour de sa publication, mais il sera heureux d'avoir dans un autre exemplaire un témoignage de votre honorable souvenir. Amitiés.
HUMBOLDT, Lundi.
Peut-être aurez-vous quelque intérêt de jeter les yeux sur un mémoire très-curieux de mon frère relativement au supin et gerundium et les impersonnatifs des Grecs, p. 72-78-84. Comme il est bien sûr que je n'obtiendrai * jamais de M. de Chezy un article dans le Journal des Savants^ ne pourrais-je pas obtenir par votre influence que l'existence de ce travail de mon frère fût révélée ?
ALEX. HUMBOLDT A HTTTORFF (W 74).
Berlin^ ce 29 mars 1834.
Je suis bien coupable de répondre si tard à l'aimable lettre que vous m'avez adressée, mon excellent ami. Comment avez-vous pu douter un instant qu'on ne recevrait pas avec la bienveillfince et l'intérêt le plus marqué le cadeau que vous préparez pour Sa Majesté. Votre nom et vos travaux sont dignement appréciés dans ce pays ; je voudrais seulement que le prince royal pût jouir bientôt d'un travail de votre Basilique de Saint-Vincent-de- Paul. Cet édifice vous fournira sans doute matière à un ouvrage dans lequel vous résoudrez tant de curieuses recherches que vous avez faites sur cet objet. J'espère que le diplôme de l'Académie (un grand rouleau trop volumineux pour être envoyé par le courrier de la légation) est aujourd'hui entre vos mains. Il m'a suffi de vous nommer pour obtenir tous les suffrages. Votre ami Schinkel a été longtemps, et, je crois, bien inutilement occupé de projets d'un palais du roi de la Grèce sur la colline même du Parthénon. Il y a mis beaucoup de talent . mais cela ne sera jamais exécuté. Oserais-je vous supplier, mon excellent ami, de nous procurer quatre exemplaires du ViexiX'Paris de M. le comte Turpin de Crissé, ouvrage plein de charme et de goût qui a été très-admiré ici. Nous le désirons avec le frontispice séditieux, c'est
la condition.. •Vous voyez que je suis bien indiscret, mais je compte sur votre bonne araitié. Agréez, je vous sup plie, l'expression de ma haute considération.
ÂL. Hui\fBOLDT.
Berlin^ ce 29 mars 1834.
Berlin, ce 16 mai 1834.
J'ose vous offrir, mon excellent amî, comme un faible hommage de mon dévouement et de ma constante admiration, le premier cahier de mon nouvel ouvrage sur les découvertes géographiques. J'aimerais déjà pouvoir vous le présenter ,sous uno autre forme (comme un ouvrage séparé de mes autres publications) in-8% mais cette réimpression ne se fera que plus tard et je profiterai alors des nombreuses rectifications que je devrai à votre sagacité. La préface vous donnera quelque idée du but de ce travail que je vous supplie d'agréer avec cette indulgence {{\ji exceptionnellement vous me devez à cause de l'attachement que professent pour le premier philologue du siècle (je fais allusion à toute la science philosophique de l'antiquité) les frères Humboldt. Vous jugerez mieux de mon ouvrage lorsqu'on vous en portera incessamment les second et troisième cahiers. J'ai à réclamer votre pardon aussi pour mon long silence. J'avais cependant à vous
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parler d'un des mémoires les plus spirituels et les plus ingénieux k la fois qui ait jamais été écrit de votre Memnon. Je Tai lu seul et puis je l'ai relu avec mon frère à Tegel, et notre conviction a été parfaite. De grâce, faites donc faire bientôt une collection de vos admirables mémoires, sans oublier celui des Périples et ajoutez-y la Cosmographie des anciens. J'ai eu la maladresse d'être bien malade. J'ai souffert de fièvres intermittentes, moi qui, à rOrénoque et sur les bords des grands fleuves de ce beau pays des plumes d* Hérodote en avait été exempt. Je ne vous adresse ces lignes que pour vous dire, mon digne ami, que je suis parfaitement guéri. Mon frère va mieux, c'est-à-dire sa force musculaire augmente ; je ne vous parle pas de sa force intellectuelle, elle ne diminue, pas et reste également productive.
Al. Humboldt.
Berlin^ ce 46 mai 1834.
Mille hommages à l'aimable madame Letronne.
ALEX. HUMBOLDT A GUIZOT (n** 76).
Berlin^ ce i2 septembre 1834.
Monsieur le ministre.
Vous m'avez si habitué, monsieur, dans les différentes
époques d'une vie toute vouée à la culture des sciences
^physiques, à jouir de votre inaltérable bienveillance, que,
malgré le triste éloignement dans lequel je me trouve de votre pays, j'ose toujours m' approcher de vous avec confiance et dans la douce persuasion qu'au milieu des grands intérêts qui absorbent votre pensée, il vous reste quelque souvenir de moi, de mes travaux, de mon vif attachement pour un centre de civilisation auquel je dois la plus grande partie de mon instruction et de la direction de mes études. Je ne saurais mieux exprimer la reconnaissance que je dois à votre noble patrie, qu'en vous parlant de temps en temps de ces hommes supérieurs destinés à agrandir le domaine des sciences, qui surgissent dans la nouvelle génération et qui, placés dans une sphère étroite, pourraient échapper à votre sagacité et à vos encouragements protecteurs. Le but de ces lignes que j'écris à la hâte (en revenant par mer de Kônigsberg où j'ai accompagné le roi) est de recommander bien chaudement à votre puissante bienveillance un savant dont l'amitié m'est chère depuis dix ans, et dont les travaux, dès le début de sa carrière, ont porté un caractère d'originalité et de grandeur qui annoncent le vrai talent. De tous les voyageurs modernes, M. Boussingault est celui dont les travaux variés et toujours profonds (géologie des volcans, magnétisme, température de la terre, météorologie comparée, physiologie végétale) m'ont le plus frappé d'admiration. Ce n'est pas seulement un chimiste trèshabile, c'est un physicien habitué à saisir de grands rapports, à frayer de nouvelles routes. Plus instruit que je ne l'étais quand je partis.pour l'Amérique, M. Boussingault, dans de courageux voyages exécutés à ses frais,
a répandu une lumière inattendue sur tous les objets quMl a traités, depuis les sucs végétaux et les productions variées du monde organique jusqu'au laboratoire des volcans des Andes, dans lesquels il à transporté ses instruments. Ce que j'ose dire de cet homme supérieur dans une lettre adressée au ministre de l'instruction publique, je l'ai dit avec plus de force encore dans la préface de mon « Examen critique de la géographie du quinzième siècle. » C'est un bonheur pour moi que de contribuer à fixer l'attention sur ceux qui travaillent à côté de nous. Je sais que M. Boussingault jouit déjà de l'avantage de vous être connu, monsieur, mais j*ai pensé que ma prière pourrait être utile à un homme aussi recommandable par son caractère que par son talent. Récemment encore, il a donné généreusement ses belles collections géologiques au Collège de France. J'entends AVEC PEINE qu'il doit se fixer, comme professeur de chimie, à Lyon. Daignez, je vous supplie, l'honorer d'une protection toute spéciale. Vous la placerez rarement sur un homme plus marquant et plus plein d'avenir.
Je suis, avec les sentiments de la plus haute reconnaissance,
Monsieur le ministre, De Votre Excellence, Le très-humble et très-obéissant serviteur,
Alexandre Homboldt.
Berlin^ ce 12 septembre 1834.
M. Boussingault demeure au Marais^ rue du Parc Royal^ i .
ALEX. HUMBOLDT A VARNHAGEN (n* 77).
Berlin^ dimanche^ 6 heures du matin, 5 avril 4835.
Vous, mon cher Varnhagen, qui ne craignez pas la douleur et qui savez l'analyser avec un sentiment si profond, vous devez recevoir, en ce triste moment, quelques témoignages de l'affection que vous portaient les deux frères; Guillaume Jn'est pas encore délivré de ses maux. Je l'ai quitté hier soir à onze heures, et je me hâte de retourner vers lui. La journée d'hier a été moins pénible ; un état de demi-somnolence, beaucoup de sommeil, pas trop agité, et, à chaque réveil, des paroles affectueuses et consolantes. C'est toujours ce même esprit si grand et si lucide qui embrasse et discerne tout, et cherche à se rendre compte de son état. La voix était très-faible, rauque (enrouée) , et d'un timbre enfantin. C'est pour cela qu'on lui a appliqué des sangsues au larynx. 11 conserve toute sa connaissance !! « Pensez bien souvent à moi, disait-il, avant-hier, mais surtout que ce soit sans tristesse. J'ai été très-heureux ; la journée d'aujourd'hui a été également pour moi un beau jour, car l'amitié est le bien suprême. Je serai bientôt auprès de notre mère ; et je verrai un monde supérieur... »
Je n'ai plus la moindre lueur d'espérance. Je ne croyais pas que dans mes vieux yeux, il y eût encore autant de larmes! Voilà huit jours que cela dure.
Al. Hblt.
ALEX. HUMBOLDT A LETRONNE (n* 78).
Postdam^ ce 18 avril 1835.
Au lieu de vous parler duMemnon et de la reconnaissance que nous vous devions, mon cher et illustre ami, de la communication de cet admirable ouvrage, je dois vous parler de ma profonde douleur. Celui qui vous chérissait tant, qui se sentait honoré de votre amitié, qui, pendant sa vie entière, même lorsqu'il était lancé dans toutes les agitations de la vie politique, cultivait les lettres avec un zèle toujours croissant, a succombé le 8 de ce mois. Vous sentez tout le malheur qui m'accable... il est mort entouré de ses enfants, avec le calme que donne la puissance de l'intelligence, ne prononçant que des mots d'affection et de tendresse. Il a légué sa bibliothèque linguistique, la plu^ riche collection qui ait jamais été formée, à la bibliothèque du roi ; j'ai perdu la moitié de mon existence, et m'enfonçant dans mes études de physique générale, invoquant les souvenirs de l'antiquité dans lesquels mon pauvre frère a puisé ses plus belles et ses plus heureuses inspirations, je tâcherai de retrouver le calme qui est encore loin de moi. Conservez, je vous prie, au frère qui reste, la bienveillance dont tous deux étaient si fiers ; conservez quelque intérêt et surtout quelque indulgence pour mes faibles travaux. Mille tendres amitiés.
Al. HUMBOLDT.
A Postdam, ce 18 avril 1835.
ALEX. HUMBOLDT A LETRONNE (n" 79).
Paris^ 14 décembre 1835.
Résultats de mes recherches.
1500. La plus ancienne carte dessinée de T Amérique qu'on connaissait jusqu'ici était celle de 1 527 de la bibliothèque à*Ebner de Nuremberg, aujourd'hui à la bibliothèque militaire deWeimar. Elle est de deux ans antérieure à la carte de Diego Ribero^ gravée par Gassefeld et aujourd'hui également conservée à la bibliothèque militaire de Weimar (j'ai comparé les deux cartes qu'on a souvent confondues dans V Examen critique^ p. 182). La mappemonde de M. le baron Walckenaer, reconnue pendant le choléra en 1832, est dessinée au Puerto Santa Maria en 1500, par Juan de la Cosa^ compagnon du second voyage de Colomb et compagnon d'Ojeda et de Vespuce, dans l'expédition de 1499- (Voyez la Chronologie des découvertes dans V Examen critique ^^. 101.) C'est ce Juan de la Cosa dont, selon le témoignage de Bernardo de Ibarra, dans le procès du fiscal contre Don Diego Colon, l'amiral se plaignait, puisque Cosa « hombre habil andaba diciendo que sabia mas que eh »
1507. Martinus Y/âfcomy?M^, professeur à Fribourg, qui, dans le temps des vendanges, va en Lorraine, dont le duc, grand protecteur des études géographiques, était
lié avec Vespuce, propose le premier, dans une petite cosmographie {Cosmograpinœ introductio; insuper quatuor Amena Vespucii navigationes ; Impr. in Urbe Deodati 1507), le nom d'Amérique. Avant Navarette et Washington Irving, ce livre a été cité par Canovai et le chevalier Napione {Primo scopritore^ p. 39 et 111), mais aucun de ces auteurs n* ont connu la personne d*Ylacomylus et ses rapports sur Vespuce, par la Lorraine. Navarette prend même Saint-Diey en Lorraine pour une ville en Hongrie^ pour Tata. Les plus anciennes éditions de la Margaritha philosophica de 1503, 1504, 1508 et 1512, et une lettre d'Ylacomylus à Vhilesius Vosigena (Ringmann, professeur à Bâle, traducteur d'un Jules César),répandent du jour sur Ylacomylus qui, confondant Colomb et Vespuce, comme le public confond souvent les capitaines Ross et Parry, ne connaissant qu'un seul de ces navigateurs. Je crois qu'Ylacomylus est le géographe Waldsee Mûller, auteur d'une carte marine allemande. La date de 1507 prouve seule déjà combien est injuste l'inculpation si souvent répétée contre Vespuce, d'avoir placé son nom sur des cartes du nouveau continent comme Piloto^ mayor du roi d'Espagne. Vespuce n'a eu cette charge que depuis le 22 mai 1508.
1508. En 1508 paraît dans l'édition de Ptolémée la première carte gravée du nouveau continent, mais sans nom d'Amérique, comme l'a fait voir M. W^alckenaer dans \^ Biographie universelle^ t.vi, p. 207, çX Recherches hist. sur r intérieur de P Afrique septentrionale ^ p. 186.
1509. En 1509, je trouve le nom d'Amérique, pro-
posé par Ylacomylus en 1507, déjà en usage comncie une dénomination très-connue, dans un ouvrage cosmographique anonyme, qui porte le titre de Globus Mundi dedaratio^ sive descriptio Mundi et iotius orbis, impress. Argent^ en 1 509. C'est trois ans avant la mort de Vespuce. L'ouvrage a été faussement attribué, par Pauker, kHenn'cus Loritus Glarcmms, né en 1488, auteur de Geographiœ Liber ^ Basile 1527.
1512. L'Amérique est aussi nommée dans la lettre à Rodolphe Agricola, datée de Vienne 1512, par Joachim Vadianus, dans le commentaire de ce savant à Mêla : Pomponius Mêla, de Urbis situ cum commentariis Joachimi Vadiani ; adjecta est epistola Yadiani^ ab eo perte adolescente ad Rod. Agricolam Juniorem scripta. Tout le livre est de 1522, mais la lettre qui renferme le passage d'Amérique devenu célèbre récemment est de 1 51 2. Cancellieri a faussement cru que c'est Vadianus qui a prononcé le premier le nom de l'Amérique.
1520. La première carte gravée du Nouveau-Monde avec le nom d'Amérique n'est pas celle de Ptolémée de 1522, mais une mappemonde de Petrus Appianu^ de 1520, annexée une fois à l'édition de Camers de Blin [Poly. Viennœ Austri, 1520), une seconde fois à l'édition de Vadianus de- Mêla, de 1522. Cette carte, avec le nom d'Amérique, ofiTre sur la planche la date de 1520. L'isthme de Panama s'y trouve percé par un détroit, ce qui est d'autant plus remarquable que cette erreur des cartes chinoises récentes, est déjà consignée sur un globe de Jean Schoner qui est comme la carte d'Appien
de 1520. (Voyez mon Examen critique^ p. 125). De plus, cette carte d'Appîen, tout en offrant le mot d'Amérique, ajoute dans cette même partie méridionale « qu'elle a été découverte en 1497 par Colomb. » C'est l'année de la prétendue découverte de Vespuce, ajoutée au nom de Colomb I ) tandis que dans le Cosmographicus Liber Petri Appiani studiose correctus per Gemmam Physicum {AntverpioBy 1529), on lit : a Quarta pars mundi ab Americo Vespucdo ejusdem inventore nomen sortitur. Inventa est anno 1497, » éternelle confusion des deux noms qui a pris naissance entre la Lorraine, l'Alsace, Fribourg et Vienne.
1522. C'est sans doute parmi les éditions de Ptolémée, la première (celle de 1 522) qui offre le nom d'Amérique, comme l'ont fait voir le chevalier Napione {Primo scopritorej 1809, p. 88),et M. Walckenaer(I.,p. 352), • mais cette carte, avec le nom d'Amérique, est de deux ans postérieure à la carte gravée dans le Solin de Camers elle Mêla de Vadianus.
Al. HuaiBOLDT.
Paris^ 14 décembre 1835.
ALEX. HUMBOLDT A LBTaONJVig (n"" 80). Paris^ rue des Petits-Âugustins^ hôtel de Londres^ 1836.
Mon cher ami et illustre maître,
Je meurs de honte de n'avoir pas connu cet excellent et important fragment de votre Histoire de la Cosmographie depuis le fleuve Océan jasiiu^à rindicopleustes et Colomb, car, si vous vous mêlez d'une chose, Timmense étendue des idées géographiques qui se tiennent par une filiation perpétuée à travers vingt siècles se présente à la fois à Tœil perçant de M. Letronne. En feuilletant mon Examen critique^ presque aussi indigeste et plus lourdement bête que les Obélisques de Zoega^ vous aurez remarqué, mon .cher ami, avec quelle anxiété et constante admiration j'ai sucé votre Dicuil, votre Atlas, vos entretiens d'Abyssinie, votre bataille d'Arbèle contre un abbé (Halma), votre beau mémoire sur les Périples. Je riç^ conçois pas comment ce mois de septembre 1831 dans lequel j'ai fait de la diplomatie bien pauvre à Paris, a pu m' échapper, j'aurais vu de la liaison là oîi ma courte vue n'apercevait que des membres épars, j'aurais évité bien des fautes sans doute, je n'aurais pas osé attaquer M. Gosselin sur l'opinion qu'il attribue à Hipparque* Je vous avoue cependant que même encore aujourd'hui je ne vois dans les passages de Strabon^ les seuls qui
sont cités par Gosselin, rien qui justifie directement le tracé de la carte. La conclusion tirée des marées ne me paraissait qu'une induction un peu vague. Je sais que j'ai tort parce que votre discussion des opinions d'Hipparque me l'apprend. Je connaissais le passage d'Aristote (de (Cœlo II, 14), mes traductions latines ont même été revues par M. Boeck: mais vous ajoutez un ov^ qui m'était inconnu (votre discussion p. 478). Je n'avais pas lu Jean Philoponus et tout ce que vous dites sur les influences égyptiennes, et le prolongement de l'Afrique... m'a charmé ce matin. Là où M. Letronne a passé il n'y a plus à glaner. Je vous promets que dans l'ouvrage allemand que je prépare sous le titre de Cosmos^ vous trouverez une histoire de la science, c'est-à-dire du développement progressif de l'idée d'un ensemble TcrrrcLv chez les peuples de l'Occident, qui rectifiera tout ce que j'aurai pu réformer d'après vous. De grâce, ne m'épargnez pas dans la critique que vous avez eu la grâce de me promettre dans le Journal des Savants. Plus vous serez sévère et plus je pourrai profiter de vos rectifications dans la petite édition qu'on prépare in-8^ Le fils de M. Ideler, celui qui a commenté les Météorol. d'Aristote, a déjà publié une traduction allemande d'une partie de mon Examen critique, et cette traduction contribuera à donner plus de vie à vos admirables recherches dans la masse du public allemand. Je ne veux pas qu'on m'épargne parce que j'ai fait peut-être moins mal de la géologie ou de la géographie botanique. On est séparément responsable de ce que l'on entreprend et
comme j'ai toujours mis à la fois de l'ardeur et de la bonne foi dans mes travaux, fruit de pénibles lectures, j'ai eu l'ambition de faire chaque chose comme si de ma vie je n'avais fait que cela. J'ai, comme dit Montaigne, « l'esprit curieux et la vue faible. » C'est un mal sans doute. Cette soif du savoir m'a mis depuis quarantecinq ans bien des idées positives dans la tête. Cette variété peut-être nuisible, mais quelquefois aussi les idées, par leur rapprochement, se fécondent. Je fais l'insolent comme les vieillards qui n'ont plus qu'une ou deux années à vivre. Mon insolence doit me porter bonheur: elle vous engagera de vous occuper de moi, quand vous en aurez le loisir. Les deux frères Humboldt ont quelques droits à votre bienveillance.
Vous trouverez, Exam. critique^ p. 73, une note sur un trou de grenouille de la géographie de Ptolémée ; j'ai trouvé depuis qu'il faut rapprocher les passages vu. 3 et