V. t. -h. ett.-o. serviteur
HUMBOLDT
G6 mardi 31 octobre 1838»
ALEX HOMBOLDT A PLATON TCHIHATCHEFF, A SAINT^PÉtBÂSBOUBe, ftÊCOMHANDlâft AUX SOINS DB M. LE
BARON DE STIBGLITZ (n* 96)é
Potsdam, ce 21 ivril 1839.
Notre correspondance, mon excellent ami; est dans un état de confusion dont la culpabilité ne retombe pas si entièrement sur moi que vous pourriez le croire. Deux de
vos lettres sont arrivées à Paris après mon départ, comnnencement de janvier, on ne me les a renvoyées que trèstard ici ; puis nous étions à Berlin, d'après les lettres que M. Rose avait reçues, dans le doux espoir de vous voir. Votre aimable lettre du 20 mars et les bonnes nouvelles que l'amiral Wrangel m'avait données m'ont beaucoup rassuré sur votre contentement intérieur. Comment est-il possible que vous puissiez un instant douter de t'affection et de l'intérêt que je vous porte, de la haute estime que j'ai pour votre talent et l'élévation de votre caractère ? Replié sur vous-même, vous vous défiez trop facilement des autres. J'apprends avec bonheur que S, M. l'Empereur a continué de vous accueillir avec une grande bienveillance. Il sait par moi (M- le Comte de N. (Nesselrode) le sait aussi) tout ce que vous valez, combien vos vœux sont désintéressés. On vous a loué, vivant, comme rarement on fait après la mort. Cela a dû vous faire du bien et quelque mal aussi. 11 y a tant de personnes, dans .tous les pays, qui s'ennuient d'entendre louer les autres ! Du côté de l'établissement de votre réputation morale et intellectuelle tout était fait, et, selon moi, il s'agissait de se bâter de partir, de passer immédiatement par Téhéran et Merw au Bolor^ sans toucher Caboul, Peschawour ou' Lahpre, ou règne l'influence anglaise; de ne pas venir de nouveau en Allemagne pour ne pas risquer, par de longs trajets de terre, des instruments fragiles parleur nature; de passer avant Téhéran, depuis Tiflis, auprès de l'Ararat, pour déterminer, avec vos propres instruments, dé nouveau les hauteurs du chemin
du Caucase {Kreuzberg) et les positions astronomiques déterminées par Parrot et Fédorow, dans le seul but de vous donner de la confiance à vous-même et aux autres. •• Je désirerais que vous puissiez partir bientôt, parce que le temps, dans tous les pays, expose à un changement, je ne dis pas de faveurs, mais d'intérêts. Lorsqu'on commence une grande entreprise scientifique, il faut en occuper le public, avant le départ, aussi peu que possible, il faut se jeter à Peau et nager. Ceci n'est pas un sermon de vieillard, mon excellent ami, ce n'est pas un reproche. On juge mal à deux mille werstes de distance, et je yous suis trop vivement attaché pour oser un instant blâmer ce que vous faites ; mais je ne puis vous le cacher, la résolution de commencer votre voyage par l'Angleterre et l'Inde anglaise me fait peur, à cause de la longueur du chemin (il n'y a aucune difficulté physique de Londres à Calcuta, Delhy, Lahore et Cachemire); mais comment croire que, dans la disposition des esprits qui règne aujourd'hui dans l'Inde anglaise parmi les serviteurs de la Compagnie, on ne se trompe pas sur le noble but de votre entreprise et que votre nationalité ne vous cause pas mille entraves ? De plus, vous ne faites rien de neuf de Calcutta à Cachemire, ou à Caboul, ou à Bamian, tandis que tout i:este à faire sur lé plateau et même sur l'Iran , de Tabrîz à Téhéran et Merw. Tout ce qui a été publié de chiffres hypsométriques ne présente que des approximations. Dix mots , sur la route que vous choisirez, et pour laquelle je me repose sur la
grande pénétration de votre esprit. J'ai écrit le plus chauik 11
dément que l'amitié m'a inspiré, à M. le comte Cancrin et à M. Ouvaroff. J'ai insisté sur l'opinion qu'avaient de vous les savants qui ont eu le plaisir d'être en contact avec vous en Allemagne ; j'ai insisté surtout sur la ferveur que vous avez montrée en vous préparant à l'observatoire. J'ai obtenu k la fm aussi du Prince Royal d'écrire à M. Ouvaroff. Je dis à la fin, non parce que ce Prince ne vous soit pas resté affectueusement attaché, mais parce * que le Prince est aussi persuadé que moi que les recommandations nouvelles données à une personne sur laquelle tout déjà a été dit, et qui, depuis des mois se trouve à Saint-Pétersbourg, ne produisent pas plus d'effet que des allocutions adressées aux taches lunaires. Il y aura des réponses polies à toutes les lettres ; mais les préventions, le croisement des intérêts, s'il en existe, ne changent pas. J'aime à croire, parce que j'aime votre pays, pour lequel j'ai conservé les sentiments de la plus vive reconnaissance, qu'il y a beaucoup moins d'éloignement de vous que vous ne le supposez. Vous avez en vous tout ce qu'il faut pour inspirer de l'intérêt ; rapprochez-vous de ceux contre lesquels vous avez des préjugés, aussi soyez tolé* rant sur des divergences de vues si communes dans les hommes supérieurs ; simplifiez les rapports et les moyens, et, avant tout, laissez en partant de ces impressions dd bienveillance que votre "amour de l'instruction et votre excellent cœur vous rendent si faciles à laisser aux hommes de votre pays, dont la réputation est généralement établie en Europe : à 'amiral Krusenstern, Georges Fuss, Schubert, Kuppfer, Lenz, Hess, Lemm, Baer, Fischer,
Ostrogradski, Adelung, etc.. Je nomme des personnes occupées de sciences très- diverses, mais la somme d'affection que vous laisserez dans ce cercle est ce qui sera seul durable.
L'amiral Wrangell vous aura dit combien j'ai fait de dénaarches à Paris pour apprendre si le voleur qui a été jugé voulait pour de l'argent, que je lui ai volontiers offert, révéler .quelque chose sur votre journal. Tout a été inutile jusqu'ici, et il faut bien craindre que le journal n'ait été détruit. Quant à M. Girard, que vous voudriez amener avec vous, je ne l'ai vu qu'une seule fois de ma vie, et je ne puis vous dire rien de positif sur lui. Je sais par M. Gustave Rose qu'il a un grand désir de voyager ; qu'il abandonnerait même la petite place qu'il a acceptée, en Russie (coquilles pétrifiées) ; mais ses occupations et l'incertitude dans laquelle le laisse son manque entier de fortune paraissent l'empêcher de se livrer à des exercices de chirurgie. Je crois que c'est en traitant avec M. Girard et M. Lichtenstein (directeur du musée de zoologie et homme d'affaires très-expérimenté), que vous pourrez acquérir de la certitude. Il faudra vous prononcer (si vous le pouvez) sur les chiffres, au cas qu'on se plaise mutuellement, ou qu'on se sépare. Ces genres de mariages (lorsqu'ils ne sont pas basés sur une longue amitié antérieure) , sont très-délicats, et il faut se prononcer clairement sur le galvanisme des métaux. J'ai passé de nouveau six mois à Paris, mêlant beaucoup de travail à beaucoup de jouissances sociales. J'ai été assez souffrant de rhume et de grippe à Berlin, et comme vous
le voyez par le mot Potsdam, nos courses et oscillations entre Potsdam et Berlin ont commencé, malgré la rigueur de la saison, depuis un mois. Si je blâme que vous n'ailliez pas directement avec vos instruments de Pétersbourg à Téhéran par Tiflis, ou par Orenbourg à Kokand ; si je blâme que vous ne gagniez pas sur votre temps de rester encore un mois avec M. Strûve (ce qui consoliderait merveilleusement votre réputation de voyageur) , je n'en aurais pas moins un plaisir bien vif de vous revoir ici, mon cher Tchihatcheff, et de vous renouveler l'expression de ma haute et affectueuse estime. Le voyage de Téplitz n'aura sans doute lieu que de fin de juin à fin de juillet, mais on me fait aussi faire d'autres courses plus lointaines, et je ne suis pas sûr si je n'aurai pas le regret de ne pas vous voir, lorsque vous persisterez dans le projet d'aller dans l'Inde anglaise !!! par l'Allemagne. Le Prince Royal, toujours également affectueux pour vous, me charge de vous dire mille choses de sa part. Il a été dans de vives angoisses pendant une indisposition bien sérieuse de la Princesse Royale, heureusement elle se trouve en pleine convalescence. Le baron s'est montré sur l'horizon de Berlin pendant trois à quatre mois. Il a voulu s'établir ici en achetant des terres, et tout d'un >coup il a disparu, pestant contre Berlin, ne prenant pas congé du Prince Royal, qui l'a parfaitement traité ; on n'a rien compris à ce départ plein d'humeur.
AL. H.LDT.
Vous vous souvenez que Burnes, l'ami de M. Witgens-
tein, finit par dire dans son voyage que saigner et pratiquer de la médecine est un moyen usé, qu'il s'en est repenti, parce que cela amène la foule qui vous épie. Les Anglais d'aujourd'hui sont d'ailleurs très-disposés à ne pas croire
à des médecins et au voyageur russe, et les bonnes
manières et les appareils d'instruments ne les feraient pas revenir sur des préjugés auxquels eux ont bien donné un conte eux-mêmes.
ALEX. HUMBOLDTA lETRONNE (n* 97).
Paris^ ce lundi 1839.
Mon fils de Roi, le comte de Munster a la goutte. Je l'ai trouvé couché et il regrette infiniment de ne pas pouvoir profiter demain de votre offre aimable, mon cher et illustre confrère. Je vous demanderai la grâce de pouvoir vous l'annoncer à la bibliothèque, en huit jours. Mais comme vous avez trouvé le moyen de vous tenir libre de vos grandes occupations demain mardi à midi, j'ose vous demander la faveur de 'me recevoir moi seul à cette heure dans votre nouveau logement, pour vous sou
mettre, non des doutes sur votre mémoire de mais
pour vous demander quelques éclaircissements, ayant revu de nouveau tous les passages de Strabon, d'Aristote {de Cœlo et Met...) et de Ptolémée. Je ne trouve
sur Hîpparque que la seule phrase « que de certaines inégalités observées dans les phénomènes des marées lui semblaient plus conformes à l'idée de la division de l'Océan en plusieurs bassins, » qu'Hipparque ait rattaché l'Afrique à l'Asie exactement comme Marin de Tyr et Ptolémée, ne me paraît pas une conclusion nécessaire, et la navigation ayant pris une grande extension vers le sudest de l'Asie (extension célébrée pa.v Strahon) , Agysembo étant devenu plus connu par l'expédition de JuL MaternuSj la langue de terre qui borde la Méditerranée de Taprobane me paraissait une idée plus moderne. Avec le même droit, Gosselin n'aurait-il pas paru (selon votre heureuse observation sur Aristote) indiquer cette même langue déterre dans une carte de l'époque d'Alexandre? Vous me guérirez de ces doutes.
Mille tendres hommages. Si vous n'aimez pas que je me présente demain, daignez m' envoyer avant midi un petit mot au secrétariat de l'Institut (cabinet de M. Ray* nouard), pas chez moi,
Al. Humboldt.
La séance de l'Institut a été d'un ennui mortel, rien que des disputes éternelles entre Ampère et Poinsot sur la métaphysique des mathématiques et sur les embryons (œufs humains) de madame Lebrun, (sic!) œufs de huit jours ; je remercie la Providence d'avoir empêché mon fils de Roi de venir participer à cet ennui.
A SA MAJESTÉ IMPÉRIALE NICOLAS l", EMPEaEDH
DE RUSSIE (îN** 98).
Berlin, 11 août 1839,
Sire,
Votre Majesté Impériale et Royale daigne permettre au plus ancien des voyageurs de Sibérie de déposer de temps en temps au pied de son trône le tribut d'une douce reconnaissance et de sa respectueuse vénération, après avoir reçu de sa haute munificence ce magnifique cadeau de médailles en or, qui offriront à l'admiration de la postérité le souvenir des grands événements. Je vais encore enrichir ma collection de ces médailles qui retracent les hauts faits d'armes de Warna, de Bolghar et d'Andrinople. J'aime à me souvenir que sur le sol russe près les bords du Wolga, j'ai entendu célébrer dans un temple bouddhistique la gloire du passage du Balkan ; ces souvenirs de grandeur nationale se mêlent dans mon esprit aux impressions que laissent les forces imposantes de la nature.
Votre Majesté Impériale a senti, en fondant cette série de chefs-d'œuvre monétaires, que l'amour de la gloire comme celui du bien sert (ou est) un principe de vie pour les peuples. Dans ma simple qualité d'homme de lettres, je serais bien ingrat si je n'ajoutais pas à cet humble tribut de ma reconnaissance individuelle celui d'une reconnaissance qui, dans l'Europe agitée, in-
certaine de ses heures et de ses actions , serait partagée par l'élite des hommes supérieurs. Votre Majesté Impériale , pour avoir élevé à F Astronomie le plus beau monument de tous les siècles, en offrant une vaste carrière au talent et à la courageuse ardeur de M.. Strûve, a aussi comblé tous mes vœux en faisant établir sous la direction éclairée du ministère des mines un vaste réseau de stations magnétiques de Pétersbourg à rOural, et de TOural à Pékin. Les plans que j'avais rêvés dans ma jeunesse ont été exécutés dans votre empire sur mie échelle gigantesque. Jamais une branche des sciences physiques si intimement liée aux besoins de la navigation n'a été cultivée comme elle l'est aujourd'hui dans cette partie du monde que Dieu a placée sous le sceptre de Votre Majesté. La Société royale de Londres délibère encore sur ce qui, depuis huit ans, est exécuté par vos ordres, soit avec des instruments comparables entre eux et par d'excellents jeunes gens élevés dans l'École impériale des mines. Le savant académicien, M. Kupfer, qui dirige ce grand établissement des stations magnétiques et météorologiques, et que nous avons eu autrefois le bonheur de posséder à Berlin, publie aux frais du gouvernement ces tableaux qui feront découvrir un jour les lois de ces tristes variations de température qui menacent nos récoltes. Pétersbourg est le point central de ces observations, et la munificence de Votre Majesté continuera d'accorder à l'agrandissement de construction de cette station magnétique et mé-
téorologique centrale de l'Empire qui comptera parmi les bienfaits de son règne.
Je suis, etc.
A. Hdmboldt.
Berlin^ ce M août i839.
ALEX. HUMBOLDT A HELMERSEN (iS*" 99).
Sans-Souci> 4 septembre 1839.
Une prière, cher Helmersen, que vous ne repousserez pas, car elle vous vient d'un ami et d'un camarade de voyage. Quelques-unes des observations très-ingénieuses, sur la richesse aurifère de la pente orientale de la petite chaîne des monts Kousneytek (Abakansk) , que vous avez faites à l'occasion de vos aperçus généraux sur rOural et l'Altaï m'ont vivement intéressé. Déjà en 1838 les I de toute la quantité d'or ont été tirés des lavages établis à l'est de l'Oural. I. Pourriez- vous m'indiquer, bien vite (à cause de la 2* édition de mes Fragments asiatiques ^ où je vous nomme si souvent), quelques rivières où Ton a trouvé la plus grande partie des 1 96 pouds de celor, strictement parlant sibérien, découvert aussi entre la chaîne de Kousnetsk et Tobolsk même dans la proximité des monts Aldans jusqu'à Oudskoi, voisin de la mer d'Okhotsk? Je vous prie de me nommer les vallées des ri-
vières, car au moyen de ces dernières, on pourra se faire, même à Taide de nos mauvaises cartes, une idée de ces localités. M. le membre de TAcadémie Hess^ et Fiedler^ qui est un peu brouillon, parlent d'or trouvé sur le haut Angara et dans le Tabloni-Khrebet. On m'a désigné comme très-riche en gisement aurifère la r. Birroussâ (un affluent de la Toungouska). La Birroussâ est, il me semble, à une grande distance de cette chaîne de Kousnetsk, même à l'est du Ienisseï, par conséquent elle ne se trouve pas entre le lenissei et l'Obi. Nos cartes indiquent même à l'est du lenissei une chaîne de Sabinsk (allant presque du sud au nord). II. Y a-t-il sous ces terrains aurifères sibériens, à l'est de l'Oural, un tant soit peu de platine, d'osmium et d'iridium? il me semble presque qu'il n'y en a pas? IIL D'après les excellentes observations faites par M. de Baer à Novaja-Zemlja, on devrait positivement admettre que l'Oural s'étend jusque-là, Erman a vu aussi à l'ouest d'Obdorsk de hautes montagnes, quoique un peu en dehors de l'axe de l'Oural. Mais est-il vrai que M. Stragevsky a constaté qu'au nord de Petropawlosk, l'Oural se transforme en plaines de formation tertiaire?
Al. Hcjmboldt.
Encore un acte de curiosité. A présent on donne pour la différence du niveau de la mer Caspienne et de la mer Noire le chiffre de 70 à 77 pieds, Strûve a assigné (avant novembre \ 837) à cette différence 95 pieds français et il a ajouté : cGe résultat est vrai à 5 pieds près. » Conformé-
ment à son désir, j'ai donné à cette mesure une grande publicité, au moyen de tous les journaux. Pouvez-vous m' apprendre si c'est une erreur de calcul, ou si elle provient de la méthode de calculer le résultat? Vous tâcherez de vous en informer de manière & ne pas blesser Strûve qui est toujours très-bien disposé pour moi. Saluez cordialement notre Hofmann quand vous lui écrirez. Je réitère mes remercîmènts de vos beaux articles géognostiques {Blagodot et le lac de Telezk) . Je les ai cités tous les deux dans mon nouveau livre avec beaucoup de louanges trè^-méritées.
ALEX; HUMBOLDT A HELMERSEN (N** 100),
Sans-Souci^ 18 octobre 1839.
Je veux, cherHelmersen, vous remercier de tout mon cœur, ne fût-ce que par ces lignes écrites à la hâte, de vos lettres excessivement intéressantes des 6 et 21 septembre. Vous m'avez complètement satisfait au sujet de l'or de l'Asie orientale, et tout ce que vous publierez à l'avenir sur ces alluvions aurifères, indiquant des transformations générales de la surface, méritera une grande attention. A mon grand regret, j'ai peu joui de M. Hagemeister, car ma position à la cour m'exile plus que jamais à Potsdam» Il est à regretter que votre ami soit
toujours inquiet pour ses yeux, et j'ai moins que lui confiance dans cette mystérieuse cure hydropatique. Je crois difficilement à quelque chose qui m'est parfaitement inintelligible, et dont l'efficacité semble plutôt de^ voir être attribuée au changement de régime et à la diète. Vous avez rendu un grand service, mon noble ami, en publiant les notes de Gens. Le petit volume que je dois à votre obligeance est très-intéressant. Je comprends facilement toutes les difficultés que vous aviez h combattre. J'ai démontré déjà ces mêmes difficultés en 1829, lorsque j'ai insisté avec beaucoup d'enthousiasme auprès du comte de Nesselrode sur l'urgence de cette publication. Plus le livre sera remarqué, plus vous trouverez d'entraves; toute l'histoire de l'excellent, intelligent, mais un peu rigide TchihatchefT nous le prouve. 11 espère qu'on ne le laissera pas toujours chômer. J'ai été profondément touché eu apprenant la fin tragique de Witkewitsch. Ai-je bien fait d'avoir retiré le pauvre Witkewitsch de sa position à Orsk? Je ne crois pas qu'il ait agi infidèlement, car dans ce cas il serait resté avec les Anglais et ne serait pas revenu à Saint-Pétersbourg. La honte de se voir désavoué dans les journaux, l'inquiétude de voir tant de peines rester sans récompense, pouvaient bien l'avoir porté à cela. Que de choses intéressantes ont dû être perdues dans son journal de voyage, jeté dans le feu dans un moment de colère ! Un voyage de Pétersbourg à Caboul, probablement par Boukhara, Bolka, et l'Hindou-Kouh, est quelque chose de rare, si le voyageur n'est pas un simple Tartare. Vous savez qu'il m'a
été promis, en 1829, que les trois jeunes Polonais seraient faits officiers, Jean Witkewitsch^ d'Orsk ; Alois Passleik, de Werkhné-Ouralik, et Victor Iwaschkewiez, de Troitsk. Pourriez-vous savoir ce qu'il en est des deux autres et s'ils ne sont pas encore en Sibérie?
L'information que vous me donnez sur les découvertes de Keuper, de la formation jurassique, et sur la houille dans les monts Waldaï, est tout aussi intéressante que Tespoir que vous avez l'intention de vous occuper sérieusement de blocs erratiques. Il serait bien à désirer que vous ayez assez de temps et d'opportunité de publier la quantité de beaux renseignements que vous avez. Ne vous serait-il pas possible de venir ici pour six ou huit* mois afin d'y imprimet vos travaux? Vous savez combien on vous aime dans ce pays, et combien il vous y serait facile de comparer vos fossiles. L'anthracite dans le Keuper est un pendant aux.... car le Keuper, en Allemagne, contient bien des ^e'/ec^^, mais pas de bois (condition indispensable à l'anthracite) . Léopold de Buch demande si ce n'est pas plutôt de la tourbe qu'on rencontre si souvent dans le Keuper? Ainsi, il vous prie d'écrire bien vite, soit & moi, soit à G. Rose, s'il est vrai que les oolithes ont été trouvés entre le 63'' et le 6V de latitude. Buch a établi ^opinion (pétrifications recueillies en Amérique par Humboldt et Degenhardt, page 21) que la formation jurassique manque en Amérique, et que sur l'ancien continent elle ne déplisse guère le 60M! Mais comme la latitude de Bogoslowsk est déjà de 59"44 ', je n'ai aucun doute que cet oolithe de l'Oural
septentrional ne s'étende même au nord du 64''. Votre lettre d'hier paraît l'indiquer d'une manière bien précise; néanmoins le bon mais tracassier Buch veut à toute force que vos voyageurs soient allé du 64% vers le sud. C'est vous, mon cher, qui avez parlé le premier des mesures faites, par Fédorow, des montagnes situées à l'ouest de Bogoslowsk ; vous dites que Kontschakowskoikamen a 8,000 pieds d'élévation. Je dois nécessairement parler dans la nouvelle édition de mes Fragments asiatiques de la plus haute élévation de l'Oural. Voilà deux ans que je martyrise Struve et Fédorow j qui ne répond pas aux lettres les plus polies par des prières de me communiquer un petit nombre de chiffres ronds sur ses mesures de montagnes. Toujours en vain ! IStriive^ qui m'a dernièrement communiqué les hauteurs rapportées au niveau de la mer Caspienne, me console au sujet de Kontschakowskoi-kamen en me disant que Fédorow doit venir à Petersbourg pour la fête de Pulkowa. Puis-je vous prier instamment d'aller en parler encore une fois en mon nom à Struve? Je tiens beaucoup à la hauteur de cette cime, qui n'est pas du tout d'accord avec mes angles verticaux, probablement à cause de ce que les montagnes sont beaucoup plus éloignées de Bogoslowsk qu'on me l'a indiqué sur les lieux. La découverte de diamants, à Werkhué-Ouralsk. est une vérité très-agréable. Le territoire où l'on a déjà constaté leurs traces n'est pas mal grand : Kristo-wosdwischenskoi, Kouchwa, Katharinenburg, Werkhué-Ouralsk. Je suis sûr qu'on ne manquera pas de mettre un jour la main sur le vrai sac, le nid
riche. Si l'on n'avait pas découvert le gisement de pla- Une à Nijni-Tagurlsk , on n'y aurait pas parlé avec dédain du platine de la chaîne de l'Oural. Tout récemment, Ehrenberg a fait à Reigen la brillante découverte que plusieurs des infusoires calcaires, qui composent la formation crétacée, vivent encore, tout semblables, dans la mer d'Allemagne. Sous le microscope, on ne peut pas les distinguer des fossiles. Présentez mes hommages au comte Cancrin, et exprimez-lui mes chaleureux remerciements de m'avoir envoyé les belles tables en français
et en allemand , •
Je n'ai pas voulu importuner l'homme d'Etat, surchargé de travail, par mes remerciements écrits d'une manière si indéchiflrable. Ma main est faible, mais ma santé se conserve jusqu'à ce jour admirablement. Je me pétrifie lentement, et cela commence par les extrémités; le cœur bat encore chaleureusement pour les nobles araiset camarades de voyages en Sibérie, comme vous.
Al. Hcmboldt,
Saus^Souci, le 18 octobre 1830.
Alex. HuMflOLDt a Ferdinand Denis (nMOI).
J*ai toujours un très-vif plaisir des savantes et importantes communications littéraires de M. Ferdinand Denis.
Je serai charmé de pouvoir lui exprimer de bouche l'hommage de ma vive reconnaissance. Les sept enfants de Lara et tout ce qui tient aux chroniques chevaleresques de l'Espagne inspirent un intérêt qui a le charme de l'individualité nationale. Comme je travaille presque toute la journée à l'Institut, cabinet de M. Mignet, j'ose vous proposer, monsieur, de me faire l'honneur de venir me voir, peut-être mardi à 1 heure, si cette heure pouvait vous convenir.
Agréez, je vous supplie, monsieur, l'expression de ma haute considération.
Al. Humboldt.
Ce dimanche.
ALEX. HUMBOLDT AU COMTB DE MINTO (n^ 102).
12 octobre 1839.
Je crois remplir une obligation sacrée en offrant à M. le comte de Minlo, premier lord de l'amirauté anglaise, l'expression respectueuse de la plus vive reconnaissance de tous ceux qui cultivent les sciences et consacrent à son étude une vie laborieuse. Il a droit à celte reconnaissance, le ministre qui dans le but élevé {las miras elevadas) du progrès de l'intelligence humaine a pris sous sa protection les travaux des observations
émanant des grands centres scientifiques de TEurope, lesquels réunis à ceux des stations pernnanentes, créées dernièrement dans les régions tropicales, et dans les régions tempérées de l'Hémisphère austral , conduiront progressivement à la connaissance exacte des lois invariables de la nature, et tendront à résoudre, spécialement {entre otros) les problèmes du magnétisme terrestre, de la véritable forme de la terre, des mouvements et des courants des eaux de l'Océan, de la constitution géologique des terrains, et de la géographie des plantes et des animaux.
ALEX. HUMBOLDT A JÊLIB D£ BEADMONT (n* 103).
A Berlin^ ce 26 février 1840.
La mort de M. Blumenbach qui, comme bien des savants, a eu l'imprudence de survivre à une réputation littéraire un peu légèrement acquise et votre affectueux attachement à notre commun ami, M.LéopolddeBuch, m'ont valu une lettre bien aimable, un souvenir auquel (vous le savez depuis longtemps, mon cher et excellent eonfrère), je mets le plus grand prix. Hélas ! l'idée qui vous occupe m'a agité aussi, mais l'originalité d'un beau caractère rend bien difficile tout ce que l'on voudrait obtenir. C'est