‹ Correspondance inedite scientifique et littéraire (volume 2)Chapitre 15 sur 46 · II · texte numérisé non relu

II

une originalité native, une irritabilité exaltée par un long isolément, par une grande défiance, non de lui-même, mais des hommes en général. J'ose vous parler avec franchise, comme on aime à parler à un homme supérieur. Je suis Tami le plus ancien et le plus constant de M. de B...; mais à quelle longue suite d'agitations, d'éruptions bilieuses il a fallu assister depuis fierzelius à Hofmar, depuis Hofmar à Âbich, à Mitscherlich, au comte de Munster. D'abord après la mort de Blumenbach, défense rigoureuse de ne pas prononcer son nom dans une lettre que j'adressais à M. Arago. Je devais plutôt rappeler qu'à une époque déjà éloignée il avait chargé MM. Gay- Lussac et Arago de ne jamais placer son nom sur une liste d'associés. « Il veut de la tranquillité, on doit la lui procurer »; j'ai d'abord obéi, je ne l'ai pas nommé dans une lettre à M. Arago dans laquelle, prophétiquement, j'ai nommé tous les saints dont on ferait le procès du diable, Herschell, Faraday, Melloni, Bessel, OErsted, Jacobi, Ehrenberg, Brewster, Mitscherlich; je devine au hasard. Je ne propose pas, je fesais observer de plus que c'était une perfidie d'imprimer dans le libretto de l'Institut à côté des associés actuels les noms de ceux qu'ils ont remplacés ; substituez Gauss ou Berzelius à ce pauvre M. Banks, et vous verrez combien il y a eu de dégradation de races. Voire excellente lettre, mon cher ami, m'adonne le courage de revenir à charge auprès de M. de B. J'ai bien expliqué que la nomination, le succès sont presque une affaire de hasard pour les absents. (Lors de ma nomination bien légère aussi, j'étais présent et j'avais de

puissants et despotiques amis. M. Laplace ne voudrait pas d'un géologue, et Yasaphus tyrannus même, qui, dans ]e silurien accompagne toujours Vasaphus Buchn\ue pourrait plus agir dans Tétat actuel de l'Institut, les majorités sont flottantes et même le « laiteux » du /. des Débats commence à douter de son influence). J'ai rappelé à M. de B, que l'honneur se réduit à être sur la liste, à représenter seul une science si prodigieusement avancée par son immense impulsion, qu'il n'y a rien à perdre à n'être pas choisi. Vaines représentations ; il se refuse à tout, défend qu'on agisse. Cette fois-ci je n'ai pas obéi. J'ai écrit une longue lettre à M. Arago ; j'ai exposé ce qui était presque inutile (car M. A. a une idée très-juste des travaux, du mérite de la création^ des nouveaux et grands aperçus de notre ami). Combien l'Institut s'honorerait lui-même en proclamant l'importance de la Géologie actuelle, en nommant après deux botanistes qu'on a déjà, par superfétation , celui que nous regardons comme le premier géologue du siècle. J'ai rappelé de plus quelle heureuse influence M. de B. a exercée sur les progrès de la météorologie (climat des continents et des côtes, limites des neiges dans le Nord, effets de la direction des vents) , comme sur \a. géographie des plantes. Vous vous souvenez avec quelle noble ardeur M. Arago a défendu jadis M. de B. au sein de Tlnstitut, il fera de lui-même ce qu'il croira possible défaire. Il n'a aucunement besoin d'être excité par vous, ou par moi, ou par le céramique qui aussi, dans ses ouvrages, a hautement rendu une éclatante justice aux grands travaux de M. de B.

Mais M. Arago voudrait-il remplacer un naturaliste par un naturaliste? préférera-t-il un astronome ou un physicien? voilà ce que je ne puis prévoir d'ici, et une longue habitude d'assister à des élections m'a appris que, même pensa- t-on n'influer pas sur les opinions arrêtées, sur des tendances qu'on ne saurait blâmer, lorsqu'on envisage la variété d'intérêts qu'inspire l'étendue des sciences physico-mathéinatiques, la position de notre ami est trèssimple ; il voudrait être nommé, il s'en croit très-digne, mais il voudrait être nommé sans avoir été sur une liste I C'est le fond du sentiment, et les paroles quelquefois déguisent mal la pensée. J'ai été depuis plusieurs mois trèsoccupé avec M. Gustave Rose de l'analyse oryctognostigue de toutes les roches qui composent les volcans de Quito et de los Pastos, avec M. Ehrenberg de la Moya^ j'ose vous soumettre l'extrait d'un troisième mémoire sur les volcans. Vous verrez que toute cette partie des Cordillères n'a pas d! andésite^ que la totalité des masses est doléritique ^ mélangée de pyroxène et de labrador. Il y a eu des cartes et de curieux dessins, quelques-uns (Moya) microscopiques, qui accompagnaient ce mémoire ; il paraîtra dans un volume séparé. On fait dans le laboratoire de M, Henry Rose une longue suite de travaux chimiques pour moi, les angles rentrants ne peuvent décider seuls entre l'albite, le labrador et l'oligoglase. Leperialère est de l'albite talgasour. Lorsqu'on croit que le labrador accompagne par exception Vamphibole, c'est de l'oligoclare qui a 2, 4 de chaux, quand le labrador en a 10 p. c. Tout cela devient très-important et un peu embarrassan t

par les recettes trop exclusives que Ton a jusquMci pour la formation delà ponce. On voudrait l'exclure du domaine des roches doléritiques. . . . qui ne sont guère trachy tiques. Tout cela s'arrangera quand on aura examiné plus solidement une grande variété de roches volcaniques et fait suivre l'analyse chimique aux recherches crytallographiques. Il en sera de même, mon cher et excellent ami, de vos anthracites des Alpes occidentales sur lesquelles vous avez répandu une si vive clarté. Les formules de la flore souterraine vous embarrassent ; mais ces lois sont-elles si bien établies. M. de B. se refuse cependant à croire aux vieilles herbes d'un terrain jurassique, il penche pour M. Gras ! Je vous demande mille et mille excuses de la peine que je vous donne de lire une si horrible écriture. Agréez, je vous prie, l'hommage renouvelé de mon affectueux attachement. Veuillez bien dire à M. Brongniart père, que je viens de recevoir ce matin son aimable lettre du 30 janvier avec un paquet pour Cotta, mais malheureusement je n'ai pas encore l'exemplaire de l'intéressant mémoire sur le Kaolin qu'il me destine. Peut- être M. Bresson s'en est-il chargé. On fera paraître pendant l'été le second volume de notre voyage en Sibérie. Vous y trouverez six nouvelles substances déjà décrites et analysées par G. Rose dans Poggendorf, 1839, in 12, la tchefkinite noire ressemblant au gadolinite et thorite; l'urano-tentale composé d'acide tentalique et d'urane oxydulé; ]a. perofskùe (titane en chaux) en beaux cristaux noirs de 3 lignes, la pyrrinte jaune en beaux cristaux octaèdres, mêlés à des cristaux de topaze, d'albite,

de feldspath et . de mica à lithion ; V hydrargillite en prismes hexaèdres rougeâtres, chimiquement analogues au diasport et au gibbsite; la harroimte blanche, voisine de la scapolite. Ces substances sont de T Eldorado de Miask et de Slatoust. M. Rose a aussi décrit et figuré de nouvelles cristallisations très-curieuses de la chrysbberille (avec émeraude et phénakite. V. notre voyage à rOural, p. 483), de 2 potices 1/2 de diamètre. La cancrinite bleue n'est qu'une variété de la dolite. Vous trouverez dans le mémoire sur les belles montagnes d*Ilmen la description intéressante d'une roche qu'on a confondue avec le granité, mais qui est composée de feldspath, de mica et dielaolithe. Cette roche (la miascité) est dépourvue de quartz, elle couvre un grand terrain. Il y a 28 substances, la plupart très-belles réunies dans ces seules montagnes d'Ilmen au sud de l'Oural? Le premier volume (30 feuilles) de mon nouvel ouvrage, A^/e centrale^ est imprimé, maison ne le publiera qu'avec le second. J*ai mieux consulté mes manuscrits de l'Altaï et de TOural, et je me flatte de donner quelque chose de plus général sur la distribution des roches dans ces systèmes de montagnes opposées. La direction de l'une est très-simple de consti'uction, depuis l'isthme des Trouckmènes jusqu'à la mer Glaciale, oii, d'après les pétrifications rapportées parMM.5cAr&/2^et Strojowskiy M, JBelmersenanomméla formation jurassique ; ce n'est cependant que dé M. de Bach que nous aurons ptemièt-ement k description approfondie des fossiles qu*il croit du Jura moyen. L'autre, l'Altaï, reiïiarquable pailla complication de plusieurs

systèmes qui se croisent, comme par ses rapports avec la petite chaîne méridienne de Kousnetzk parallèle à l'Oural, ayant ses grandes éruptions métalliques aussi à Test, et donnant déjà par an près de 200 pouds d'or ; il paraît en général qu'en Asie (selon mes recherches) ce sont de préférence les chaînes méridiennes qui sont riches en or et en platine ; Oural, chaîne de Kousnetzk, chaîne d'Oudskoi (à l'occident du golfe d'Okhotzk), le Bolor (toujours pente orientale, sitedes fourmis d'Hérodote), chaîne de Balaca avec platine. Je vous ennuie et je finis. Je place dans cette lettre un échantillon de la ouatte naturelle décrite par Ehrenberg, et trouvée après des inondations à Sabern en Silésie, dans les terres du prince de Carolath. Il existe un morceau de plusieurs centaines de pieds carrés. Vous voyez qu'on peut s'en faire faire gilet et pantalon. C'est un tissu de conferva rivularis et de 15 infusoires. Vous trouvez la description à la page 158 des feuillets ci-joints. J'ai réuni pour vous l'extrait de mon mémoire, p. 245-253, sur la composition des roches de Quito (p. 245-253), sur les animaux bryozoïques de la formation crayeuse vivant encore en partie (malgré l'ancienneté de la formation) dans la Baltique ! ! Je les ai vus vivants, palpitants ! p. 152-158, comme p. 178 et 179). La ouate naturelle p. 158-159. Les minéraux décrits parG. Rose, p. 551- 573, monts Ilmen de G. Rose. S74-384, véritable composition du Dysodile^ par Ehrenberg, ce sont des navi^ cules pénétrés de bitume, c'est l'œuvre des infusoires, comme le fameux papier tombé du ciel en Courlande,

p. 573-575. L'ouvrage de M. Murchison est une des plus belles descriptions topographiques que nous possédons d'un pays quelconque. Je suis loin cependant d'y voir un type ; c'est une partie, un groupe de roches de transition au-dessous du munt-limey tel que ce groupe le montre dans une des régions de l'Angleterre, et tel qu'à quelques, variétés près il a depuis longtemps été décrit dans d'autres régions du continent. Il y a audessous un spectre qu'on nous montre de loin, le Gambrien. Il faudra voir si ce Cambrien aura d'autres qualités que des caractères négatifs. La description des roches d'éruption qui traversent le silurien (trapp et olivine dont des diorites mêlés de feldspath (M. M... ne distingue jamais Albite, Labrador, Feldspath) sont de l'enfance de la minéralogie (silurien système, p. HO, 185, 270, 402); les noms Silurien et Cambrien sont trop sonores, quoique je préférerais beaucoup à cette vague érudition de géographie ancienne de Caractacus (lord Caradoç) la formation jadis blanche, aujourd'hui jaune de citron de la princesse Bragation, gisant rue Saint-Honoré) , des noms de notre temps. Aimeriez- vous des formations Atrebatcs mediomatriciennes curiosolites de Picardie, de la Moselle et de Bretagne? Comme de ma vie je n'ai créé qu'un seul nom, celui de calcaire du Jura^ devinant qu'il y en avait au terrain jurassique en Provence et à Solenhofer, tout en le plaçant très-mal dans la série des formations, je n'ai pas le droit de parler des noms de roches. Votre géologie deviendra anglaise comme le ciel et à moitié arabe. Du moins devrait-

on finir par citer les langues du continent. Ces formes adjectives du dévonien, du néoconiien me rebutent surtout, j'aime encore mieux les indéclinables barbares de Keuper et de Flysel, on est sûr du moins que personne n'en trouvera des élymologies dans Tacite. M. Murch. dit que le silurien (dont les poissons malheureusement ne sont pas de silures) ne renferme rien de végétal ; et qu'est-ce donc que notre Hartz avec des fougères? Beaucoup de nos géologues, plus ardents à trouver des noms que des choses, font (entre le Rhin et l'Elbe) la chasse du werlock et de ce Llandeilo si doucement sonore. Je respecte les grandes divisions, comme celles queM.de B... a données du Jura , telles qu'on les reconnaît dans ces terrains tertiaires à fossiles caractéristiques si différents; mais on perd le fil si l'on suppose que sur le globe entier, dans chaque bassin partiel, l'ensemble des couches doit se répéter. C'est forcer la nature, au lieu d'en étudier les grandes lois.

Al. Hdmboldt.

P. S. — Ce pauvre Henry Rose vient de perdre sa seconde femme, à l'âge de 27 ans, sœur de madame Ehrenberg, en six jours, suite d'une inflammation d'intestins. J'en suis vivement affligé.

ALEX. HUMBOLDT A LETRONNE (n* 104).

Ce lundi 1840.

Vous aimez quelquefois à vous délasser par la lecture de faits géologiques qui tendent à donner du corps aux anciens fantômes de l'imagination ; c'est sous ce prétexte que j'ose, mon cher et excellent ami, vous offrir quelques pages dans lesquelles j'ai fait honneur, p. 201 et 205, à la grande vue de Sénèque lorsqu'il dit : in ipso morte non alimentum habet [ignis) sed viam. J'aime mieux Sénèque le physicien que le moraliste un peu chrétien. Vous trouverez aussi, p. 2H, comment j'ai échappé à une mort toute géologique.

Amitiés.

C« lundi.

ALEX. HUMBOLDT A GUIZOT (n* 105).

A Berlin, ce H février 1840.

Monsieur et illustre confrère.

Les marques touchantes de votre ancienne bienveillance dont vous m'avez honoré pendant mon séjour à

Kônigsberg, l'intérêt que vous n'avez cessé de témoigner pour mon neveu, M. de Bulow, à Londres, m'enhardissent à vous importuner de temps en temps de mes lettres et de mes prières. Le second volume d'un ouvrage que je publie sur mon voyage de l'Asie septentrionale sera bientôt terminé, et je me proposais d'attendre cette époque pour vous en faire un respectueux hommage et vous soumettre en même temps mes inquiétudes sur la position d'un ami et collaborateur, M. Valenciennes, l'élève le plus chéri de Cuvier et bien digne de ce litre honorable. Le départ inopiné de M. Bresson me fait changer de résolution. Je ne puis laisser partir une personne qui m'est chère et, qui, dans des circonstances difficiles, a toujours su se concilier l'estime publique, sans vous écrire quelques lignes, sans vous exprimer de nouveau toute l'admiration que vous avez inspirée par l'impulsion que vous avez réussi à donner aux affaires si tristement compliquées, si menaçantes pour la civilisation de l'Europe. Je ne puis juger que de ce qui m'environne de près ; attaché que je le suis à la politique du père qui m'honorait aussi d'une confiance particulière, je serais plus en élat que tout autre à m'inquiéter du moindre indice d'une déviation dans les principes. Le comte Bresson vous dira combien cette inquiétude serait injuste ; le jeune roi spirituel, ami des arts dé la paix, connaissant les besoins de son peuple et leô motifs secrets dé ceux qui voudraient amener la lutte européenne, désiré aussi vivemetit que moi le rétablissement deâ délîbéfatiofis gétiéfales, là où il y â commuiiauté d^Intéfêt. AUôdfië pàssîoH

n*agite ici les esprits où peut atteindre les hautes régions. Le gouvernement du Roi prêtera la naain à tout ce qui peut faciliter les nïoyens de rétablir, je ne dis pas la confiance des cabinets (elle a été un peu ébranlée) , mais cette confiance publique qui, dans chaque pays, repose sur des éléments si différents, si mobiles, variables comme les phénomènes atmosphériques. Je vous félicite d*'avance de tout ce que nous devons encore à la sagesse de votre Roi. Le temps guérit bien des choses; en creusant trop, en se tourmentant diplomatiquement pour savoir pourquoi Ton fait ou ne fait pas, on grossit les difficultés et blesse la susceptibilité qui reste comme symptôme pathologique après le mal qu'on aurait voulu se donner. Si je suis moins enthousiaste des forts détachés, embellis et neutralisés par l'enceinte, c'est que ces travaux, qui seront finis après moi, rappelleront à leur début ce que je voudrais rejeter dans l'oubli. Après quelque tems, on les regardera avec l'indifférence la plus complète. C'est cette persuasion qui me rassure dans mes velléités pacifiques. Je conçois de plus que dans l'état actuel des opinions de la" population active (et Xd^. jeunesse est une institution qu'on ne peut supprimer) les fortifications de la capitale sont une nécessité politique, de ces nécessités que se créent les peuples comme les individus lorsqu'ils se demandent trop souvent ce qui peutêtre pourrait leur manquer.

Après les intérêts publics, j'en viens à une humble prière, à mes plus chères affections ; je sais que dans le peu de moments de loisir qui vous restent, vous aimez à

vous occuper de la nature dans votre retraite du Val Richer ; je sais que M. Valenciennes, avec lequel je travaille et je publie depuis vingt ans, a le bonheur de vous approcher, naon cher et illustre confrère. C'est un homme aussi distingué par la grande variété de ses connaissances (il a fait d'excellentes études classiques et a puisé le goût des arts dans l'atelier de son oncle, le grand paysagiste) que pour la délicatesse de ses sentiments. On Taime beaucoup en Allemagne ; il a été avec moi au congrès d'Aix-la-Chapelle, et plusieurs fois à Berlin où notre roi actuel l'a distingué aussi. Or, M. Valenciennes, comme cela arrive à des savants célèbres, même dans votre belle France, se trouve financièrement (je voudrais bien que le mot fût français) dans une position très-gênée. Il a trois enfants, des sœurs et parentes très-pauvres, presque constamment des malades dans sa maison^ et les Poissons^ dont le seizième volume va paraître, lui donnent plus d'illustration que de nourriture. Tâchez, de grâce, de lui faire ajouter un peu à ce qu'il a dans ce moment au Jardin des Plantes. M. Villemain me veut du bien, il connaît l'amitié que j'ai pour M. Valenciennes. Il sait les mouvements que je me suis donnés, sous les risques du courroux du Journal des Débats et du Grand Précepteur ^Q l'Institut qui nous juge et nous corrige dans ce journal, pour faire entrer M. Valenciennes dans l'Institut. Daignez, de grâce, vous occuper un moment de lui. Ce n'est pas la première fois que j'aurai à vous parler de ma vive reconnaissance.

Veuillez bien, je vous supplie, offrir mes respectueux

hommages à madame la comtesse de Meulan, et agréer l'assurance du constant et affectueux dévouement avec

lequel j'ai l'honneur d'être,

Monsieur le comte.

' De Votre Excellence, Le très-humble et très-obéissant serviteur,

Alexandre Humboldt.

A Berlin^ ce IG février 1840.

Nous aurons ici au printemps et à demeure Schelling pour terminer la cinquième Weltahtery Cornélius Félix Mendelssohn, et les deux Grimm. Je n'ai pas encore réussi avec Rûckert et Dahimann.

ALEX. HUMBOLDT A SIR R. J. MURCHISON (n° 106).

Berlin, 26 février 1840.

Monsieur,

Je suis dans la plus grande douleur d'apprendre que la première petite lettre par laquelle je vous témoignais, monsieur, ma vive reconnaissance pour votre magnifique cadeau ne vous est point parvenue. Je l'adressai à Bonn, puisque dédaignant toujours notre oasis et nos sables

baltiques (malgré les débris du Jura et de l' Ammonites Jason) , vous parcouriez les bords du Rhin et répandiez une nouvelle lumière sur les roches problématiques. Quel regret pour moi d'avoir pu paraître ingrat aux yeux d'un homme supérieur, d'un géologue que ses travaux ont placé au premier rang en Europe ! Mes éloges, vous devez le sentir, sont peu de chose à côté de l'opinion d'un ancien et excellent ami, M. Léopold de Buch ! C'est un des beaux caractères de notre époque, qui a exercé une immense influence sur l'état actuel de la géologie. Vous sav^z que l'originalité et la vivacité spirituelle qui le distinguent ne le rendent guère enclin à un excès d'éloges. (C'est un voisinage dangereux que celui de votre Asaphus Tyrranm qu'accompagne le A. Buchiij à travers le système silurien.) Eh bien ! mon excellent ami Léopold de Buch exprime à qui sait l'entendre sa haute admiration pour votre ouvrage.

C'est lui qui est la cause de mon long silence, je voulais faire succéder au premier témoignage de ma reconnaissance une lettre plus longue, fruit d'études plus sévères. Mais M. de Buch et ses amis se sont tellement emparés de ces beaux volumes, que ce n'est que dans ces dernières semaines que j'en ai eu la pleine jouissance. 11 n'y a pas une ligne de l'ouvrage que je n'aye lu ; car, à la sagacité de l'observation et à l'universalité des connaissances géologiques, vous réunissez un talent bien remarquable de rédaction lumineuse, d'élégance dans tout ce qui tient aux formes delà diction, à la noble simplicité du langage*

J'approuve beaucoup les noms sonores et flexibles de Silurien et Cambrien» Les noms géographiques modernes n'auraient pas eu le même avantage et n'auraient pas indiqué un système entier de roches. J'attends avec impatience le spectre qui se montre au-dessous de votre système silurien. Nous apprendrons par les belles recherches de M. Sedgewick quels sont les caractères zoologiques du Cambrien. Votre ouvrage a d'ailleurs un bien autre mérite que celui qu'en annonce le titre. Il jette une vive lumière sur les roches entre les Oolithes inférieurs et le Silurien, et offre de grandes vues physiques sur la formation de la houille, sur les plus anciens poissons du globe, sur les rapports entre les formes et les climats ! L' Old Red a gagné une bien autre importance qu'il n'avait jusqu'ici depuis le mémoire que vous avez donné en avril 1839 sur le Dévonien.

Toutes ces recherches qui vous sont dues, monsieur, deviendront fructueuses pour notre Allemagne. Vous avez donné des types, mais avec la prudence qui vous distingue, vous avez prévu que dans une région du globe des couches se sont développées qui, dans d'autres, se trouvent à peine indiquées. Je ne me plains pas des noms des localités anglaises qui sont moindres entre le Rhin et l'Elbe. Nous vous avons jadis fourni des noms barbares bien allemands et qui sont restés dans la science. Les noms arabes et grecs sont inscrits dans le ciel : ces mélanges prouvent que diflérents peuples y sont passé : C'est là une nouvelle marque de la communauté intellectuelle des peuples civilisés, et parmi tant de mérite

que nous signalons dans vos écrits, nous nous plaisons aussi à cette bienveillance aimable que vous marquez pour les géologues du continent.

Daignez agréer, monsieur, vous et la spirituelle madame Murchison, Thommage de ma haute et respectueuse considération.

Al. Hdmboldt.

A Berlin, le 26 février 1840.

Je voudrais mériter votre citation, p. 29, ad vocem « Keuper. » C'est M. de Buch qui, le premier, a décrit cette formation ; puis, dans mes longs développements sur l'âge des roches de transition [Essai sur le giseme?it des roches^ 1823 (p. 107). Je me suis bien tourmenté de vos Old Red de May Hill et Mitchell Dean. Y a-t-il de la vraie Olivine dans votre Trapp, dans vos roches d'éruption du Silurien ?

ALEX. HUMBOLDT AD GÉNÉRAL HBLMERSEN (n" 107).

Berlin, 20 mars 1840.

Comme, mon cher Helmersen, vous possédez entre tant de bonnes qualités, aussi celle de répondre aux lettres et toujours d'une manière amicale, je vous adresse ces lignes écrites à la hâte. Mon but est de vous remercier de ce qu'enfin, certainement, grâce à votre obli-

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