‹ Correspondance inedite scientifique et littéraire (volume 2)Chapitre 19 sur 46 · HUMBOLDT A EUE DE BEADMONT · texte numérisé non relu

HUMBOLDT A EUE DE BEADMONT

Paris, ce jeudi 1842.

Mon cher et illustre ami !

Mon départ probablementtrès-prochain, la hâte cruelle de mon libraire pour faire paraître mes trois volumes, me font pleurer chaque fois que je suis arrêté pour une feuille que je dois donner bonne. Au moment où je veux donner le bon à tirer de la feuille 35 sur laquelle j'ai porté les corrections que vous avez la grâce de m'indiquer, je 'remplis la citation du Mém. de M. Collegno que vous avez laissée en blanc,Comptes rendus, F. 14, p.478 (année 1842). Je trouve imprimé à ma grande frayeur ;

« Ligne dirigée

donc parallèle au système du Tenare. »

Or, vous avez imprimé, mon cher ami, sans doute avec pleine justesse, que le sud de l'Oural est dirigé parallèle à une ligne tirée d'Ekaterinbourg, au confluent de l'Oural et de l'IIek. C'est comme vous dites très-bien le système de la Corse, c'est N. 35* E comme je l'ai vérifié aussi sur la carte^de Murchison, que j*ai encore par vos bontés. Veuillez, de grâce, me répondre pour le moins jusqu'à demain matin avant midi, car la feuille 35 doit être tirée. Est-ce simplement une faute d'impression et M. Collegno a-t-il voulu dire N. 5« E. — S. h' 0.?

Je ne voudrais pas supprimer votre cilation de Collegno, cela me donnerait un fâcheux remaniement.

M. Ehrenberg écrit : « M. deBucli, depuis son retour, a lu à l'Académie un long et furibond Mémoire sur les granités et les gneiss, contre Agassiz et Sestrôm. 11 prétend que les surfaces polies et les sillons sont l'effet de la protension bombée (?) de ces roches au moment du soulèvement, que les parties polies convexes se montrent aussi dans l'intérieur et que les lieux mêmes que Sestrôm et Agassiz ont cités prouvent contre eux. » Je copie et traduis.

M. Ehrenberg a la belle idée de poursuivre les rapports géographiques de ces animalcules infusoires polytalames microscopiques. 11 m'écrit : a Tâchez donc d'intéresser M. Elie de Beaumont, lui qui a le plus d'indépendance dans les grandes vues géologiques, à ce monde que je poursuis sous toutes les zones. J'ai reçu des formations très-récentes et très-curieuses de l'ouest de la Nouvelle-Hollande. N'y aurait-il pas dans les belles collections de l'Ecole des Mines, à Paris, des objets pour mes recherches? Sables du littoral, terrain lacustre, marnes de pays éloignés, Madagascar, Terre Adélaïde, T. Louis-Philippe, Sénégal, Ile-de-France...?» De trèspetites portions.

Mille tendres amitiés. Sauvez-nioi et répondez, de grâce, jusqu'à demain vendredi, à midi.

HOMBOLDT.

A rinstitut^ jeudi.

N'. — M. Humboldt joint à la lettre ci-dessus une épreuve dans laquelle il fait mention d'un Compte rendu (de r Académie;, de mars ou avril 1842.

ALEX. HUMBOLDT A DAUSSY (n* 133),

Note Tpour M, Daussy.

J'ai constamment, en employant les long, du P. Hatterstein ou de Félix d'Arocha, des réductions à faire sur Pegiry.

Or le résultat des belles observations de M. Fuss, faites à couvert russe, à Pegiry, en 1830 et 1831, M.

6 h. 52', 2", i à l'est de Berlin =114% 4' du méridien de Paris.

Ce sont les différences d'ascension de la lune et les étoiles calculées sur des tables corrigées par des observations presque simultanées. Voyez les fondements du calcul.

Mém. de l' Acad. de St-Pét. , série vr, t. I, p. 79 et 110.

M. Fuss s'arrête à 114% 5', 35%

Pourquoi la C. des temps a-t-elle (1836-1844)

Quelles observ. a-t-on supérieures à celles de M. Fuss?

ÂL. HUMBOLDT.

Je serai bien reconnaissant à monsieur Daussy s'il veut bien m'instruire et me donner quelques explications.

ALEX. HUMBOLDT A DAUSSY (n** 134).

Monsieur,

Je regrette infiniment de n'avoir pas pu offrir personnellement l'expression renouvelée de ma reconnaissance à monsieur Daussy. C'est justement par la confiance intime que j'ai dans la solidité de ses travaux, que j'étais devenu incertain sur la longitude de Peyeng que j'avais adoptée. Je croyais que le mémoire de M. Fuss, inséré dans les Mémoires de l'Académie de Saint-Pétersbourg, pouvait vous avoir échappé, monsieur, comme moi-même j'avais parfaitement perdu de vue la note de Fuss dans le Schumaker, n* 270. Je pense, comme vous, que le résultat de Wurm mérite la préférence que vous lui avez accordée* Mes réductions sur des points éloignés et mal déterminés comme Khotauj Yergery et Kaschgar, en seront peu altérées d'après l'échelle adoptée pour ma nouvelle carte de l'Asie intérieure*

Veuillez bien agréer, monsieur, l'hommage de ma haute et affectueuse considération.

Je recommande toujours mes propres travaux à votre indulgence.

Al. Hdmboldt.

Ce mercredi.

ALEX. DE HUMBOLDT A ÉLIE DE BE4UM0NT (n"" 135).

Sans-Souci^ 5 juin 1842.

Oserais-je vous prier, mon excellent ami, d'honorer de vos conseils et de votre bienveillance le porteur de ces lignes, M. Krause, mon compatriote, élève des mines, qui compte faire quelque séjour en France pour perfectionner ses études? C'est un jeune homme plein de zèle et d'instruction, appartenant à une famille très-respectable de ce pays. J'ai lu et étudié avec un vif intérêt votre excellent rapport sur les glaces et les blocs ; je suis loin de regarder avec indifférence les phénomènes des (sillons) j du pôle, les frissures d'un parallélisme de direction si mystérieux. On est à la veille de quelque découverte importante chaque fois que les faits ne semblent plus se lier. De petites passions haineuses jettent pour le moment du ridicule sur la « dent d'or » qu'on s'arrache. Ce qu'il y a de plus faible dans les explications données, c'est la prétention de la possibilité d'un froid universel et ins*

tantané. On oublie la lenteur de la déperdition de la chaleur dans la croûte du globe par rayonnement, les lois physiques que nous connaissons jusqu'ici s'opposent à cette calotte de glace universelle intercalée entre deux époques tropicales. L'intérieur d'une planète peut offrir tout ce qu'il faut pour nos mythes géologiques ignés et calorifiants ; la soustraction de la chaleur planétaire est plus embarrassante, même pour le docte conseiller d'État de Neufchâtel, que le bon et spirituel Agassiz a eu la maladresse d'appeler à son secours, en publiant dans la Gazette (TAugsbourg le budget des dépenses sentimentales faites pour la nourriture hospitalière de cet ennemi intime, le poëte Sckimper. Vieillard de 72 ans, me voilà dans la troisième ère. Ma première incarnation a été comme celle de Vishnou, dans l'eau hébraïzante ; vous, mon excellent ami, vous êtes Ty'a né, en Salamandre, dans l'ère du feu : Je ne peux espérer de survivre à l'ère de glace. 11 n'y a que notre ami un peu malin (L. de B.) qui jouit de cette guerre schemperière par l'activité de la grande découverte, comme de la rétractation du caverneux B, , tout prêt à laisser périr ses chères hyènes dans les glaces polaires^ Il faut s'enfoncer dans votre admirable ouvrage sur la géologie de la France, rempli de si grandes vues, rédigé avec une sagesse toute philosophique, pour respirer un air plus pur. Agréez, je vous supplie, l'hommage de mon ancien et inviolable attachement. N'oubliez pas de me rappeler à l'amitié de M. Arago et de toute sa famille. Al. Humboldt.

A Sans-Souci, ce 5 juin 1842.

Gustave Rose est sur le point de publier son second volume de Sibérie, bien plus important que le premier. Je corrige les dernières feuilles de mon Asie centrale^ ouvrage dans lequel j'ai pu vous donner souvent le témoignage d'une estime devenue européenne.

ALEX. HDMBODLT A ARAGO (iH*' 136).

Paris^ lundi 1842.

La nouvelle météorologie de Kàmtz à Halle, que je place aujourd'hui dans la bibliothèque de Tlnstitut, a, l. 1, p. 259-2 774, de longs extraits sut Y Harmattan. En parlant de Dobson {PkiL Trans.^ 1788, p. 48), il prétend que cette apparence de brouillard sec dont parle Dobson, et qui se dépose sur les feuilles, n'est que de la poussière très-fine de sable quartzeux suspendu dans Tair agité, comme le prouvent les citations de Beizoni, Ruppel, Burckhardt, Pottinger et Denham. Je ne fais que traduire. Ruppell (Voyage, p. 271) trouve pendant l'Harmattan la tension électrique très-augmentée et il Tattribue au frottement du sable suspendu qui ôte la transparence à l'air et à l'extrême sécheresse. Burckhardt trouva l'air pendant l'Harmattan qu'il croit identique avec le simun et 0 (signe du soleil) étant caché 12rFahr. (iVw^ea, p. 205).

Amitiés. Ht.

Lundi.

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