II
ALEX. UUMBOLDT A LA ROQUKTTE (n** 137).
Paris, ce vendredi 1842.
Monsieur,
Je suis touché de votre aimable souvenir, monsieur ; je me trouve dans toutes les horreurs des emballeurs et du départ. Cela ne m'a pas empêché de lire votre important et très-intéressant article sur Juan de la Cosa. La carte que j'ai fait connaître est sans doute un des monuments géographiques les plus précieux de la belle collection du baron Walckenaer. Je désire beaucoup posséder un jour, à Berlin, votre bel article sur Colomb ; veuillez bien le faire remettre, sous mon adresse, à la légation prussienne, rue de Lille, et agréer l'expression renouvelée de ma haute considération.
HUMBOLDT
Ce vendredi.
ALEX. HUMBODLT A ARA60 (]N° 138).
Paris, ce vendredi 1842.
Le cap. Duperrey sort de chez moi pour me consulter sur les courants que j'ai éprouvés près de l'île de Cocos*
Je lui ai adressé la question sur les bâtiments de la marine française marchande, qui se perdent annuellement. Il croit que leur nombre va de 50-60 au plus par an, dont 1^ ou ^ se perdent par manque de sûreté du point en longitude ou en latitude. J'ai cru que cette opinion (car ce n'est pas un fait) pourrait t'intéresser, cher ami ! Je demande pardon à genoux, pardon pour mes doutes insolents sur la sûreté de la grande masse des montres de Br. (Bréguet probablement?). Toutes les montres des marines de l'Europe ne me valent pas la crainte de te déplaire un seul instant, et je déplore que mes prudentes réticences diplomatiques sur des points de croyances en litige ayent été en défaut aujourd'hui pour la première fois depuis mon retour de Khonimailaschon. L'hérésie ne se cache pas toujours ! Mes torts, d'ailleurs, ne doivent être imputés qu'à Freycinet et Duperrey, qui disent que les montres à suspension marine qu'ils avaient de Br. (Bréguet probablement) ont bientôt été dérangées; comment pourrai-je, moi, mettre en doute les marches admirables et longuement constantes des montres de Schumacher, de Brisbane, de Hottinger et de tant d'ouvrages de Bréguet qui n'ont pas d'égal dans l'horlogerie anglaise. Après cet acte de contrition et abandonnant toute réserve en faveur des monuments antiques encore flottantes [sic) de Louis Bertoud et des ouvrages de Montil, son élève, dont je ne sais même pas écrire le nom, j'espère pleine et entière absolution, rentrée en grâce et oubli du passé* Le beau cachet est pour le Petit. Ht.
Vendredi.
Les montres marines ont certes encore d'autres grands avantages que ceux de la sûreté; elles entretiennent Tinstruction de rofficier, pour reconnaître les courants. J'ajouterai aussi par malice (car on ne sort pas de sa nature) qu'elles désaccoutument de l'emploi des distances lunaires.
ALEX. HUMBODLT A GUIZOT (N** 139).
Ce dimanche 1842.
Je m'empresse d'offrir à Votre Excellence le respectueux et affectueux hommage de ma vive reconnaissance.
La notice sur le cours de la branche blanche du Nil [Bahr el Abiad)^ à cause de l'indication de la latitude si méridionale de 4^42^ Voilà le Léopard encore victorieux en Chine ! Que vos prévisions ont été justes. C'est une grande affaire pour le ministère de lord Aberdeen; aussi pour les whigs d'Afghanistan un peu de consolation dans le système d'Azais. J'ai pensé que la carte du Céleste Empire pourrait bien s'étendre jusqu'aux provinces occidentales de la Mongolie, le Si-yu, et entrer en contact avec les régions sur lesquels {sic) je publie une carte dans mon Asie centrale^ C'est une possibilité seulement, car assez généralement les Chinois ne figurent que la Chine non barbare. Comme je fais encore des correc-
lions à raa carte, je suis assez importun pour demander en grâce à Votre Excellence de faire voir la carte encore à M. Stanislas Julien, qui, de plus, se trouvera infiniment honoré et encouragé par votre souvenir. Cela pourrait m' être utile, « mon siège n'étant pas fait. »
J'espère, à la porte de l'hôtel, avoir de bonnes nouvelles de la convalescence de ce fils, le spirituel et si avide d'apprendre tout ce que je commence à oublier.
Agréez, je vous supplie, monsieur le ministre, l'expression de mon dévouement respectueux.
Ce dimanche.