ALEX, HUMBOLDT A GUIZOT (W
A rinstitut, ce vendredi soir 1842.
Monsieur,
Ce sont d'excellentes nominations, comme toutes celles que vous faites, moi y compris. M. Spiker est de mes amis : il aurait été bien heureux de recevoir la croix de votre main. H a fait quelques bonnes traductions de Shakspeare qu'on loue même après celle de Bouddha- Auguste Schlegel. M. Spiker est parti il y a quinze jours pour l'Allemagne. C'est un homme d'une grande variété de connaissances, faisant beaucoup de dépense
pour les arts, en haute faveur auprès du roi défunt La nomination lui causera beaucoup de satisfaction. Aussi M. Luttiehen est un homme de goût auquel on doit le magnifique théâtre de Dresde. Votre Roi montre upe généreuse bienveillance pour notre Allemagne.
Agréez, je vous supplie, l'hommage du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, de votre Excellence, le très-humble et très-obéissant serviteur.
Al. Hdmboldt,
ALEX. HDMBOLDT A GUJZOT (n* 141).
Ce mardi 1842.
Monsieur,
J'ai été me présenter deux fois ce matin à l'hôtel des Affaires étrangères pour vous offrir de bouche le respectueux hommage de ma vive reconnaissance. Une insigne faveur accordée par le Monarque, sur la bienveillante proposition de Votre Excellence, doit avoir un double prix pour celui que dans toutes les phases de la vie sociale, à travers toutes les vicissitudes des événements, vous avez constamment honoré de votre confiance. Je suis entré dans la Légion sous le titre auquel je tiens le plus, parce que j'en dois la plus grande partie à Votre France qui Qst aussi la mienne. J'y ai été enrôlé lavec
Berzelius et Thorwaldsen. J'accepte avec une vive gratitude, dès aujourd'hui, un avancement trop rapide, peut être, et accordé sur un autre terrain. Je n'ai été que le porteur d'une lettre de mon souverain. Les faveurs dont on m'a comblé au château d'Eu et qui ont retenti dans les journaux devaient suffire : j'en ai fait une peinture animée dans une dépêche à mon roi qui répète souvent : « De toutes les personnes de France que je désirerais « entendre de près, M. Guizot est celle qui m'attire le « plus. »
J'ose énoncer un vœu, presque une prière. Si cette haute distinction pouvait n'être publiée qu'un peu avant mon départ, elle serait une preuve manifeste qu'on a été content de mon séjour d'ici, cela serait mieux pour moi. Dans le cas que vous pourriez craindre que ce vœu déplairait à Sa Majesté, daignez, de grâce, regarder ces lignes comme non écrites. Les gens de l'Orénoque et de la Sibérie ne sont pas toujours adroits.
Agréez, jevousprie, Monsieur, l'hommage du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, de Votre Excellence, le très-humble et très-obéissant serviteur,
Al. Humboldt.
Ce mardi, i842.
ALEX. HDMBOLDT Â BABBIBR (n"" 1 42).
Ce mercredi matin, décembre 1842.
Monsieur,
Je m^empresse, Monsieur, de vous témoigner toute ma reconnaissance de Textréme bonté que vous avez eue pour assouvir une soif de Teau du lac Temourton. M. Biot, armé de votre recommandation, a été ce matin au Palais- Royal. La carte venait de partir pour la bibliothèque royale. M. Biot Ta heureusement trouvée chez M. Jomard et a fait, conjointement avec M. Julien, les recherches que je désirais. Il m*estbien doux que ce drame d'une carte ambulante m'ait donné le droit de vous renouveler, Monsieur, Thommage de ma haute estime et de ma considération la plus distinguée.
Al. Humboldt.
m^tm^^
ALEX. HUMBOLDT A REBHALET (N° 143).
! Paris, décembre 1842.
Selon votre désir. Monsieur, j'ai osé (il y a 7 à 8-10 jours) vous fixer un rendez- vous par écrit ; il paraît que ma lettre ne vous est pas parvenue. Je crains de ne pas être plus heureux pour le peu de lignes dans lesquelles
je vous propose de m'honorer de votre visite à l'Institut (cabinet de M. Mignet), jeudi 4 novembre, à 1 heure.
L'Atlas physique de Berghaus a été simplement amélioré dans l'édition écossaise de Johnston Brewster.
Veuillez bien agréer Texpression de ma haute considération. Je me suis trouvé hier même à Versailles en accompagiiant 1q roi.
Al. Hdmboldt.
Ce dimanche.
ALEX. HUMBOLDT A HITTORFF (N'» 144).
Paris^ 4 décembre 1842.
C'est ma destinée de me trouver souvent entre deux amis qui ont momentanément des signes contraires (±). J*ai fait doucement des reproches. On s'est justifié en disant que la phrase « J'ai le droit » avait été amenée par la vôtre qui ne disait pas t Je dois croire que ma lettre ne vous est pas parvenue » , mais : « J'ai le droit de croire. » Avec cela, la personne qui avait été chargée de vous faire des excuses, m'avait d'ailleurs écrit que le mot trop vif n'avait pas été prononcé dans la séance du conseil, mais dans une commission Je n'accuse et ne défends pas, je vous écris seulement à vous deux, mes excellents amis, qu'en vous voyant, tout sera fini dans le
calme digne des personnes qui s'estiment mutuellement. M. Arago est vif, mais bon et chaud de caractère. De grâce, ne me répondez pas. Mille affectueux hommages.
Al. Humboldt.
Ce dimanche.
ALEX. HDMBOLDT A BARBIER (n* 145).
Paris^ 1 1 décembre 1842.
Monsieur,
En vous offrant mes affectueux remerciements, Monsieur, de l'envoi du septième volume de l'intéressante « Galerie historique de Versailles », j'ai à vous soumettre une prière dont l'accomplissement m'intéresse vivement comme géographe. M. Guizot m'a dit que la carte géographique arrivée récemment de la Chine se trouve encore à la Bibliothèque du Roi, au Louvre, pour être donnée plus tard, d'après les ordres de S. M., à la collection de M. Jomard.
Étant sur le point de publier ma carte des chaînes de montagnes de l'Asie centrale, je tiens beaucoup à ce que M. Biot fils, très-versé dans les études chinoises, puisse chercher pendant quelques minutes un lac et une rivière â& U Tartarie sur l'existence desquels j'ai do» (Jpute*» J'pse donc vous pri^r» monsieur, de m'acconter
cette faveur, lorsque mon jeune ami vous présentera ma requête.
Agréez, je vous prie, monsieur, l'hommage de ma considération la plus distinguée.
Al. Humboldt.
Éloigné de Berlin, je ne puis indiquer si j'ai tous les volumes qui précèdent le septième. J'aurais recours à vos bontés, monsieur, si, dans la suite, je découvrais quelques lacunes.
HUMBOLDT A LETRONNE (n** 146).
Paris, ce mardi 1840 à 1847.
Veuillez, de grâce, mon cher ami, laisser dehors le volume de Navarreie que j'ai oublié sur votre table, je le ferai demander demain mercredi, entre 9 et 10 heures.
Les deux passages de Ptolémée sur la prétendue grenouille sont IV, 9 et vu, 3.
Daignez, de grâce, aussi corriger mon style dans l'épreuve ; j'ai été un peu effrayé de votre cruelle opinion sur mon Examen critique qui était traduit de l'allemand, hélas ! Je me flattais de penser en français.
Mille amitiés.
Al. Humboldt.
Mardi soir.
Colomb dit que Ptolémée place « le centre de son hémisphère du cap Sacîré à Catligara à l'île Arin • , je crois que c'est l'île des Perles Bahairin [Arados^ des Grecs) que Ptolémée place au 91* de longitude.
ALEX, HDIfBOLDT À YALËNCIKNINËS, PROFESSEUR AU JARDIN DES PLANTES, RUE GUVIER (N** 147),
Paris^ le 3 novembre 1842,
J'ai demandé avec une politesse exquise une audience vendredi à midi à l'amiral Leray en lui parlant de mon affection pour vous. J'espère que vous viendrez dîner avec moi ce même jour. J'irai vous trouver au café de Foy vendredi à sept heures si cela peut vous convenir.
M. Cordier m'a échappé parce que, contre toute attente, il n'est pas resté au Comité secret ; Pariset sera nommé. J'irai après l'amiral un autre jour chez M. Cordier au jardin, ce qui fera de plus d'effet.
Amitiés.
A. HUMBOLDT
Mercredi malin.
ALKX. HUMBOLDT A GOizoT (probablement) (n'' 148).
Paris^ ce 18 décembre 1842.
Monsieur,
Votre Excellence a bien voulu me charger, il y a plus d'un mois, de prendre des informations précises sur les usages adoptées en Prusse à la présentation de lettres autographes des souverains. D'après ses ordres, je n'en ai écrit que confidentiellement au baron de Bulow, sans mentionner la chose dans mes (dépêches.
Notre Ministre des Affaires étrangères a été, comme je pouvais ie prévoir, flatté de cette nouvelle marque de confiance affectueuse que vous lui conservez, Monsieur ; il a fait faire des recherches dans les Archives de son ministère, et je vais sommairement offrir à Votre Excellence le résultat de ces recherches, en traduisant l'allemand en un français assez germanique depuis que je n'habite plus votre beau pays.
En remontant jusqu'à l'année 1750, sous le règne de Frédéric-le-Grand, on trouve que les lettres autographes des souverains ont constamment été transmises par les ministres étrangers au ministre du cabinet qui seul les a placées entre les mains du Roi, Cet usage a été strictement suivi, même en 1781, lorsque le roi Louis XVI annonça par deux lettres autographes au Roi et à la Reine
de Prusse la naissance du premier Dauphin. Il en a été de même sous tous les règnes suivants : on ne trouve d'exception à la règle générale qui, depuis la moitié du dernier siècle, est aussi celle des cours de Vienne et de Saint-Pétersbourg, que dans les cas très-rares où le ministre étranger a eu l'ordre exprès de présenter la lettre lui-même. Alors une audience particulière a été demandée et accordée en présence du Ministre des Affaires étrangères. Lorsque en 1796 le grand-duc Constantin épousa la Princesse de Saxe-Cobourg, M. de Ratischeff, ministre de Russie à Berlin, eut ordre de transmettre l'annonce des fiançailles en audience particulière. Le comte de Haugwitz demanda cette audience au Roi, et il est dit dans les archives que c'était une exception à l'usage introduit. •
Voici, Monsieur, le résultat des recherches qu'on a faites en remontant à troi^ règnes. Le feu roi n'a rien changé à ce qu'il a trouvé introduit.
Je saisis cette occasion pour vous renouveler. Monsieur, l'hommage de. la haute et respectueuse considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être, de Votre Excellence, le très-humble et très-obéissant serviteur,
HUMBOLDT4
A Paris, ce 18 décembre 1842.
ALEX, HUMBOLDT A LETaONNE (lsM49).
Paris, ce vendredi, rue des Petits-Augustins, 3, 1842.
Vous seriez bien airaable, mon cher et excellent confrère, si vous daigniez parcourir bien vite les pages 1 3 et 14 et me les renvoyer simplement par la petite poste, adressées rue des Petits-Augustîns, n" 3. Vous n'avez à mon regret pas eu depuis longtemps de mes feuilles géographiquement ennuyeuses, parce que le grand M. Pihan de la Forets est dans la composition de mes tableaux météorologiques de 300 points du globe.
Je vous rends avec une bien vive reconnaissance
Ephori fragmenta et le Wo/f... à l'Ephore ; je suis tout près de me révolter. Dans tout le passage de Scymnus, cité par Marx, p. 191 et dans votre bel ouvrage p. 409, V. 870-890, Ephore n'est aucunement nommé pour la communication de TAraxe avec le Tanaïs. 11 est dit simplement que TAraxe sort d'un lac. Si cet Araxe est ici rOxuSj ce lac est le L. Victoria^ le... alpis de la petite... que Word et Marco Polo décrivent le lac scrikol du Pla-* teau de Pamiré
Mille tendres amitiéSé
Ne me faites pas porter sans quelques exemples de Id curieuse merdes....*..
Al. Hdmb.
ALBX. HUMBOLDT A PLATON DE TGHIHATGHEFF (n"* 150).
Vendredi, 18424843.
J*ai trouvé ce matin dans d'anciennes lettres des choses aimables sur votre frère et sur ce pauvre Lehmann, Ne me renvoyez pas ces lettres, mais veuillez bien m' écrire où Lehmann est mort; il était donc arrivé sain et sauf à Orenbourg. Ce serait d'une haute importance s'il avait observé lat, et long, (et ne fût-ce même que latitude à Samarkand où dans les temps modernes personne n'a observé. On peut savoir beaucoup de mathématiques et ne pas avoir l'habitude d'observer et ne pas être muni d'instruments astronomiques. Un voyage d'Ostrogradsky ou de Cauchy p. ex. à Samarkand serait entièrement inutile. Croyez-vous que Lehmann ou Khanikof ayent fait quelque chose?
HUMBOLDT
Vendredi.
ALEX. HUMBOLDT A ARAGO (n* 151).
22 mars 1843.
Comme la grande comète monte probablement plus rapidement sur l'horizon de Paris que ma lettre ne peut
^arriver, il se peut que la nouvelle que je m'empresse de te donner n'ait plus aucune nouveauté pour toi. Toujours je .pense, mon cher ami, que tu liras avec quelque intérêt ce que Ton a vu chez nous, je traduis en revenant d'une excursion à Potsdam, ce que M. Ëncke m'a annoncé cette nuit.
« Le 19 mars M. Kuhn à Berlin et le pasteur M. Lehmann à Derwitz ont observé, une heure après le coucher du soleil, une très-grande queue de comète. La tête de la comète n'était pas visible à l'œil nu. Aussi, à l'Observatoire de Berlin, la tête était restée invisible parce qu'elle était déjà sous l'horizon. Hier 20 mars la tête de la comète fut observée par M. Galle^ aide-astronome de
l'Observatoire , très-près de l'horizon, pendant que le
crépuscule donnait encore assez de clarté. A huit heures du soir la comète était placée à peu près 1** -|- ^ l'ouest, et quelques minutes après au nord de l'étoile 3 d'Éridan. La queue, singulièrement bien terminée, se présentait avec une largeur de 2°4'» sur quarante degrés de longueur jusqu'au-dessous d'Orion ! La comète se meut journellement à peu près l"" vers Test du soleil, et vers le nord un demi-degré. C'est tout ce que l'on a pu
conclure jusqu'ici du peu de comparaiikupiede, sons avcc dcs étoilcs, dans le court es* mOal pace du temps écoulé jusqu'au coucher de la comète. Il est à prévoir que dans peu de jours elle sera mieux et plus longtemps visible, elle offrira le spectacle devenu assez rare d'une très-grande comète. Il faudra des observations précises de plusieurs jours pour
aborder la question si cette comète a été déjà aperçue en d^autres siècles. »
Berlin^ ce 21 mars dans la nuit.
Cette notice de M. Encke, que je traduis littéralement , paraîtra demain dans nos journaux. Je me hâte de te la transmettre, parce que peut-être le temps a été couvert à Paris vers le soir les 19 et 20 mars, et parce que je cherche toujours quelqu'un pour oser décrire.
J'ai été voir chez M. Harler fils les expériences électrographiques. L'effet est instantané et les dessins sont de la plus grande pureté quand Tétincelle passe de a vers b. Les plaques de verre ne présentent cependant l'image qu'à la surface supérieure et l'affaiblissent dans les plaques superposées. L'électricité (émenant ou émanant) avec plus de force des parties saillantes, convexes de l'image, change en pénétrant vers le bas l'état moléculaire des plaques de verre. L'inscription et l'image deviennent visibles, par le souffle le plus léger, la vapeur d'eau se déposant en gouttelettes sur les parties dont l'état moléculaire (et l'état de la surface?) sont changés, tandis que la vapeur se répand uniformément, non en gouttelettes là où l'élec^ tricité n'a pas sensiblement altéré la plaque. Nous voyons l'image par la présence des gouttelettes. La lumière n'est pour rien dans ce phénomène. Je t'ennuie à la mort. Mille tendres hommages. M. Schumacher est très-souffrant de grippe et de toux qui régnent épidémiquenaent à Hambourg. Il écrit que le Roi a été infiniment flatté de ta belle lettre, et qu'il fera tout ce que tu as demandé
pour le lunatique M. Hansen, Je suis heureux de M. Hansen, de Lamé et de Henri Rose! j'aime les succès.
Mille tendres hommages ! Je suis enragé de ne pas voir paraître mon Asie. Il y a pourtant un mois que j'en ai eu un exemplaire relié. Comme M. Gide est un Académicien assis à ta droite, je te prie de l'admonester doucement. M. de Buch va beaucoup mieux, il fréquente les sociétés, il se promène persécuté par le songe « d'Agassiz » et de Y époque ôqs glaces. Agassiz, le pauvre Agassiz, car il se ruine par la restauration sur le glacier, est son démon familier. Je travaille ici, et j'espère avec quelque succès, à réparer un peu les: finances d'un homme si digne d'estime.
Je te dois encore un mot sur les Atlantes et la plaisanterie attribuée à la fois à Posidonius et à Aristote. Dans mon Examen critique^ t. I, p. 169, tu trouves cités les deux; dans les premières pages de l'Asie centrale, Posidonius seul est nommé et avec raison. Voici les faits qui me justifient et qui t'intéressent peut-être à cause de Bailly.
Aristote, cité par Strabon (livre XIII, page 598 de l'éd. de Casaub.) d'après un ouvrage qui a été perdu, Aristote dit du fameux retranchement des Grecs imaginé par le poète (Homère) que celui qui créa la fiction a aussi eu soin de détruire le mur. Aristote tranchait ainsi la difficulté que les commentateurs d'Homère éprouvaient de son temps, à retrouver l'emplacement du fameux mur. C'était pour couper court aux disputes des philologues.
Or c'est Posidonius qui, selon Strabon (livre II, page
102), a appliqué la plaisanterie d'Aristote à f Atlantide de Plalon. Il croit à l'existence de l'Atlantide submergée et ajoute, en parlant des grandes révolutions qu'a éprouvées le globe : « Il est plus sage d'adopter la tradition (des prêtres égyptiens) que de dire à l'égard de ce pays, comme on l'a dit du retranchement d'Homère, que celui qui l'a imaginé l'aura aussi fait disparaître. Tu avais donc, comme toujours, parfaitement conçu la chose. Ajristote est mêlé au mot qu'on a réchauffé contre Bailly, mais l'application du mot d'Aristote aux Atlantes océaniques (aux habitants de l'île de Solon) appartient à Pcsidonius, qui désigne clairement Aristote sans le noiBmer.
Je tiens toujours à l'opinion que j'ai émise le premier, d'après laquelle l'île Atlantide est le mythe géologique et volcanique de la Lyctonie que peu à peu on a transporté vers l'ouest au delà du détroit de Gibraltar, que l'on n'a franchi sous le commandement de Golœus (ou Colosus) de Samos, que 70 ans avant que Solon composât son poème de l'Atlantide. La destruction d'un vaste continent fut imaginée d'après la croyance des démembrements des terres dans le bassin de la Méditerranée par l'effet des tremblements des terres, par Neptune cm ^ôranfe (volcans sous-marins, danger du littoral). Ea:amen critique^ T. 1, p. 171. »
Il est curieux que les Atlantes, dont le bon Hérodote (livre IV, chap. 184) dit qu'ils ne savaient pas rêver, ont fait rêver tout le monde.
Mille tendres hommages d'amitié et de reconnaissance.
Mes respects à la famille Arago. J*ai santé excellente, sans progrès. J'espère que les deux volumes du Gehler (ou Gitler?) qui te manquaient ont déjà été mis à tes pies par un gros littérateur journaliste libéral M. Rallstat (ou Gitler). Al. Homb.
Ce 22 mars au matin.
ALEX. HDMBOLDT A CHAMPOLLTON-FIGEAC (n** 152).
Je. ne puis vous remercier assez vivement, Monsieur et illustre confrère, des intéressantes communications que vous avez bien voulu me faire. Vous savez combien je tiens à la gloire de votre nom, à l'immortelle illustration de votre noble frère. C'est un bonheur que la Providence ait permis que la fourberie soit dévoilée. Je pourrais pour en avoir un justement pénible, car moi aussi j'avais presque de la prédilection pour l'homme qui avait tant de moyens de s'insinuer et de plaire, c'est par la gloire de votre nom encore qu'il me serait bien agréable si vous daigniez vous intéresser à faire nommer M. Lepsius^ chef de notre expédition d'Egypte et si dévoué à vos intérêts, un des correspondants de votre Académie. Mon Roi qui aime beaucoup Lepsius personnellement en aurait la plus vive joye (sic) .
Mille affectueux hommages.
Al. Humboldt.
Ce mardi.
Et M. Rosellini, Et... tu Brute... Et le Père Bamabite!
Je ne veux pas changer ma lettre. Je ne me souviens que dans ce moment qu'appartenant à une Académie qui depuis longtemps aurait dû s'honorer en vous nommant un de ses membres, vous ne votez pas plus que moi. Mais vous avez des amis, ainsi de grâce intéressez vous à. Lepsius.
ALEX. HUMBOLDT A JOMABD (N*" 153.)
Paris, jeudi i843.
Monsieur,
En parlant dans le cahier de mes monuments qui doit paraître incessamment d'un édifice chargé de méandres et d'arabesques qui n'a cependant que 40 mètres de long sur 6 de haut, j'ai dit que la petitesse de ces dimensions n'empêchait pas un effet qui naissait de l'ordonnance des parties. J'ai cité comme des édifices plus petits encore les temples de Syène, d'Elchyia et Latopolis (PL 38 fig., 5, 6. PI. 7 f. 1, 2. PI. 73, PI. 85 de votre superbe ouvrage.) Auriez- vous, monsieur, l'extrême bonté de me dire si je ne me suis pas trompé d'échelle, si quelques-uns de ces édifices égyptiens ont effectivement
moins de 40 mètres de long et moins de 6 mètres de hauteur.
J*ai aussi fait des recherches sur les endroits les plus méridionaux où on & vu tomber de la neige. Faites-moi Tamitié de me dire si au Caire il en est jamais tombé. Je prie M. Jomard de vouloir bien agréer Texpression de la plus haute estime dont j*ai tâché (en ce moment) de lui faire un hommage public.
HUMBOLDT
En hâte.
Rue d'Enfer, 67.
Je joins quelques planches préparées dont vous serez peut-être content lorsqu'elles seront achevées ; veuillez les déchirer. Vous y trouverez aussi ces hiéroglyphes linéaires qui ressemblent aux Konas des Chinois et au To'liou figurés par le père Gaubil... Ils paraissent des Quippus projetés^ excusez mon barbouillage et daignez me répondre un petit mot d* amitié.
ALEX. HUMBOLDT A JOHARD (154.)
Berlin^ 10 décembre 1843.
Je reçois de vous, mon cher et illustre confrère, une lettre aimable datée du 1" novembre retardée de plus d'un mois !
Partant demain avec le Roi pour une excursion en province, îe n'ai que le temps de vous adresser par M. le marquis de Dalmatie quelques pages que TAcadémie de Berlin a fait insérer dans son Bulletin sur la construction des Pyramides et des extraits de quelques lettres sur les restes du Labyrinthe dont les plans ont été levés par l'architecte M. Erbkam (ou Erbyam). Gomme je n'ai pas vu le nom de M. Linant sur le véritable site du lac Mœris, je ne puis me former une idée assez nette de la position géographique des lieux. J'ai adressé à M. Eyriès des extraits d'autres lettres publiées dans la Gazette d'Etat et datées du Fayoum.
Mille affectueux hommages,
Al. Huuboldt.
A Berlin^ ce 10 décembre 1843.
ALEX. HUMBOLDT A LETRONNE (n* 155.)
Paris, 1843.
Je vais extraire pour vous, mon cher ami, du T. II de mon nouvel ouvrage les véritables chiffres. Lorsque le 23 septembre 1837, M. Fuss, Sabler et Sawitsch avaient terminé le nivellement, ils en conclurent — 1 5 t, 8. Ce chiffre fut transmis par M. Strûve à plusieurs académies, mais déjà dans une lettre datée de Pulkowa,
24 juillet 1839, M. Strûve communique les vrais résultats.
M. Sawitsch trouve : 80,0 pieds anglais. Sabler — 82,8 —
= 12 ^ 7 ou 76,32 pieds de roi.
longueur du nivellement, 153 lieues, de 20 au degré. Amitiés,
A. HUMBOLDT
Lundi.
ALEX. HUMBOLDT A FRJÉDERIG LACROIX (n*" 156.) Extrait. Berlin^ 5 mars i844.
« Nous avons de Russie des notions bien curieuses sur rOxus ; il paraît retrouver par la bifurcation son ancienne direction vers la mer Caspienne. Les eaux sont déjà dans Tancien lit près du vieux Ourghendji, resté si longtemps à sec.
« M. Narchine, avec lequel j'ai été à Orenbourg et dans la steppe des Khirguises lorsque je fis Texpédition pour l'empereur de Russie, dit que les eaux sont arrivées en 1 837 et plus tard jusqu'à cinq journées de distance seulement du golfe Balkan de la Caspienne. C'est un fait de géographie très-curieux, et entièrement en
rapport avec ce que j'ai exposé dans le second volume de TAsie centrale sur l'ancienne étendue du golfe scytbique dont le Cara-^Bougane est un faible reste.
« Je viens d'obtenir de l'empereur la fondation d'un établissement particulier pour le magnétisme terrestre et toutes les branches de la météorologie, sous le nom d'Observatoire de physique. La direction en sera confiée à M. Kupffer, qui vient de parcourir toute la ligne de notre station magnétique de l'Asie boréale. »
P. S. Dans ma carte de l'Asie centrale, le signe de Nouveau Ourghendji a été dressé par erreur sur la rive gauche de l'Oxus, au lieu de se trouver au- bord du lac situé au nord de Khiva. »
ALEX. HUMBOLDT AD COMTE GANGRIN (n"" 157).
Berlin^ 10 avril 1844.
Monsieur le comte.
La fondation d'un Observatoire de physique dans la capitale du vaste empire de Russie désigne une ère nouvelle dans l'histoire des sciences : c'est un bienfait ajouté à ceux par lesquels le Corps impérial des Mines, avec une munificence digne du nom auguste du Souverain, a su répandre les connaissances solides et utiles jusque dans les provinces les plus éloignées. Je trouve bien peu à
ajouter aux plans que Votre Excellence a daigné me faire communiquer. Il s'agit de construire une édifice adapté au but que Ton se propose, en évitant tout ce qui n'offrirait qile des ornements somptueux. Les observations auxquelles la construction doit être adaptée étant de nature très-différentes, foserai soumettre brièvement à Votre Excellence quelques remarques spéciales.
Magnétisme terrestre. L'heureuse impulsion que M. Gauss (de Gôltingue) a donnée au mode de perfectionner les mesures de déclinaison horaire et d'intensité des forces magnétiques a fait naître, par l'activité même des recherches, des diversités d'opinions dans un nouvel établissement ; il est nécessaire de peser l'utilité relative des méthodes de M. Lloyd à Dublin et de M. Lamont à Munich. On a pensé assez généralement qu'il serait utile de diminuer le volume des barreaux suspendus. M. Weber même si dévoué au système de M. Gauss, va se servir de barreaux d'un pied de longueur dans le nouvel établissement magnétique de Leipzig. Le même physicien a une méthode indirecte pour trouver l'inclinaison plus précise que celle de M. Kreil à Prague, dans laquelle on emploie un barreau vertical de trois pieds de long.
Météorologie. Je désire beaucoup que l'électricité atmosphérique et la chaleur de l'intérieur de la terre, sur laquelle M. Kupffer a déjà répandu une si vive lumière dans ses lignes géoisothermes, deviennent l'objet de sérieuses investigations, de petites piles à charger par l'É. atm. , comme M. Arago s'en est servi pendant quelque tems à l'Observatoire de Paris, et des ballons captifs se-
ront d'un grand secours pour l'électricité de l'atmosphère. Le magnétisme terrestre n'étant peut-être que l'effet de courants induits par Télectricité atmosphérique et par l'action calorifique du soleil, les deux genres d'observations électriques et magnétiques doivent marcher de pair. Elles le devront surtout aux époques malheureusement assez rares des aurores boréales, effets lumineux d'orages magnétiques. Nous mesurons aujourd'hui avec une extrême exactitude les variations du magnétisme dans ses trois formes de déclinaison, d'inclinaison et d'intensité des forces : ce qui reste surtout à découvrir, c'est la cause physique des variations, le site terrestre ou aérien des oscillations magnétiques. Il y a orage magnétique souvent sans émanation de lumière polaire ; il est probable que la position boréale et orientale de Pétersbourg fournira quelque facilité locale pour découvrir ce qui, jusqu'ici, n'a présenté que le doute ou une multiplicité désolante d'explications également probables.
Les recherches sur la chaleur intérieure de la terre exigent, près de l'établissement, un jardin d'une étendue circonscrite. Il faut pouvoir placer avec sûreté des tubes thermométriques à i, 2, 3-30 pieds de profondeur. C'est une opération très-délicate, mais sur laquelle on a recueilli de bonnes études à Paris et à Bruxelles, chez MM. Arago et Quetelet. M. Budberg avait à peine commencé de s'en occuper en Suède, lorsque la mort nous l'a enlevé. Il est important de reconnaître jusqu'à quelle profondeur pénètrent les gelées, jusqu'où elles se conservent vers le mois de juillet. Il y a des localités à Pé-
tersbourg même où, au temps de Tété, en août et commencement de septembre, en creusant des puits ou des fondements de maisons, les architectes assurent avoir trouvé de la glace permanente. Dès anomalies de ce genre n'auraient, malgré la latitude du lieu, rien d'improbable. Nous connaissons si peu les propriétés conductrices de la chaleur dans les différents terrains ; il faudra employer de petites sommes pour faire entreprendre des travaux, qui peuvent faire connaître l'état thermique des couches superposées de mois en mois, en n'observant pas seulement au moyen de longs tubes, mais en creusant directement.
Je viens de toucher plusieurs problèmes par lesquels le météorologue influe sur la culture du sol. J'ai rappelé que dans ces dernières années les appareils de M. Gauss ont subi plusieurs changements importants. Les constructions doivent nécessairement être adaptées aux appareils et aux méthodes d'observations auxquelles on voudra s'arrêter. J'ai dû indiquer ce qui reste douteux ; ce que les travaux entrepris lors du voyage au pôle antarctique et de l'établissement du bel établissement de Munich par M. Lamont ont fourni à la science de l'observation. 11 serait digne de la manière solide et large dont Votre Excellence a l'heureuse habitude d'exécuter ce qu'EUe entreprend, de nous envoyer encore une fois, pour quelques lïiois, en Allemagne, mon savant ami, M. Kupffer, le directeur de votre Observatoire futur. Je puis compter de me trouver très-tranquillement à Berlin ou à Sans-Souci jusqu'au mois d'août pour le moins, de-
vont peut-être accompagner le Roi plus tard dans les provinces. Le voyage de Saint-Pétersbourg à Berlin est si facile en ce moment* M. Weber, le compagnon de tous les grands travaux magnétiques de Gôttingue, est occupé à terminer son établissement de Leipzig. M. Kupffer n'aurait donc qu'à visiter Berlin, Leipzig, Prague et Munich, pour causer, pour voir, pour se décider sur ce qui est à changer dans les appareils. Il est si vague de s'entendre sans voir ! Je serais bien heureux, à mon grand âge, de revoir M. Kupffer, dans lequel vous avez un homme supérieur. Je désire ardemment que luimême veuille entrer dans mes vues, et que Votre Excellence puisse accueillir favorablement le vœu que j'énonce sans hésiter. J'ai soixante-quatorze ans accomplis, le temps presse et vous m'honorez de votre amitié.
Agréez, je vous supplie, monsieur le comte, l'hommage de la haute et respectueuse considération, comme de la vive reconnaissance avec lesquelles j'ai l'honneur d'être,
Monsieur le comte^ De Votre Excellence, Le très-humble et très-obéissant serviteur,
Alexandre de Humboldt.
A 6erliD> ce 10 avril i844*
ALEX. HUMBOLDT k LETRONNE (n"* 158).
Paris, ce mercredi 1841-1846.
Je ne saurais vous remercier assez vivement, mon cher ami, de la lecture de ces intéressantes feuilles. L'impression la plus frappante et un peu philosophique que me laissent vos admirables travaux, c'est la comparaison avec ce qu'étaient les recherches archéologiques il y a 30 ans. Quel enchaînement d'idées, quelle vive lumière que répandent simultanément chez vous la connaissance profonde de la langue avec toutes les matières de formes grammaticales 9 les vues sur l'histoire des peuples, leurs rapports commerciaux et les aperçus géologiques solides, comme si de votre vie vous n'aviez fait que de la géologie 1 J'ai grand respect pour ces colonnes de porphyre de 59 pieds, p. 151 ; quel travail de patience 1 J'ai une erreur dans mes souvenirs dont vous devriez me guérir par la petite poste. J'avais pensé qu'Andreossi ou le Pe. * . avaient trouvé les lacs amers (leur surface) au-dessous du niveau de la Méditerranée. Daignez consulter les livres que vous avez tous réunis chez vous. Dans votre mémoire sur les canaux vous ne parlez que du fond de lacs.
Vous connaissez pourtant le nivellement à iMsthme de Panama entre les deux mers, qu'à ma prière le général Bolivar a fait faire par M. Lloyd et Felmer en 1829 (Il est décrit danslç Trans. Philos.) L'océan Pacif. n'est'
que de 3 1/2 pieds anglais plus haut que la mer des An- Antilles. Le nivellement a été fait par des moyens optiques plus exacts que ceux dont M. Lepère avait pu disposer dans la barbarie des instruments achetés par Monge.
Je vous rends enfin le Strabon. Milles tendres amitiés.
Al. Humboldt.
Ce mercredi.
AL£X. HUMBOLDT A ALEX. DE TOURGUENEFF {fC 1 59).
A Potsdam^ ce 5 mai 1844.
Monsieur et trës-réspectable ami I Dans le désir de vous tranquilliser et dans la crainte de perdre le courrier de ce soir, je me borne à vous écrire ce peu de lignes* Votre aimable lettre du 12 avril ne me chagrine que dans ce sens que votre vue paraît de nouveau soumise à un régime de circonspection dont il m*est impossible de deviner la cause. Avec un roi spirituel et bon comme le mien, il m'a été très-facile d'arranger la chose : malheureusement l'original des documents qu'on doit vous rendre, la décoration et une lettre du Roi à votre adresse étaient déjà partis pour le comte Arnim, lorsqu'il m'a été possible de donner avis et contre-ordre au baron de Bulow. Ce ministre, dont je me trouve séparé depuis
quelques jours, m'écrit que le lendemain du départ de ces objets il a averti le comte d'Arnim parestafette de ne vous donner que l'original du document et de garder la décoration et la lettre du Roi. M. de Bulow espère que cette nouvelle sera encore arrivée à temps. Si la décoration se trouve malheureusement déjà entre vos mains, vous êtes tout en droit de la rendre. Le Roi ne s'en trouvera aucunement offensé. Je serais aux plus vifs regrets de causer de l'embarras à une personne pour laquelle il se sent une haute estime. Le seul mal serait donc l'annonce sans votre staatsmtung. Pour qu'elle n'ait pas lieu, on a écrit au rédacteur et à la commission des ordres. Je dévrais vous demander pardon que par un excès de zèle nous vous avons causé des inquiétudes, mais vous conviendrez facilement, mon respectable ami, que notre prévoyance dans une chose si simple et peu poétique ne pouvait pas aller jusqu'à l'essai d'une information préalable. Nous avons cru tout bonnement faire ce qui ne pouvait contrarier personne. Le Roi, toujours occupé à vous être agréable, fera composer une nouvelle lettre de remerciement et vous annoncera qu'il vous destine, dès que le premier volume aura paru, un exemplaire de la grande édition des œuvres de Frédéric le Grand. Cette édition in-4* ne se vendra pas et ne sera donnée qu'à des princes et à quelques personnes d'un mérite supérieur. Pour pouvoir vous offrir pour le moment un tel ouvrage sorti des presses de Berlin, le Roi vous fera remettre de suite les Monuments de Pompeja et de Stabia publiées ici avec de magnifiques gravures en couleur, de