II
M. Zahn. Vous avez voulu un livre, vous voyez que votre f Philosophie » pourra rester fidèle à ses principes d'austères vertus. Veuillez, je vous supplie, m' écrire bientôt par la voie de la légation prussienne à Paris quelques lignes sur l'issue de nos mystères de Berlin. Agréez Thommage renouvelé de mon tendre et immuable dévouement. Vous m'avez parlé de Saint- Acheul, de marmites de 3 mille moujiks. J*ai été assez imbécile pour ne pas comprendre. Vous voyez que l'âge ne développe pas la sagacité des hommes de l'Orénoque devenus chambellans et que Bettina appelle heraldische-Bestien (monstres héraldiques) .
A. Ht.
Potsdam, ce 5 mai 1844.
ALEX. HDMBOLDT A HITTORFF {jS* 1 60) .
Sans-Souci^ 14 juin { 844
Je suis sûr, mon excellent ami, d'obtenir votre pardon en vous priant de vous intéresser un peu à un homme d'Etat qui m'a rendu de grands services pendant Texpédition de Sibérie, à laquelle j'avais été appelé par l'empereur Nicolas. Cet homme d'État, jadis un des plus puissants ministres de l'Europe, est le comte de Cancrin, ancien ministre des finances, chef du département des
mines, des manufactures, des constructions civiles, du commerce, de la banque, des domaines, des monnaies !l C'est un homme très-spirituel, qui a écrit
lui-même sur l'architecture.
Veuillez bien lui sacrifier quelques heures et procurezlui le plaisir d'admirer, sous vos auspices, quelques-unes de vos grandes constructions, de même que l'Hôtel-de- Ville et la Madeleine.
Mille tendres amitiés.
ÂL. HUMBOLDT.
A Sans-Souci, ce 14 juin^ 4844.
ALEX. HUMBOLDT A M»« GEOFFROY-ST-HILAIRE (n* 161)
Sans-Souci, 18 juillet 1844.
Madame,
Honoré depuis un si grand nombre d'années, de la bienveillance et de l'amitié de l'homme illustre dont nous pleurons la perte, je sens un besoin bien vif, madame, de m' associer à votre douleur, et de vous renouveler, à cette triste et solennelle occasion, l'hommage de mon respectueux dévouement. Au milieu de votre affliction vous entendrez avec émotion combien, dans sa patrie surtout, les éminents services que le naturaliste-philo-
sophe a rendus aux sciences ont été l'objet d'une grande admiration, quelle justice a été universellement rendue à cette noble réunion d'un grand talent et d'un noble caractère. C'est dans ce^ épànchements de la douleur publique, c'est dans le doux souvenir du bonheur que votre piété conjugale et les soins les plus tendres ont répandus sur la vieillesse de mon excellent ami, que vous trouverez des consolations si dignes de l'élévation de vos sentiments.
Agréez, je vous prie, madame, l'hommage du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être,
Madame, Votre très-humble £t très-obéissant serviteur,
Al. Humboldt.
A Sans-Souei^ ce 18 juillet 1844.
ALEX. HDMBOLDT A AL. TQURGUENEFF (n" 162).
BerlÎD^ ce 17 août 1844.
Monsieur et respectable amî.
Je suis infiniment coupable. Toutes les apparences sont contre moi, cependant j'ai encore l'espoir d'obtenir votre pardon, monsieur. J'ai parlé, vivement pressé'mon
neveu, M. de Bulow, qui a compris tout ce qu'il y avait de délicat dans votre manière d'agir. Toutes les semaines, on me faisait espérer la fin de la copie qui forme un énorme volume. Je ne voulais vous annoncer que la fin de cet interminable travail. Enfin, il y a quinze jours, la copie a été présentée par moi au Roi qui, à cette occasion, s'est de nouveau exprimé sur vous avec cette chaleur propre à son caractère, avec cette haute estime que, depuis longtemps il a vouée à votre talent, à vos travaux historiques, à la belle indépendance de votre âme. Le Roi a pensé que, malgré votre philosophie, vous ne refuseriez pas une marque- de son affection personnelle. M. de Bulow a eu avant hier l'annonce officielle que le Roi vous a destiné, comme un faible gage de sa reconnaissance, l'ordre de l'Aigle rouge, seconde classe. Le Roi vous en enverra les insignes directement. Le baron de Bulow attend cette semaine un courrier ; s'il n'arrive pas, il enverra l'original de la précieuse correspondance diplomatique par un courrier expressément destiné pour cela et adressé à M. le comte d'Arnim. Tous les soins seront pris pour qu'il n'y ait aucun danger. J'ai fait entrevoir combien vous devez être pressé, voulant repartir pour les eaux. Vous nous devez une visite sur la Colline historique où erre une grande ombre. L'Impératrice arrive le 2-4 juin, on ignore si ce sera par la Silésie. En ce cas, le Roi irait la prendre. Elle reste à Sans-Souci jusqu'à la fin de juillet pour retourner dans le Nord. Vous nous trouverez sur la Colline jusqu'à la fin d'août, terme du départ pour la Prusse « républicaine. » Sa Sainteté
républicaine arrive de Londres. Elle ne va pas à Jérusalen), mais retourne dans le pays du Léopard agité par le Dualisme de la philanthropie de dix heures de travail et Tavarice mercantile. Daignez, je vous supplie, offrir mes respectueux et affectueux hommages chez ma dame la comtesse de Switschen et au plus noble des con vertis. Mille amitiés pour vous.
Al. Hcmboldt.
Berlin, ce 17 août 1844.
\LEX. HUMBOLDT A ÀRA60 (îS* 163).
A Berlin, ce 24 août 1844.
Mon cher ami, je ne puis voir partir M. Mitscherlich dont les travaux non publiés ont été dirigés, dans ces derniers tems, avec une grande sagacité vers deux objets bien différents, le développement organique des végétaux et l'influence des changements d'état des corps sur les phénomènes optiques, sans me rappeler à ton amitié, au souvenir de celui qui est le seul objet de mon admiration, de mon affection et de ma reconnaissance. Je ne me plains pas d'un silence séculaire dont je cache soigneusement la durée ; tel est inébranlable mon dévouement pour toi que la plainte même me p^aîtrait de l'ingratitude. Jamais je ne puis craindre d'être oublié par
toi. Je sais que ta vie a de nouveau été bien laborieuse dans cette session qui cependant a laissé des fruits dus à la puissance de ta parole et à la grandeur de tes vues. Je me réjouis aussi d'avance de la lunette monstre dans laquelle il y aura un appartement pour les « petits Laugiers » et de cette soupape infinie du chemin atmosphérique qui va serrer les lèvres anglaises lorsque dans nos climats le fer passe de la chaleur estivale à 20° cent., je voudrais vivre pour voir si d'ailleurs la vie était un peu plus gaie pour les personnes qui partagent nos idées.
J'ai quitté Sans-Souci depuis le départ du Roi : trèsmécontent de la marche des choses dans le ministère de l'Instruction publique. Je n'assiste pas aux fêtes de Kônigsberg ; j'ai pris pour prétexte la publication du premier volume du Cosmos^ et fidèle à mes opinions politiques, j'ai préféré me voir blâmé par ceux qui ignorent la position des choses. J'ai un irrésistible désir de te voir avant la fin de l'année et ne fût-ce que pour un mois, en novembre ou décembre, peut-être fin d'octobre, mais je nie le voyage, puisqu'il pourrait encore être entravé par la nécessité d'accompagner le Roi à Copenhague. Ma santé est comme elle peut être, lorsqu'on est de Tannée de ce pacha imbécile ou rusé. Je travaille et je m'ennuie levé quand tu es — et occupé de toi et — je te conjure de ne pas abandonner ce pauvre Val..., dont l'affaire me paraît bien embrouillée. On m'a fait écrire 5-6 lettres, mais on ne produit aucun effet sur des gens qui trouvent plaisir à vous contrarier. J'ai écrit à tous ceux que je déteste, j'ai parlé de M. GeoflVoy comme de
Newton et de Leibnitz, et je n'ai pas même gagné la voix du grand Isidore « qui m'écrit froidement vouloir examiner les droits et prendre un parti, t Je n'ai pas la main heureuse. J'ai proposé ici M. Erman que tout le monde déteste, et qui certes n'est pas aimable. Tous ceux que j'ai fait entrer à l'Académie, y compris la Sibérie, ont voté contre moi, et ici on vote à haute voix. Je me suis beaucoup occupé ici du Prince de Canino; il a charmé tout le monde par la noble simplicité de ses manières, l'immense variété et la solidité de ses connaissances zoologiques, l'ardeur pour les sciences qui le conduit dans les collections avant les 6 heures du«matin. Je l'aime d'autant plus qu'il t'est dévoué avec enthousiasme, moins cependant que moi, à ce que je prétends. Je l'ai conduit par les jardins et châteaux de Potsdam, je lui ai donné un beau dîner. C'est surtout notre grand anatomiste, M. Mûller, le rival du prince Charles Bonaparte à l'Institut, qui a eu le bon esprit ici de s'attacher le plus à lui. La nouvelle du grand héritage est venue au moment du départ. J'ai eu de la peine à lui expliquer qu'à l'Institut tu n'as pas pu lire tout haut des récriminations contre M. de Gand, dans sa réponse après la nomination. Un autre incident assez étrange m'a paru la ferme persuasion du Prince qu'un géomètre qui vous aime tendrement ne doit pas être accusé d'une spirituelle duplicité dans les affaires d'Italie. Les hommes gras ont de la candeur. Le ... Taguilsk qu'il aime avec économie de chaleur, se trouve dans la souricière, à ce qu'il paraît, ayant cependant autant que moi le désir de venir à Paris.
Hélas! il veut toujours des décorations et des titres de correspondant. Je viens enfin de lui procurer une de ces étoiles de la famille des invisibles de M. Bessel^ mais il lui faut surtout des titres académiques. Il nous accuse de tiédeur !
M. Bessél croit à des changements (en tout 0" 3) progressifs de la latitude de Kônigsberg qu'il attribue à des changements d'attraction (de direction de résultante) dans l'intérieur de la terre. Il prouve aussi que la décUnation d.t Procyon a changé de 4" depuis 1755, qu'il y a de grands changements dans l'ascension droite de Sirius, quelles changements propres de ces étoiles ne sont aucunement proportionnels aux temps. « De si grands changements ne doivent résulter que d'attractions qui agissent de très-près. » Il veut que Procyon et Sirius appartiennent à des systèmes d'étoiles doubles^ mais que le compagnon est noir comme de l'encre. Il y a longtemps que M . Bessel a déjà attribué les irrégularités de la marche d'Uranusàune planète invisible. Il ne croit pas non plus au soulèvement de la Suède. C'est le bon Dieu qui nous triche en changeant les courbes de l'Océan par le déplacement de quelques sphères de platine. La propriété de luire, dit mon grand ami Regiomontanus^ n'est aucunement essentielle à la matière. Tu verras tout cela bientôt dans un mémoire de M. Bessel dans le Schumacher, où Fautre jour j'ai aussi imprimé sur des positions astronomiques de Sibérie. Je te prie jusque-là de ne pas parler à l'Institut de ces idées un peu audacieuses qui rappellent le toupet des comètes servant à produire une queue à la
prussienne. Cette cosmologie invisible à la Moser m'ef* fraye ; c'est un cri de désespoir et l'on pourrait bien abuser de ce genre d'hypothèses. C'est la petite planète dans l'intérieur de la terre, créée pour expliquer les variations de déclinaisons magnétiques. Cependant le changement de 4" pour Procyon (fait non douteux que les 0"3 pour la lat.) est une chose bien grave, plus grave peut-être que M. Pritchard^ la Reine alcoholique du Qrand Amiral à la longue épée^ ce mémoire hydraulique d'un Prince, l'ébranlement de l'école causée par mon ancien maître M. Duhamel et le voyage sentimental d'Eu à Windsor. Mon Cosmos paraît et la main pleine d'or, tu n'as pas voulu me donner ^^^^^^^^^^ de lumière polarisée dans l'atmosphère, voilà ce que l'on mérite quand on a 75 ans au 14 septembre, qu'on est devenu édenlé, importun et stupide. Ces considérations morales ne m'empêchent pas de me mettre aux pieds de mon maître. Mes tendres amitiés aux Mathieu et à la chère famille des Laugier.
Al. Humboldt.
Le Prince de Canino est tout malheureux que ton fils a été à Rome et ne soit pas venu le voir. Il serait allé le chercher s'il avait su qu'il était venu en Italie. « J'aurais été son valet parce que le jeune homme s'appelle Arago, » dit-il. Il n'a appris le voyage qu'après son départ pour l'Allemagne.
Quel (il y a guelle dans l'original) admirable discours si plein de noblesse et de convenance et de mesure sur
la tombe de ce pauvre Lafitte. Et ces éloges dans lesquels j'avais tant à puiser pour le Cosmos et que je dois lire sans doute là-haut à M. Cuvier pour le désespérer, à Ampère pour me dire s'il jouait le distrait, à Carnot assis sur sa brouette ayant en main l'ennuyeuse lettre à Louis XVIII. Ces éloges (pour finir ma phrase) ne paraissent pas, c'est une croûte qui n'a pas de nom.
Le plus bel ornement de ma Physique du monde, c'est toi. Je prétends qu'il n'y a pas une de tes pensées, celles même dont tu as à peine un souvenir, qui ne se trouve rapportée, citée dans mon livre. Je t'ai relu depuis 8 mois. Tu seras surpris quand on te dira ce que j'ai fouillé. L'ouvrage consiste dans un texte en forme de discours à prétentions audacieuses (il y a audacieux) de style grave et noble, et de notes numérotées en petits caractères après chaque chapitre. C'est la grande forêt dans laquelle je me promène librement, entrant dans les spécialités les plus fastidieuses en chiffres, tour de Babel qu'on n'achève pas.
ALEX. HUMBOLDT A ARAGO (n° 164).
Berlin, 23 septembre 1844.
Je ne puis laisser partir M. Parrot sans lui donner un petit mot pour toi, mon cher et excellent ami, sans te
dire combien je me trouve heureux d'avoir vu de ton écriture qui toujours me fait tressaillir le cœur et me rappelle les plus heureux seuvenirs de mon existence. M. Parrot avec la Parrotine, longue dame basanée qui raccompagnait; M. DuvaU homme très-spirituel, et un essaim d'autres visiteurs que l'exposition de la Ligue germanique nous a amenés; MM. Gentil, Barrai, Le Chalellier, l'architecte Nepveu de Versailles, un littérateur, M. Sousferandot, de romantique mémoire, le chimiste Plantamour de Genève, venant par Athènes, Constantinople, Odessa, Pétersbourg et Stockholm à Berlin, paraissent avoir été contents de nos politesses et de cette ennuyeuse porte de fer dont tous les étrangers se çroyent obligés de nous parler. J'ai toujours l'espoir de pouvoir venir t' embrasser avant la fin de l'année, je ne résiste pas à cette envie malgré la rigueur de la saison ; je dois voir paraître avant le premier volume de mon Kosmos qui est à peu près imprimé. Je dois aussi aller avec le Roi pour 8-10 jours à Copenhague rendre la visite que le Roi-géologue nous a rendue l'année dernière à l'île de Rûgen. Je pense que nous nous embarquerons le 6 octobre, je suis décidé de revenir à Sans-Souci et de ne pas aller en Suède. Voilà bien des mouvements pour un homme de soixante-quinze ans. J'espère cependant être libre vers la mi-novembre. Je meurs d'envie de te voir, mon cher ami, tout Paris est dans l'Observatoire, dans ta présence ; comme je ne pourrai rester cette fois que six semaines à deux mois, je te prie à genoux de me faire écrire par madame Laugier si bien certainement tu
seras novembre et décembre à Paris. Je tremble de l'idée que tu serais trois semaines à Metz. Ce serait une cruauté que de ne pas me faire écrire un mot à ce sujet. Mille tendres compliments à toute la famille.
Le plus reconnaissant et le plus dévoué de tes amis.
Al. Humboldt»
A Berlin, 23 septembre 4844.
J'ai été charmé de recevoir ton annuaire; c'est un admirable morceau que ton Laplace.
Je n'oublie certainement pas le bon et inquiet Matteucci, mais on ne gouverne pas facilement une tendance, et j'ai même honteusement échoué pour Erman ! !
ALEX. HUMBOLDT A HITTORF (n* 165).
Fin de 1844.
Je suis bien heureux de pouvoir vous annoncer, mon excellent ami, que vos vœux et les miens ont été exaucés. Il a suffi de nommer M. Duban au Roi et de lui faire savoir que par une extrême délicatesse qui accompagne le vrai talent, l'Architecte de l'école des Beaux- Arts n'a pas voulu placer son nom au bas des admirables dessins que renferme l'album de feu M. le duc
d'Orléans, pour que le Roi se soit empressé d'offrir à votre ami la décoration de l'Aigle rouge, troisième classe. M. le comte d'Arnim m'a dit ce soir chez M. Guizot que les insignes ne sont pas encore arrivés. J'ai été charmé d'être l'interprète de vos sentiments et de ceux des personnes qui savent apprécier le talent et le mérite de cet habile architecte. Agréez, je vous prie, monsieur, l'expression renouvelée de ma haute et respectueuse considération.
Ce mercredi.
Le Roi a oublié que l'artiste qui a copié la table de Gulmback a déjà reçu un cadeau, je croîs une tabatière.
ALEX. HUMBOLDT A CHAMPOLLION-FIGEAC (n° 166).
Monsieur,
Je m'empresse d'offrir l'hommage de ma reconnaissance à monsieur de Champollion-Figeac pour l'aimable envoi de sa note sur le Papyrus de M. Peyro... Vous vous formez. Monsieur, vous et monsieur votre frère, comme une nouvelle dynastie égyptienne, et tout doit
vous arriver ce qui est d*un domaine que vous exploitez avec tant de succès. Je vais de suite écrire pour l'ouvrage du général Mesentols, dont je suis surpris de voir qu'aucun exemplaire ne soit encore arrivé à Paris. Je crains malheureusement qu'il ne renferme pas un mot sur les objets rapportés, Fauteur étant un simple et avide collecteur qui tenait tous ces trésors bien serrés avant de les vendre. J'oserai vous engager, Monsieur, de prier en mon nom votre excellent frère d'écrire préalablement au mien (la simple adresse au baron Guillaume de H., ministre d'État à Berlin, suffit) et ne fussent que quelques lignes. Cela calmera l'impatience de mon frère. Agréez, Monsieur, l'hommage de mon entier dévouement.
HUMBOLDT
Ce samedi.
ALBX* HUMBOLDT A FERDINAND DBNIS (N* 167).
Paris^ 18 janvier 1845.
Vous voulez donc par vos généreux procédés, monsieur, me récompenser absolument des efforts que je fais depuis un demi-siècle pour m' exprimer dans votre belle langue ! Le curieux ouvrage plein d'érudition et d'aperçus ingénieux que je dois à votre bonté, porte partout le caractère de votre trop indulgente bienveillance. Il porte
aussi le germe d'un travail plus étendu que vous devriez bien publier. La cosmographie des Pères de l'Église, les mythes helléniques passés aux Arabes christianisés au moyen âge et apparaissant comme des spectres dans les prétendues traditions des peuples modernes, fourniront d'intéressants chapitres sous votre plume. Veuillez agréez, je vous prie, l'expression renouvelée de ma haute considération.
Al. Hdmboldt.
ALEX. HUMBOLDT A JOMARD (N^^ieS).
Ce lundi, 13 janvier 1845.
M. Kaufmann, qui a parcouru toute l'Amérique, possède un soleil d'or orné d'émeraudes qui, à n'en pas douter, parvient de Gusco et a été entre les mains de Pizarre. Je suppose que le prix en sera de six mille francs. Peut-être, mon illustre ami, pourrez- vous donner quelques conseils à mon compatriote.
Amitiés.
Signé : A. Humboldt.
Ce lundi.