‹ Correspondance inedite scientifique et littéraire (volume 2)Chapitre 26 sur 46 · V. T.-H. etT.-O. serviteur · texte numérisé non relu

V. T.-H. etT.-O. serviteur

Al. Humbolbt,

Sans-Souci, le 24 juillet 1845.

Mes amitiés à la maison Léo.

ALEX. HUItffiOLDT A GUIZOT (n*" 187).

 Sans-Souci^ le 12 juillet 1845.

Monsieur,

Je ne puis refuser à mon célèbre et spirituel ami M. Dieffenbach, le plus habile des chirurgiens de TÂIIemagne, la demande qu'il me fait avec instance de le rappeler à la gracieuse bienveillance de Votre Excellence. Il a eu Thonneur de vous présenter ses hommages il y a quelques années, et vous-même vous avez daigné lui procurer la décoration de la Légion d'honneur, lorsqu'il a eu le prix de l'Académie des sciences pour ses opérations de strabisme qui, chez nous au moins et sous sa main, ont embelli la société. Vous ajouteriez, mon respectable ami, aux marques innombrables de bienveillance que je vous dois, en procurant à mon ami, qui est trèspersonnellement protégé par notre cour, la possibilité de mettre aux pies du Roi son grand et dernier ouvrage, le Traité des opérations. J'invoque l'autorité de l'aimable et excellent M. B. . . pour appuyer ma demande auprès de vous et en justifier les motifs un peu indiscrets. Depuis mon retour de Copenhague (le roulis du vaisseau par une haute mer a manqué me jeter au-dessus du bord) la vie de Sans-Souci a été moins favorable à mes travaux de Cosmos que la cellule de l'Instilut. Je partirai avec le Roi le 24 pour les bords du Rhin où je trouverai

M. de Bulow, qu'on a cru devoir y appeler à cause de son long séjour à Londres. II ne sera certainement pas question de diplomatie. Kissinger fait du bien à mon parent qui a besoin de quelque repos moral. Je ne puis vous exprimer assez vivement quelle satisfaction générale a produit le double succès que vous avez obtenu dans les difficiles et importantes négociations de Londres et de Rome. Cela fait époque dans votre vie ministérielle» et prouve de nouveau ce que Ton gagne en inspirant de la confiance, et en suivant une même ligne avec calme.

Daignez, je vous supplie, en grâce, excuser la fami* liarité de ces lignes, et agréer Thommage renouvelé du respect et de la reconnaissance aSectueuse avec laquelle j*ai rhonneur d'être, de Y. E. , le très-humble et trèsobéissant serviteur.

Al. Humboldt.

A Sans Souci, le 12 juillet 1845.

AL£X. HUMBOLDT A BDBAEf, ARCHITECTE A L JBGOLS DBS BBAUX*ARTS (n** 188).

Sans-Souci^ 21 juillet 1845.

Monsieur,

Le jour où j*ai pu présenter en votre nom, Monsieur,

votre admirable travail sur la Sainte-Chapelle, a été un jour de fête à Sans-Souci. Le Roi qui a un sentiment profond de l'art, surtout de Tarchitecture, m'a chargé de vous exprimer sa vive reconnaissance.

Il n'apprécie pas seulement ce goût exquis, cette pureté des formes qui embellissent la représentation d'un monument des vieux temps, il s'est pénétré surtout de cette pieuse fidélité avec laquelle^ sous les auspices d'un souverain, juge éclairé de ce qui est beau et grand, vous avez sauvé, Monsieur, jusqu'au moindre détail d'un noble édifice.

Le Roi a chargé son ministre à Pso^is, Monsieut le comte d'Arnim, de vous remettre en son nom une boîte ornée de la médaille à l'effigie de Sa Majesté. €'est un simple souvenir : puisse-t-il vous rappelélr un pays où l'on désire bien ardemment vous accueillir comme vous le méritez à tant d'égards.

Agréez, je vous prie, Monsie.ur, l'expression de la haute considération avec laquelle j'ai Thonneur d'être,

Monsieur, Votre très-humble et très-obéissant serviteur.

Le baron de Humboldt.

A Sans-Souci, le 21 juillet 1845«

ALEX, HDHBOLDT A EGGER (N» 189).

Ce mercredi 1845.

Monsieur,

Si j'ai tardé d'offrir l'hommage de ma vive reconnaissance à l'illustre auteur de V Examen critique des Historiens (T Auguste, c'est que j'ai voulu jouir d'abord, en relisant les morceaux que vous avez bien voulu me désigner et dans lesquels la gravité de l'érudition classique est alliée à l'élévation des sentiments et des formes du style. Flavius Josephus et Paul Orose ont trouvé de dignes appréciateurs; le chapitre sur les déclamateurs (suasoriœ et controversiœ) indique la source d'un mal importé. Vous avez eu tort de ne pas me signaler aussi les judicieuses considérations sur les harangues que Pline le jeune regrette de ne pas pouvoir faire entrer dans son Cosmos déjà trop orné. Vous voyez, monsieur, que ma . reconnaissance est fondée sur des impressions qui resteront durables et auxquelles M. Hase m'avait préparé.

Agréez, je vous prie, l'expression renouvelée de ma haute et affectueuse considération.

Le baron de Humboldt.

Ce mercredi.

ALEX. DE HUMBOLDT A GHAMPOLLION-FIGEAG (N° 190). Quai de l'Ecole^ 26* Ce mercredi 1845.

M. de Humboldt a l'honneur d'offrir ses affectueux homnnages à monsieur ChampoUion-Figeac et le supplie de vouloir bien passer les lignes ci-jointes à son excellent frère en Italie, à moins qu'il ne puisse donner luimême la réponse sur l'inscription de Sésostris.

Quai de l'École, 26, ce samedi. "

Demandes de Berlin :

« Le général Ruchel publiant à Berlin, dans le but de répandre davantage les belles découvertes de M. Champollion, des cahiers d'histoire hiéroglyphique de l'Egypte sous les auspices de mon frère, désire savoir si la double inscription fen hiéroglyphes et en clous) de Sésostris le Grand (Ramses vi), dont M. Champollion parle dans le Précis et qui a été trouvée à Yasser et Jolb, en Syrie, est déjà gravée et publiée et si l'on peut s'en procurer une copie? Où est-elle conservée? Quand paraîtra le volume de l'édition de Freret, par M. ChampoUion-Figeac, renfermant la chronologie de l'Egypte?

Ji. 21

ALBX. HUMBOLDT A PIERRE TCHIOATCHEFF (n"" 191).

Berlin 1845.

Mon cher ami,

Comment vous remercier du magnifique ouvrage sur l'Altaï, que vous venez de m'envoyer. Je suis heureux de vous voir inaugurer d'une manière aussi brillante la carrière des explorations asiatiques, et je n'ai pas besoin de vous encourager à y persévérer, car c'est la providence elle-même qui vous a donné une mission pour ce genre d'explorations, ce qui vous dispense de la demander aux souverains et aux gouvernements, bien que les uns et les autres ne puissent que s'honorer en vous l'accordant. Je me permets cette observation relativement au peu de sympathie qu'a rencontré auprès du gouver- . nement russe votre projet d'exploration scientifique de l'Asie Mineure. Que ce projet si noble et si utile soit appuyé ou non par le gouvernement impérial, j'ai la conviction que vous l'accomplirez, car dans le cas où Ton vous abandonnera complètement vous vous suffirez à vous-même et vous aurez le mérite d'avoir été le premier dans votre pays (et peut-être en Europe), à entreprendre et à mener à bonne fin une si gigantesque entreprise.

HuMBOLDT.

ALEX. HUMBOLDT AU COLONEL ftîERCHER (n* 192).

Paris, 1845.

Monsieur,

J'ai été infiniment sensible, Monsieur, à l'obligeance extrême avec laquelle vous avez bien voulu me communiquer, dès les premiers jours de mon arrivée à Paris, les pièces importantes qui ont rapport au canal de Nicaragua, Vous daignerez excuser que, distrait par tant d'autres devoirs, j'ai tardé si longtemps à vous offrir l'expression de ma vive reconnaissance. Quoique mon dernier voyage d'Asie m'ait un peu éloigné des affaires d'Amérique, je ne m'en intéresse pas moins à la réalisation d'un projet qui influerait puissamment sur les progrès du commerce maritime et que le gouvernement de l'Amérique centrale a envisagé sous le point de vue le plus cosmopolite et le plus généreux. Il faut espérer que la reconnaissance de l'indépendance des anciennes colonies espagnoles (reconnaissance qui ne peut tarder, malgré la confusion qui règne dans la Péninsule) donnera une nouvelle vie à cette grande et utile entreprise. Je regrette seulement qu'à Guatemala même on ait, malgré mes conseils, négligé jusqu'ici de faire mieux examiner le terrain par lequel le canal doit passer des deux côtés du lac^ car l'ancien nivellement que le gouvernement

d* Espagne a fait faire et dont je possède tous les matériaux qui m'ont été communiqués par M. Banza, n'a été fait que dans le but de déterminer la hauteur du lac de Nicaragua au-dessus du niveau de la mer du Sud. Les renseignements que renferme le mémoire de MM. Dumartray et Rouhaud et qui m'avaient été envoyés de Guatemala même, dès 1828, laissent beaucoup à désirer sous le rapport topographique. Rien ne ferait plus accroître rintérêt que l'Europe doit prendre à cette canalisation dont la partie la plus coûteuse sera le Rio San-Juan, que la publication des mesures faites par un ingénieur habile. Le nivellement de l'isthme de Panama, exécuté aux frais du général Bolivar et publié dans les transactions de la société royale de Londres, pourrait servir de modèle. Nous vivons dans un temps d'enthousiasme. On veut du positif et la connaissance plus intime des localités favorisait le plus un projet si digne d'attention.

Agréez, je vous supplie, monsieur, l'expression de la haute considération avec laquelle

J'ai l'honneur d'être.

Monsieur, Votre très-humble et très-obéissant serviteur.

Al. Humboldt.

Ce lundi.

ALEX. HUMBOLDT A BARBIER (N** 193j.

Paris, jeudi 10 avril 1835 ou 1845.

Veuillez, je vous supplie, Monsieur, agréer l'exprèssion de ma vive reconnaissance pour l'envoi de la deuxième partie du vol. 6 des « Galeries historiques de Versailles. » Ce volume est diî plus haut intérêt historique, et comme il fixera surtout l'attention de mon Roi, très-occupé de la généalogie des familles, j'ai le courage de vous soumettre une prière bien indiscrète. Ma très- vieille mémoire pourrait être en défaut, mais n'ayant pas été depuis deux ans en France, qui cependant est pour moi une seconde patrie, j'ai la crainte de ne pas posséder la première partie du tome 6 que je vois souvent citée dans la Table des familles. Dans le cas que Touvrage ne serait pos en vente, je vous adresse, monsieur, en voyageur de VOrénoque^ la sauvage et franche demande, comment je pourrais me procurer la première partie. Je ne voudrais pas arriver à Sans-Souci sans pouvoir montrer au Roi,

les « armoiries » complètes.

Veuillez bien de grâce. Monsieur, excuser des indiscrétions si prosaïques et agréer l'expression renouvelée de ma haute considération.

Al. Humboldt.

Rue des Petits-Auguslins, 3.

ALEX. HUMBOLDT A DE LA RIVÉ (n* 194).

Sans-Souci, 24 juillet 1845,

Monsieur ,

Je ne saurais vous exprimer assez vivement combien je suis désolé de ne pouvoir assister à l'importante réunion de Genève et jouir de la douce et affectueuse hospitalité que vous voulez bien m'offrir. Depuis quinze ans je n'ai pu assister à aucune des savantes réunions qui ont eu lieu dans ma patrie, en Angleterre et en Italie. Ma position auprès du Roi et un surcroît d'affaires dans une vie sans cesse agitée m'en empêchent.

Ayant été cette année cinq mois à Paris, je n'ose m'absenter de nouveau. A peine retourné du Danemark, je repars cette nuit pour les bords du Rhin où nous attendons la Reine Victoria. Je profiterai de cette occasion pour voir avec Abich, sous les auspices .de M. de Dechen, certainement le plus grand géologue de l'Allemagne après M. Léopold de Buch, les volcans de l'Eiffel. Je travaille assidûment au Cosmos. C'est un travail nocturne, comme l'était celui du premier volume, que le public a reçu avec

tant d'indulgence.

Agréez, je vous supplie, Thommage de ma haute et

et affectueuse considération.

Al. Humboldt.

P. S. Mes tendres amitiés aux deux frères Plantamour.

ALEX. HDMBOLDT A JOMARD (n** 195).

Berlin^ 4 août 1846.

Mon cher et illustre confrère ! c'est une heureuse inspiration du cœur tout à fait digne de vous et de l'amitié dont vous m'honorez depuis tant d'années, que de m' avoir donne vous-même la première nouvelle de la nomination de M. Ritter, Je sens ce que nous devons à votre zèle en cette occasion comme en tant d'autres où il s'agit de rendre justice au mérite étranger à votre nationalité. Lorsque je quittai Paris au mois de mai de la dernière année, j'avais lieu de croire que la nomination se ferait à l'Académie des sciences. Je suis, heureux d'apprendre que votre Académie, à laquelle M. Ritter appartient aussi à tant de titres, lui ait accordé une si belle place. C'est déjà un vieillard aussi, dont les travaux, quoique postérieurs à mes travaux, comptés parmi les productions fossiles sont bien anciens. Je travaille nocturnement au second volume du Kosmos, dont la moitié est imprimée. Un roi artistique et littérateur m'absorbe plus que je puis le désirer et je vis malheureusement même sans employer les ingénieuses et belles méthodes que vous avez le mérite d'avoir tant répandues, tout le monde sait écrire les lettres qui ressemblent singulièrement à des pétitions. Votre souvenir, vous n'en doutez pas, n'aura pas besoin d'être ravivé en Allemagne, cependant le retour de M. Lepsius qui, dans une expédition de trois années en

Egypte, en Nubie, au Sînaï et en Palestine n'a pas perdu un seul de ses huit compagnons, nous ramène plus souvent vers vos travaux. L'histoire et rarchéologie seront immensément enrichies par cette expédition, si bien préparée et si sagement conduite. 1300 magnifiques dessins, des milliers de calques pris sur les lieux, et tous les manuscrits sont déjà arrivés. Deux bâtiments chargés des monuments mêmes partiront au mois d'avril. M. Lepsius rapporte des fragments de monuments de toutes les dynasties, depuis la 4"' deManéthon jusqu'aux Ptolémées et aux empereurs romains au delà de Garacalla, jusqu'à Décius. Ces monuments originaux, portant des noms des 4°% 5"' et 6"* dynasties, 3000 et 2000 ans avant notre ère, seront d'une haute importance pour notre Musée Égyptien nouvellement construit, puisque tout ce qui date de l'ancien empire avant l'invasion des Hygsos est très-rare, même à Turin, chez vous et à Londres. Je ne vous parle pas des deux décrets bilingues, copiés à Philoe, parce que vous les avez reçus, je pense, par M. Ampère. La récolte des images et des inscriptions trouvées dans le pays des anciennes mines de cuivre de la péninsule du Sinaï portant le nom de Chéops est des plus importantes, on en a pris les plâtres à Wadi-Magara ; les déblaiements et plans complets dressés du labyrinthe, un bélier colossal pris au mont Bargal, avec image et inscription d'Aménophis-Memnon, les grandes pierres du Nilomètre de Senneh avec emblème d'Amenemha-Moris (prouvant qu'avant 4000 ans, la hauteur moyenne du fleuve était, dans ces contrées, de 22 pieds plus élevée qu'elle l'est

aujourd'hui); 4 chambres sépulcrales remontant à la 4" dynastie enlevées au pUteau de Gizéh, un buste colossal de Horus de la 18* dynastie, des profils d'Aménophis et d'Akmes Nefanari^ des centaines de briques avec dates, 5 grands papyrus historiques semblables à ceux du Musée britannique, sont des trésors qui devraient vous amener parmi nous. M. Lepsius, avant de commencer ses études préparatoires égy tiennes, à Turin, à Pîse, à Rome, à Paris et à Londres, ne s'était occupé que de sanscrit, d'hellénisme, de tables eugubiennes et de philosophie des langues. Ces goûts philologiques l'ont engagé dans ce voyage à rapporter des Aiatériaux complets sur : IMa langue Congara des nègres de l'intérieur; V la langue Nuba en deux dialectes. Il rapporte de cette langue, qui n'a jamais été écrite, une vingtaine de chansons et des traductions des fables de Loqmann, et des fragments des Mille et une Nuits ^ qu'un Nubien a traduits de Tarabe en langue Nuba ; 3° la langue Bega^ parlée entre le Nil de Nubie et la mer Rouge par le peuple des Bischari. C'est un rameau de la grande famille des langues caucaso-asiatiques lié à la forme actuelle de Tidiome éthiopien de Meroê. M. Lepsius rapporte aussi, outre des inscriptions grecques et sinaïtiques, des inscriptions anciennes éthiopiennes, trouvées même dans les pyramides de Meroë, et tracées dans un alphabet inconnu, quelquefois un peu analogue aux caractères grecs ; la connaissance de la langue Bega facilitera l'interprétation. Cette partijB linguistique, si importante pour l'histoire de notre espèce, se lie aux curieuses recherches

de M. Rosen, aujourd'hui drogman à Constantînople, que le Roi avait fait séjourner deux ans dans les vallées du Caucase, pour y rechercher, dans la langue des Ossètes, les origines du rameau indo-germanique ; dans le Laze et le Mingrélien, les origines du rameau Ibérien ou Grusien, auquel appartient la langue de l'ancienne Colchide. M. Rosen est le frère du grand indianiste mort à Londres; il remplacera parfaitement son frère par la généralité de ses connaissances linguistiques et la vivacité de son talent. C'est un mérite sans doute que de faire voyager pour chercher, non des plantes et des scarabées seulement, mais des documents linguistiques.

J'ose profiter de cette occasion pour réclamer de votre bienveillance vos conseils et votre protection active pour un jeune compatriote attaché' à l'instruction publique, instituteur à l'école municipale de Potsdam, M. Schutze. Il voyage pour voir des établissements d'écoles primaires et s'occupe des sourds et muets. C'est un jeune homme très-estimable qui vous importunera peu, mais que vos recommandations rendront très-heureux. Agréez, je vous prie, mon cher et excellent confrère, l'hommage renouvelé de ma haute et affectueuse considération.

Je ne puis retoucher et corriger cette lettre, écrite en grande hâte. Veuillez bien excuser la peine que je vous donne.

ALBX. BDHBOLDT A LETRONNE (n* 196).

Berlin^ ce 4 avril 1846.

Je vois avec reconnaissance que vous avez sanctifié noon casse-col du Pichincha. C'était lui faire beaucoup d'honneur dans un lieu où d'autres grands personnages sont venus pour se faire dire des choses pas trop agréables. J'accepte avec une bien vive reconnaissance votre aimable permission et celle de madame Letronne. Quelques heures passées avec vous relèvent mon intelligence qui décline. Je vais de suite vous demander la grâce de dîner avec vous, en famille, demain vendredi à 6 heures. Si vous préférez un autre jour, mon excellent ami, que ce soit dimanche, car je suis aujourd'hui dans la Céramique des Héraclides Brongniart à Sèvres, et samedi chez les Delessert, sans mon ami de l'Observatoire. Votre admirable morceau sur les éclipses fait regretter de jour en jour plus vivement cette Cosmographie que vous avez la malice de retenir enchaînée. Je saurais bien le moyen de la faire paraître. Au lieu de faire l'éloge de cet immense travail, je devrais l'attaquer follement et vous publieriez ex ira, si votre excellent cœur- en était capable vis-à-vis de moi. Tous les aperçus sont neufs dans votre mémoire, surtout votre manière d'envisager les Chaldéens, chez lesquels M. Ideler s'est fait initier en petHe loge et la distinction marquante des opinions sur les éclipses solaires et lunaires. J'aurais

voulu qu'au nom de Sextius Empiricus vous ajoutiez le mot réfraction atmosphérique. J'aime tant (ou tout) ce passage parce qu'il est le seul où directement il est question de l'élévation de Tastre comme efiFet de Tair. Le charbon qui s'allumait selon Anaxagore dans les éclipses était sans doute la non-disparition de la lune dans les éclipses totales causée par l'inflexion des rayons que produit notre atmosphère. Dans le charmant ouvrage De fade in orb. lunœ^ il est même question de phlogose et de volcans lunaires à la Herschell. Ce traité aurait bien besoin d'un bon commentaire et d'un rétablissement du texte. Quand on considère la tardive raison astronomique des Grecs, cette supposition tenace de la concavité (nous vivons dans la Méditerranée comme dans une grenouillatref dit Platon, dans un bassina bords relevés), on s'étonne des Mexicains dont une peinture astrologique nous offre la lune collée sur le disque solaire. V esprit est-il donc si dangereux lorsque le nombre des observations est encore très-petit ? Vous êtes le seul grec qui prouve qu'avec infiniment d'esprit on peut avoir raison dans les discussions les plus épineuses. C'est une belle propriété des langues romanes que d'expliquer dans ce sens le mot raison. Quant à l'artifice de Thaïes, auquel je n'ai jamais rien compris (malgré mon ami Ottmann et son ennemi intime des Pyramides), vous avez la cruauté de me laisser dans une triste incertitude. « La suite une autre fois, » et je serai fossile alors. En attendant, vos éclipses m'ont fait perdre la tête et pédantesquement je vais paginer mes feuillets. Mille tendres

amitiés. Si je dis que Thaïes m'embarrasse, c'est que je ne conçois pas comment il a pu calculer juste.

Al. Humboldt. .

ALEX. HUMBOLDT A L' AMIRAL lIjTKB (tS" 197).

Parîs^ ce 18 juin 1846.

Monsieur T amiral,

Voyageur antédiluvien, j'ose croire que vous daignerez accueillir avec indulgence la grâce que j'implore. 11 y a bien des années que, de retour de votre grand et célèbre voyage autour du monde, Votre Excellence m'a donné des marques d'un bienveillant intérêt pour mes travaux de géographie astronomique. Cet intérêt m'inspire le courage de vous prier, monsieur l'amiral, d'accueillir avec bonté un architecte et dessinateur anglais d'un grand talent, M. Atkinson, qui a beaucoup travaillé pour la reine Victoria et pour mon Roi. Ce que je sollicite le plus ardemment pour M. Atkinson, qui a vécu plusieurs mois parmi nous, c'est que par votre haute protection il puisse être placé pendant les grandes fêtes qui auront lieu, de manière à voir ce qu'il voudrait retracer dignement sur le papier. Je sens qu'il y a un peu de sauvagerie de l'Orénoque dans ma prière si importune, mais

il s*agit d'un événement mémorable et d'un homme trèsdistingué.

Agréez, je vous prie, monsieur, l'hommage de la haute considération et de l'affectueux dévouement avec lequel j'ai l'honneur d'être, etc.

Al. Humboldt.

ALEX. HDMBOLDT A HANSTEEN (n* 198).

Sans-Souci ce 18 juin 1846.

Monsieur,

11 me plaît, monsieur et très-honoré confrère, à trouver une occasion de me rapprocher de vous après tant d'années de silence. Je charge un jeune géologue des plus solidement instruits, spirituel et aimable, d'être auprès de vous l'interprète de la haute estime que j'ai vouée à vos grands et importants travaux. M. Lodovico FrapoUi, Milanais de naissance, est un élève chéri de M. Élie de Beaumont. Il vient de faire un magnifique travail sur le terrain meuble et les blocs du nord deTAllemagne, fondé sur des mesures trigonométriques. Je vous supplie, mon illustre ami, de vouloir bien l'aider de vos conseils dans le beau pays qu'il va parcourir. Le magnétisme de la terre qui doit tant à votre sagacité, est presque ébranlé

par les curieuses recherches de Faraday. Le peu que Ton savait sur le bismuth a été lié à des phénomènes plus généraux. Les faits sont du plus vif intérêt ; mais les vues théoriques sur les substances « elia magnétiques » ne me satisfont pas trop.

Absorbé par ma position, je travaille en luttant contre bien des difficultés à un âge antédiluvien. J'espère cependant faire paraître le second volume de mon imprudent Cosmos sous peu de mois. Qu'il est difficile de maîtriser une si grande masse de faits, de ne choisir que ce qu'un siècle est appelé à léguer à un autre siècle.

J'ai eu le plaisir, il y a peu de semaines, de me trouver avec une partie de la charmante famille de votre Roi à Rûgen. Le jeune prince m'a paru bien digne d'un père, qui a des sentiments si élevés, et qui ne touchera certainement jamais aux libertés constitutionnelles de votre noble pays.

Agréez, je vous supplie, monsieur, T expression renouvelée de mon dévouement affectionné.

Al. Humboldt.

A Monsieur le professeur Hansteen, membre correspondant de l'Institut de France.

ALEX. HUMBOLDT A LETRONNE (nM99).

Berlin, ce 22 septembre 1846.

Mon cher et excellent, ami, je ne vous parle pas aujourd'hui de vos dons égyptiens si înnportants par la sagacité en nouveautés des aperçus (le Roi a été charmé)^ ni de ce cœur qu'on vous dispute, qu'on est tout prêt de prendre en haine parce qu'il vous empêche de finir de grands travaux qu'on contemple avec une joye maligne, parce qu'il vous a donné occasion d'intéresser vivement le lecteur et de vous montrer en invulnérable armure. Je vous parle musique, moi le scythe, le barbare. Je vous demande en grâce de recevoir avec bienveillance M. Auguste Môser, jeune violon de haute distinction, fils d'un homme célèbre, maître de la Chapelle du Roi. Il s'est fait entendre jusqu'en Lybie ; c'est un excellent jeune homme empreint de cette naïveté native dont le type se perd en deçà du Rhin. Je pars en deux jours rejoindre le Roi en Silésie, ce qui ne m'empêche pas de terminer ce morceau historique. Geschicte der Weltanschaung d.i fragmentarische Darstellung der allmâligen Entwickelung Erwecterung des Begrifjs vom Kôsmos als einem Naturganzen. Hauptmomense der Geschichte einer physichen Weltbeschreibung .

Titre de la 1" époque :

Dos Mittelmeer als Ausgang punckteiner Geschichtli-

chen Darstellung von der allmœligen Entwickelung der Idée des Kosmos. Anzeitung dieser Darstellung an die friehere Culturder HeUenen. Versuche ferner schiffarth^ gegen nord-os t {Argonauten) gegen sud'OSt [Ophir) gegen West en Colaeus von samos).

Je commence par les Égyptiens, les Phéniciens (Carthaginois) et les Tusques-Tyrrhéniens pour parvenir aux Hellènes.

Titre de la V époque :

Feldzûge der Macedonier-Umgestaltung der Wettverhâltnisse^Versckmelzung des Westensund des Ostens, des Griechenthnm (rHellénisme) , befordert die Yôlkervermischung^ vom Nil bis zum Euphrat, laxartes und Indus. Plôtzliche Erweiterung der Weltânsicht durch eigene Beobachtung der Natur, wie durch den Verkehr mit altcultivirten gewerltrei benden Vôlker-Kerrsckaft der Seleuciden, Bactrisches Reich.

3" époque :

Ptolemœer.

kt époque:

Romische Welteinhest.

5® époque :

Arabe.

6* époque :

Entdekungen der Portuguiser. Azoren, ColumbuSy Gama, etc.

Je compte toujours sur votre généreuse bienveillance pour ce morceau historique dont les notes surtout exigent

toute l'immense étendue de vos connaissances philologiques, géographiques, physiques. Vous rirez de la folie audacieuse de mon entreprise, qui n*est aucunement ce qu'on appelle une histoire des sciences ou découvertes physiques ; c'est bien plus grand que cela. Vous me blâmerez moins quand vous aurcE 6-8 feuilles imprimées devant vos yeux. J'ai la fierté de dire que je suis maître de mon sujet ; d'une composition dans laquelle je donne de la vie aux généralités abstraites par le mélange avec quelques individualités. Je serais aux nues si vous aviez le loisir de traduire vous-même, avec votre talent de style et d'une clarté qui me manque ; mais je serais trèsheureux déjà si vous pouviez du moins faire faire le tout sous vos yeux, sous votre inspiration. Les deux morceaux, le reflet de la nature sur l'intérieur de l'homme (poésie, peinture de paysage, agroupement de formes végétales) , et l'histoire du développement progressif de l'idée du Cosmos sont ce que j'ai fait avec le plus de soin dans ma vie. J'ai eu soixante-dix-sept ans le 14 septembre et je veux grandir. Vous vous souvenez de ce mot charmant que me disait le comte de Paris : a Mais pourquoi le petit nain vous a-t-il déplu?» Réponse: «Il m'at- Iriste, cela ne grandit pas. » Je grandirai par vous. M. Paye, que vous recommandez de cœur et d'âme par vos amis de l'Académie des sciences, a eu le bon esprit de ne pas prendre mal s'il ne rentre dans Touvrage qu'après le morceau historique. La fin du second volume et tout le troisième et dernier volume contiennent : Wissenschafliche Ergebnisse der Beobachtung welche

die einzelnen Disciplinen der physischen Weltbeschreibung begrunden. C'est le tableau de la nature repris partiellement. Vous voilà dans le secret de cette œuvre imprudente. M. B..., qui était ici ces derniers jours en venant de Londres, dit que de sa mauvaise traduction ano-laise, il a vendu cinq mille exemplaires, et que dans ce moment il fait une seconde édition quoique la traduction nouvelle et excelleûte du colonel Sabine H- Sabina vient de paraître. Cet merveilleux dans un pays où l'on me déteste et me dchire dans les journaux comme l'Ante-Christ. J'espèî pouvoir vous envoyer le morceau historique en novepre. Je le fais passer par bien des épreuves et f ai le pncipe de ne fixer anicune époque» Je voudrais termine l'hiver le troisième volume. Mille tendres hommages J^otre charmante famille. Lepsius et Lepsia, que je n'ai jaais vue, sont de retour, me dit-on. J'espère que l'excent Callier est content de l'accueil qu'on lui fait parlo et qu'il mérîte à tant d'égards. Le Roi demande toujo* quand vous nous arriverez !!I

Al. Hdmboldt.

A Berlin, ce 22 sepfcre 1846.

Si Comme je le^pose, pour ne pas interrompre tant de grands travauxie vous avez en œuvre, vous faites traduire le morceaistorique par un de vos jeunes élèves bien érudits, pouefondre après le tout de main de maître, je vous pi)serais le jeune docteur dont se sert M. Guignant et i il se loue beaucoup, cela donnerait plus d'ensemdans Tœuvre polycéphale*

Sylva sylvarum. Lisez si vous pouvez !

Ce 29 septembre.

Je n'ai pas eu le temps de copier la lettre écrite le 22 septembre ; mon départ pour la Silésie a été retardé jusqu'à demain, et au moment où j'ai donné au jeune musicien M. Auguste Moser cette recommandation qui lui aurait été si utile et qu'il avait tant sollicitée, le traître me déclare qu'il ne part pas, mais qu'il a un engagement pour Vienne ; qu'au lieu de M. Letronne et de son aimable fille, il lui faut du prince Metternich!! Je fais partir ma lettre telle que je l'avais écrite. Hier, j'ai vu de mes yeux la planète transuranienne de M. Leverrier, trouvée par mon jeune ami M. Galle. Quel triomphe pour la théorie. C'est presque plus important que le mariage Montpensier et la phantasmagorie généalogique. Il y a deux disques. Les excellentes cartes d'étoiles publiées par notre Académie des sciences ont conduit M. Galle à reconnaître la planète Leverrier la première nuit qu'il la cherchait. La carte de M. Bremeker avait cette étoile de moins. Cela a fixé l'attention de M. Galle.

ALEX. nOMBOLDT A CORDIEE (200.)

(22 septembre 1846).

Mon respectable ami €t illustre confrère.

Vous êtes du très-petit nombre de ces hommes supérieurs dont je puis m'approcher avec confiance lorsqu'un

besoin du cœur me tourmente. Vous m'avez prouvé toute votre bienveillance dans Tinlérêt constant, noble et généreux, que vous avez témoigné à mon ami V..., qui a été si longtemps mon collaborateur. Aujourd'hui je vous parle d'une famille au fond des Pyrénées dont la misère m'afflige. A B... où je crois résident quelques-uns de vos parents éloignés, est une famille issue de la Prusse et- dont les malheurs tiennent à des événements dramatiques. Madame veuve X... est née de N.., N... Son père qui avait fait l'éducation de quelques princes de Darmstadt, homme de grands talents, fut envoyé par des amis de France à Berlin pour empêcher la malheureuse et ridicule campagne en Champagne. Il parvint à donner des leçons d'écononiie politique au* feu Boi, comme jeune Prince Boyal. Des intrigues politiques, suites du voyage que Mirabeau avait fait à Bruns wic et à Berlin, firent chasser M. de N... Une dame d'honneur, éprise de son talent, le suivit. C'était la baronne de N..., fille de l'auteur des « Mémoires de N... » , ami de Frédéric IL Cette union jetta cette femme vertueuse et d'un grand caractère dans une profonde misère à Paris. Ma famille a été très-occupée d'elle dans les temps révolutionnaires; j'ai été assez heureux quelquefois de lui être utile. La trèsmince pension qu'on a procurée aux descendants ne suffit aucunement à leur existence, cependant madame X..., aujourd'hui retirée à B... et très-estimée dans ce petit pays, a donné une excellente éducation à son fils, reçu bachelier et ayant fait son droit. Je n'ai pu réussir (il n'a que vingt-deux ans) à le placer comme secrétaire

OU précepteur d'enfants. Les Français sont pour quelques pays des objets d'importations assez diflTiciles. Madame X... demande que je rende témoignage du vif intérêt que je prends à sa position. La plus minime place ferait le bonheur du jeune homn)e qui possède la langue des Scythes, et que d'autres personnes respectables ont osé vous recommander. Ce témoignage, je la donne de cœur et d âme ; je sais que c'est un bien vague espoir que cehii qu'il se présenterait à vous, dans la sphère de votre bienfaisance, quelque position adaptée aux besoins du jeune X... qu'on loue beaucoup sous le double rapport de l'intelligence et de la moralité. La possibilité des chances est cependant ainsi, sinon un espoir, une douce consolation ici-bas. Je suis si intimement persuadé de l'indulgence que vous accorderez à ma démarche et du désir que vous auriez de faire quelque chose qui me serait agréable, que je vous supplie en grâce de ne pas répondre à cette lettre au milieu de tant de graves occupations qui demandent toute votre attention. Ma santé (né en 1 769) ! s'est merveilleusement soutenue ; j'ai enfin joui d'un été un peu plus tempéré. Le thermomètre n'a été cependant à Sans-Souci pas au delà de 32 cent. La bienveillance d'un Roi artiste et littéraire, en proye eux exigences de toute l'Europe qui peint, qui sculpte, qui fait des vers , du mysticisme et des rêves, absorbe beaucoup. J'ai cependant le courage du travail, le second volume de mon Cosmos est imprimé à trois quarts; j'espère terminer tout l'ouvrage nocturnement cet hiver. Le Cosmos pourrait me rendre bien indiscret, plus importun que déjà je

l'ai été. Hélas ! je fais des vœux pour un homme trèsspirituel qui ira très-loin, pour M. F... C'est un métier qui n'est pas blâmable que de travailler à toute distance pour ceux qui nous soiit chers.

Agréez, je vous prie, mon illustre confrère, l'hommage de mon dévouement affectueux. Mille amitiés à M. V....*

Al. Humboldt.

Ce 22 septembre 1846.

Je pars en quelques jours pour la Silésie rejoindre le Roi.

Potsdatn^ le 23 octobre 1846.

J'espère, mon cher et spirituel ami, que vous avez reçu une lettre que je vous ai adressée peu de semaines avant mon départ pour la Silésie, lettre assez confuse parce qu'elle devait servir d'introduction à une personne qui n'est pas partie, mais dans laquelle je vous révélais les secrets de mon second volume du Cosmos. Aujourd'hui je ne puis laisser partir notre excellent ami Callier sans vous donner de nouveau un signe d'affection et de vie, sans me souvenir de votre charmante famille,

surtout de cette fille aînée qui réunit à un admirable talent tout ce qui donne de la grâce aux femmes d'un caractère élevé. Je dois vous dire aussi combien, pendant son long séjour, le colonel Callier a été apprécié par toutes les classes de la société, à commencer par le Roi et en descendant jusqu'aux militaires qui n'aspirent pas à ce haut degré de culture intellectuelle, que l'éducation, les voyages, les positions diplomatiques, et j'aime à ajouter le bonheur de vous approcher, lui ont donné. Il possède ce qui appartient aux hommes supérieurs, une noble simpUcité de formes, une modération dans les jugements qui annonce l'étendue des vues et le tact plus rare que l'esprit même. Le séjour que M. Callîer a fait à la cour pourrait porter des fruits dont le Roi surtout sentirait tout le prix : Je voudrais qu'il vous excitât à visiter enfin nos ténèbres indo-germaniques, la Colline de Sophocle et un Roi auprès duquel le conseil du stagirite à rOlynthier « ui cum Rege aut rarissime aut quam jucundissime loqueretur » n'est pas nécessaire. Votre arrivée, si souvent annoncée, sera une joye à Sans-Souci, mais il ne faut entreprendre cette course qu'après avoir pris des informations, si le Roi est ici, surtout si je puis y être moi-même, ou si le Grand Démiurge a voulu me montrer là-haut les satellites de Tanneau et les taches de la planète Le verrier. Lepsius et Lepsia, riche sans être bien laide, instruite sans être pédante, assez calme pour le contenter de sa température philosophique, de l'Égyptien devrait vous attirer aussi, car avant le printemps ses trésors seront arrivés. La descendance de Cbufer

pourra vous distraire de la généalogie peu divertissante de Philippe V, de la loi à demi'snMque du Roi honoraire (en service extraordinaire) et du bambin . Grand d'Espagne. Cette pauvre humanité reste donc soumise à l'invasion périodique des mêmes épidémies! Un demisiècle de. guerres cruelles suscitées par Luther, Calvin et Servet pour voir tenter, en 1846, des fanatiques protestants de briser le miroir du télescope de Lord Rosse, ou pour voir ensanglanter la Suisse (1789) pour voir s'intéresser les peuples à des problèmes de parenté dynastique. Je ne vous parle pas des servi les et imbéciles querelles religieuses et politiques de l'Allemagne du Nord qui, par la faute des Princes et leur imprudente ténacité amèneront nécessairement les événements les plus graves. Vous savez trop bien sur l'autre rive ce qui se passe sur celle-ci, et l'opinion publique n'est plus celle qui se tait. Pour un homme qui est entré le 1 4 septembre dans sa soixante-dix-huitième année, vous me trouvez encore bien agité, maladivement occupé des misérables affaires sublunaires et subneptuniennes. Il y a des gens qui auraient voulu se pendre si en 1789 on leur avait dit que l'humanité, avec quelques planètes et dynasties égyptiennes de plus, ne serait pas au delà de la linaite où nous la voyons en 1846. Quand la vie, comme à mon âge, n'est plus vraisemblable, on devrait être plus calme, on devrait surtout savoir cacher, ses tourments et ses agitations devant celui auquel des études plus vastes et plus profondes ont mieux fortifié la raison, ont accordé l'équilibre des facultés morales, la paix in-

térieure. Conservez-moi votre indulgence et une amitié qui m'est si chère. Mes tendres amitiés à M. Arago.

Al. Humboldt.

J'ai fait de nouvelles démarches par Danieri, directeur, près du Grand-Duc de Toscane; j'ai beaucoup d'espoir.

De Berlin, 30 novembre i846.

Il est impossible de ne pas être touché, Monsieur, des affectueux épanchements de votre cœur. Il m'est doux de TOUS dire que vous m'avez fait du bien. Je sais que le succès que j'ai obtenu, à un âge si avancé, est dû en entier au reflet des grands objets que j'ai osé concentrer comme au foyer de la contemplation. Je rends ce que les âges ont recueilli, je n'ai eu que le mérite de redire et de faire sentir que la nature doit aussi se peindre, comme agissant sur l'intérieur de l'homme, sur le sentiment qu'elle pénètre et purifie, sur l'imagination dont elle aggrandit lé domaine et vivifie les créations. Je connaissais bien les sérieuses études de M. Egger. Le Polémon me semble une heureuse composition. En voyageur « de l'autre monde » , je vais m'instruire par vous dans le voyage archéologique jusqu'aux mystères de Samothrace.

Si vous rencontrez dans une bibliothèque le savant M. Léon Feugère, vous voudrez bien aussi lui exprimer ma vive reconnaissance. A l'âge de soixante dix-huit ans on aime à se voir rapproché d'une jeune génération même nourrie d'idées qu'on Ta été depuis bien longtemps.

Agréez, je vous prie, Monsieur, l'expression de ma haute considération. La spirituelle conversation de M. Galuski a eu beaucoup de charme pour moi.

Al. Humboldt.

A Berlin^ ce 30 novembre 1846.

1846 ou 1847.

C'est une grande indiscrétion de ma part, mon cher ami, d'oser interrompre tes méditations par la lecture de quelques chiffres que j'ai réunis ce matin et qui sont plus précis que ceux que renferme mon long et ennuyeux mémoire sur les causes des inflexions des lignes isothermes [Fragments asiatiques^ t. II, p. 396-564).

Il me semble que la cause qui abaisse la température sur la côte orientale des États-Unis agit jusqu'à la latitude d'Orléans également sur les hivers et les étés. Les climats américains entre les parallèles de la Suède et de Paris ne me paraissent pas mériter entièrement la dénomination de climats excessifs. Sous la latitude de Paris

les étés sur la côte orientale des États-Unis sont encore beaucoup plus froids qu'en Europe. Les grandes chaleurs de Tété ne se montrent que par les latitudes du Portugal; c'est là premièrement que les étés sont plus chauds qu'à égale latitude en Europe.

Le tyran daignera tourner la page.

ÂHÉBIQUE. . y

Europe

Amébioue.. ..

Europe

Amérique.. . .

Europe

Nain

Golhembourg

(Suède).

Saint-Johns .

Paris

Halifax

Toulouse, . . .

Nos du

tableau

in fo'.

Latit.

Page 1