II
tare et te dire avant tout à quelles angoisses j'ai été exposé lors des derniers combats, sachant combien de nouveau tu as payé de ta personne. Ton excellent fils et de charmantes lettres de Mad. Laugier sont venues à temps pour me rassurer. Puisse ton généreux dévouement pour la chose publique, cette modération d'un grand caractère, ne pas si souvent être mis à l'épreuve. Quelle bénédiction du ciel que de voir résister tes forces physiques à des agitations si prolongées! Je travaille avec cette constance allemande que tu me connais au dernier volume de cet éternel Comos. J'ai de l'écriture de ta main sur ma table ! Quelquefois elle m'attriste, le plus souvent cette écriture relève mon courage et me fortifie en de nobles pensées : ce sont là les fruits d'une amitié qui depuis quarante ans a fait le bonheur de mon existence, qui s'élève et s'agrandit avec la sphère d'action intellectuelle, sociale, politique que tu es parvenu à te créer. Cette lettre est encore une prière. Je sollicite ta protection et quelques conseils pour un intime ami, le général Willisen que tu as déjà reçu ayec bonté lors de son retour d'Algérie. Il est aide de camp du Roi, le plus avancé dans son intimité, frère de cet autre général Willisen dont il a été souvent question dans vos journaux et auquel l'afi'ection des Polonais aurait pu devenir périlleuse. Tu sais que ton fils, généralement estimé pai' une conduite pleine de tact et de modération, a eu une conversation avec le Roi, en lui remettant les lettres de créance du général Cavaignac. Ton nom y a été prononcé de la^ manière la plus afiiectueuse, comme je pouvais m'y attendre.
11 m*a paru que des deux côtés on a été très-satisfait, et je m'en félicite comme un membre de la maison. Le porteur de ces lignes, homme de beaucoup d'esprit et d'une grande indépendance de vues politiques, restera quelques semaines à Paris, pour renouveler par une réciprocité de bienveillante confiance dont tu as créé les bases, les assurances de conciliation et d'affection mutuelle entre les deux pays.
Si M. Victor a encore quelque douce souvenance d'un camarade voisin de son lit, il voudra bien recevoir aussi M. de Willisen qui est trop diplomate pour lui faire des questions sur la portée du tir des fortins.
Voilà donc publiée la belle carte de Bolivie de Pentland. C'est un travail de géographie et de géologie diplomatique qui lui fait grand honneur, surtout s'il y ajoute une analyse justificative. J'ai été effrayé de lire sur la carte pour les montagnes plus élevées que le Chimborazo:
Sorata 21 286 pieds anglais upon theSea.
UUmani 21 149 »
Or, on nous avait donné jusqu'à ce jour pour :
Sorata 7 696 mètres ou 25 249 pieds anglais Illimani 7 315 mètres ou 23 998 »
Le Chimborazo (a) 6 530 mètres ou 21 423 v>
Je n'y conçois rien ! Sont-ce tout simplement des in-
(a) Annuaire pour 1830> pé 323.
corrections du graveur? J'ai démandé des explications, ces chiffres ayant été imprimés partout depuis dix-huit ans. Je t'ennuie. Mille tendres hommages de respect, d'amitié, do reconnaissance à toi et à toute notre famille. Je me réjouis de l'arrivée prochaine de M. Alfred.
Al» Hdmboldt»
A Potsdam, 31 uillet 1848..
ALEX. ULMBOLDT A JOMARD (iS"" 228).
Paris^ 13 septembre 1819.
J'ai lu avec un intérêt d'autant plus vif, mon respectable confrère, l'annonce de votre travail sur les hiéroglyphes que je me suis beaucoup occupé ces derniers jours du mémoire du docteur Young. Si vous imprimez cette notice, comme je le désire, je vous prierai de modifier légèrement la phrase qui me concerne. Il est tout naturel que beaucoup de personnes à l'Institut ont cru que c'était moi qui avais divulgué les premiers résultats de vos recherches sur les nombres. Ce ne serait cependant pas ce que vous vouliez dire. Les mots : «J'ai entret tenu M. de H. des résultats que j'avais obtenus et M. de < H. a mis ses lecteurs dans la confidence des recherches t qui m'occupent » offrent un sens plus vague que celui que vous avez voulu leur donner. J'avais dit que vous vous occupiez des chiffres comme Gatterer et d'autres
Vont tenté; en nommant M. Jomard, je devais ajouter qu'aucun autre savant n'était plus capable de résoudre ce problème. Gela partait de mon cœur, c'était l'expression de la haute estime que je vous ai vouée.
HUMBOLDT
Ce lundis 13 septembre iSlO.
ALEX. nUMBOLDT A DB LA ROQDETTB (n* 229).
I Berlinois mars 1859.
A Monsieur de La Roquette,
Mon cher et illustre confrère, je n'ai pas besoin do vous exposer, à vous qui êtes si versé dans la connais-* sance des grands problèmes de la Géographie asiatique, combien l'auteur de l'Asie centrale doit désirer vivement ' que les savants et courageux voyageurs, MM. les frères Schiagintweit, puissent obtenir le grand prix de la Société géographique de Paris. C'est moi qui ai fourni à sir Rod. Murchisonle témoignage du docteur Thomson exprimé dans le premier volume de la Flora mdica , par Joseph Hooker et Thomas Thomson, 1855, p. 215.
Il est dit dans V Introductory geographical Essay^ p. 215 : The chain ofthe Kouenfun where ii \forms ilw boundary of western Tibet is not less elevated than the Himalaya and is covered throughout a great part of its
length tmth perpétuai snow ^ its axisuks nqtbbbn grosseb BT ANT EuROPEAN TRAVELLER, but wos veached by doctor ThornsoUj who vtsùed the Karakorum Pass elevated \ 8300 feet. Tki& chain has been called the Mustagfh Karakorum^ Indu'Kush and Tsungling. » Daignez jeter les yeux sur la carte de l'Asie centrale que j'ai publiée en 1843, t. I, 37, p. 565; t, II, p. 373 et p. 413, 471, 477. Le mérite de mes jeunes amis MM. Schlagintweit pour les travaux astronomiques, hypsométriques et magnétiques est aussi éminent que leur mérite comme phy* siciens et naturalistes (1).
Mille hommages de haute et affectueuse considération.
Al. Hduboldt.
Berlin.
(1) On a vu dans la lettre ci-dessus que Humboldt nous a écrite de Berlin peu de jours avant sa mort^ combien il appréciait le mérite des frères Schlagintweit^ avec lesquels nous étions en relation. C'est en nous appuyant sur les éloges de Tillustre Prussien et sur Fopinion avantageuse manifestée à leur égard par sir Roderick I. Murchison et par les célèbres voyageurs anglais Thomas Thomson et Alexandre Cunningham^ que dans notre rapport sur le prix annuel pour la découverte la pins importante en géographie faite pendant l'année 1866^ nous avons proposé de leur accorder, et qu'ils ont obtenu la grande médaille de notre société.
« Nous donnerons plus tard^ au surplus^ comme complément de ce volume^ qnelques lettres écrites par Humboldt à Schlagintweit et à Farchiduc Jean d'Autriche^ lettres qui nous paraissent offrir un grand in< térêt. »