‹ Correspondance inedite scientifique et littéraireChapitre 24 sur 41 · HILAIRE · texte numérisé non relu

HILAIRE

Mon cher et illustre confrère.

Je viens déposer moi-même au Jardin des Plantes l'hommage de ma vive reconnaissance. C'est avec un juste orgueil que vous devez jouir du bonheur de voir un développement si précoce dans un fils qui annonce par la force de son esprit et son goût pour de graves méditations qu'il continuera la gloire de votre nom. Je regrette bien vivement de ne pas pouvoir répondre à un témoignage de confiance qui m'honore et me touche.

J'ose vous prier, mon cher et respectable confrère, de ne pas me faire nommer pour le rapport verbal. Je n'oserais d'abord pas l'entreprendre parce qu'une grande partie de cet excellent ouvrage de votre fils est consacrée à de grandes vues sur l'anatomie et parce que (vous le savez bien) on m'accuse souvent avec amertume de faire des excursions dans des terrains que d'autres croient avoir en ferme^ sans cependant les cultiver. Ma voix serait trop faible pour louer dignement le fils d'un tel père; mais un autre motif plus absolu me force aussi de ne pas accepter l'honneur que vous me destiniez. J'ai dû déclarer depuis un an de me restreindre à de simples fonctions d'auditeur étranger ; je blesserais les personnes qui m'ont demandé pour rapporteur sur des ouvrages imprimés lors des dernières nominations. Je parle avec cette franchise parce que ma vie entière a prouvé que j'honore les talents naissants, que je me réjouis du succès des autres plus que de ceux que je pourrais désirer pour moi, parce que les rapports de bienveillance mutuelle qui existent entre nous et qui n'ont jamais varié depuis quinze ans, rendent impossible toute interprétation fâcheuse. Veuillez bien exprimer à M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire ma haute et affectueuse considération. Je saurai dans ma Géographie des plantes citer avec éloges ses vues philosophiques sur la distribution géographique des genres, p. 241-257. Gela sera un témoignage plus durable de mon dévouement et de mon amitié, que ces mots académiques emportés par les vents.

Mille grâces pour l'enveloppe de mes dessins : c'est une enveloppe monumentale, le type de la charpente osseuse de tous les animaux ! Je me plais à vous renouveler, mon illustre confrère, de l'hommage mon admiration constante et affectueuse.

HUMBOLDT

Ce dimanche sqir 1826.

Je voudrais bien que vous fissiez imprimer quelque chose sur les condors.

Paris, 28 juillet 1826.

Je ne puis vous remercier assez vivement, Monsieur, du plaisir que m'a causé la vue des objets que vous avez recueillis au Mexique, et qui répandent un nouveau jour sur une partie presque inconnue de l'histoire du genre humain. C'est la collection la plus complète qu'on ait faite en ce genre, et qui se lie à l'idée si heureusement conçue de suivre les progrès des arts, chez des peuples à demi-barbares. C'est par des comparaisons aussi qu'on parviendra peut-être à éclaircir le fait mystérieusement curieux de l'image d'une croix, et même de l'adoration d'une croix, dans les ruines de Palenque à Guatemala. Il serait digne de la munificence d'un monarque de faire déposer dans une bibliothèque les dessins de M. Dupaix (120), dont j'ai connu la scrupuleuse exactitude ; la naïve simplicité de ces dessins même, atteste la vérité du témoignage. Je ne doute

pas que la masse métallique ne soit du fer météorique ; je vais la faire analyser pour voir si l'on y trouve du nikel; c'est un objet de prix que vous possédiez de plus, presque sans vous en douter.

Agréez, Monsieur, l'expression renouvelée de ma considération très-distinguée (121),

HUMBOLDT

Paris, le 28 juillet 1826.

août 1826.

Monsieur,

Rien ne pourrait m'étre plus honorable que de travailler en commun avec vous. Monsieur, et avec mes confrères à l'Institut, MM. Remusat, Walckenaer, de Rossel, etc. (122); mais vous connaissez l'embarras de ma situation et l'impossibilité dans laquelle je me trouve de vous offrir mes faibles services. Ces lignes vous seront remises par un jeune savant allemand digne de votre bienveillance, M. le docteur Hubert qui a déjà parcouru l'Espagne, le Portugal et l'Angleterre. Il aurait un vif désir de pouvoir jeter les yeux sur l'intéressante collection de M. de Navarrete, et je vous serais très-obligé si vous daigniez permettre à M. Huber, fils d'un grand Dramaturge de ma patrie qui avait épousé la veuve du compagnon de Gook (George Forster), de profiter quelquefois de vos conseils et de votre riche bibliothèque.

Agréez, je vous supplie, rhommage de ma haute et affectueuse considération,

HUMBOLDT

Ce mardi.

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