‹ Correspondance inedite scientifique et littéraireChapitre 37 sur 41 · ALEX. DE HUMBOLDT AU COMTE DE CANCRIN · texte numérisé non relu

ALEX. DE HUMBOLDT AU COMTE DE CANCRIN

Berlin, 11 ayril 1839.

Je ne saurais laisser partir de Berlin le savant baron de Meyendorff, notre nouvel ambassadeur russe, sans le prier de faire agréer à Votre Excellence l'expression souvent réitérée de ma profonde vénération et de ma reconnaissance. Depuis que j'ai quitté la grande Babylone (Paris) , où l'on se trouve maintenant sur une pente dont il est difficile de mesurer l'angle d'inclinaison très- variable, j'ai constamment souffert ici de grippes et de rhumatismes. Nos voyages de Postdam, véritables oscillations de pendule, ont aussi recommencé, malgré le froid, et je soupire après le retour des zéphyrs plus doux du printemps, dont je souhaite

que vous ressentiez aussi bientôt, mon très-cher Ministre, rinfluence bienfaisante, au milieu du flot des affaires qui pèsent sur vous. Je ne me trouve que depuis mon retour à Berlin en possession des magnifiques médailles d'or dont je ne suis certainement redevable qu'à votre gracieuse bienveillance. Elles se rattachent aussi sous le rapport artistique à tout ce qui, de notre temps, s'est fait de plus beau en ce genre. Je prends la liberté de vous en adresser ci-joint un reçu officiel, peut-être nécessaire pour la forme. Dans la lettre de remerciement que j'ai personnellement écrite à ce sujet à l'auguste monarque, je le remercie également, au nom de la science, de la création de l'établissement grandiose que Votre Excellence a fait entrer en vie sous la direction du professeur Kupfer, et qui a couvert toute l'Asie septentrionale, la moitié de la périphérie du globe, d'un réseau de stations magnétiques et météorologiques (1 76). Votre Excellence vient ainsi de mettre à exécution ce qui, dans la Société royale de Londres, forme encore un sujet de controverse et d'hésitation. Tout ce que vous continuez à faire pour agrandir et assurer la prospérité de ce magnifique institut central à à Saint-Pétersbourg, viendra grossir, aux yeux de la postérité, le nombre des grandes et nobles créations que vous avez réalisées pendant votre ministère. Je n'ai pas besoin de recommander à Votre Excellence l'excel lent et savant Kupfer, mon ami; seulement je me permettrai de vous rappeler le nom d'un homme plus jeune, M. de Tchihatcheff, qui, plein de courage et le

plus heureusement doué par la nature, éprouve le louable désir de se risquer à quelque chose d'important, un voyage dans la Moyenne-Asie (177). Il a besoin de votre protection et la mérite. Il nous a convaincus ici de sa volonté sérieuse en s*exerçant, pendant quelques mois, à mon instigation, dans notre Observatoire, à déterminer par l'astronomie des positions de lieux, ce qui lui a parfaitement réussi. Son amour de la science n'est pas un faux semblant; c'est un jeune homme distingué avec lequel sa patrie peut perdre beaucoup si elle néglige de l'encourager. Quelques paroles de Votre Excellence animeront son courage. Vous avez fait imprimer un état de la production de l'or depuis un temps fort ancien. Je n'ai pu malheureusement me le procurer. Vous me ferez donc le plus grand plaisir, trèshonoré Ministre, de daigner me faire parvenir cet état avec le chiffre de la production du dernier semestre dans l'Oural et le pays des Arimaspes (la Sibérie), et d'y joindre tout ce que publient M. de Helmersen et Fedorew. Je ne discontinue pas de prendre le plus vif intérêt à ce qui forme l'objet des ouvertures que vous m'aviez faites jadis dans votre bienveillance. L'année 1829 a été un point lumineux dans mon existence, tant elle a rempli mon imagination d'idées. Veuillez agréer pour vous, et l'aimable comtesse, l'expression du profond respect et de l'attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être toujours, de Votre Excellence, le très-obéissant,

^gné : Al. DE Humboldt.

Berlin, le 11 avril 1839.

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