A. HUREAU DE SÉNARMONT
104 CORRESPONDANCE INTl
Le commissaire du gouvernement dres, Niou, s'occupait activement d g^énéral Hardy.
Hardy à sa femme.
Litclifield^ 29 brumaire (1
Sois tranquille sur mon sort, ma dépend pas de moi de quitter TAng si Tespoir que le commissaire du | m'a donné n'est pas déçu, je serai b toi. Que mes malheurs ne te cai alarme, qu'ils n'influent pas sur ta S;
Tu as eu de la patience et de la fe ce moment ; ne te décourage pas.
jour de ma vie sera celui où je te re
3 frimaire (22
Je profite du départ d'un chef de était de l'avant-garde de Humbert, p< que je dois être compris, avec me dans le prochain travail de renvoi i officiers prisonniers. D'après le com çais chargé de l'échange, je pourr la France dans six jours. 11 m'en pour me rendre à Douvres, aprèî Londres ; il y a six heures de Douv:
[lT98] DU GÉNÉRAL JEAN HARDY = 105
trois jours de Calais à Paris. C'est dix ou onze jours au plus.
Quand je quitterai Litchfield, cette lettre sera déjà à Calais ou à Gravelines ; elle te sera parvenue avant que je sois à Paris. Je te prie en grâce, ma bonne amie, de ne pas perdre une minute pour m'écrire ; que je trouve de tes nouvelles en arrivant à Paris.
J'ai gagné en mer des douleurs insupportables. Les maux physiques ne peuvent pas se bien guérir quand le mal moral s'y joint !
Mon esprit n'est pas tranquille ; la fibre est tendue; j'ai sur le cœur un poids énorme. Puisse le retour dans ma patrie dissiper les soucis, la langueur, les perplexités qui m'assiègent!
Calais, 27 frimaire (17 décembre).
Enfin, ma chère Calixte, le pas est franchi!
Hier, à deux heures, j'ai mis le pied sur le sol de la liberté. Tu ne peux concevoir ma joie en sortant de la barque. Je jure bien qu'on ne m'y reprendra pas de sitôt ; et cependant il ne faut jurer de rien (1) !
Je ne saurai qu'à Paris, après avoir vu les direc-
(1) 11 partit pour Saint-Domingue un an après son retour d'Angleterre.
106 CORRESPONDANCE DU GÊNÉl
leurs et les minisires, combien de rai dans la capitale ; sois bien p4 terminerai mes affaires le plus pn sible, afin de te rejoindre.
J'ai quitté Litchfield, avec Tordi France sur ma parole d'honneur; sant à Londres, l'administrateur < de guerre m'a remis un cartel (Técl colonel, quatre officiers, quatre 8< dix soldats, vu qu'il n'y avait plu mon grade à échanger.
J'ai demandé le renvoi sur paroi de Sauvage, mes aides de camp ; tous les deux, ainsi qu'Adrien, me
J'ai été bien heureux d'avoir ave garçon.
C'est dans le malheur, dans le crise, qu'on apprend à connaître Sans Adrien, je me trouverais nu c je n'aurais pas un sou vaillant.
Je t'embrasserai bientôt, ma ( Galixte. Ménage ta santé pour 1 l'époux qui t'adore et dont tu es la
A PARIS en disponibilité, du 20 décembre 1798 an 24 janvier 1799.
Paris, 30 frimaire, an VU (20 décembre 1798) Maison de Toscane^ rue de la Loi.
Je suis arrivé hier au soir à Paris, bien fatigué et souffrant beaucoup.
Pendant que je courais, sur les mers, des dangers toujours renaissants, pendant que je voyais, à tout instant, la mort me guetter, tu avais, toi aussi, tes peines et tes alarmes ! Le ciel a pris pitié de nos malheurs, et tu mets le comble à ma félicité en me donnant un fils (1).
C^est aujourd'hui décadi ; tous les bureaux sont fermés ; je ne pourrai avoir d'audience que demain et peut-être après-demain matin.
(1) Victor Hardy, né en décembre 1798, élève du Prytanée militaire, entré à Saint-Cyr en 1818, blessé grièvement en Grimée (1855)^ comme lieutenant-colonel du 4* léger^ mort à Gaen en 1881.
3 nÎFÔse (
Je n'aî vu encore que le ministre Bruix, avec lequel je suis resté cl dont j'ai été parfaitement accueilli, audience au Directoire et demand pourrai faire mon rapport. J'imagin ne sera pas long ; du moins je le déi
J'irai, tout à Theure, demander Barras. Je suis persuadé qu'il sera me revoir ; quelqu'un de son ento donné l'assurance.
7 nivôse (Î7
Je ne sais si je dois la santé à l'a joie de revoir ma patrie, au plaisir è ver avec des amis, d'anciens camara pagnons d'infortune, de respirer un mais je me trouve déjà mieux qu'à n Paris.
Je ne m'amuserai pas à courir U faire ma cour aux grands ni à ceu fluencent. Je me dépécherai de t affaires et je serai tout à toi !
Je ne sais pas quand je pourrai j finit rien dans cette maudite ville ; sont courtes, les affaires difficiles
[nos] DU GÉNÉRAL Jf AN HARDY 109
Croirais-tu quejen^ai pas encore vu Schérer, le ministre de la guerre? Ce citoyen n'est pas, à la vérité^ d'un facile accès, surtout dans ce moment où il arrange ses comptes (1).
Je vais à l'instant chez Larevellière.
9 nivôse (29 décembre).
Mes affaires ne sont pas compliquées : j'ai à toucher les trois mois d'appointements qui me sont dus, à présenter au ministre de la guerre, en un mémoire de dix lignes, l'exposé d'un fait très clair, qui est le pillage de l'argent que le gouvernement m'avait donné pour les dépenses secrètes de mon expédition ; j'ai à recevoir une nouvelle destination (je crois qu'il est déjà décidé que je rejoindrai Jourdan).
Tout cela parait n'être pas grand'chose ; eh bien! ma bonne amie, dix jours se sont écoulés depuis que je suis à Paris et rien ne se termine. On me dit : u C'est fort bon, c'est fort juste ; c'est
(1) Le général de division Schérer^ le vainqueur de Sprimont et de Loano, était ministre de la guerre depuis le 23 juillet 1797. Le Directoire lui demanda de réprimer les désordres de l'administration aux armées; il trouva la tâche au-dessus de ses forces et remit son portefeuille, le 21 février 1799, au général de brigade Milet de Mureau, pour prendre le commandement de l'armée d'Italie.
110 CORRESPONDANCE INTIB
a fort clair, c'est entendu ; nous fin tt main ou après-demain ; venez dfne a jour. Au reste, vous avez besoin ( tt n*y a nen qui vous presse ! »
Oui, sans doute, j*aî besoin de rep auprès de ma femme et de mon fils c goûter les douceurs.
Larevellière-Lepeaux m'a fort biei
Je te loue beaucoup de nourrir te pour une bonne mère une peine qui plaisir et le plus sûr moyen de con notre enfant les belles qualités de Puisse-t-il te ressembler, c'est mon cher!
13 nivôse (2 jam
J'ai dîné chez Schérer. Je lui ai mémoire et lui ai demandé mes trois pointements.
L'adjudant général Simon, mon < major, retourne, ce matin, chez lui ; il tera toutes les pièces qui doivent servi payer. J'enverrai demain à la Tréso dans trois ou quatre jours, je puis avoi départ pour ma nouvelle destination, j drai. Que ce projet ne t'empêche pas <
[l799] DU GÉNÉRAL JEAN HARDY 111
tous les deux jours ; j*éprouTe, ma Calixie, un
plaisir infini à lire tes lettres et tu ne peux concevoir mon inquiétude quand tu manques un courrier.
Juges-en par toi-même : à combien de tribulations n'as-tu pas été en butte pendant mon voyage et que penses-tu que j'aie souffert de n'avoir pu recevoir de tes nouvelles ni te donner signe de vie?
Vois, dans ma bibliothèque, combien j'ai de volumes de V Histoire naturelle de Bu/fon. Examine les différents règnes. Combien de volumes des oiseaux ; combien de l'histoire générale. Copie le titre, afin que je sache si c'est une édition de Paris ou d'ailleurs et de quelle année; je veux compléter cel ouvrage. Il manque un volume des Mémoires de Feuquières.
Quel est celui que nous avons des deux tomes du Voyage de Fors ter sur le Rhin?
15 nivôse (4 janvier 1799).
Je devais terminer hier avec le ministre de la guerre ; mais les heureuses nouvelles arrivées d'Italie (1) l'ont conduit au Directoire et m'ont
(1) La conquête de Naples par Ghampionnet.
lli CORRESPONDANCE INTI&
privé de Taudience qu'il m'avait ac me retarde encore de plusieurs joun Les membres de Tlnstitut natior invité à assister à leur séance de C€ manquerai pas.
19 nivôic
S'il n'eût dépendu que de moi, je resté plus de vingt-quatre heures à P choses les plus simples rencontrent, tant, des entraves ; un accident imp sente ; une minute se perd et, avec el favorable. Un rien vous rejette à d jours ; c'est insupportable !
La municipalité de Mouzon demai trait et le mien pour sa salle des séai
(1) h*Jnstitut national des sciences et des fondé, en octobre 1795, par le décret de la organisait Tinstruction publique. Il était destin tionner les sciences et les arts par des recher rompues, par la publication des découvertes, pi dance avec les sociétés savantes et étrangères; travaux scientifiques et littéraires ayant poui générale et fa gloire de la République. 11 était classes : Sciences physiques et mathématiquei raies et politiques, littérature et beaux-arts.
Dans la séance publique du 4 janvier 1799, nal arrêta le programme des prix à distribuer p et pour les arts.
pas le temps de lui faire un pareil cadeau et il ne faut jamais trop se presser en pareille matière. Cependant je suis infiniment flatté de cette marque d^estime.
25 nivôse (14 janvier).
Je t'avais annoncé que je partirais le 25 ou le 26, et je croyais pouvoir le faire. J'ai touché mes appointements ; je recevrai aujourd'hui mes frais de poste pour me rendre à l'armée. Hier, je faisais mes adieux à Schérer; il m'a demandé quand je m'en allais.
— u Après-demain ! lui dis-je.
— tt Comment, vous n'attendez pas vos indema nités? Je vous conseille cependant de suivre cela « vous-même, afin d'être plus sûr de toucher votre tt argent. »
Je n'en revenais pas ! Mais il augmenta ma surprise en m'apprenant qu'il avait demandé au Directoire une indemnité de trois mille francs pour me remonter.
L'arrêté lui en reviendra le 27. Bonne aubaine !
Les directeurs m'engagent à choisir l'armée où je dois être employé. J'ai répondu que je n'avais pas l'habitude de préférer un poste à un autre et que je ne savais qu'obéir. Larevellière m'a dit alors :
114 CORRESPONDANCE INTU
— « Comme vous avez longte a Rhin, vous ne seriez peut-être pas (( rejoindre Jourdan ! »
Et me voilà désigné pour l^armée J'en suis d'autant moins fâché que curera le plaisir de m'arréter à Phi me reposer près de toi, au sein de I vous raconter mes peines, mes malh trouver ensemble l'oubli.
Je serai à portée de l'armée ; j'éc dan et, dès que ma présence deviendi je me rendrai où l'honneur et le dev leront.
27 nivôse (:
Je quitterai Paris après-demain. J'; la journée d'hier pour faire tes emplel (jue tu seras contente.
Avec quelle joie je m'acheminerai qui a vu naître notre fils ! Qu'il me ta serrer tous les deux dans mes bras !
Dormans, i*' pluviôse (S
Nous sommes arrivés, Valliil et me vieux père, à une heure après mini monde pleurait de joie dans cette demeure des meilleures gens du mom
J'ai à m'occuper de notre domaine de Troissy que je fais embellir et meubler. J'ai acheté à Paris un mobilier fort simple, mais qui ne manque pas d'élégance ; il sera digne de toi, ma belle adorée !
Je passerai le 5 et le 6 à Ëpernay, où tant d'amis m'attendent (1). Je coucherai, le 7, à Reims; le 8, à Mézières ; je dînerai, le 9, à Philippeville, avec vous. Quelle joie !
Les Vallin m'ont chargé d'un million de tendresses pour toi ; je ferai la commission moimême !
Hardy séjourna à Philippeville jusqu'aux premiers jours de mars, où Jourdan l'appela à Strasbour(>^ pour la campagne de printemps de 1799.
L'Angleterre, l'Autriche et la Russie s'étaient coalisées. Elles avaient fomenté des troubles en Belgique et en Hollande, réuni sur le Rhin 26,000 homme.; sous le général Hotze; 78,000 en Bavière sous l'archiduc Charles; 46,800 dans le Tyrol sous Bellegard;^; 75,000 sur l'Adige sous Kray. Souvarow était ou marche pour renforcer Kray avec 60,000 Russes.
Le Directoire s'était préparé à la guerre par une levée de 200,000 conscrits. Résolu à prendre partout l'offensive et à déconcerter, comme en ] 794, la coalition par l'audace de ses attaques, il voulait lui op-
(1) Hardy commandait à Valmy le bataillon des volontaires âl&pemay»
116 CORRESPONDANCE DU GÉNÉRAL Jl
poser 300,000 combattants : 20,000 en H Brune, 40,000 sur le Rhin, sous Bemac vers le Danube, sous Jourdan ; 40,000 en Masséna ; 80,000 en Lombardie, sous Sch à Naples, sous Macdonald ; sans compter des places fortes.
Jourdan ferait le principal effort sur Bemadotte et Mcisséna lui seraient sul combineraient leurs opérations avec les s Jourdan n'avait que 39,000 hommes à op chiduc Charles; Bernadotte n'avait pas p 6,000. Masséna, qui en avait 30,000, é état de soutenir la lutte et d'établir, v Adige, la jonction de l'armée d'Italie a Danube.
ARMÉE DU DANUBE du 13 mari au i'' mai 1799.
Strasbourg, 23 ventôse) an VII (13 mari 1799).
J'arrive à dix heures du matin à Strasbourg et n'y trouve plus un chat. L'armée marche à pas de géants; je ne sais où ni quand je la rejoindrai.
Après-demain, je partirai pour Bàle, d'où je rejoindrai Jourdan à Scha£Fouse, sur le haut Rhin. Son armée est maintenant réunie à celle de Masséna; elles marchent ensemble vers le Danube (1).
Il m'eût été impossible de brûler Mouzon, car
(1) Jourdan avait franchi le Rhin, le 1*' mari, et débouché par la Forêt Noire entre le Danube et le lac de Constance, d'où il se reliait à Maiséna.
Pour attendre Bernadotte, qui ne pouvait pas le rejoindre avant un mois, Jourdan, très inférieur en nombre, prit position derrière les torrents de l'Aach et de l'Ostrack, sa droite à Darendorf, son centre à Sfullendorf, sa gauche à Mengen.
la municipalité, la garde nationale ay
et musique, et les trois quarts de l
sont venus au-devant de moi, à une 1
lieue. Ils ont fait tirer le canon (c'est
boîtes) à mon entrée, et m'ont cond
de ville.
J'ai ouvert le bal, que la commune
jeunesse pour qu'elle se rappelât mo
France et la joie qu'en ont témoigne
patriotes.
Le lendemain, à Verdun, j'ai vu
Bonnet, qui y commande; sa femme i
Quand j'aurai réuni ce qui m'est
pour entrer en campagne, je ne m'ar
que je n'aie trouvé l'armée.
Bàle, 4 germinal (!
J'ai couru jusqu'en Souabe après J l'ai trouvé à deux lieues du Danube.
Il n'y a pas d'amitiés qu'il ne m'ait fs Deux jours après mon arrivée, nouî un combat très chaud, qui a duré ( entiers et a été assez meurtrier de part Nos troupes, qui avaient devant elles sextuples, ont fait des prodiges de valeu que quand l'ennemi a reçu un renfoi
[l799] DU GÉNÉRAL JEAN HARDY 119
qu'elles ont cédé le terrain, mais avec tant de sang-froid, d'intrépidité et d'ordre, qu'on ne peut pas dire qu'elles aient battu en retraite. Elles n'ont fait que changer de position (1).
Jourdan a eu un cheval tué sous lui ; Lefebvre a été blessé d'une balle qui lui a traversé la main, a glissé entre cuir et chair le long de l'avant-bras et s'est arrêtée au coude; il n'en sera pas estropié.
J'aime, quand j'entends le canon, à me trouver sur le champ de bataille. J'ai voulu faire le brave et m'y rendre; mais il a fallu en rabattre, car je n'ai pu tenir à cheval.
Jourdan, jugeant bien ma situation, exige que je soigne ma santé avant de reprendre la campagne.
J'ai eu beau protester, il m'a répondu que mes maux provenaient des fatigues de la guerre, que mes camarades me connaissaient et savaient m'apprécier, qu'en conséquence, je ne devais pas hésiter à me guérir.
Bien malgré moi, j'ai obéi, et me voilà, ma
(1) Le 21 mars (i*' germinal) au matin, l'archiduc Charles attaqua, avec cinquante mille hommes en trois colonnes, le pont d'Oitrack, défendu par la division Lefebvre. A[M'ès deux jours de combats acharnés, les Autrichiens réussirent à passer rOstrack et à refouler les Français sur la position cen^iale de PfuUendorf^ d*où ils ne purent pas les débusquer.
bonne amie, sur la route de Plombièi culte m'envoie prendre les eaux. Je un régime tel qu'il faudra que les 1 tent la maladie ou le malade. Un mé( viens de consulter, m'avertit que j( prendre les eaux de Plombières qu mois et me détermine à aller à Ba Argovie, où la saison est commencée, main à Aarau, après-demain à Baden
Baden, 8 germinal
Je n'ai fait qu'entrevoir mes hôt vieille veuve, qui paraît assez préven trois filles édenlées, d'une laideur r Une seule, ex-religleuse, parle un peu
Je suis logé assez mesquinement; ma chambre me plaît parce qu'elle a petit jardin qui est à ma disposition, et pas besoin de quitter le corps de log baigner. En cette saison encore froid dangereux de s'exposer au grand air er l'eau thermale qui est bouillante, j'habite le pays le plus pittoresque, le le plus bizarre par sa nature et ses proc
(i) Sur le Limmat, au nord-oueit de Zurich ; tiœ dei Romaini.
[l799] DU GÉNÉRAL JEAN HARDY 121
Elle est vraiment extraordinaire, cette Suisse! Toeil n'y est jamais rassasié.
Le hasard m'a fait rencontrer un excellent ouvrage sur le Tyrol ; j'en ai fait l'acquisition.
Je suis sûr qu'il n'y en a pas six exemplaires en France.
Bàle, 15 germinal (4 avril).
Me voilà de retour à Bâle. Il ne m'a pas été possible de rester dans le cloaque afFreux de Baden. La tristesse du séjour, le froid excessif (il y a en ce moment un pied de neige, et tous les jours il en tombe), l'extrême malpropreté de la maison des bains, le prix exorbitant de mon traitement, le logement plein de vilenies, tout cela m'a chassé. Je vais attendre à Bàle la saison de Plombières.
J'ai peu de nouvelles de l'armée. Jourdan, après trois jours de combats (1), n'étant pas en
(i) Jourdan, réduit à 35,000 combattants, avait quitté Pfullendorf pour prendre position plus en arrière, à Ëngen^ entre le Danube et le lac de Constance. Les 70,000 Autrichiens de l'archiduc Charles s'étaient établis en face lui à Stokach. 11 les attaqua le 25 mars (5 germinal). Ses admirables troupes^ conduites par Saint-Cyr^ Souham, Levai, Férino, d*Hautpoul, Mortier, Decaen , Turreau, auraient g*gné la bataille, malgré l'énorme infériorité du nombre et de Tartillerie, sans l'habileté, le sang-froid et le coup d'œil de l'archiduc
forces, s'est replié sur la Forêt Noîre, les secours qui lui sont indispensable de Massénaa eu beaucoup de succès < sons et dans TEngadine.
En Italie, Schérer a très heureusi mencé la campagne, Vérone est pr États vénitiens ne peuvent tarder à t général Sérurier (2) fera bientôt parle
18 germinal
L'armée du Danube, trop faible pot longtemps les positions qu'elle avaii avant de la Forêt Noire, vient de se i ses lignes (3). Mais j'imagine qu'elle
Charlei. Neuf mille morti, dont cinq mille 1 chèrent le champ de bataille de Siokach,
(1) Vérone n'était pas prise. Schérer avait for TAdige le 26 mars (6 germinal) et obligé Rray à autour de Vérone. Mais le général autrichien^ hésitations de son adversaire, prit l'offensive et ga (16 germinal) , la bataille de MagnanOy qui rejeti derrière l'Adda.
(2) La division Sérurier, qui opérait dans Venise, avait été rappelée surl'Adige par Schérer, opérations.
(3) Sur le Rhin, entre Rehl et Neuf-Brisach d'état-major Ernouf la conduisit, après le départ pour Paris. Elle n'était plus en état de résister à attaque de Tarchiduc Charles, et Ernouf s'en cro
[l799] DU GÉNÉRAL JEAN HARDY 123
pas à reprendre Toffensive, surtout si elle reçoit les renforts qu^elle attend et si Tarmée d'Italie continue ses succès.
On m'assure que Jourdan est à Strasbourg, malade et souffrant beaucoup de la chute qu'il a faite, lorsque son cheval fut tué sous lui au combat du 1'^ germinal (21 mars).
21 germinal (10 avril).
Quand j'ai essayé de monter à cheval, il m'a été impossible d'y tenir. Je criais comme un aveugle qui a perdu son bâton et, en descendant, je ne pouvais plus me remuer ni rester debout; je n'étais pas même bien dans mon lit. Je compte que Plombières me tirera de là.
87 germinal (16 avril).
Jourdan est à Paris. Il est allé demander au Directoire s'il veut enfin lui donner les renforts qu'il lui avait promis pour l'exécution de son plan de campagne. S'il obtient le nécessaire, il ne tardera pas à revenir; dans le cas contraire, je ne crois pas qu'on le renvoie (1). En attendant, Masséna commande les deux armées du Danube et d'Helvétie. Je l'ai vu deux fois, depuis qu'il a établi son
(1) On ne le revit plus à l'armée. Il donna sa démission de général en clief et reprit son siège au Conseil des Cinq^Cents.
12i CORRESPONDANCE INTIl
quartier général à Bâle; il m'a f d'accueil. Toute l'armée remonte le peu, il y aura une affaire, dont il est 1 que les résultats nous soient favorabl
1" floréal
Vallin m'écrit qu'il visite souvent i de Troissy ; on travaille activement a murs du jardin, qui est fort bien tenu ménage, ma bonne amie ; tu pourra maîtresse de maison à la fin de cette 4
Je suis à peu près déterminé à tra quartier général à Troissy, après la g
Là, je n'aurai pas à me récrier, à to contre des injustices révoltantes. J dans ma retraite une âme tranquille cience pure et exempte de reproches; mes devoirs de bon citoyen; je ferai a reux le plus de bien que je pourrai e modeste manoir, je mépriserai les hoi caprices et leur ingratitude. Je passer paisibles et sereins, dont l'amour et l'a tout le charme.
6 floréal
Le 11' régiment de chasseurs pass
[ï799] DU GÉNÉRAL JEAN HARDY 125
J'en profiterai pour retenir Hufty (1) et le placer de suite auprès de mon bon ami le général Ney, à qui Masséna a donné le commandement de six régiments de cavalerie, dont le 11' chasseurs. Hufty sera bien là, pendant mon séjour à Plombières. J'écris à Vallin de venir passer deux ou trois jours avec moi ; je l'enverrai ensuite à Ney, qui me le demande et Taime beaucoup.
8 floréal (27 avril) .
On assure que notre armée d'Italie a, ces jours derniers, remporté une victoire brillante (2). Les renforts qui arrivent journellement à la nôtre nous présagent des succès prochains. Tout enfin me fait un devoir impérieux de ne pas quitter la partie.
Je cours chercher ma guérison à Plombières,
(1) Frère de Mme Hardy; il s'était engagé au il* chasseurs.
(2) Fausse nouvelle. Ce même jour, 27 avril, Moreau, qui avait remplacé, dans le commandement de l'armée d'Italie> Schérer démissionnaire, perdait la bataille de Cassano. II avait eu le tort, au lieu de se concentrer en Piémont^ et de se relier à l'armée d'Helvétie, de vouloir défendre, avec moins de trente mille hommes, la ligne de l'Adda, depuis Como jusqu'à Cassano. Attaqué sur un front de vingt lieues par les cent mille Austro-Russes de Souvarow, il avait été vaincu et obligé de ohercher un refuge derrière le Tetsin, en abandonnant Milan. C'était un désastre au lieu d'une victoire*
afin de partager les travaux de mes et leur gloire. Mais après, je rejoindra pour ne m*en plus séparer.
12 floréal
J*ai pris congé de Masséna hier; beaucoup d^amitiés et nous nous somi en nous embrassant.
Je partirai demain pour Plombières
Le grand quartier général se rend Masséna ne tardera pas à agir; il li quelques renforts.
Mon dessinateur, Maurice, m'écrit deux aquarelles de mon combat naval présente le transport de Tétat-major < ciers du Hoche sur le Robust; Tautre, remâté avec un bout de vergue et que beaux de voile, traîné à la remorque.
AUX EAUX DE PLOMBIÈRES du 6 mai au i*' juillet 1799.
Plombièrei, 17 floréal an VU (6 mai 1799).
Me voilà installé à Plombières. J'ai commencé à me baigner ce matin et me suis mis à la disposition du médecin de la station, qui connaît parfaitement Tusage des eaux; il m'a assuré qu'en moins d'un mois je serai guéri.
Il n'y a encore personne aux bains. Il m'en coûte quinze francs par jour pour mon domestique et pour moi, tout compris. Qu'à cela ne tienne, si je dois être bientôt quitte de mes douleurs.
23 floréal (12 mai).
Aie pitié d'un misérable reclus ou perclus, car je suis l'un et l'autre. Il y a dix grands jours que je suis ici; j'ai pris huit bains et ne suis pas plus avancé qu'en arrivant. Je vais faire poser des
sangsues sur mes reins pour les dégai les douches; c'est-à-dire que je m^ une paillasse et que je recevrai de de quinze pieds de hauteur. Si cette suffit pas, je me mettrai à Tétuve. Ce où Ton aspire de la vapeur; Thomm buste peut à peine y rester quinze n merais mieux être à Farmée, me bal jours, que de passer par de pareilles
17 prairi
Je jouais au billard avec Hufty et '.
secrétaire, quand on est venu m'appoi J'ai bien vite quitté le jeu pour te rép et Pierlot se trouvent, depuis hier, ] parce que mon bon ami Ney a reçu tr à TaEFaire du 8 prairial (1), et qu'il a se retirer sur les derrières de l'armée ]
(i) Masséna avait pris position sur la Limma le Saint-Gothard. Il faisait face aux quarante m l'archiduc Charles et aux vingt-huit mille du séparés par le lac de Constance, et dont il voul jonction.
Du 22 au 27 mai (3 au 8 prairial)^ il livra a une série de combats, où la victoire fut chèremc
La supériorité du nombre eut raison des effoi Oudinot, Ney, Paillard et Soult, qui, après q partiels, ne purent empêcher Tarchiduc et Hota
guérir. Alors, comme il ne pouvait plus rien pour mon beau-frère et mon secrétaire, il me les a envoyés.
Je compte rester encore quinze jours à Plombières. Ensuite, j'écrirai à Masséna pour qu'il me doQne le commandement d'une place, à portée de l'armée, afin de laisser aux eaux le temps de faire leur effet.
Tu me dis que tu es devenue maigre et laide!
Maigre, c'est possible, mais tu n'es pas laide, tu ne le seras jamais à mes yeux :
La beauté de la rose ne dure qu*un moment!
Mais la bonté, la tendresse et l'amabilité subsistent. Quand on a ton àme, on est toujours belle ! Que ta figure change, ma Galixte, qu'importe, si ton cœur me reste !
22 prairial (10 juin).
Notre armée a eu, le 16, une affaire terrible (1), dans laquelle Ghérin, chef d'état-major, a été dan-
(1) Une bataille générale fut livrée, le 4 juin (16 prairial), autour de Zurich. Elle resta indécise; Masséna abandonna la ligne de la Limmat, pour s'établir plus en arrière, derrière la Reuss, sur la chaîne de TAlbis. L'archiduc Charles établit^ le 8 juin, son quartier général à Zurich. La Limmat séparait les deux armées.
ISO CORRESPONDANCB II
gereusement blessé, et Debilly a Tépaule. C'est tout ce que j'en si
Ney est ici depuis aYaDt-hi< prendre les eaux pendant une accélérer sa guérison ; ses plaies i dans un mois, il retournera à son point à mon auberge, mais nous y y et Hufty avec nous.
5 met
La tyrannie et le despotisme n rectoire sont obligés de plier devai Justice va donc reprendre son em{ sont grands, mais pas sans remèd tances sont pénibles, nous vaincrom Avec de Ténergie, du courage et u qui ne sera plus enchaîné ni vexé, encore triompher de nos ennemis !
(i) Le 30 prairial (18 juin), le Conseil de des Cinq-Cents avaient renouvelé le pouvoir • démitfions succeMÎves de Rewbell, Treilhan vellière, le nouveau Directoire se composait Gohier, Roger-Ducos et du général Moulins. E ministre de la guerre, devait être remplacé par Muller. Moreau cédait à Joubert le c Tarmée d'Italie, vaincue à la Trebbia par So^ et ÎO juin, mais il continuait k y servir en vo
les grands scélérats qui ont laissé nos malheureux soldats dans un dénûment horrible, qui ont vendu les habits qui devaient les couvrir, les chevaux qu'ils devaient monter, les armes avec lesquelles ils devaient terrasser les barbares qui veulent anéantir notre belle patrie.
Qu*on fasse pleine et éclatante justice des rapi» nots; qu'on ne permette plus au Directoire de trafiquer impudemment de la réputation, de Thonneurdes hommes qui ont sacrifié leur sang, leur santé, tout au monde, pour le bonheur de leurs concitoyens ; qu'on sévisse vigoureusement contre la horde des vautours, des vampires, des voleurs; qu'on les marque au visage ; qu'on les promène du nord au midi, de l'est à l'ouest; qu'on les expose à l'exécration de ce peuple, bon, généreux, magnanime et trop confiant ; et je dirai, malgré le délabrement de nos finances, malgré la pénurie de nos armées :
« La France est sauvée ! »
Mais surtout que ki loi atteigne les fripons et les sangsues du peuple ; qu'on les mette sous presse et qu'ils dégorgent!
Cette mesure est indispensable ; elle frappera quelques individus, mais elle assurera le salut public.
Id2 CORRESPONDANCE INTIME
Le jour de Tauguste et éternelle enfin ; ou, du moins, j'en aperçois Tau
9 messidor (
Je reviens d'Épinal, où j*aî passé « pour me distraire. L'administration ce membres des tribunaux et les autori donné un dîner superbe ; j'ai eu toutes du monde à leur échapper. Les dame; coalisées pour me retenir ; on avait cacl vaux de poste. Je ne sais, en vérité, ( mériter tant de témoignages d'estime et dération ; j'en ai reçu à en être confus, ticle des dames ne te chatouille pas, n Galixte; elles sont, à la vérité, fort gentil! bégueules, point ridicules, bonnes femn dres mères comme toi ; mais je faisais < paraisons et me disais :
tt Ma bien-aimée Galixte l'emporte cela ! M
On a vu ton portrait; on t'a trouvée cha on veut que je te fasse venir. On te fera on cherchera tous les moyens possibles d< ser.
Je ne me suis encore engagé à rien, pai dans notre état, il est défendu de former <
[l799] DU GÉNÉRAL JEAN HARDY 133
jets, les événements qui se succèdent avec la rapidité de Téclair pouvant, d^un moment à Tautre, détruire les châteaux en Espagne de notre imagination.
Dans trois ou quatre jours, je partirai pour Bâle, où j'espère que Masséna me fera passer ses ordres. Yallin doit arriver le 12, au plus tard.
Tu me conseilles d'éloigner de moi jusqu'à la pensée de la retraite. Ton avis est bon, je le suivrai; les circonstances difficiles où nous sommes m'en font d'ailleurs un devoir impérieux. Ce qui vient de se passer, l'acte vigoureux du Corps législatif , la chute des tyrans, la punition probable des grands coquins nous sont d'un heureux présage.
Les fers de mon ami Championnet (1) sont brisés. Tout va reprendre une face nouvelle; nos
(1) Sur la dénonciation de Faypoult, commissaire du Directoire, Championnet, général en chef des armées d'Italie et de Naples, avait été destitué, emprisonné et traduit devant un conseil de guerre, par arrêté du 7 ventôse an Vil (25 février 1799).
Il était accusé « d'avoir employé l'autorité dont il était investi par le Directoire exécutif et la force mise à sa disposition, pour empêcher l'action du pouvoir confié au commissaire civil près de l'armée de Maples, et de s'être mis, par là, en révolte ouverte contre le gouvernement » .
Duhesme et Broussier, qui avaient aidé Championnet à conquérir le royaume des Deux-Siciles, déplaisaient également à
sacrifices ne seront pas perdus ; la Libe debout, triomphante. Oh ! ma bien-alm< peu s^en faut que je ne sois guéri!
Tu vas donc partir pour Lille, où t sœur de Sénarmont ; tu y feras les beau:
beaux jours ! Tant mieux ; puisses-tu autant que je le désire pour ta santé et t tion! Tu mettras probablement une blonde ; cela sera joli au-dessus de tes noirs. C'est ce qui s'appelle « trancher « suirre la mode; il est de mauvais ton, auj< de porter une perruque de la couleur de veux ; cela est trop naturel ! Vraiment, ruques blondes donnent un air de fadeur, gueur; on ne se fait pas d'idée de ça ! 1 ruques sont fort commodes, j'en conv bonne foi ; mais conviens aussi que les sont, pour la plupart, frappées de vertige, que je te dis là, ma charmante amie, n'est plaisanterie; ne va pas croire que j'aie l'ii de t'empécher de porter perruque ! DU garde, puisque ça t'amuse !
Faypoult. Ils partagèrent la i|i«grâce ae leur généra qui fut remplacé par Macdonald. Le nouveau Dir sortir Championnat de prison et lui donna, en juic mandement de l'armée des Alpes.
[llDO] DU GÉNÉRAL lEAN HABDY 135
Boa voyage ! Rétablis ta santé, amuse-toi bien et conserve-moi ton cœur. Le mien t'appartient ; c'est une propriété sur laquelle je n'ai plus de droits. Je t'embrasse, avec Victor, aussi fort, aussi tendrement que je vous aime tous les deux.
CAMPAGNE D*HELVÉTIE du 3 juillet au 28 août 1790.
Le général Hardy à sa femme.
Bâle, 20 messidor an VII (8 juillet
Il y a cinq jours que je suis ici, retour bières. Masséna m'appelle à son quartie pour me donner le commandement de la Il m'assure que cela ne nuira en rien au sèment de ma santé ; cependant, cette rés sur la ligne. J'établirai mon quartier gë Mellingen. Les généraux Férino et Souh raient désiré me conserver ici ; ils avaient Masséna de me donner le campretrancbé e de Bâle; leur démarche était inutile. Tr< qui est près d'ici avec son 11* chasseurs, c déjà les mains, dans l'espoir de se retrouva mes ordres. J'aurais été charmé d'avoir en<
régiment, avec lequel j^ai fait trois campagnes consécutives et dont je possède la confiance.
Aarau, 23 messidor (il juillet).
J'ai repris hier le collier de misère, et aujourd'hui, pour la première fois depuis un an, je suis remonté à cheval. Masséna m'a parfaitement reçu; il m'a même donné à entendre que, sous peu, je serai divisionnaire. Je .serai tout ce qu'on voudra ; je ne cherche pas les places et, quelle que soit celle qu'on me destine, j'y remplirai mes devoirs sans autre but que le salut de ma patrie et le bonheur de mes concitoyens.
Je voulais m'établir à Mellingen; cette destination a été changée lors de mon passage au grand quartier général.
Masséna compose mon corps de réserve d'environ quinze mille hommes et y joint la brigade Humbert, qui est à Mellingen. Je suis donc venu m'établir à Aarau et, demain, je ferai camper les premiers bataillons qui arriveront.
J'ai vu presque tous mes camarades en passant sur la ligne et n'ai eu qu'à me louer de leurs procédés.
Nous sommes dans un triste pays, chez des
péquins qui ne nous aiment pas et qu< de retour.
Fribouin, S5 mettidor
Voilà mes troupes qui arrivent ; je cheval et n*ai que le temps de le dir porte bien, avant d*y remonter.
Je suis à peine arrivé en Suisse et ( couru le pays d'une extrémité à Tauti transporté sur le lac de Genève, aux célèbres par les amours d'Héloïse.
Vevey, 3 thermidor (2
Je ne suis pas loin de Charens ; Lai tout près, et j'envoie aujourd'hui de Sion !
Je ne m'extasie pas, comme Jean-Ji vue des vallées riantes, des coteaux ch tout ce que la nature o£Fre ici d'enchai bizarrement beau; des idées plus noii mon cerveau. Ce pays, si délicieux n'o£Fre plus la moindre ressource ; les sont pas certaines d'y trouver de qu< jour le jour. Ceux qui, les premiers, oi Valais (1) ont tout fait pour nous ren
(1) Au début de ses opérations, Masséna av général Xaintrailles, avec quelques bataillons^ c
[1799] Di; GÉNÉRAL JEAN HARDY 139
aux habitants et ils y ont parfaitement réussi. Tu vois que ma position n^est pas gaie ! Je ferai néanmoins en sorte de m'en tirer. Oh ! le détestable métier que la guerre en pays allié ! Comme j'aimerais mieux la Forêt Noire !
L*armée est toujours dans Tinactiôn. il est grand temps qu'on la fasse marcher, car elle est sur le point de périr de misère.
Nos affaires en Italie ne vont pas très bien (l) ; mais, sous peu, je crois que nous serons en mesure de réparer les grandes fautes qu'on a faites à l'ouverture de la campagne.
10 thermidor (28 juillet).
Je. pars à l'instant pour le Valais ; j'ai fait filer, hier, des troupes sur le mont Saint-Bernard ; je vais les rejoindre. Demain, nous pourrions bien y avoir une affaire.
12 thermidor (30 juillet).
J'arrive du Valais. Rien ne s'y passera avant
pour qu'il essayât d'établir des communications entre les années d'Helvétieet du Danube et celle d'Italie. En juin, le petit corps Xaintrailles avait été remplacé par la division Turreau.
(1) Les Austro-Russes, maîtres de Peschiera, de Milan, de Turin, assiégeaient Mantoue et Alexandrie, qui capitulèrent en juillet 1799.
23 thermie
Le 8 de ce mois, le Directoire grade de général de division; j^ei titre quand j'aurai le brevet (1).
27 thermid
Ta me dis que tu n'es pas tranqi affaires vont mal, que Tennemi est tous les points...
A la vérité, Tennemî est fort et n aussi dans peu. L'ennemi a feil de gn cela est encore vrai, et il n'a pas eu g
(1) Le voici :
Lettre de service.
Le Directoire exécutif, ayant à nommer un gé pour être employé, en cette qualité, près les t posent l'armée du Danube, subordonnément au de cette armée, a fait choix de Jean Hardy.
Il esty en conséquence, ordonné aux troupei dite armée du Danube, aux généraux de brîga d'état-major, à ceux de l'artillerie et du génie, employés près d'elle, de le reconnaître en !
général de division et de lui obéir ou faire obéi à leurs ordres, en tout ce qu'il leur commande du service et le succès des armées de la Républ:
Fait à Paris, le douzième jour de thermido
République.
Le ministre
Berna
[l799] DU GÉNÉRAL JEAN HARDY M3
Sckérer et compagnie rayaient si bien servi, qu'il ne pouyaît mftoqiier son coup. Nos affaires vont mal, mais elles iront mieux. C'est dans les circonstances difficiles qu'il faut avoir le plus de fer^ meté et de courage. Que deviendrions-nous si nous nous laissions abattre par les revers? Que serions-nous devenus, lorsque Tennemi inondait le nord et Touest de la France, si nous avions lâchement courbé la tête? Les Autrichiens sont à nos portes! qu'ils entrent, s'ils osent; ils ne s'en retourneront pas ! Mais il n'est pas question de les laisser entrer : ils sont déjà arrêtés (1). Après avoir cueilli des roses, dont les traîtres avaient complaisamment ôté les épines, la coalition pourra fort bien n'avoir plus que des ronces à fouler. Le Génie de la liberté veille toujours sur la France; ses enfants sont toujours debout et la famille s'augmente à chaque instant. Le lion dort en ce moment; il va se réveiller, plus terrible!
On a bien fait d'écrire à Bevières que je ne pouvais prendre son frère. Si je voulais écouter
(1) Joubert avait pris roffensive, en Italie, avec (|uarante mille hommes, pour venger la défaite de la Trebbia. Attaqué par Souvarow, le 15 août, aux environs de Novi, il fut tué en criant : • En avant! » et l'armée, réduite de dix mille morts, dut se réfugier dans TApennin.
tous ceux qui m'écrivent dans ce
bientôt un escadron à mon état-ma
Le général Turrcau a attaqué
nemi dans le haut Valais (1); je d^
tire avec avantage.
2 fructîi
Il paraît que mon avancement te de plaisir. Je t'avoue que je n'en i non plus, et que j'aurais été très va vir sous mes cadets, que j'ai vus, po faire officiers, et dont beaucoup, ] arrivés avant moi. Je suis loin de < ancienneté de grade; je les verrai i sans jalousie.
(1) Ce n'était pas seulement Turreau qui i trichiens, le 14 août, au Grand- Sain t-Berna Lecourbe sur la Reuss, depuis Altorf jusqu'ai et Chabran sur la Sihl, dans le canton de Glar
Lecourbe, admirablement secondé par Gud vin, Porson, Daumas, combattit quatre jeun dans les glaciers et les précipices^ franchit le s'empara du massif du Saint-Gothard et écn de Tarchiduc Charles, sans que celui-ci pût la •« occupa d'ailleurs l'attention du général en ch attaquant, à la fois^ le 17 août, son centre et s et Baden.
Turreauy maître du Saint-Bernard, du Furcs avait rejeté en Piémont les débris de la division Valais.
[1799] DU 6ÉVÉRAL JEAN HARDf 145
Je t^ai toujours dit, ma chère Calixte, que le moment de la justice n'était pas éloigné. Il m'est agréable de ne rien devoir aux importunités, aux plates démarches, aux sollicitations et, encore moins, aux intermédiaires, qui souvent vous font rougir en se vantant de vous avoir honoré de leur protection. Ce que j'ai, je l'ai gagné et, si j'en excepte Bernadette qui, en entrant au ministère, s'est rappelé qu'il avait servi sous mes ordres, comme j'avais servi sous les siens, Bernadette, qui a mis mes services sous les yeux des directeurs, je n'ai d'obligation à personne. Mon avancement est le prix de mes travaux ; tout le monde n'en peut pas dire autant !
Je compte partir, le 7, pour le grand quartier général, à Lentzbourg, où Masséna désire m'entretenir sur plusieurs objets relatifs au service. J'entrevois que le chef d'état-major général Oudinot, blessé plusieurs fois, a besoin de se reposer et qu'on a envie de me faire remplir ses fonctions. Ça m'est égal; je ferai ce qu'on voudra; ce n'est pas d'aujourd'hui que je suis à toute main. Écrismoi tout bonnement à l'armée du Danube.
P. S. — L'armée vient d'attaquer sur toute la ligne : nous avons réussi, fait beaucoup de prison^»
146 CORRESPONDAIfCI INT
nierSy gagné un terrain considérabl mes troupes ont bien donné.
Un gazetier annonçait demièn Russes occupaient le Grand-Sainta menti ; c*est moi qui tiens cette tagne, qui ouvre un passage en Pié.
Je suis chargé de sa défense et poste. Au surplus, il n'y a point d cette partie ; le gazetier est un impo
Bâle» il fructid
C'est pour me donner le commant division en ligne que Masséna m' m'accable des marques de sa confian destiné le plus beau poste de l'armée a été de courte durée; il a reconn pouvais me dispenser de retourner i pour achever ma guérison. Les offic de l'armée en chef le lui ont dit; il non sans peine, et m'a recommandé d< sitôt que je serais guéri. Il m'a répète vais être tranquille sur ma destinatio rait me donner un poste qu'il ne con premier divisionnaire venu. Enfin, y de tout ce qu'il m'a dit d'obligeant.
Me voilà donc encore une fois
[1199] Dtl GÉNÉB&L JEAN H&BDV Ul
de Plombières, où je compte coucher demain.
J'ai beaucoup dépensé depuis mon retour à l'armée, t&at pour remonter mon écurie que pour ma table. Nos très chers alliés, les HelvéUens, ont la louable habitude de nous faire payer double ce qu'ils vendent à un prix modique à leurs compatriotes.
Il n'y a pas un sou dans la caisse de l'armée; si le commissaire ordonnateur et le payeur général n'étaient pas de mes amis, si ce dernier ne m'eût avancé quinze cents francs pour mes appointements de thermidor, j'étais obligé de m'en aller à Plombières avec la douzaine de louis qui était tout mon avoir.
PCrXIÈMC SÉJOCE A PLOMBl
HûmAitm, le IS frvtiiior am TU [V
Il a d6 T aTOÎTf hier oa ce matin^ ▼i^ooreose sur Zaïich; oo ne taidei apprendre les détails. Il esl à dé&rer réussi, J*ai demandé à passer à Farméi je ne sais si je l'obtiendrai. J'ai Inen < de le désirer, malgré Taffection qoe m^ Masséna.
23 fructidor (9 te|
Ta me demandes si je crois à one chaine. Tontes les opinions à cet égar incertaines. La paix et la guerre tienne & des riens.
L'une ou Tautre arrivent souvent c où Ton s'y attend le moins. Les affoire
désespérées pour Tun des deux partis; c'est à ce moment même que la fortune change de caprice et amène la paix. L'union paraît bien cimentée entre diverses puissances et, tout à coup, un orag^e, formé en secret par le besoin, Tambition, l'intrigue des cours, éclate et embrase la moitié du globe ; le fléau dévastateur de la guerre se propage et fait des progrès surprenants, sans qu'on puisse prévoir quand son flambeau s'éteindra. Aussi, tous ceux qui raisonnent sur la paix ou la guerre, de quelques probabilités qu'ils appuient leurs assertions, se perdent dans un dédale de conjectures.
Une gazette me fait combattre, le 15, à Zurich ; elle a la bonté de me donner la victoire, en déclarant que j'ai couru les plus grands dangers. Une autre (il y a quatre jours) annonçait la mort de Joubert comme fausse, quoique nous en ayons les preuves, malheureusement, les moins équivoques.
Une troisième annonçait l'arrivée de Bernadette à Strasbourg, au moment où il passait en revue, avec Lefebvre, les conscrits de la caserne de Courbevoie.
Masséna a été remplacé au commandement de Tarmée du Danube, sans le savoir, même sans s'en douter, et il a été très surpris quand il a reçu l'ar-
150 CORRESPONDANCE INTIlk
rété du Directoire qui le réintégrait c mandement. Voilà une conduite 1 mais aujourd'hui, il ne faut s^étonnei Yalliu me mande que le coup qu'o sur Zurich n'a pas eu lieu. La cause doute, à rentrée de Tarmée du Rhin fort; on veut attendre qu'elle ait fait ques marches et obligé Tarchiduc < mouvement rétrograde qui faciliten tions en Helvétie.
Plombières^ 4* jour complémentaire (S*
D'après ce que vient de me dir Darçon, membre du comité militaire Directoire, en passant, ce matin, en question de m'envoyer à l'armée du B
Bernadette vient d'être remplacé s
(1) Muller, qui la commandait, devait, avec se hommes, tenir tète au corps autrichien de St mait l'aile droite de l'archiduc Charles. Il occu] investit Philipsbourg le 30 août. Le 9 septembre être donné à la ville, bombardée depuis cinq Muller apprit que l'archiduc Charles, remplacé c Gortschakof, marchait avec toute son armée au s lipsbourg. Il leva le siège et opéra sa retraite puis sur Mayence, qu'il reçut l'ordre de couvrir ter sur la rive droite du Rhin.
[l799] DU GÉNÉRAL JEAN HARDY 151
par Marescot (1), avec lequel je ne suis pas moins lié.
Je vais lui écrire pour qu^il ne perde pas cet objet de vue; car, quoique j'aie une belle division à Tarmée du Danube, je préfère servir sur le Rhin, à cause de ma connaissance du pays. C'est, à la guerre, un très grand avantage.
Un excès de zèle, mon empressement à reprendre trop tôt de l'activité au lieu de laisser le temps aux eaux de faire tout leur effet, m'a forcé à revenir ici une seconde fois. Cette imprudence a failli m'estropier pour le reste de ma vie.
Les officiers de santé en chef de l'armée, chargés par le général Masséna de venir à mon secours, désespéraient de me tirer d'affaire et parlaient d'amputation.
Masséna a cru bien faire en me confiant le corps de réserve ; c'était, en apparence, un poste assez tranquille. Mais les mouvements d^ l'ennemi m'ont obligé à courir, en moins de quinze jours, d'une extrémité de la Suisse à l'autre, et à faire une infinité de courses très fatigantes, par des
(1) Ce ne fut pas Marescot, mais Dubois-Crancé, qui remplaça Bemadotte, le 14 septembre 1799, au ministère de la guerre; Bernadotte, nommé conseiller d'État, ne quitta pas Paris.
|:ri CORRESPONDANCE IN
f'liiilcMir« «xccssivei, pour reconi f|iii* JD voulais faire occuper.
A piMuc mes troupes étaient-e.
i|ii(* jn rrcovais Tordre de changer
Ou nra fait aller dans le hauiV Niiitil* Homard, au Simplon, au fiioitiH dans un pays diabolique. J Valliii; jn n'avais pas encore d*adj j'i^laiii ol)li(((^ de faire et de voir fh^Mid »ry ai ({a(pié une grave mai t'uilli mourir.
Mm voilh maintenant à peu près 1 lift Im lùuMilli^. Il m'est défendu, c iMOMliM' ti c'Iioval, si je ne veux m\ im'Uu\0 pluH danijorcuse que n'était
Il m*f«Ht hion dur et bien pénibl fliMiniA 6 Mil l'cipos d'un mois encore, iiMMil cnlifjiio, cu>mmc celui-ci, où je  mon poHln.
Ji) roçois iino lettre fort amicale de iw H(i portera pas de (grands coups (l
(1^ Ca« dmiiilii roiipi furent les deux imaioi (S9 et SO Neptnmhre) de Zurich. Après la Treb sulîqiie, et* d/iHnnt de Souvarow, avait décidé chiens agiraient seuls en Italie et sur le Rhin, ip* Russes débusqueraient Masséna de la position avait prise en Helvétie. C'était le salut de la Fra
je rejoigne, ce qui me tranquillise un peu. Il a la bonté de me recommander de me bien soigner et
trichiens, bons tireurs, habitués à la guerre de montagne, étaient, pour les Français^ des ennemis plus redoutables que les Russes, soldats de plaine, qui dédaignaient l'emploi des feux et ne combattaient qu'à la baïonnette.
L'archiduc Charles avait cédé ses lignes de la Limmat à Rutusow. Souvarow, venant d'Italie, s'engagea, le 21 septembre^ à travers les précipices du Saint-Gothard pour prendre à revers les Français sur l'Albis. Lecourbe, qui commandait l'aile droite de Masséna (douze mille hommes)^ arrêta Souvarow, le harcela, lui coupa les vivres et l'empêcha de faire sa jonction avec Rorsakow.
Masséna ordonna, le 25, une attaque générale. Les divisions Mortier, Klein, Lorges et Mesnard enveloppèrent Rutusow dans Zurick, lui prirent cent canons, cinq mille prisonniers, son trésor, tous ses bagages, et l'obligèrent à se réfugiera Schaffouse. Soult battit, sur la Linth, le corps autrichien de Hotze, chargé d'assurer la liaison entre les armées russes, et le rejeta au delà du Rhin.
Souvarow s'obstina a marcher sur Zurich, dans l'espoir de rallier les débris de Korsakow et de Hotze.
11 fut arrêté, le 30 Septembre, vers Claris, par Molitor, qui, avec douze cents hommes, en contint quinze mille et permit aux divisions Mortier et Lecourbe de les rejeter dans les Crisons, le 4 octobre.
Gortschakof, renforcé par le corps de Condé et une division bavaroise, tenta de secourir le vieux maréchal moscovite. Il fut battu à Constance et à Diersenhofen par les divisions Lorges et Mesnard.
En quinze jours^ Masséna et ses lieutenants avaient jonché les Alpes, barrière de la patrie en danger, de vingt-six mille cadavres russes ou autrichiens.
Souvarow, furieux contre les généraux autrichiens, les dé-
de me guérir ayant de revenir à Tarmé son ayis.
Je pars demain pour Épinal, où je à la fête nationale. Le 2 yendémiair trons, YalHn et moi, le cap sur Dormai où tu me rejoindras avec les bagages € thèque.
La crémaillère fut pendue au manoii dans les derniers jours de septembre 17£ de Hardy de vivre en ménage avec sa Galixte dura deux mois. Son congé fini, i rétablie, il quittera son doux nid pour :
vie errante.
Le 30 octobre, il est à Paris ; son ami L le présenter à Bonaparte, revenu d'Ëg) prépare, avec Sieyès, le coup d'État du 1
Le général de division Hardy à saj
Paris, 8 brumaire (30 Hôtel de Toscane, rue
Arrivé hier à Paris, à deux heures J'ai vu Lefebvre et sa femme, qui m'oi
nonça à Paul I*' « comme des traîtres, qui s'étaic pour qu'il eût l'humiliation de fuir devant des f Tzar partagea son irritation et ne tarda pas à l'Empereur.
[l799] DU GÉNÉRAL JEAN HARDY 155
de tes nouvelles avec intérêt, puis Debelle et plusieurs camarades. Je suis attendu par Moreau, Bernadotte et le ministre de la guerre, Dubois Grancé.
9 brumaire (31 octobre).
J'ai vu, hier matin, Moreau, qui m'a fait, comme à l'ordinaire, beaucoup d'amitiés. J'ai déjeuné chez Bernadotte; sa petite femme (I] paratt fort gentille et point bégueule. J'ai promis de dîner chez eux, un de ces soirs. Puis j'ai dirigé ma promenade vers le quai Voltaire, où est le quartier général de la 17* division (2), dans l'intention de me faire présenter à Bonaparte par Lefebvre. Nous n'étions pas inscrits, il a fallu remettre la partie.
Prenant un peu à droite, je suis entré au ministère de la guerre. Dubois-Grancé m'a fait grand accueil. Il nous a invités, Yallin et moi, à dîner demain, en famille.
J'ai vu, au dépôt des armes, mon armure (3), qui est superbe.
(i) Née Clary, sœur de la femme de Josepb Bonaparte.
(2) On dirait aujourd'hui le gouvernement militaire de Paris.
(3) Une carabine, quatre pistolets (deux d'arçon, deux de ceinture), un sabre, une épée. Sur chacune de ces armes (qui ont été précieusement conservées) est inscrit : « Le gouvernement français au général Hardy. »
156 CORRESPONDANCE INTIMl
J*aî passé la soirée aux Italiens. A j'étais dans mon lit. Est-on plus sa époux?
10 brumaire (i* n
Je suis fort content du ministre, sa fait beaucoup d*amitiës ; mais c'est un commère.
Au Directoire, je n'ai trouvé que l Gohier et Roger-Ducos. Ils m'ont pi accueilli. Je dîne demain chez Gohier.
11 brumaire (2.no'
J'ai écrit à Bonaparte pour lui dem entrevue. Il m'a répondu que je pou quand bon me semblerait et qu'il aurj grand plaisir à faire ma connaissance. « une heure.
Nous n'avons pas le récit de l'entrevue. 1 tit, le lendemain (3 novembre), pour re femme à Troissy. C'est là qu'il apprit que avait renversé le Directoire, le 18 Brumain grenadiers avaient, le 19, dispersé le C Cinq-Cents et que le gouvernement de la F confié à trois consuls, Bonaparte, Roger Sieyès (II novembre).
Bonaparte manda Hardy à Paris pour 1
de l'armée du Rhin, où il avait demandé à servir. MuIIer se déclarant impuissant à la réorganiser, Hardy conseilla de remplacer MuUer par Moreau.
C'est avec l'espoir de l'avoir bientôt pour général en chef, qu'il se rendit en poste à Manheim, à la fin de novembre, avec Vallin, l'un de ses aides de camp. L'autre, le capitaine Sauvage, restait à Paris; sa santé, fortement ébranlée par l'expédition d'Irlande, ne lui permettait pas encore de faire une nouvelle campagne;
ARMÉE DU RHIN Du ^ «ovimbre 1799 au S6 avril i8(
Manbeim, le 7 frimaàr^lii VIII (28 novem
Nous sommes arrivés, liier au soir, santé et sans autre désagrémeni qui chemins qui, partout, sont horribles.
J*ai vu, un moment, le général enok il est fort embarrassé pour me placer. 1 Rhin n^est qu'une ombre d*armée ; il ] plus de généraux qu'il n*en faut pour c la poignée d'hommes qui la compose, mal et cela ne peut durer. Je vais près de me donner une destination, en att< l'armée s'organise sur un meilleur pied autre chef. Je désire que les idées que j'; à Bonaparte (1) et à Moreau fassent sui
(i) Remarquons ce cliaiigemeiit; à partir du n'écrit plut Buonaparte, mais Bonaparte.
que impression pour que nous ayons de bons quartiers d'hiver.
Un Génie malfaisant dirige les pas de Sénarmont et les miens, et ne permet notre réunion sur aucun point du globe. J'ai rencontré mon cher beau-frère à une lieue de Manheim ; il s'en allait à Paris, où le ministre l'a nommé membre du comité central d'artillerie. Il a fallu nous contenter de nous embrasser et de nous dire adieu.
9 frimaire (30 novembre) .
Je pars pour Worms, où je prendrai le commandement des départements de la Sarre et du Mont-Tonnerre, jusqu'à ce que l'arrivée des renforts me permette d'entrer en ligne avec une division. Ce service m'ennuie beaucoup; mais je m'y résous parce qu'il faut être employé et que je crains, si je demande au ministre une autre destination, qu'il ne m'envoie en Vendée ; ce que j'ai toujours redouté depuis le commencement de la guerre. Je vais, pendant quelque temps, mener une vie de chanoine ; ça vaut mieux que de compromettre son honneur et sa réputation dans un commandement qui n'est pas tenable.
Worms, 12 frimaire (3 d
Me Toilà rendu à Worms. Y seraî-je h Je ne le crois pas, et tant mieux, cai sédentaire ne me convient pas. Je suis au milieu de braves gens, qui se rappe plaisir le temps où je commandais le Hundsruck.
L'armée a Moreau pour chef et va pr autre attitude. Il est dommage qu'on ait !
mais mieux vaut tard que jamais !
Les Russes se retirent définitivemei pouvaient plus s'entendre avec les Ai C'est la dissolution de cette fameuse coa aura le sort de toutes les autres
Souvarow, le cher fils de Paul !•% re son très honoré maître moins de vingt-c des quatre-vingt-dix mille soldats qu'il s
Nous organisons notre cuisine ; elle cera demain à chau£Fer. On trotte de t pour acheter marmites et casseroles. J'a ce petit tripotage, qui ne peut durer lon{ la vie d'auberge ; on y est trop étrillé • être économe quand on est père de fami
Worms, le 14 frimaire (5 décembre).
L^armée, trop faible, n'a pu se tenir dans ses positions; elle repasse le Rhin. Les deux généraux en chef sont convenus d'une suspension d'armes pour huit jours. J'espère que, pendant ce temps, on va accélérer l'arrivée des renforts et organiser la nouvelle armée du Rhin, que Moreau commandera de manière à nous assurer de bons quartiers d'hiver.
16 frimaire (7 décembre).
Toute l'armée est sur la rive gauche du Rhin, à l'exception de deux ou trois mille hommes restés à Manheim et à Nekerau pour la garde du pont de bateaux. Il paraît que les Prussiens se remuent. Les troupes parties de la Hollande pour remonter le Rhin et nous renforcer redescendent. Tout est, jusqu'à présent, couvert du voile du mystère ; mais les grands événements ne tarderont guère.
Je pars, dans une heure, pour Landau, dont je vais prendre lecommandement supérieur.
Landau, 20 frimaire (11 décembre).
L'armistice , qui n'était d'abord que pour Manheim, a été généralisé, car un ofiGcier de l'armée du Danube a écrit hier qu'il allait au bal, à
16S CORRESPONDANCE INTU
Constance, avec les officiers aul attend le résultat des démarches de du cabinet de Vienne.
Nous sommes peut-être à la veille
Moreau n*a point encore donné de \ Macdonald, son lieutenant pour V n*est pas arrivé non plus.
Nous avons abandonné Manheim c pont ; de sorte que nous n'avons plu sur la rive gauche du Rhin qu'à K ouvrages ne sont guère tenables et bien être cédé à l'Empereur.
Il y a longtemps que nous aurions Directoire avait accepté les condi nables et avantageuses qu'on lui offn
22 frimaire (13
La petite armée du Rhin est épar rive gauche, où elle vit, tant bien qu les bourgs et villages.
Je ne sais pas encore ce que Toii faire. La saison est bien rigoureuse ; l réorganisation sont très minces, Targ les troupes sont fatiguées.
On aura de la peine à remonter
dont les ressorts sont usés, brisés ou du moins dérangés.
Les hostilités reprendront-elles, je Tignore, mais, autant que ma vue peut s'étendre, je ne le prévois pas. J'attendrai tranquillement les événements sans faire grand bruit.
Je me tiendrai coi jusqu'à l'arrivée de Moreau ; je demanderai alors à sortir de mon trou de Landau.
Nous vivons passablement ; les comestibles ne sont pas très chers. Je fais tout apporter de l'auberge et, avec quarante sous par tète, nous avons deux bons services, sans vin. Nous ne prenons qu'un repas ; ce qui reste d'intact est plus que suffisant pour accompagner le verre de vin que nous prenons le soir.
Tu ne trouverais pas de somptuosité à notre table.
Les payeurs sont, tous, aussi dépourvus de fonds les uns que les autres ; je n'en ai pas encore trouvé un qui pût me solder deux mois d'acompte sur quatre qui me sont dus.
Ma bourse est à sec ; il est temps de déterrer enfin un payeur qui paye. Rara avis/ (L'oiseau rare, pour les Galixtes qui n'entendent pas le latin.)
164 CORRESPONDAQTGE INTIlIt
28 frimaire (19
Je vais à Mayence prendre le coi de la cinquième division active ( Marescot, nommé ministre de la guei de Berthier, devenu ambassadeur à I
Hardy ^ commandant en chef^ à sa
A Mayence en état de siège, 6 nivôse (
J'ai tant d'ouvrage depuis que je sui n'est qu'hier soir que j'ai pu m'enfc rendre compte aux consuls et au mi guerre de la situation de cette place clef de notre position du Nord.
Je viens de recevoir officiellement Constitution (1); je la ferai accepter ap par la garnison de Mayence.
Ma situation est très critique ; nous
(i) La Constitution de Can VIII, promulguée bre 1799, donnait le pouvoir exécutif à trois con Tribunaty le Sénat, le Corps législatifs le suffra degrés. Le premier Consul, Bonaparte, choisissait les ambassadeurs, les membres du Conseil d'Ëta guait les lois, conférait les grades dans les armé de mer, nommait tous les fonctionnaires civils. Le Gambacérès et Lebrun, avaient voix consultative.
[l799] DU GÉNÉRAL JEAN HAHDY 165
d^argent ; la solde n'a pas été payée depuis plus de deux mois; les soldats sont en guenilles.
Je frappe à toutes les portes pour obtenir quelques avances et j^ai bien de la peine à réussir. Il faut espérer que le gouvernement mettra un terme aux déprédations et que les impôts payés par le peuple arriveront enfin à leur véritable destination.
8 nivôse (29 décembre).
Nous allons lire la Constitution aux troupes. Vingt officiers supérieurs sont réunis chez moi pour m^accompagner à la cérémonie. Je ne la ferai pas durer longtemps et mon ordre du jour sera laconique, parce qu'il fait un froid de loup.
10 nivôse (31 décembre).
J'ai reçu le médaillon qui contient ton portrait et celui de mon père. Avec quelle joie je les regarde, ces traits si chers, qui évoquent des souvenirs délicieux!
On s'est bien amusé au repas qui a suivi la cérémonie.
Nous étions trente-cinq à table ; mon cuisinier a fort bien fait les choses. Mon valet de chambre, TEpinoy, s'est acquitté des fonctions de maître d'hôtel avec beaucoup d'intelligence et d'activité.
166 CORRESPOMDAMCE INTIM
J^en suis content; ce n^est pas un comme mons Adrien.
Tu me demanderas peut-être qui ps festin? Ton serviteur, et ça ne peut ment. Heureusement cela n'arrive p mois ; mes 1,500 francs d'appointemei raient pas.
Nous avons aujourd'hui un grand ba cription. J'ai donné mon offrande, m affaires pressantes à terminer et, pen saute, je t'écris. Si tu étais à Mayence différent ; mais qui voir à ce bal ? Dei m'ennuient ; j'aime mieux regarder ton et le couvrir de baisers !
Nous attendons Moreau et une nouve sation de l'armée. Reçois-tu mes lettres de port? C'est un droit.
14 nivôse (4 janvier
Moreau est arrivé à l'armée et probab va opérer bien des changements. Il quinze mille hommes, venant de la HoUa rendant à Strasbourg. Je crois qu'on a porter l'armée au delà du Rhin.
Un ami de Paris, qui travaille chez le de la guerre, m'apprend qu'il a été que
[l800] DU GÉNÉRAL JEAN HARDY 167
me nommer chef de rétat-major général; il croit que cette nomination n'est que différée. J'attends et j'accepterai tout ce qui ne sera pas au-dessus de mes forces, mais je ne ferai pas un pas pour avoir plus que je n'ai.
Un froid excessif a gelé le Rhin ; ce qui m'a causé de grandes inquiétudes, car la place n'était plus à l'abri d'une attaque. Depuis hier le dégel est bien prononcé ; messieurs les Autrichiens ne seront plus tentés de me faire visite.
Vn de mes généraux de brigade a donné, avanthier, un très beau bal. Tout ce que le sexe de Mayence o£fre de joli y était rassemblé ; je me suis avisé d'y danser deux contredanses ; il y a longtemps que je n'en avais tant fait.
18 nivôse (8 janvier).
J'ai cru que le Rhin débâclerait; mais la gelée a repris tout à coup et on passe de nouveau le fleuve à pied. J'attends l'ennemi, qui se rapproche tous les jours de moi.
Le sucre ne se vendant ici que vingt-un ou vingt-deux francs et le café vingt-six, j'expédie à Troissy un quintal de chacune de ces denrées ; tu n'en seras sans doute pas fâchée.
J'ai acheté deux pièces de toile de Hollande
pour faire des chemises. Chaque
revient pas à plus de douze francs
rien.
30 nivôse (2
J^ai tant d^occupations que je suis qu^à dix ou onze heures du soir, j^ai [ ne rien remettre au lendemain. Au m t'écris, à minuit, un courrier m'appoi de Moreau. II me délègue les fonctioi teur pour incorporer huit bataillons c dans les anciennes demi-brigades.
Besogne diabolique et fort désagré) mesure entraîne des mécontentement!
clamations sans fin. C'est un métier de le nôtre ; on n'a pas plus tôt fini un compté sur une heure de repos, qu' dix autres, qui vous enchaînent pour 1 une partie de la nuit. Trop heureux qi termine à la satisfaction de tout le m la difficulté.
Tu me fais un crime d'avoir dansé d danses sans toi. Oh! mon petit chou, me traites ! Et tu crois que je danse non, non ! Je suis un fou ! » Eh quoi !
de division, qui commande un boulev Mayence, qui, surchargé d'afifaires ij
[l800] DU GÉNÉRAL JEAN HARDY 169
peut à peine écrire, tous les dix jours, aux consuls, aux ministres, etc., se donne des airs de danser avec deux femmes qu'il ne connaît pas et qui n'ont pas la millionième partie de Tamabilité de Galixte, oh ! vraiment, c'est impardonnable ! »>
C'est toi qui parles, ma bien-aimée, et, ma foi! tu as raison ; aussi cela ne m'est pas arrivé depuis ; il me semble que je devinais ton irritation.
Adieu, ma bonne petite femme ; aime-moi bien malgré tous mes défauts, car je suis à toi sans réserve.
5 pluviôse (25 janvier).
Le facteur m'apporte, à dix heures du soir, ta lettre du 25 nivôse. Elle est accompagnée de quinze autres, auxquelles il faudra que je réponde. Je commence par toi, avant de me coucher.
On t'enverra de Paris un choix de livres, qui n'offenseront ni la délicatesse ni les mœurs ; qui ne tiendront pas trop du roman, mais ne seront pas trop sérieux ; des œuvres jolies, légères, bien écrites, instructives et amusantes, qu'on pourra confier à tes grandes sœurs sans alarmer leur pudeur, qui vous rendront à toutes le séjour de Vachefontaine moins désagréable. On les adres-
170 CORRESPONDANCE INTl
sera au recereur du département d Mézières ; il tous les fera passer pa
Je suis content de mes domestiqo
J'ai, entre autres, un jeune Âlh sait pas un mot de français, mais q cheraux à merveille, sert.bien à tab sage, doux.
L*Epinoy en fait tout ce qu'il ve que TAllemand devine ce que le vak attend de lui.
Dans quelques jours, je ne pom bien-aimée Galixte, causer aussi Ion toi ; un corps de quinze mille Busses € vers Mayence. Il me donnera de la ta nous nous verrons à Tœuvre. Moreau mon avis sur ce qu'on pouvait entr* lui ai envoyé un petit projet, cadrant général d'opérations.
Il l'approuve et me demande d'en
détails de Texécution.
8 pluviôse (
Malgré le mal que je me donne pc cher rondement tous les services, p défaut de moyens, aux réclamations du soldat, au vide des caisses, je i bien depuis quelque temps.
[l800] DU GÉNÉRAL JEAN HARDY 171
J'ai un énorme travail; il faut être tout, ici. Avant-hier, j'ai été obligé de faire le défenseur officieux, le commentateur des lois et le juge. Je veux que le diable m'emporte si je sais où j'ai trouvé ce que j'ai dit pendant deux heures.
Tu n'es pas conséquente, Calixte; tu m'as grondé dernièrement pour deux contredanses, et aujourd'hui tu me recommandes de m'amuser, de me dissiper ! Eh bien, dusses-tu gronder encore, j'ai été hier au bal qui se donnait à la salle de spectacle.
Cette fois, je n'ai pas dansé; es-tu contente?
Je te quitte ; mon salon est plein de gens qui m'attendent depuis une heure.
12 pluviôse (!•' février).
Moreau m'annonce officiellement que le décret de pacification a été accepté par tous les chefs vendéens. Les papiers publics m'en avaient déjà instruit. Il ne reste donc plus à soumettre que le pays entre la Loire et la mer ; je ne doute pas que Brune n'en vienne à bout. C'est bien à désirer; la guerre intestine est terrible et dérange singulièrement les opérations extérieures.
Tu me parles de la paix générale ; à ces mots mon cœur s'épanouit; mais quand je jette un
172 CORRESPONDANCE INTIMI
coup d'œil sur les événements, je espoir. Les renseignements secrets qui du fond de l^AlIemagne par mes é ceux du général en chef me font croi aurons une campagne sanglante. Puis miner cette grande querelle, qui coût< monde !
Les Busses sont en mouvement ; je pas à avoir leur visite.
Tu me prêches Téconomie; elle e moment, impossible. Je suis ici à '.
dix-huit mille hommes; il faut que je i que je tienne mon rang sans folles dépt
Il est absolument nécessaire que je des officiers généraux et supérieurs ; < chement produit la confiance, et la con les trois quarts de la besogne. J'évite tion, mais je veux avoir autant d'ami subordonnés. Je n'ai point de dettes; qi francs dorment dans mon tiroir et j'es bientôt une campagne, qui ne m'enrl mais qui me permettra de mettre une mes appointements de côté.
15 pluviôse (4 1
C'est maintenant le courrier de l'a
[l800] DU GÉNÉRAL JEAN HARDY 113
m'apporte tes lettres par Strasbourg ; aussi les dernières avaient-elles dix ou douze jours de date.
L'incorporation des bataillons de conscrits dans les demi-brigades me donne un mal de chien; je ne sais à qui entendre et, néanmoins, tout cela s'arrange peu à peu.
Veux-tu une bonne nouvelle? Dix lettres de mes émissaires m'assurent que les Busses, au lieu de venir à Mayence, se sont mis en route, le 9, pour retourner chez eux par la Moravie.
Si l'Empereur reste seul, il est impossible qu'il résiste au choc et la paix est probable.
Nous aurons une superbe armée; cent trente mille hommes vont se présenter en ligne, de SchafiFouse à Mayence. Avec cela nous porterons des coups vigoureux et décisifs.
20 pluviôse (9 février).
Sainte-Suzanne arrive pour me remplacer. Son
ordre mentionne que je recevrai incessamment une nouvelle destination. Mayence est un com* mandement particulier qui ne fait plus partie de l'armée du Rhin. Quand l'organisation de l'aile gauche sera achevée, je saurai où je dois conduire ma division.
174 CORRBSrOMDANCE INTIME
22 pluviôse (I
Sainte-Suzanne ne veut pas encor< fonctions; je reste prorisolrement gou Mayence.
Voilà le froid revenu ; le Rhin chan bien vite replier nos ponts sur le Rhin < Nouveaux tracas et surcroît de besogne
24 pluviôse (13
Moreau veut rassembler ici un corps o dont il réserve le commandement à i zanne. Peut-être en ferai-je partie avec i sion. En attendant, je prends le commi de la 4*, qui touche à la 5% que je cède Suzanne. J'établirai mon quartier génér cheim-Poland, département du Mont-1 C'est encore dans le Hundsruck ; décidéi adopté ce pays-là !
L'hiver est revenu ; les glaces ont faill ter notre pont de bateaux. Si j'eusse U demi-heure à le replier, il était perdu i source.
26 pluviôse (15 fé
Je ne suis pas pressé d'aller m'enterre cheim-Poland, dans un triste village, o
terai un château plusieurs fois pillé et dévasté, [ous attendons, d*un jour à Tautre, le lieutenant général Saint-Gyr, qui commande T^aile gauche et va s'occuper de Torganiser. >
Je voudrais bien que cette opération fût terminée* afm que chacun de nous sût quelle est sa place définitive ; les changements actuels ne sont que provisoires. Ne t'étonne pas si, quelques jours après mon arrivée à Kircheim-Poland, tu apprends que je vais plus loin ou que je reviens à Mayence.
Depuis trois semaines, je reçois, chaque jour, des nouvelles contradictoires sur le départ des Busses ou sur leur retour vers le Rhin.
Une dépêche de ^atisbonne et une autre d'Augsbourg s'accordent à m'assurer aujourd'hui que les Russes ont définitivement pris le chemin de la Moravie et de la Pologne pour rentrer chez eux.
Que les cinq cent mille diables les emportent !
Au lieu de m'enterrer à Kircheim-Poland, je prendrai mon quartier général à Worms.
Il est inutile que j'aille m'enfoncer dans les montagnes pour quelques jours.
Worms, 2 ventôse (21 février).
Demain matin, je parcourrai toute la ligne, pour voir mes avant-postes aux bords du Rhin et m'as-
surer si rennemi^ qu'on dit en mo cherche pas à tenter un coup de i cantonnements ou sur Téquipage de à Frankenthal.
J'attends M oreau sous cinq ou six j
Sainte-Suzanne est nommé lieutei
Il commandera un corps de ving
hommes, dont je ferai probablement
serai fort aise.
4 ventôse (!
Ma division est fondue dans le corf Suzanne et devient la 3*; c'est un noi faire. Ces déplacements ne sont pa:
mais ce désagrément, que nous part est inséparable de notre état.
La 3* division est chargée de la déft depuis le fort Vauban jusqu'à Germe conséquence, je prendrai mon quai dans le gros village de Langen-Kai route de Landau à Lautersbourg.
Mon principe est toujours le mêm demander et aller où l'on m'envoie, ce ne soit plus en Irlande. Pour ce v tour est passé !
On m'écrit de Strasbourg que Morei
[l800] DU GÉNÉRAL JEAN HARDîf 117
des ouvertures de paix au cabinet de Vienne par l'intermédiaire de Tarchiduc Charles.
L^arrivée d'un aide de camp de Bonaparte au grand quartier général, le séjour qu'il y a fait en attendant le retour du courrier porteur des dépêches de Moreau, ont donné lieu à ces conjectures. On ne sait rien de positif ; rien ne transpire. En attendant, l'armée prend, chaque jour, une plus belle attitude. Il vient d'y arriver deux millions cinq cent mille francs ; la somme est insuffisante, mais c'est un bon acompte. Les soldats sont impatients de passer le Rhin. Tout, porte à croire que nous serons parfaitement en mesure pour l'ouverture de la campagne.
Wormi, 6 ventôse (Î5 février).
Des bruits de paix circulent. Le ministre prussien Jacobi (celui qui s'est bien conduit à Rastadt) (1) vient de passer ici. Il va au quartier général de Bâle, où se trouve, en ce moment, l'aide de camp de Bonaparte, Duroc, si favorablement accueilli à Berlin.
L'entretien que Jacobi a eu, à Mayence, avec
(1) Lors de rassassioat, par les hussards autrichiens, des trois plénipotentiaires français. Les ministres des autres puissances protestèrent énergiquement contre celte violation dudroit des gens, Jacobi surtout.
178 CORRESPONDANCE INTl
Sainte-Suzanne, Tair de contentem< qu'on a remarqué sur leurs visages versation secrète, ont donné lieu à \ conjectures. Chacun fait sa gazette pacification, impose des conditions dures, demande aux puissances con sacrifices plus ou moins grands. Qu< cette grande affaire est certainemen j'en juge par un indice qui ne m'a je Hier, en faisant la visite de nos avi le Rhin, un officier supérieur fut sal droite, par un major autrichien de r dit:
— « Bonjour, citoyen; j'ai une gra à vous apprendre !
— ((.Laquelle, meinherr?
— (( La paix !
— a Bah!
— (( Oui, oui ; elle est sûre ; les j vont être signés; on est d'accord.
— (( Tant mieux! » répondit notre conversation s'est terminée là.
J'ai remarqué, depuis neuf ans q guerre, que les Autrichiens étaient, e beaucoup plus tôt et mieux renseigni Je commence à croire à la paix.
[l800] DU GÉNÉRAL JEAN HARDY 179
Heureuse paix ! Viens mettre un terme au bouleversement général ; viens consoler l'humanité et me faire goûter tes douceurs dans mon petit ménage de Troissy !
Les Autrichiens, furieux contre les Busses, depuis qu'ils les voient se reposer à Tombre de leurs lauriers, ont fait graver à Francfort une caricature fort plaisante.
Paul I*' est représenté assis sur son trône, la tète droite, le regard fixe, les bras allongés, les mains ouvertes. Sur la paume de la main droite est écrit :