‹ Correspondance intime du général Jean Hardÿ de 1797 à 1802Chapitre 17 sur 22 · ARMEB DE SAINT-DOMINGUE · texte numérisé non relu

ARMEB DE SAINT-DOMINGUE

Le général de division Hardy , commandant au Cap Français, à sa femme.

19 pluviôse an X (8 février 1802).

Nous avons fait une traversée fort pénible jusqu'à cent cinquante lieues de Brest. De làà Saint-

Foudroyant; cinq de 74 : l* Union, V Argonaute^ V Aigle y le Duguay-Trouin, le Héros ^ six frégates : la Franchise, la Clo~ rinde, FUranie^ la Poursuivante, de 44 canons; la Vertu, V Embuscade, de 36 ; deux corvettes de 26 canons : la Baïonnaise, la Diligente; deux avisos : le Renard, V Aigle; 3,000 hommes de débarquement.

La division de Lorient (un vaisseau de 74, le Scipion ; une frégate de 44, la Cornélie; une corvette de 18, la Mignonne; une flûte, la Serpente) transportait 1,200 hommes.

966 CORRESPONDANCE INTIMl

Domin'gue, nous avons eu le plus hei la plus agréable navigation du monde

(i) La flotte de Brest avait appareillé le 14 < derait rallier tous Belle-Isle Tescadre de Rochel sion de Lorient. Après les avoir attendues qua avait été assaillie par des vents contraires et n*a cap Finistère que deux semaines après son dépt de Villaret-Joyeuse eut, pour l'expédition de Sai des résultats aussi fâcheux que celui de Bompard pédition d'Irlande. Latouche-Tréville, en ne ren la flotte de Brest^ avait fait route vers le cap Sanu rendez-vous désigné sur la côte d'Haïti. Il y arr. avant son chef et croisa, sans débarquer ses troo] des nègres, qui prévinrent Toussaint.

Déjà les Anglais lui avaient annoncé que de § ments se faisaient en France pour combattre sa réintroduire l'esclavage dans la colonie. Il n'y a?

— « Nous voulons rester libres et Français. Ho ferait-on la guerre ? »

Cependant, il s'installa, avec les 1,800 soldats garde, au cap Sumana et il attendit.

Le 1* février, il vit arriver la flotte de Brest qu< de Lorient avait ralliée. Cinquante navires de g dix-sept sous pavillon espap,nol, évoluaient sur troii dirigeaient vers l'ouest le 3 février. C'était la roi Français, capitale de l'ile. Toussaint ne pouvait prendre sur les intentions du premier Consul.

— « Il faut périr, dit-il à ses officiers, en leur i grand déploiement de forces navales. La France c se jeter sur Saint-Domingue. On l'a trompée; < venger et faire de nous des esclaves ; aux armes ! »

II manda à ses généraux, Christophe, au Cap ; ] Port-de-Paix; Dessalines, à Forl-Dauphin ; Laplui au-Prince; Paul Louverture (son frère), à Santo-£

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Je n^ai pas eu le mal de mer, mais j'ai souffert de ma blessure, qui voulait se rouvrir. Un coup de bistouri a fait sortir deux esquilles. Six jours après, je me portais aussi bien qu'à mon départ de Paris.

Nous sommes arrivés devant le Cap le 15 pluviôse (1).

Je me suis approché des forts qui défendent l'entrée du port. Je croyais qu'on allait me faire le signal d'entrer et que l'armée me suivrait; mais il en a été tout autrement.

réunir leurs bataillons, de brûler les villes et les habitations qu'ils ne pourraient défendre, et de le rejoindre dans les uiornes, qui formaient une citadelle naturelle au centre de la partie nord d'Haïti^ entre Plaisance, Dondon et Ennery.

(1) Leclerc avait perdu, devant Samana, trois jours à organiser définitivement le commandement et à donner ses ordres pour les opérations. Sur ses six généraux de division, Dugua était chef d'état-major, Debelle dirigeait Tartillerie et le génie; Hardy, Desfourneaux, Boudet, Rochambeau commandaient les divisions actives. Les ports principaux devaient être attaqués en même temps : le Cap, par Hardy et Desfourneaux; Fort- Dauphin, par Rochambeau; Port-au-Prince, par Boudet> dont la division serait transportée par l'escadre de Latouche-Tréville ; Santo-Domingo, par le général de brigade Rerverseau, et les troupes de Lorient. Le débarquement eut lieu le 5 février, à l'ouest du Cap, pour les divisions Hardy et Desfourneaux^ après que Christophe eut refusé l'entrée de la baie du Gap k l'amiral et qu'il eut déclaré au parlementaire qu'il ne connaissait d'autre chef que Toussaint-Louverture et que c'était à lui qu'il fallait s'adresser.

f68 CORRESPONDANCE INTIME

Le lendemain, je passai à bord de h tUranie^ ayant Tordre de chercher un débarquement assez éloigné de la ville.

Leclerc vint à mon bord avec le gêné fourneaux. Toutes les (régates de Tarmé lièrent à tUranie.

Apres avoir longtemps louvoyé, nous dîmes dans TAnse à Margot.

Je commandais Tavant-garde ; ledébarq s'est bien (ait.

Trois de nos chaloupes ont échoué bancs de sable, près du rivage. Les sold entrés dans Teau jusqu'aux aisselles et les effrayés ont pris la (uite vers la montagne les avons poursuivis et battus.

J'ai pris six canons.

Voilà le bulletin de ma première opërati

Le lendemain, à cinq heures du matin, suis mis en marche à travers les morne me rendre au Cap.

J'avais neuf grandes lieues à faire, ai soldats qui n'avaient rien à boire ni à man me suis mis à pied à leur tète ; j'ai causé a pendant toute la route, les encourageant faire et les maintenant dans le plus grand il le fallait, parce qu'à chaque pas nous

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entourés par des nègres armés, qui nous eussent fait le plus grand mal si on les avait provoqués.

Je parlai à ces malheureux, je les engageai à retourner chez eux, à y travailler paisiblement.

Je parvins à me débarrasser, sans brûler une amorce, de trois mille Philistins^ qui auraient pu m'égorger, avec mes troupes, dans la montagne, sans que j'aie eu le temps ni le moyen d^en sortir.

La plaine commence à deux lieues du Gap. J'y entrai à la ùuit et, de suite, je fus attaqué par quelques centaines de nègres, de mulâtres et de blancs mêlés ensemble, commandés par Toussaint- Louverture en personne.

Une demi-heure m'a suffi pour les culbuter et les mettre en fuite.

Je continuai ma marche à la lueur des incendies; les habitations de la plaine et la ville du Cap flambaient. Vision horrible ! Je frémis encore en révoquant. • ^•^

Enfin, j'arrivai dans cette cité malheureuse à travers les cris, les hurlements, le feu et la fumée. La ville brûlait depuis trois jours ; il ne reste pas une maison intacte.

A peine avons-nous trouvé, Leclerc et moi, un coin pour nous abriter. Nous y resterons cependant et, par la douceur, l'humanité, la persuasion,

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nous réossîroas à sécher les laimes, i les infortonées rictîmes do désastre.

Toussaint et son lieutenant Christop réfugiés dans les mornes. Déjà on nous sont dÎTisés. !$ous sommes tentés de le Toyant la multitude des nègres qui les nent et le peu de dispositions qu^ils pour nous arrêter.

Hier, les deux fils (1) de Toussaint lu envoyés. Ces jeunes gens pleurent et i les cruautés de leur père. La loyauté et deur d'âme du gouvemement français noi probablement des prosél3^s et abrégei travaux.

Je me suis avancé hier, avec quelque!

Ions, dans la plaine, pour reconnaître le d n'est pas grand. Ces misérables n'ont bri très peu d'habitations. Leur fuite a été si tée qu'ils n'ont détruit que des huttes et de

Il n'en coûtera pas six francs pour recoi chacune d'elles.

(1) Ils étaient élevés en France, à Tlnstitat col premier Consul avait eu la généreuse pensée de les • leur père, avec le directeur de cet Institut, porteur d* qu'il écrivait à Toussaint. La lettre lui fut remise pour empêcher sa rébellion.

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Voilà OÙ en sont nos affaires ; elles deviendront plus brillantes par la suite; mais il y a encore beaucoup à faire.

Cette lettre devant être mise dans le paquet du général en chef, je me hâte de la terminer.

Remets les tiennes au général Olivier ou au général Pille, mes anciens collègues du comité, que j'embrasse. Us me les feront parvenir avec les paquets envoyés par le premier Consul au général en chef. C'est le moyen le plus sûr et le plus expéditif.

Au Cap-Français, 26 pluviôse (15 février iSO^^.

Un aviso m'a apporté tes lettres des 20, 24 et 29 frimaire. Celle du 29 était numérotée 1. J'ai profité du retour de ce bâtiment pour t'écrire. C'est ma deuxième lettre.

La corvette la Diligente part demain avec celleci, qui est la troisième.

La chaleur est très supportable ; il est vrai que nous sommes encore dans ce qu'on appelle l'hivernage; c'est juin en France. Avec des ménage* ment$, on peut se porter à Saint-Domingue aussi bien qu^en Europe*

S72 CORRESPONDANCE INTIMl

Nous entrons demain en campagne la besogne par-dessus les yeux.

Les moyens nous manquent, surtoi ports pour les subsistances ; nous som.

grand embarras.

J*ai passé la revue des troupes ; ell belles et dans les plus heureuses d Tout nous fait espérer que la campagn pas plus d'un mois ; ce mois suffira poi le principal noyau de Tarmée de Touss

Il ne restera ensuite que quelques pacifier; ce qui ne sera pas difficile.

La partie espagnole de Tile (2), dont

(i) Les 10,500 Français arrivés avec Leclerc renforcés par 3,800 soldats, amenés de Toulon (( Gantheaume; quatre vaisseaux, une frégate, une < flûte) et de Cadix (contre-amiral Linois ; trois vai frégates). Le capitaine-général, maître de villes voulut en finir avec Tarmée de Toussaint, retranc mornes. Il prépara une attaque concentrique, en cher vers Ennery, du nord au sud, les divisions fourneaux et Rochambeau, pendant que Boudet, i au-Prince, marcherait du sud au nord. Le mou^ loppant était complété, au nord-est, par Debelle Humbert, détachée de la division Desfourneaux.

(2) Rerverseau était entré à Santo-Domingo coup de fusil. Paul Louverture, odieux aux riches gnols, avait dû se replier vers la grande rivière et : frcre Toussaint. Les Français se maintiendront à Sa jusqu'au 15 juillet 1809.

[l802] DU GÉNÉRAL JEAN HARDY ÎT^

s'était emparé, vient de se soumettre. Les habitants seront armés pour repousser les tentatives de Toussaint.

Voilà qui est d'un heureux augure et contrarie les projets du chef des rebelles.

Boudet s'est emparé de Port-au-Prince. Cette belle ville n'a pas été, comme le Cap, en proie aux horreurs de l'incendie (1).

Hardy à sa jemme.

Au camp de la Grête-à-Pierrot, 3 germinal (24 mars).

Depuis cinq semaines que nous sommes en campagne, je n'ai pas eu une minute à moi. C'est la fin. Nous tenons bloqué un fort, qui se rendra demain ou après, et nous rentrerons dans nos cantonnements.

Je me porte très bien, malgré des chaleurs et des fatigues excessives. J'attends impatiemment de tes nouvelles et désire que tes couches aient été heureuses.

Un clou mal placé a empêché Maurice de faire campagne ; il garde ma maison au Cap.

(1) Dans le sud de la région française, le général nègre Laplume, en haine de Toussaint, s'était soumis, à la première injonction. Le Capitaine-général l'avait maintenu dans son commandement.

iU CORRESPONDANCE INTIM

y ' ARMÉE DE SAINT-DOMING

RAPPORT A BERTHIER, MINISTRE Df

Au quartier général de Port-Ré| le 5 germinal an X.

L'armée a quitté le Cap, le 29 pluvi

colonnes, pour marcher du nord au su

La colonne de droite, division Desf

suivi la route des Gonayves, par TAi

; sauce. La colonne du centre, divisio

\ traversé la plaine du nord, pour se p<

Tannerie et le Dondon.

La colonne de (i;auche, division Rocl franchi la grande-rivière, en longeant < démarcation de la partie espagnole pov

} vers Saint-Raphaël.

■ Le Capitaine-général marchait avec

\ Hardy, ù laquelle il avait joint sa garde

cheval (2).

Afin d'envelopper les rebelles, dont !

défense s'étendait depuis le Mirebalai est, jusqu'à Port-de-Paix, au nord-est.

i (1) Port-au-Prince.

(2) Formée par prélèvement de quatre soldat gnie ou par escadron.

par Saint-Raphaël, Dandon, Plaisance et le Gros- Morne, le général Debelle, débarqué à Port-de- Paix, marchait par le Gros-Morne, et la division Boudet, venant de Port-Républicain, vers le Mirebalais, pour descendre ensuite, jusqu'aux Vérettes, l'étroite vallée de TArtibonite.

Le 30, Desfourneaux est entré à Plaisance sans coup férir. Le nègre Dumesnil, qui y commandait, s'est rendu avec un bataillon et deux cents cavaliers.

Christophe a fait, en revanche, une sérieuse résistance. Il avait pris position, avec deux mille soldats coloniaux, sur le Morne-à-Boispin.

Le général Hardy a mis l'épée à la main pour conduire ses troupes à l'assaut. Le morne enlevé, Christophe a rallié son monde dans le ravin de la Marmelade, au bord de la rivière des Gonayves. Hardy a traversé le ravin au pas de charge et dispersé les rebelles.

Rochambeau s'est emparé plus facilement de Saint-Miguel, aux sources de la rivière Banyaha.

Le lendemain, la division Hardy a marche sur le canton d'Ennery, que Toussaint-Louverturo défendait avec ses gardes et l'élite de son armée. Dans une série de combats acharnés, elle a refoulé les noirs jusqu'à l'habitation Bayonnai.

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