DE 1797 A
l'armée de sambre-et-meuse
pendant l'armistice, du 30 avril au 19 septembre 1797. •
Coblentz, 11 floréal an V (30 avril 1797).
Des chemins abominables, la pluie continuelle, ne nous (1) ont permis, ma bonne amie, d'arriver à Coblentz qu'aujourd'hui. Je suis harassé, et ce-
(1) Le général voyage avec son aide de camp, Louis Vallin, lieutenant au 2* hussards. Né, le 16 août 1770, à Dormans; chef de bataillon de réquisition en 1793 ; nommé adjoint aux adjudants généraux après l'incorporation de son bataillon dans une demi-brigade, puis, le 29 septembre 1796, aide de camp du général Hardy.
pendant j'ai encore vingt-quatre lie pour me rendre chez Hoche, qui, dep tice, s'est établi près de Francfort. Je dès demain à six heures du matin, m vers Friedberg^ où est le grand qaartit J'y arriverai, sauf accident, après-dem; porte à merveille.
Il y a toute apparence que nous ne trons plus. J'aurai des renseignements c arrivant chez le général en chef et je part. Tout va bien jusqu'ici; on est bi bras dessous avec les Autrichiens, qui d paix au moins autant que nous.
Étudie bien ta guitare ; ne néglige pas Fais remplir de foin la boîte dans laqt les cartes de l'adjudant général Debilly, bien et envoie-la, par la diligence de K Mme Debilly.
Friedberg, 14 floréal (3
J'ai passé toute la journée d'hier avec le Hoche^ qui m^a fort bien accueilli et m'a l'aile gauche de l'armée, commandée par pionnet. Celui-ci est un fort bon enfant, loyal, avec lequel je suis heureux de sei n'ai pas parlé de retourner au Huxudsrucl
région et toute la rive gauche du Rhin étant occupées par Tarmée du Nord.
J'aime mieux rester à Sambre-et-Meuse que d'aller dans une armée qui n'en est pas une et où je ne connais personne. Ça ne m'empêchera pas de rectifier mes cartes (1) ; peut-être les ferai-je graver à Francfort,
Je vais partir pour Giessen, où Championnat a son quartier général. Tu pourras m'y adresser tes lettres.
flous n'en savons pas plus que vous sur les préliminaires signés à Léoben^ le 29 germinal. Masséna les porte au Directoire. Tout fait prévoir que la paix ne tardera pas.
Ce n'est pas une raison, petite amie, pour que j'aie le plaisir de te rejoindre de suite. Il est de la politique et de IHatérét du gouvernement (2) de laisser les armées dans le pays conquis le plus
(i) Les cartes du HundsrUc)( et du pays entre Rhin et Moselle .
(2) Les cinq directeurs sont, depuis le 5 octobre 1795 : Barras, Carnot, Rewbeil, Laréveillère-Lçpeaux, Letourneur. Les ministres : à la guerre, Petiet; à la marine, Trugnet; aux affaires étrangères, Delacroix; à la justice, Merlin (de Douai); aux finances, Ramel; à l'intérieur, Benezech; à la police. Cochon. Il y a deux assemblées, le conseil des Anciens et le conseil des Cinq-Cents.
longtemps possible. Attendons les événe prenons patience.
Grunberg, 21 floréal (10
Les contributions commencent à rent la caisse de Tarmée, qui était vide à mon Je toucherai incessamment mes appointe!
te les ferai passer.
26 floréal (15
J*ai établi mon quartier général à Grun Vétéravie. Hoche m'y a envoyé trois bec vaux; le cadeau m'a paru fort doux.
Je vais demain à Francfort pour me dist peu. Il y a de quoi mourir d'ennui en ce pa l'inaction où nous sommes.
Friedberg, samedi, 20
Je trouve, en passant chez Hoche, de la 1 par-dessus les yeux.
L'armée que la Hollande nous avait pré retourne. Je la remplace sur la rive gau Rhin et devant Mayence, avec un co quatorze mille hommes. Demain matin, je toutes mes troupes en mouvement; il ne 1 songer à dormir.
La position que je vais occuper est à p
celle que j'avais pendant la dernière campagne. Si, en nous retirant sur nos frontières, Tordre de bataille n'était point interverti, j'aurais l'espoir de commander aux environs de Philippe ville.
Hardy y général de brigade^ commandant le corps d'armée du Hundsruck, à sa femme.
AIzey, 15 prairial (3 juin).
Poste maudite, administration diabolique, vous me faites mourir à petit feu! Depuis quarante et un jours que je t'ai quittée, je n'ai pas encore reçu un mot de toi ! Je suis désolé. Mes lettres te sontelles au moins parvenues?
Voilà mon quartier général fixé ; nous aurons moins de difficulté à correspondre. Dédommagemoi de tout ce que ton silence m'a fait souffrir. Je t'écrirai tous les deux jours; sois exacte à me répondre.
A la tournure que prennent les affaires, il paraît que nous ne rentrerons pas de sitôt dans nos limites. La Constitution germanique est si compliquée, il y a tant d'intérêts particuliers à discuter, à arranger, à ménager, que la paix ne sera pas définitivement conclue avant quatre ou cinq mois. Quand mon corps d'armée sera bien orga-
ft CORRESPONDANCE INTIME
nlsé, je demanderai à Hoche une perm quinze jours.
Je travaille sans relâche à mes cartes di rûck; je les enverrai au graveur avant h^ elles seraient déjà parties si Hoche et ] autres camarades ne m'avaient engagé à f cinquième feuille.
On m'avait fait espérer que Sénarmo manderait le parc de réserve de moi d'armée; j'ai été trompé et m'en chagrine
Dimanche, 4
Je ne les lis pas tes deux charmantes let les dévore. Tu n'as d'autre chagrin que la tion que nous imposent les circonstances état; il faut t'en consoler. Fais diversion guitare et le forte; ce sont des moyens que pas.
Je t'ai écrit hier par la poste que j'ai inst mon corps d'armée.
Un malheur n'arrive jamais seul. Penda le chat déjeunait avec ton serin, je cassais la de ma tabatière; mais ton portrait n'est pj dommage. Quel gourmand que ce chat! S'il contenté d'arracher quelques plumes, on lu serait cette espièglerie; mais non, il lui fal
[l797] DU GÉNÉRAL JEAN HARDY 7
serin tout entier; on lui en élèvera des chanteurs pour qu'il les croque !
François (1) te portera un collier et un dé en or, que j'ai achetés pour toi à Francfort. J'y joindrai de mes cheveux, puisque tu le désires.
Kreutznach, 17 messidor (5 juillet).
Mon dessinateur, jeune homme de talent que j'ai découvert outre-Rhin, est à Paris pour remettre au graveur Tardieu mes cartes du Hundsrûck. Dès que je saurai où elles en sont, je demanderai la permission d'aller corriger les épreuves. Je passerai par Philippeville et je verrai ma chère petite femme! Quelle joie!
Comment va ta musique? S'est-on bien amusé à la kermesse? As-tu beaucoup dansé?
23 messidor (il juillet).
De grands mouvements dans le personnel se préparent. On réforme beaucoup de généraux.
On devait s'y. attendre, car il est impossible que le Gouvernement conserve, à la paix, tous ceux qui lui étaient nécessaires pendant la guerre. . Hoche est parti hier pour une expédition outre-
(1) Son domestique.
mer (1). C'est Moreau qui va commande sur le Rhin. Nous attendons, de jour en j nouvelle organisation de Tarmée. Now beaucoup de besogne avant de rentrer en
26 messidor (14 ja
Si Sénarmont est à Philippeville, dis* nous parlons bien souvent de lui avec le Fabre, qui commande Tartillerie de moi d'armée. C'est un homme d'un rare mériti de vastes connaissances et que je gard plaisir auprès de moi. Il tient Sénarmont ei estime.
28 messidor (16 juil
Malgré une chaleur inimaginable, les ( de mon état-major donnent, ce soir, un grs auquel tu es fortement désirée, même pi qui ne t'ont vue qu'en peinture.
J'ai reçu des nouvelles de Paris. Tardiei fait sa réputation en gravant les cartes de I s'est épris de mes dessins et veut y déploj ses talents.
(1) L'armée d* Angleterre, qu'il ne put pas organise le commandement fut confié, après sa moit, au génén sous le nom iVarmée d'Irlande,
Coblenlz^ le 3 tliermidor (21 juillet).
Me voilà à Coblentz. Pour longtemps, je n'en sais rien. Dans quatre ou cinq jours j'irai, à Wetzlar, pour voir Hoche (1), causer avec lui et' demander la permission de faire le voyage de Paris, en passant par Philippeville.
Rreutznach, le 4 thermidor (22 juillet).
Hoche m'a envoyé en reconnaissance sur le Rhin pour établir des ponts volants. J'ai un grand mouvement à faire exécuter à mes troupes.
Simmern, 24 thermidor (11 août).
Depuis huit jours, je suis comme le [Juii errant, courant dans le Hundsrùck, sans savoir où séjourner.
Moreau- avait reçu du Directoire l'ordre d'y envoyer un corps de dix à douze mille hommes, de la force du mien ou à peu près ; il en a envoyé trente mille. J'ai donc resserré mes troupes pour faire place aux nouveaux arrivants. Ceux-ci m'ont poussé, pressé si vivement, qu'à force de céder du terrain, il ne m'en reste plus.
Hoche, pendant l'absence de qui ce mouve-
(1) Hoche, revenu de Boulogne, avait repris le commandement de l'armée de Sambre-et-Meuse.
ment s'est exécuté, Ta appris, à son n d'autant plus d'étonnement que le gou ne lui en avait rien dit. Il m'a dépécht rier, avec ordre de tenir le pays, sous i sabilité personnelle. Il n'était plus tem encore aujourd'hui en pourparlers ave< raux de l'armée de Rhin-et-Moselle, { me cèdent, à leur tour, de quoi cantoi huit mille hommes ; je ne sais si je l\ Ce que je sais bien, c'est que, depuis 1 midor, j'ai peiné comme un misera m'achever. Hoche m'a conféré le comn des sièges d'Ehrenbreitstein et du fort < cants par le départ du général Co Ostende, où il va commander la côte qu'au lieu d'un petit corps dans un coin rûck, je commande vingt mille homm< divisions, avec résidence à Coblentz.
Coblentz, 11 fructidor (2
J'arrive de Wetzlar, où j'ai été ac mon général en chef comme un ami. M est jolie, aimable, jeune comme toi, ii sous tous les rapports. Elle m'a coml cieusetés. Si je l'avais écoutée, je serai:
jours à Wetzlar; mais j'attendais de tes
[l797] DU GÉNÉRAL JEAN HARDY II
et toutes ses instances n'ont pu me retenir. Elle désire que tu viennes me rejoindre, pour faire ta connaissance.
— a Sinon, m*a-t-elle dit, vous serez un méchant! »
La charmante femme!
Je vais dîner chez le général Debelle, à Neuwied.
i*' jour complémentaire (17 septembre).
Je compte partir pour Paris le 12 vendémiaire. J'ai acheté un cabriolet; je prendrai la poste et marcherai jour et nuit, pour être plus tôt arrivé.
A Paris, je ne m'occuperai que de mes cartes; dès qu'elles seront terminées, j'accourrai à Philippeville.
Nous célébrons, le I" vendémiaire, l'anniversaire de la mort de mon ami Marceau.
La translation des cendres dans le monument que lui a élevé l'armée aura lieu à dix heures du matin. J'ai fait son oraison funèbre ; on l'imprime.
3* jour complémentaire (19 septembre).
Le général Hoche est mort, ce matin à cinq heures, à Wetzlar.
Tout le monde le croit empoisonné ; un verre de ciguë coûte moins cher qu'un coup de canon !
LES FUNÉRAILLES DE HOCHE du 20 aa 23 septembre 1797.
Le canon, tiré de demi-heure en dei fut la première expression du deuil gêné
Le lendemain, le corps de Hoche fi pour qu'on pût constater les causes de si s^assurer que le poison n'en était pas la c soir, le cercueil fut exposé sur un lit d< au fond d'un appartement tendu de noii de deux lampes sépulcrales. Le sabre ( liés en sautoir avec l'écharpe, recouve crêpe et enlacés d'une couronne de lauric déposés sur le cercueil et surmontés d' ronne de chêne, emblème des vertus civi
(1) Description de la pompe funèbre faite par Sambre-et-Mense âi son générai en chef Lazare Hoc l'ordre du général de division Lefebvre, comms intérim.
garde en fut confiée à un officier d^état-major, relevé d'heure en heure, à la compagnie de grenadiers et aux guides, qui, depuis trois ans, n'avaient pas quitté Hoche et le regardaient comme leur père.
Le cinquième jour complémentaire (21 septembre) , à midi , le convoi funèbre partit de Wetzlar, pour se rendre à Coblentz, où le corps devait être déposé.
Une petite avant-garde de hussards, six pièces d'artillerie et leurs canonniers, une compagnie de grenadiers, deux escadrons de hussards, deux escadrons de chasseurs, une compagnie de grenadiers, une musique militaire.
Quatre guides à cheval, escortant le guidon du i i^ général Hoche.
Le char qui portait le cercueil était drapé de noir (comme les six chevaux qui Je conduisaient) et décoré de deux étendards tricolores. Aux quatre coins, deux aides de camp et deux adjudants généraux à cheval, suivis chacun d'un guide à cheval, portant une torche allumée. La compagnie de grenadiers du quartier général marchait en haie de chaque côté, l'arme basse.
Suivaient, à quelque distance, les généraux et les officiers d'état-major de l'armée, un détache-
14 GORRESPONDANCB INTIME
ment des guides, une musique milîto compagnies de grenadiers. Un escadroi gons fermait la marche.
L'enlèvement du corps fut annoncé \ coups de canon et des salves de mousquc convoi se mit en marche au bruit des clo sons lugubres de la musique, aux accent reux de ceux qui raccompagnaient et < tants de Wetzlar, accourus en foule pou à la triste cérémonie.
A rapproche de chaque village (jus blentz), le cortège était annoncé par six canon. Les troupes cantonnées pren] armes et les habitants sonnaient leurs ch
A Braunfels, le prince régnant fit ré nos coups de canon par une salve de 1 artillerie. A la tète de ses troupes sous 1< entouré des officiers de sa maison, il at cercueil sur la place. Il Ta salué à plus prises, en lui faisant rendre les bonne taires.
A une demi-lieue de Weilburg, une Tétat-major général rejoignit le cortège drapeau de Tarmée, qui prit place en char, escorté par un détachement de gen et de cavalerie. Aux portes de la ville, 1
trats et les principaux bourgeois vinrent, en grand deuil, recevoir le corps. Ils le suivirent jusqu'à Tendroit où il fut déposé pour la nuit. La ville, éclairée par des lampes funéraires, fut traversée au milieu de la garnison formant la haie, au son des cloches. Le cercueil fut placé dans une chambre tendue de noir, éclairée à Tintérieur et à l'extérieur par des torches. Les armes de Hoche étaient dessus, ainsi que son guidon et le drapeau de l'armée. Le religieux silence qu'on garda toute la nuit ne fut interrompu que par deux coups de canon, tirés de demi-heure en demi-heure.
Le lendemain à six heures du matin, le convoi se remit en marche dans le même ordre que la veille.
Le drapeau de l'armée était porté devant le char par un officier d'état- major. Le bruit du canon et de la mousqueterie annonça le départ; la garnison forma la haie : les magistrats suivirent le corps jusqu'aux portes de Weilburg.
Près de Limbourg, le canon et la mousqueterie annoncèrent que les bataillons, les chasseurs et les dragons de l'arrondissement étaient sous les armes. Ils formaient la haie à une très grande distance. Le cortège fit halte sur la route, en avant de la ville. Le char fut entouré de faisceaux
16 CORRÊSPONOAMCE INTIME
rt I
^ d'armes, au milieu d'un carré de grem
\ guides et de dragons. Les troupes form
f faisceaux et prirent leur repas en silence
%. A deux heures, le cortège continua ss
^ au bruit du canon et des salves de mous<
Deux compagnies de grenadiers se p Tune en avant de Tartillerie, Tautre en { dragons.
A Montabaur, un adjudant général vi voir le cortège ; plusieurs bataillons, post route, le saluèrent de leurs salves. Il tn ville au bruit du canon, des cloches et di sique funèbre, au milieu de troupes for haie.
Le cercueil fut déposé, pour la nuit, d salle tendue de noir, éclairée de lampe:
craies. Les armes, Técharpe, les couro] drapeau de l'armée et ceux des régime maient des trophées.
Le 2 vendémiaire, le cortège reprit sa dans le même ordre, à la même heure accompagné, pendant quelque temps, pai les troupes du cantonnement, qui le sa par des salves d'artillerie et de mousquetc foule augmentait à mesure qu'on approc Coblentz.
Ni'.
Au Coq-Rouge, le général Hardy, commandant la division de blocus d'Ehrenbreitstein, vînt audevant du convoi et le reçut, au bruit du canon et de la mousqueterie de toute sa division, qui formait la haie jusqu'aux avant-postes.
Le gouverneur autrichien de la forteresse d'Ehrenbreitstein avait fait prendre les armes à la garnison (1). Une partie formait la haïe sur le côté droit de la route. Le côté gauche était occupé
(i) Le commandant de la forteresse d* Ehrenbreilstein ^ au général Hardy,
commandant la division de siège de ladite forteresse,
22 septembre 1797. .
J'ai l'honneur de vous faire mes remerciements sur l'avis que TOUS m'avez bien voulu donner des cérémonies militaires qui doivent se faire, pendant trois jours de suite, dans la plaine de Neuwied.
Je prends toute la part imaginable aux honneurs funèbres qui doivent être rendus à des généraux qui, par leurs talents et leurs connaissances militaires, non seulement se sont rendus immortels dans leur patrie, mais aussi ont mérité, à tous égards, l'estime la plus haute de leurs ennemis momentanés. Les vrais militaires savent se rendre justice et apprécier les mérites.
Je viens d'informer ma garnison et les avant-poites, du ccmvoi funèbre du général Hoche, qui doit passer demain par le Coq-Rouge.
J'ai l'honneur d'être, avec la considération la plus distinguée, monsieur le général, votre très humble et très obéissant serviteur.
Sbirter.
18 COREESPONDANCB INt
par les troupes républicaines, d< postes jusqu'à Thaï, au bord du des Autrichiens était massé sur 1 forteresse. Le gouverneur et son rent recevoir le corps aux avant-j rent jusqu'au bord du Rhin, au mili( haie d'Allemands et de Français.
Le canon d'Ehrcnbreitstein ne qu'au moment où le cortège passa ]
Ce cortège fut reçu sur la rive op de l'artillerie des forts, des chaloup et de la mousqueterie.
Trente officiers, généraux, d'été périeurs, portant des torches, acc< pied le cercueil, autour duquel étai< enseignes à la romaine, surmontées de chêne et de laurier.
On y lisait, en français et en inscriptions suivantes :
GÉNÉRAL EN CHEF A 24 ANS, An I'' C
Il débloqua Landau^ An II
Il pacifia la Vendée, An8 III
Il vainquit a Neuwied, An V
Il CHA88A les FRIPONS DE l'aRMÉB, Ad V
Il déjoua les conspirateurs, An V
On traversa lentement Goblentz
[l797] DU GÉNÉRAL JEAN HARDY 19
de Petersberg (I), au milieu d'un feu continuel d'artillerie et de mousqueterie, auquel les Autrichiens répondaient sur la rive droite du Rhin. Le corps de Hoche fut déposé à côté de celui de Marceau. Quatre cyprès et les six enseignes furent plantés autour de la fosse, du fond de laquelle les deux héros semblent encore menacer Tennemi, qui a si bien appris à les craindre.
Les généraux Lefebvre, Championnet et Grenier voulurent, au dernier moment, payer à la mémoire de leur ami un juste tribut d'éloges et de reconnaissance ; mais leurs larmes et les sanglots de tous les assistants ne leur permirent pas d'achever les discours qu'ils avaient commencés.
Au moment de se séparer, un grenadier quitta son rang, s'approcha de la fosse et, présentant son arme, il jeta sur le cercueil une couronne de laurier, en disant :
— « Hoche, c'est au nom de l'armée que je te donne cette couronne ! »
Puis, chacun se retira en silence.
Goblentz, 4 vendémiaire an YI (25 septembre).
J'avais besoin de ta lettre pour dissiper le chagrin qui nous accable tous.
(1) Devenu le fort Marceau.
Cffnnr%vo?*nASCK do at^tta
HoH% aronn enterré, avant -l Hfpi-Mi: Annn le fort Marceau. H; ifnunU'fé: le« crendrcs de Marceau l/^Hfi; v^.% f;/;rémonic8 étaient très U\%U'%%ii était fiur tous les visages; f^m n'ait |ilr?uré. Le silence des ass Ui'ii Hrr.c le bruit du canon et de la 5oMft ;ivoris fait une grande perte.
J#T rM? sais encore qui prendra 1 ment de Tarmée.
5oMs attendons des nouvelles ce paix ou la cessation de la trêve. Je c; j'ai, h re sujet, les renseignements qv ce pauvre Hoche, deux jours avant i
Voici reloge funèbre de mon ms Marceau; j*ai eu bien de la peine à entièrement; il a fait une vive sensal
Je pars tout h l^heurc pourÂndern je suis chargé de diriger la construc beau de Hoche.
ÉLOGE DE UARCEAC prononcé par Hardy, le 24 septembre 1797.
Honorer la mémoire d'un général, qui fut notre frère d'armes et notre ami; rendre hommage à ses vertus civiques et militaires ; lui apporter le dernier tribut de notre affection ; lui ériger un monument qui rappellera son nom aux siècles à venir; voilà, camarades, ce qui nous rassemble.
Ces retranchements qu'il enleva de vive force, cette ville de Coblentz qui éprouva sa générosité, ce Rhin qu'il défendit, cette forteresse d'Ëhrenbreitstein qu'il fit trembler, tout ici témoigne de son courage, de ses talents et de sa générosité!
C'est sur ce théâtre, où il fut, à la fois, un homme et un héros, que l'armée de Sambre-et- Meuse vient déposer ses cendres et renouveler le souvenir du coup fatal qui l'arracha à ses soldats, à ses amis, à la Patrie!
Faisons trêve à notre douleur; é tristes pensées qu'inspirent les tombeai de fleurs celui de notre général. Poui les guirlandes, il suffira de relater qu sodés de sa vie militaire. Nous y verroi dans Toffensive, la prudence et la ferm défensive, le calme et le sang-froid d v)ers, la modestie et la générosité dans 1
Marceau avait vingt-deux ans quan gnala en Vendée comme officier général l'exemple de la bravoure à Cholet, au M venay.
Il prépara par ces victoires l'heureuse tion accomplie par Hoche, ce général à q de Sambre-et-Meuse a été fière d'obéir, mort prématurée vient augmenter enco grets et nos larmes.
La campagne de 1794 appela Marcea nouveau théâtre. Les armées combinées triche, de la Hollande et de l'Angleterr çaient à grands pas vers nos frontières ( Déjà elles avaient bombardé Thionville le Quesnoy, Valenciennes, Condé, Lai étaient en leur pouvoir. Les armées répul se réunirent sur la Sambre; Marceau cj Vendée pour commander une division à
[l797j DU GÉNÉRAL JEAN HARDY 23
des Ardennes. Depuis ce moment jusqu'à celui où il fut atteint par une balle autrichienne, je fus lé compagnon assidu de ses travaux, le témoin de sa gloire. Je vais le suivre dans cette carrière qu'il fournit avec tant d'honneur.
En arrivant sur la Sambre, il est, le premier^ chargé de la passer; il le fait en présence d'un ennemi très supérieur, le culbute et le force à se retirer sous le canon de Charleroi. Deux jours après, notre gauche éprouve un échec; l'ennemi en profite et tente de nous rejeter sous les murs de Philippeville. Marceau repasse la Sambre, met sa division en bataille sur les hauteurs de Montignies et, après un combat opiniâtre, qui dure depuis le matin jusqu'à la nuit close, l'armée conserve sa position sans être entamée. Cette belle résistance nous permet de menacer Charleroi. A peine en a-t-on fait les approches, que l'armée est forcée de se retirer derrière la Sambre. Marceau reste le dernier sur la rive droite et sa division repasse la Sambre en bon ordre, à la vue de l'ennemi, qui n'ose le poursuivre.
A cette époque, Jourdan arrive à la tète de quarante mille braves, qui décident la reddition de Charleroi et le gain de cette célèbre bataille de Fleurus, qui honore à la fois l'armée française et
84 COERESPONDANGE INTIME
le général qui la commandait. Vous battiez à côté de nous, camarades, vou partagé avec Marceau les périls et la cette rude journée, vous ne lui refuseï branche de laurier qu'il y a cueillie !
L'ennemi vaincu repasse la Meuse, a Namur et se retranche derrière la rivière ( Marceau Ty poursuit avec Tavant-garde « en échec.
Au moment de l'attaquer, il mont troupes la rivière qu'il faut passer à la rocher escarpé d'Esneux qu'il faut escale
— « Notre opération, leur dit-il, est .mais elle n'est que difficile ; avec de bra' comme vous, on est sûr de vaincre! »
Et il saute dans la rivière, en criant :
— « Suivez-moi ! »
On le suit; chaque soldat tient son I dessus de sa tête, passe la rivière sous un rible, gravit le rocher sous la mitraille et à la baïonnette le camp retranché. Les Aul veulent résister encore ; nos soldats re< d'ardeur. Marceau charge à la tète de s drons et décide la victoire. Six mille prie quarante canons, les équipages et les c restent en notre pouvoir.
Après ce coup d'audace, Tennemi est poursuivi à outrance jusque derrière la Roër. L'armée de Sambre-et-Meuse vient l'y attaquer en bataille rangée. Tandis que Kléber et Lefebvre attaquent Juliers, Championnet, Grenier, Hatry et Poncet font des prodiges de valeur. Marceau, à la droite, chasse l'ennemi de Dueren, s'empare de la ville sous une grêle de bombes et de boulets et enfonce l'aile gauche des Autrichiens, qui se réfugient sur la rive droite du Rhin.
Sur la rive gauche, il reste deux places à prendre ; Kléber se charge de Mastricht. Marceau part de Cologne, marche à grandes journées sur Coblentz, emporte, l'épée à la main, les ouvrages qui couvrent cette ville, la somme de lui ouvrir ses portes et y fait son entrée triomphale.
L'année suivante, Marceau ne suit pas l'armée dans sa marche en avant; le siège d'Ehrenbreitstein lui est réservé. L'audace avec laquelle il s'approche de cette forteresse, sa promptitude à la cerner, la sagesse de ses combinaisons, l'activité de ses travaux, tout nous présage le plus brillant succès, quand la fortune trahit nos armes.
Nos lignes devant Mayence sont forcées ; l'armée de Sambre-et-Meuse reste sans points d'appui ;
1 ennemi menace, en même temps, G nos ponts sur la Moselle.
Marceau part, le 7 brumaire, avec S£ court à la rencontre de Tennemi, le c gorges du Sohner-Wald et va lui offrir à Kreutznach. L^action est vive etmeuri troupes font des merveilles ; mais repousse d^abord, revient à la charge. K est le théâtre d^une mêlée sanglante; heures d'un combat opiniâtre, nous resto du champ de bataille.
La prudence ne permettant point à de rester plus longtemps en présence nemi de beaucoup supérieur, il repass) ner-Wald, en attendant du renfort. C net, Bernadotte et Poncet viennent à sor Sans perdre de temps, Marceau pénètre Hundsrûck, pays difficile, montueux et inconnu jusqu'à ce jour. Sa vigilance lents, son activité, suppléent aux notions phiques.
A peine en position, il apprend que Te porte sur son flanc. Il court à lui, le renc passage de la Glann, Tatlaque, le bat et des villes de LautereckenetMeisenheim.
cette action, Bernadotte et Ghampionnet
cents prisonniers et enlèvent plusieurs pièces de canon.
Ces échecs obligent l'ennemi à changer son plan ; tandis qu'il se présente à notre gauche en nombre à peu près égal, il oppose à notre droite des forces quadruples. Marceau, attaqué sur la Glann, s'y défend avec fermeté et courage ; ses troupes contiennent l'ennemi par une résistance de cinq heures. Elles montrent dans le combat un acharnement dont on a peu d'exemples, et ce n'est que quand elles se voient trahies d'un côté par les habitants, de l'autre écrasées par le nombre, qu'elles se décident à la retraite. Elles l'effectuent en plein jour, à la vue de l'ennemi, sans confusion, défendant le terrain pied à pied, manœuvrant avec habileté et sang-froid, occupant les positions avantageuses, se formant en bataillon carré contre la cavalerie et arrêtant l'ennemi par le calme et la bravoure réfléchie qu'elles déploient. C'est dans cet ordre admirable, qu'après une marche de quatre heures, Marceau reporta sa division derrière la Nahe.
L'ennemi veut nous faire abandonner le Hundsrûck et nous rejeter au delà de la Moselle. 11 attaque notre camp ; l'infanterie charge à la baïonnette; les Autrichiens se sauvent dans les
bois, abandonnant leurs morts et leurs De nouvelles colonnes reviennent à Marceau leur tue cinq cents hommes e leurs canons.
Découragé par ses revers, épuisé de de travaux inutiles, Tennemi propose Marceau en arrête les conditions ; sj d'âme, sa modération, ses égards, forc< et Tadmiration de nos adversaires.
A Touverture de la campagne dernier que Tarmée marche à grands pas vers 1 Marceau attaque Ehrenbreitstein, Kœn bloque Mayence. Il prend Kœnigstein moral des garnisons d'Ëhrenbreitste Mayence est ébranlé, quand la Fortu cieuse, cessant de nous sourire, oblige .
abandonner les rives du Danube pour s cher du Rhin.
Marceau croit de son devoir de le i Après le . combats de Limbourg et de Fn i dé; 'oie des talents supérieurs, il ( retraite sur Altenkirchen.
( Voilà l'heure où la Mort vient arrêter
I au milieu des triomphes. L'armée passe
d'Altenkirchen ; Marceau reçoit l'ordre le plus qu'il pourra afin de donner le
; toutes les colonnes de se former en bataille. Il
: s'arrête à la forêt d'Aschbach, fait face à l'avànt-
j garde autrichienne, qui le suit de près, et se pré-
[ pare à la combattre. Au moment où il reconnaît
j les dispositions de Tennemi, un chasseur tyrolien,
caché derrière un arbre, lui perce le corps d'une
balle de carabine.
Marceau se retire sans dire un mot. Un peu après, il se fait descendre de cheval, recommandant à ceux qui Tentouraient de taire sa blessure. Mais c'est en vain ; on a les yeux fixés sur lui ; on s'aperçoit qu'il est blessé, le bruit s'en répand dans les rangs. Les soldats se pressent autour de leur général, veulent le voir ; ils poussent des cris de colère et l'emportent sur leurs fusils jusqu'à Altenkirchen.
. C'est là qu'en son lit de douleur, il reçoit les derniers adieux de Jourdan, des officiers de l'étatmajor et de ses frères d'armes.
A l'aspect de ce corps sanglant, les visages sont inondés de larmes. Seul Marceau, malgré ses horribles souffrances, a conservé une figure sereine
— « Général, dit-il à Jourdan, pourquoi pleurezvous? Je suis trop heureux de mourir pour ma patrie ! Mes amis^ je vous recommande ma famille et les braves qui ont combattu avec moi ! »
La nouvelle de sa blessure est porté autrichienne ; les généraux accourent chen. Le vaillant et respectable Kray, dant deux campagnes, a combattu Marc premier à le visiter. Il lui prodigue les lui témoigne des regrets sincères ; il ret son lit ; la tristesse est peinte sur son v yeux sont baignés de pleurs. Il lui prenc la presse contre son cœur et essaye d( ceux qui Tentoùrent.
Le prince Charles envoie son chiruq sauver la vie de Marceau.
Les hussards de Blanckenstein et d qu'il a eus si souvent pour adversaires, lui apporter des témoignages d'estime e pect.
Cependant les symptômes alarmants festent ; les angoisses redoublent et Marc arriver son heure dernière :
— « C'en est fait, dit-il, je ne suis plu
Il s'agite, il lutte contre la mort ; puis i s'arrête, ses extrémités se glacent, son ' décolore, ses yeux se fixent et se fermi jamais !
Son corps reste aux Autrichiens, qui m le remettre à ses frères d'armes qu'après
[n97] DU GÉNÉRAL JEAN HARDt 31
rendu les derniers hommages. Ils se disputent rhonneur de le porter jusqu'aux bords du Rhin, et le vénérable Kray les accompagne.
Ainsi mourut, à six heures du soir, le 5* jour complémentaire an IV de la République française, le brave Marceau, emportant avec lui dans la tombe Tamitié et les regrets de ses camarades, de ses subordonnés, Testime de ses ennemis, Tadmiration de l'Europe entière !
Au lieu de ces cendres, de ce cercueil, de ces flambeaux funéraires, de ces crêpes de deuil, que ne puis-je, mes camarades, vous présenter Marceau vainqueiflr, Marceau couvert de gloire, Marceau déposant les dépouilles de Tennemi sur Tautel de la Patrie, au son des fanfares de la Victoire ! Qui de vous ne lui eût ofFert une couronne de chêne et de laurier, et n'eût suivi son cortège triomphal !
Car il était le modèle de ces braves qui ont sacrifié leur repos, leur santé et leur sang pour assurer le bonheur de leurs concitoyens par une paix honorable, digne de la majesté d'un grand peuple !
{Au tombeau,) Monument éternel de notre reconnaissance, reçois ce dépôt que l'armée de Sambre-et-Meuse te confie ; conserve précieuse-
32 CORRESPONDANCE DU GÉNÉRil
ment ces restes qui nous sont che prochera qu'avec vénération ; app rations futures comment le soldat le courage et la vertu !
Et vous, premiers magistrats d qu'il servit avec tant de zèle, d'in désintéressement, rappelez-vous q assigné à Marceau une place au T moire! Ouvrez-en les portes à ce taine ; les Grands Hommes recevroi drissement le héros en qui les soldt un père, les malheureux un appui, l protecteur, les généraux un modèle !
Hic cinereSf ubique nomen (1) (i) Ici les cendres, partout la renommée.
ARMÉE D'ALLEMAGNE du 27 septembre au 15 novembre 1797.
Le général Hardy ^ commandant la division de siège dEhrenbreitstein^ à sa femme,
GoblenU, 6 vendémiaire an YI (27 septembre 1797) «
Bien que je t'aie dit souvent^ ma chère Galixte^ qu'une femme à Tarmée n'était pas à sa place, je ne résisterais pas à l'envie de t'envoyer chercher, si nous n'étions sur le qui-vive, car les gazettes ne sont pas à la paix.
On ne sait pas encore qui l'on aura pour général en chef. Nous avons tout perdu en perdant Hoche, moi surtout !
9 vendémiaire (30 septembre)*
Tu as lu la proclamation du Directoire (1). il ne
(1) Le Directoire exécutif aux Français,
L'Autriche se laisse diriger par ce cabinet de Saint-James, qui marchande sans cesse le déchirement de l'Europe et les
faut plus songer à aller à Paris ; mo est à la Patrie ; c'est sa propriété. Qua et rbonneur parlent, les intérêts par taisent.
troubles du cootinent. L'Empereur contredit luide ses Etats et celui de son cœur; il résiste au l peuples ont de la paix et se livre exclusivement à tifs de guerre.
Ses armements nous avertissent de ce que nous pour nous-mêmes.
Si Ton veut abuser de la loyauté généreuse qi souscrire aux articles de Leoben; si, en parlant paix, on ne respire que la guerre, la nation fran parle de guerre que parce qu'elle veut la paix, d en mesure de soutenir sa dignité, et la valeur d< doit reprendre ses avantages.
Citoyens, puisque vos ennemis, en feignant de tiennent dans l'état hostile, leur exemple vous force les armes et vous assure d'avance de toutes les a vont être, pour leur pays, la suite inévitable de la la trêve.
Ainsi donc, citoyens, ressaisissez vos armes, san vouloir la paix. Votre gouvernement persévère à conditions qui avaient paru convenables. Peut-être i la contenance guerrière que tous allez reprendre ] accède enfin à ces conditions; mais, si on les refuse, tiendrez l'honneur et les lois de la République.
C'est au nom de la Nation, c'est pour remplir son assurer ses droits, pour conserver sa gloire, que le pc cutif rappelle à leurs drapeaux tous les soldats de la en sont éloignés pour quelque cause que ce soit.
Le Directoire exécutif enjoint donc à ses commis les départements de faire rejoindre, pour le 15 vc
[l707] DU GÉNÉRAL JEAN HARDY 35
Je sais que Bonaparte presse vivement TEmpereur de terminer et que, si celui-ci ne le fait pas, il faut que nous en finissions promptement. Nous nous préparons et nos soldats sont pleins d'ardeur.
On assure que c'est Augereau qui prendra le commandement des deux armées de Sambre-et- Meuse et de Bhin-et-Moselle. Tu sais que je le connais beaucoup ; Theure n'est pas venue de dire ce que j'en pense.
Toute l'armée pleure notre cher et malheureux Hoche.
Six mille hommes viennent renforcer mon corps d*armée; je les attends dans deux ou trois jours.
19 vendémiaire (10 octobre)
Augereau a fait annoncer hier son arrivée très prochaine ; il est à Strasbourg.
Malgré nos préparatifs de guerre, je crois à la
(6 octobre), tous les militaires quelconques et les réquisitionnaires qui se trouvent dans leurs foyers.
Français, il faut qu'à cette époque vos armées soient complètes, qu'elles soient prêtes à marcher et que leur attitude imposante et terrible commande sur-le-champ cette paix glorieuse, qui aurait. dû, depuis six mois, être le fruit de leurs triomphes.
Réveillere-Lepeaux, président.
LAGARDBy secrétaire général.
30 CORRESPONDANCE INTIMl
paix. Deux lettres que j'ai reçues, l^unc Tautre de Venise, m'annoncent que 1 tions sont reprises. On travaille sur d< bases ; j^en ai le plus heureux augure.
25 vendémiaire (16 «
Je t'ai dit que je connaissais Augerea drais qu'il ne me connût pas, car il a bonne opinion qu'il ne me laissera { quand il n'y aura plus rien à faire. Je m a eu la maladresse de me faire cette répi moi qui travaille dans le silence et vei ignoré !
7 brumaire (28 ocl
La paix, depuis si longtemps désire signée, le 17 octobre, à Udine (l), entre blique française et l'Empereur.
Je suis si joyeux que la ^lume me to mains !
Coblentz, 19 brumaire (9 noveo
Augereau m'a emmené à Francfort. I
(1) A Campo-Formio, près d'Udine. L'empereur 1 reconnaissait les conquêtes de la République français naît les Pays-Bas et la rive gauche du Rhin, cons* que la Lombardie devint la république cisalpine ei i retour la Vénétie*
[l797j DU GÉNÉRAL JEAN HARDt 37
m'entralnerjusqu^à Strasbourg, maïs je m'en suis défendu; il a pris sa route et moi la mienne.
Es-tu contente? Ton cœur s'est-il épanoui à la nouvelle de cette paix glorieuse et bienfaisante, qui doit ramener au sein de notre Patrie, trop longtemps déchirée par les factions, la tranquillité, l'union, l'harmonie et le bonheur?
Le général en chef m'a promis, aussitôt que l'organisation de l'armée serait finie, de me charger d'une mission pour Paris afin que mes frais de voyage ne soient point à mon compte. C'est deux cents louis qu'il me met dans la main.
Je vais monter à cheval, pour faire prendre à mon deuxième rhume de l'hiver l'air des montagnes et le perdre dans le brouillard.
Mon corps d'armée devient la 4* division de l'armée d'Allemagne.
25 brumaire (15 novembre).
Je suis résolu à t'appeler près de moi. Tu seras traitée ici avec tous les égards dus à la femme d'un général qui possède l'estime de ses supérieurs, de ses égaux et de ses subordonnés. J'emploierai tous les moyens pour te rendre la vie agréable.
Prépare donc tes brimborions, tes fichus, tes
38 CORRESPONDANCE DU GENERAL JEAl
dentelles, pendant que je préparerai toi ment. Amène ta femme de chambre de ville ; tu n'en trouverais ici que de maui Depuis que j'ai annoncé ta venue, c parle que de toi ; on me demande la p de m'accompagner pour aller à ta renc t'attendrai, le 14 frimaire, à Cologne.
Mme Hardy rejoint son mari à Goblentz respondance s'arrête.
Mais nous trouvons dans nos précieuses ai la date du 13 janvier 1798, un document haut intérêt artistique, qui mérite d'être n
La célèbre galerie de tableaux formée à D par les Électeurs Palatins a été, depuis 179. portée à Gluckstadt, à l'embouchure de l'I général Hardy, dans un rapport au Directoire que cette galerie doit être restituée à la Réj française.
I Ti
LA GALEJIIE DE DUSSELDORF 13 janvier 1798.
L'Electeur Palatin a trois galeries de tableaux, à Munich, Manheim et Dusseldorf. Celle de Dusseldorf est la plus considérable; elle renferme un grand nombre d'œuvres des maîtres italiens : Raphaël, le Titien, Carlo Dolce, Léonard de Vinci, Paul et Alexandre Véronèse, Annibal Carrache, le Corrège, Pierre de Cortone, etc.
On y trouve V Ascension de la Vierge, chef-d'œuvre de Guido Reni. Mais, quelque précieuse que soit la collection de TÉcole italienne, elle n'approche pas, au dire des connaisseurs, de celle de rÉcole flamande.
Une salle entière est réservée à l'œuvre de Rubens. J'y ai remarqué :
P Un tableau colossal, représentant le Jugement dernier. Rubens l'offrit à Wolfgang Guil-
40 CORRESPONDANCE IMTIM
laumc, duc de Julîcrs et de Berg, qua lui eut appris qu'on voulait Tassassinc
Catherine, impératrice de Russie, < ment cent mille roubles de ce tableai tenir.
2* Une réduction du même sujet.
3* La Chute des anges rebelles ^ œ^ rable, achetée quinze mille ducats, au nier. L'Électeur Palatin Jean-Guilla prince Eugène de Savoie se la disput< ment, à la vente à Tencan qui s'en fit à
4* La Défaite des Amazones.
5* Rubens peint par lui-même (grand relie), entre deux de ses trois femmes, qu'il aimait. Celle qu'il ne pouvait soufiFri sième, est représentée dans le Jugemen
Les autres peintres de l'École flamand chevalier Adrien van der Werf, premie de la cour palatine; son œuvre est représ< vingt-trois tableaux, qui ont uniformém pieds de haut. Il avait l'obligation, co pension de dix mille florins d'Allemagne, nir deux tableaux chaque année. Sa col coûté cher.
Plusieurs tableaux de Gérard Dow, de m eux Charlatan sur le marché.
fl798] DU GÉNÉRAL JEAN HARDV 41
Trois superbes toiles de Van Dyck, sans compter son portrait, peint par lui-même.
Je n^énumérerai pas les tableaux de Rembrandt, Gaspard Gray, Witt, Berchcm, Wouwermann, Van der Meulen, Jordaens, Teniers, Paul Potter, et d'autres encore qui sont devenus célèbres.
Mais il y a aussi les œuvres de peintres flamands qui n'ont pas assez vécu pour acquérir la mémo notoriété, bien qu'ils la méritent.
Autrefois, excepté en Italie et en Belgique, une galerie de tableaux était un luxe presque inconnu.
Jean-Guillaume, devenu Électeur Palatin à la fin du siècle dernier, mit sa gloire à vivre dans le faste et à étonner le monde par des dépenses extraordinaires.
Louis XIV et l'Électeur de Saxe (celui qui devint roi de Pologne sous le nom d'Auguste II) avaient créé des galeries de peinture.
Jean-Guillaume, bien qu'il n'eût ni goût ni génie, voulut les imiter. Il se déclara le protecteur des beaux-arts et constitua la superbe galerie de Dusseldorf, sans consulter l'état de ses finances, déjà épuisées par les dépenses de sa cour.
Il mourut en 1706, criblé de dettes énormes.
Les courtisans, voulant régler sa succession, chercbèrent à tirer parti de tout ce qu'il laissait, pour
42 CORRESPONDANCE INTl
que le nouvel Électeur, Charles tenir son rang. En conséquence, o États de Juliers et ceux de Berg, q de payer les dettes de Jean-Guillaun des galeries de ces deux duchés E propriété nationale et furent réuni Dusseldorf, sous la condition exprès teur ne pourrait jamais s^appropriei ni en disposer.
Les États, de leur côté, nommèn mission pour la liquidation des dette Elles ne furent entièrement payées q
Les États ont entretenu la galerie c depuis qu'elle est devenue leur propi considérablement augmentée et enri notamment acheté, en 1776, à M. Ki de 2,600 écus d^Âllemagne, une su tion de dessins et d'esquisses des liens.
Pendant la guerre de Sept ans, les après leurs victoires de Glostercamp < se présentèrent, sur la rive gauche < vaut Dusseldorf et sommèrent la ville avec menace de la bombarder en c On convint d'un délai de quatre joui dre les ordres de l'Électeur Palatin,
[|798] DU GÉNÉRAL JEAN HARDif 43
alors à Manheim. Ce répit permit d^emballer , dare darUi la galerie.
L'ordre vint de rendre Dusseldorf ; mais les tableaux étaient sauvés du naufrage; on les avait envoyés à Manheim.
A la paik) les États réclamèrent leur galerie et Tobtinrent en tenant bon, malgré les subterfuges employés par la cour pour la conserver à Manheim, dont elle élait le plus bel ornement.
En 1795, à la nouvelle que les Français devaient passer le Rhin, TÉlecteur Palatin invita les Étatf à transporter la galerie de Dusseldorf à Muoieh, où elle serait en sûreté à cause de Téloignètiient de cette ville du théâtre de la guerre lltis le souvenir des agissements de la cour de Manheim après la guerre de Hanovre était trop fécent pour que les États donnassent de nouveau dans le piège. D'autant que leur galerie devait être irrévocablement perdue si la Bavière était donnée à TAutriche en compensation de la Belgique, ou si les biens de FÉlecteur Palatin étaient confisqués.
Les États de Juliers et de Berg remercièrent très poliment TAltesse palatine de sa sollicitude, de ses offres de service ; ils firent transporter leurs tableaux, par deux commissaires, à Gluckstadt,