LES FRÉGATES
Les huit frégates, au signal de former la ligne de bataille sans égard au poste, s'étaient placées en avant du Hoche. La Loire, t Immortalité et la Bellone en étaient les plus rapprochées. Quand le Robust et le Magnanime assaillirent le vaisseau français, la Romaine vint à son secours et tira
quelques bordées sur le Robust. L nada, du Foudroyant et de VAm Romaine à virer de bord.
Pendant trois heures, les frégate et la houle empêchaient de manœu tenir à distance des dangereuses bo seaux anglais, répondre au feu c Mélampus, de YEthalion et de la Do impuissantes, à la magnitique agoi Segond, commandant la Loire, prop commandant t Immortalité y d'abor( les grenadiers du général Ménage V Immortalité y demandaient à granc dagc. Mais l'Immortalité fit de fauss* qui Tempéchèrent de se joindre à lo gond dut renoncer à se servir de la 1
Bompard prisonnier, le capitain< Berge vin, à qui revenait la lourde ti mandement, fit, de la Romaine, le sî{ de voiles, et la fuite commença.
VEmbuscade et la Coquille, plus é les autres frégates par les boulets an amené leur pavillon.
La Bellone,
Le capitaine Jacob, sur la Belloi
lutte contre le Foudroyant^ pour permettre à la Loire, à la Romaine et à rimmortalité de s'échapper. Un boulet rouge met le feu aux grenades entassées sur le pont. Déjà le gréement et la voilure sont en feu ; Tenseigne Cotelle et le capitaine Barbier, du 7* hussards, s'élancent dans la mâture, et,* avec quelques matelots intrépides, ils éteignent l'incendie. Jacob fait jeter à la mer tout ce qui alourdit la marche et gène la manœuvre. Il se dérobe au Foudroyant, mais il est rejoint par le Mélampus et par VEthalion, qui, après deux heures de canonnade , obligent à grand'peine l'héroïque Jacob à rendre sa frégate démâtée, prête à couler ; on ne compte plus les morts et les blessés.
La Résolue,
Après la prise du Hoche et le signal de la Ao- *maine, le capitaine Bargeau a forcé de voiles. A midi, nous ne tirions plus que nos canons de retraite, qui ont été bientôt hors de portée.
Nous avions devant nous un vaisseau rasé, VAnson, qui avait perdu son mât d'artimon, mais qui manœuvrait pour nous couper la route, tandis que les autres navires anglais nous appuyaient la chasse. Nous nous trouvions, ainsi que la Loircy
la Romaine et CImmortalùé, enti VAnson et la côte, qui nous resta trois lieues.
A trois heures, la Loire nous a c trouvée bientôt à portée de l\ échangé avec lui deux ou trois gagné le large.
De suite, notre tour est venu ; nou le combat presqu'à portée de mousq de part et d'autre, un feu à mitraill très meurtrier; mais VAnson avait n'avions que du 12. Le gaillard d'à le commandant Potier, a beaucoup sergent-major a été tué à côté de lui.
a été démontée, tous les canonni blessés, beaucoup de matelots mis ho et un lieutenant légèrement blessé.
A quatre heures, ^Immortalité est seconder; mais, supérieure en march a bientôt dépassés et tout le feu de i concentré sur nous.
A cinq heures, nous avons coupé 1 qui remplaçait son artimon.
A six heures et demie, la Romaine vent de VAnson ei lui a lâché quelque canon en s'éloignant.
Nos manœuvres étaient trop maltraitées pour que nous pussions gagner VAnson de vitesse.
 la nuit, Tanglais s'est trouvé si désemparé à son tour, qu'il a mis ses voiles sur le mât et s'est laissé culer.
Le combat a fini avec le jour; nous avons suivi t Immortalité toute la nuit.
Une circonstance prouvera, entre mille, le sangfroid des soldats républicains. Il fallait pomper continuellement et quarante hommes étaient groupés autour du grand mât. £h bien ! les pompes ont joué sans interiMption au plus fort du combat et le grand mât a reçu plusieurs boulets rames, à quelques pieds au-dessus des pompes.
Sur le gaillard d'arrière, un boulet a emporté le sac d'un soldat qui était au bastingage et a renversé le chef de brigade Lée.
Le 22 vendémiaire , au matin , nous étions mouillés dans la baie de Donegal, près de T/mmortalité^ qui a signalé de se préparer à descendre. Le chef de brigade Lée a siégé au conseil de guerre présidé par le général Ménage. Ce conseil a jugé que la descente était impossible.
Sur l'observation que les troupes et l'équipage Aq la Résolue étaient forcés de prendre terre pour échapper à une perte certaine si la frégate conti-
ih
m COBRESPONDANCE IMT
nuait à tenir la mer, le capitaine grand, commandant rimmortalité, ne nous abandonnerait pas et que compter sur lui, si nous allégions / tant à la mer les fardeaux trop pt les canons. On convînt donc de pa déterminé.
11 est venu des Irlandais à bord i i|ue le général Humbert avait été prisonnier.
A huit heures du soir, on a appa hors de la baie de Donegal, on a ■ qu'on a pris pour celui de timmo.
nous a engagés à montrer un fei autre.
Le vent s'est levé; la mer est grosse.
Le péril augmentant, on a décid canons à la mer; mais auparaval essayé, en les mettant à la serre, < frégate.
A minuit, nous avons eu connaisi timent sous le vent. Le capitaine a mortalité nous ralliait et a fait dimiu
A une heure, ce bâtiment nous a vent, à portée de la voix. Le capitai
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prenant toujours pour t Immortalité ; mais une volée l'a bientôt tiré d'erreur. Cette bordée a été suivie de beaucoup d'autres, qui ont tué plusieurs hommes dans leur hamac.
C'était le Mélampus, frégate anglaise de quarante-quatre canons de 18, capitaine Graham Moore (1). Il a fallu se rendre, hélas!
L'Immortalité {2) .
L'Immortalité et la Résolue sont allées, de conserve, mouiller, le 22 vendémiaire^ à la vue d'un
(1) « L'Anglais a voulu nous mener dans le lac Swilly, maïs la tempête Ten a empêché, Nous avons fait le tour de Tirlande, en courant les plus grands dangers, et surtout en manquant de nous perdre sur le cap Cantive.
Le 28 vendémiaire, nous sommes entrés dans la Clyde, en Ecosse, et avons mouillé en rade de Greenock ; de là, on nous a conduits à Edimbourg, et enfin à Peebles, où nous sommes. Nous avons été traités avec les plus grands égards par les généraux et les officiers supérieurs; nos soldats aussi; ils sont au château d'Edimbourg, les officiers à Peebles. La conduite de tous, dans cette catastrophe, a prouvé que nous étions dignes d'un meilleur sort et que nous avions droit à la protection du gouvernement français comme à la bienveillance de notre général en chef. *
« Dans le régiment de Lee (brigade étrangère) il y a eu cinq tués et neuf blessés, dont le capitaine Molliens, quartiermaître. Son courage et ses bonnes qualités sont dignes d'éloge. »
(2) [Rapport au général Hardy de V adjudant général Cravey, embarqué sur l'Immortalité.)
94 CORRESPONDANCE INTl
donna la Loire, qui ne pouvait pas prit sa liberté de manœuvre.
Le 17 octobre, la Loire est atteii maidj un des trois bâtiments anglais a échappé, la veille, en maltraitai Segond,sréduit à ses basses voiles, Villon au mât d^artimon, harangue et accepte le combat. Une bordée pistolet, de ses canons chargés à rase deux mâts de la frégate anglaise, resté debout, permet à la Mermaid d
C'était le quatrième combat que tenait depuis le 21 vendémiaire. M criblée comme une écumoire; il n'y bord, ni bois ni cordage.
Attaquée, le lendemain, par VAns^ garoOy la Loire lutta plus d'une h Segond n'amena son pavillon que qu pieds d'eau dans sa cale.
11 avait à son bord quarante-six mor et onze blessés.
La Sémillante^ la Romaine et la Bit en France : la première, à Lorient; très, à Brest.
Le général Hardy, prisonnier de guerre^
à sa femme,
A Buncranagh, aux bords du lac Swilly (nord de l'Irlande) le 15 brumaire (5 novembre).
Chacun a sans doute déjà fait la gazette sur notre combat naval du 21 vendémiaire.
Je ne veux pas faire de commentaires sur ce que tel ou tel prétend en savoir; il est plus intéressant pour toi, ma bonne amie, d'apprendre que ton mari n'a pas succombé, qu'il n'est pas même blessé, qu'il se porte bien; je désire que ma lettre te parvienne assez à temps pour calmer tes inquiétudes et les dissiper. Nous allons être conduits en Angleterre, où j'espère ne pas rester longtemps, comptant que je serai, avec mon étatmajor^renvoyé sur parole. Sois sûre, ma mie, que mon désir le plus ardent est de revoler près de toi et de te donner de nouvelles preuves de mon amitié.
P. 'S, — Nous n'avons qu'à nous louer des généreux procédés de nos vainqueurs. Ils font tout ce qui est en leur pouvoir pour adoucir notre sort.
06 CORRESPONDANCE INI
Au Directoire,
Nos malheurs auraient trouvé 1 le combat du 21 vendémiaire, si 1 cieuse se fût contentée d'une vict permis d'arriver au port. Elle avai éprouver par d'autres revers.
Aussitôt que nous fûmes transfér sous-officiers et moi, à bord du vaii le capitaine voulut faire voile poi en passant par la mer d'Irlande. IV déclarèrent contre nous et nous re Nord. Ce n'est que par miracle qi pâmes, deux fois, au naufrage, U Bishop's que sur celles d'Ecosse, suivait dans un état si déplorable q tant nous croyions le voir englouti tait, pour toute mâture, qu'un tr pieds, de son artimon; il n'avait pi toile, et l'eau augmentait de plus < cale. La mer était toujours violemn vents soufflaient avec une violence < Une frégate , que nous avions r hasard et qui avait pris le Hoche à était, à tout moment, forcée de l'ai
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fureur des flots pour ne pas s'exposer à périr avec lui.
Cette tourmente , nous Tavons subie pendant dix-huit jours. Ajoutez que les vivres étant sur le point de manquer, on avait réduit la ration au quart.
Enfin, les vents se calmèrent un peu, et nous pûmes, le 10 brumaire, regagner le lac Swilly, où nous trouvâmes un excellent mouillage. La vue de cette baie redoubla mes regrets, car dix mille hommes peuvent y débarquer facilement et nous aurions trouvé infiniment plus de ressources que je ne m'y attendais en ne consultant que ma carte.
Le lendemain, les adjudants généraux Simon et Wolfe-Tone (dit Smith) furent appelés à terre par le général Cavan, commandant l'arrondissement de Londonderry, qui se trouvait alors au village de Buncranagh. Simon resta vingt-quatre heures chez le général et fut traité avec beaucoup d'égards ; mais on envoya Smith à Londonderry, où il fut jeté dans un cachot et chargé de fers. Dès qu'il m'en eut fait part, je descendis moi-même à terre et j'écrivis à lord Gornwallis la lettre dont je joins ici la copie. J'en adressai une autre à ce malheureux officier pour le rassurer et l'engager
à supporter son sort avec courage ( réclamations, l'adjudant général Sn de prison en prison jusqu'à Dubli d'une âme forte et je suis convaincu un grand caractère. Mais ses enn€ ment acharnés contre lui qu'on ne !
des mesures trop promptes pour lu Je laisse à votre prudence et à citoyens Directeurs, le soin de faii cet officier les démarches que vo cessaires.
^1^ A la prison de Derry, 12 bri
L'adjudant général W. Tone, dit Smith, a commandant en chef Vannée française e.
Général,
A mon arrivée à Derry, j'ai appris avec I
ment que des ordres avaient été donnés poi
aux fers comme un malfaiteur. J'ai écrit
lord Cavan, en termes respectueux mais j
contre l'indignité méditée contre l'honneur
çaise en ma personne, et réclamant mes dr
d'officier français. 11 ne me reste maintenant
à vous^ comme à mon général, représeut
nation à laquelle j'ai l'honneur d'apparteni
votre intervention auprès du gouvernement a
sois traité comme prisonnier de guerre, a
attachés à mon grade, et qu'il me soit permis
sort et celui de mes braves camarades, commi
de partager vos périls dans le combat.
Salut et respect,
T. W.-ToN
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A lord Comwallïs, commandant en Irlande.
Milord,
L'adjudant général Wolfe-Tone, dit Smith, attaché à Tétat-major de l'armée expéditionnaire dont le gouvernement français m'a confié le commandement, et fait avec moi prisonnier de guerre sur le vaisseau le Hoche, réclame mon intervention auprès de vous, parce qu'il a été enfermé dans un cachot et chargé de chaînes.
Je n'entre pas dans la question de savoir si vous avez des griefs contre cet officier; mais il est citoyen français, il fait partie de l'armée française, il est prisonnier de guerre et, sous ce triple rapport, il a droit à des égards et à du respect.
J'aime à me persuader, milord, que vous reviendrez à des idées plus justes sur son compte, et que l'esprit de prévention ne l'emportera pas sur la droiture, qui doit caractériser les hommes que le mérite ou la fortune a placés sur un grand théâtre.
L'adjudant général Wolfe-Tone est un honnête homme ; sa bravoure et ses actions d'éclat lui ont mérité la confiance du gouvernement français et l'estime de tous les soldats qui ont l'honneur pour