‹ Correspondance intime. Publiée (volume 2)Chapitre 15 sur 18 · C02C22:3CVII · texte numérisé non relu

C02C22:3CVII

A MÉLANIE WALDOR

(Paris) le 21 féviierl851.

Vous êtes toujours bonne et cruelle de me parler de soirée, mon amie. Qu'y a-t-il donc de changé en moi depuis que j'avais tant de peur du mot : soirée ! Je n'en suis pas là de me jeter dans la musique qui réveille tout ! et dans des figures inconnues dont la bienveillance même me donne un tremblement.

Avez-vous oublié nos luttes à cet égard, mes fuites sauvages, et y a-t-il une seule personne dans Paris qui puisse vous dire rti'avoir vue là ou là, depuis que j'ai eu le courage de résister à vos charmantes instances ? Je suis

restée accablée peut-être pour toujours^ Mélanie, parce qu'une vraie part de ma vie est en allée! — Sans doute, le bonheur sérieux d'Ondine m'atteint de quelques rayons de soleil, mais le soleil n'est pas du côté d'une soirée, chère femme, il est pour moi dans une causerie intime d'un cœur aussi bon que le vôtre, qui m'a toujours aimée, à qui je l'ai bien rendu. J'irai, presque aussitôt que ce billet, vous dire ces choses qui vous ont tant de fois désarmée. Vous savez dès longtemps que mon cher Valmore,

Frère, Epoux et Maître, est homme à me contredire en fait de solitude. Pour lui, si les chartreuses n'existaient pas, il faudrait les inventer. Aussi s'en faitil une partout où il y a quatre murs et des livres à dévorer.

Les jeunes, je ne dis pas; ils ont leurs ailes et vos invitations attirantes. Qu'ils aillent à leur volonté. Le bonheur des autres me fait toujours du bien.

Ayez-en beaucoup et que je le sache et qu'il me soit permis de penser que c'est pour cela que vous êtes si bonne.

Hélas ! aux cœurs heureux les vertus sont faciles.

Souvenez-vous aussi qu'aux cœurs déchirés les amitiés fidèles sont indispensables.

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A PAULINE DLXHAMBGE

Le 23 février 1851.

J'attends d'un jour à l'autre la possibilité d'aller te voir, et la fatigue ou le travail, la fièvre de l'espoir ou l'abattement de la déception me barrent ta rue. Que ne sais-tu pas là-dessus par toi-même ? Juge moi dans ton cœur. C'est là où je peux me réfugier, exempte de tout reproche et de toute crainte. Seulement j'y pleure avec toi.

Ta lettre pour AI. Lacaussade est égarée. Je ne peux concevoir comment, sinon que c'est à force d'ordre, car elle est mise à part comme je fais de tout ce qui m'est précieux, mais où ? J'ai déjà fait trois rangements dans mes papiers sans la retrouver. Tu sais que n'ayant ni armoire, ni table, ni secrétaire, ni rayons, je suis éperdue pour maintenir un semblant de propreté décente autour de moi, et je suis triste de ne t'avoir pas obéi. Mais j'aime mieux te le dire, de peur que tu ne trouves le créole Lacaussade impoli ou froid, lui qui n'est ni l'un ni l'autre. Je le sais malade et d'une tristesse profonde.

Le parti pris, dit-on^ par notre Briseux n'est pas dans la nature fiévreuse de I\L La-

caussade, mais il est si malheureux qu'il comprend le sauve qui peut des âmes qui ne se jettent pas dans la lutte, et qui

vont s'enfermer croyant tout fuir Ce

serait là pour nous l'erreur la plus funeste. Et c'est en cela que j'ai peur pour l'autre s'il l'a osé, je dis si, ma Pauline, car personne encore ne croit tout-à-fait à ce bruit que rien ne confirme et que l'on fait toujours courir sur ceux que l'Italie attarde et rend affreusement paresseux d'écrire.

Si malheureux que nous soyons ici, nous sortons de nous-mêmes, ne fût-ce que pour appeler au secours le souvenir de l'ami préféré. Là-bas, le soleil se charge de tout, de vous écraser et de vous apporter tous les souvenirs sans bruit auxquels on n'aurait pas la force de répondre.

Hélas! ici, pour nous, la pauvreté pesante fait le métier du soleil d'Italie. Elle nous rend immobiles et moines, quelque part que nous soyons renfermés. Oui, Pauline, j'ai en ce moment le travail en aversion. Seigneur! il est si inutile, d'ailleurs si impossible , parmi les soins d'un ménage qui se défait de plus en plus.

M. Pitre-Chevalier tourne sa roue avec fureur dans ce moment, car enfin elle fait du pain et tout pour sa famille. Et puis, c'est lui qui se juge avant de s'imprimer lui-même. Pour les autres, il veut connaître, apprécier, commander, étendre ou

raccourcir, il veut aussi inspirer l'esprit^ C'est bien effrayant pour des oiseaux comme nous qui avons toujours chanté sans serinette. Cette basse continue du maître éteindrait mon goût de chanter. Je remets donc toujours à transcrire mon petit drame indépendant, et je dévore mes jours à des soins tout aussi graves.

Mon cher Valmore vient encore de tenter une grande et courageuse démarche pour solliciter par M. Régnier un modeste emploi à la Comédie-Française , se fiant à cet artiste que l'on dit meilleur que les autres et moins insolent. La réponse honnête et prompte est d'ôter tout espoir.

J'irai te demander tes peines, si tu en as de nouvelles, — les autres, je les souffre.

A bientôt. La recherche inutile des appartements m'épuise déjà. Où iras-tu ? Où irons-nous ? L'hiver n'est pas devant nos yeux, et nous pourrons nous atteindre plus souvent. Je ne te parle pas de tout Paris, que je lis quelquefois dans des journaux. Je voudrais y prendre part, et je n'ai pu me résoudre même à entrer au Salon de peinture. Tout m'est lourd. Le départ d'Ondine laisse ici un vide profond. Le cœur est si faible que je lui demande involontairement compte en moimême quelquefois du bonheur qu'elle aurait pu me donner. Celui qu'elle a trouvé

ne devrait-il pas me tenir lieu de tout ? Oui, cent fois par jour — et puis, arrive une minute qui passe comme un plomb aigu dans la blessure, et mon cœur se retire — la mère pleure.

D.... souffre comme père, dit-on, et cela fait bien mal ! Sa fille s'est fait enlever. Il a donc à la fois son absence, son ingratitude et son déshonneur à subir. Pauvre et bon D.... C'est plus mille fois pour lui que pour nous, car notre charfnante lettrée est du moins comblée de considération et sûre d'un avenir honorable. — Que de chagrins étrangers à nous se mêlent aux nôtres ! Tu n'imagines pas combien je connais de malheureux, et comme cela m'abat. J'ai eu un temps l'espoir que je souffrais assez pour beaucoup d'autres, je me trompais bien ! Mais je t'aime, et voilà en quoi je ne me trompe pas.

cox:x:s:i25:

A SON FRÈRE

(Paris,) le 3 mars 1851.

... Je ne sais s'il ne t'arrivera pas de rire tout seul d'une idée qui m'est venue de faire prendre des renseignements à La Haye sur nos grands-oncles Desbordes, imprimeurs, dont l'un s'appelait Henry et l'autre, je crois, Antoine, tous deux centenaires et million-

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