‹ Correspondance intime. Publiée (volume 2)Chapitre 6 sur 18 · A M. DE CHATILLON · texte numérisé non relu

A M. DE CHATILLON

Le 29 février 1844,

Hier, mon cher et bien aimé pittore^ je me suis mise en route pour vous aller voir. Dans la rue du Bac, où j'avais à

faire, un tourbillon de neige m'a enveloppée, et l'omnibus m'a ramenée. Aujourd'hui, j'ai de la fièvre et un rhume, de l'ouvrage par-dessus la tête, et demain, je crains de ne pouvoir du tout sortir. Il faut que vous sachiez pourtant que votre lettre et la mienne sont arrivées au prince. J'en ai la certitude. L'accueil qu'elles ont reçu, vous seul pourrez le savoir dans quelques jours. Si Dieu m'écoutait ! S'il m'aimait un peu, combien vous sauriez vite de quelle nature est cette providence voilée à laquelle je me suis adressée pour vous. Cette lettre est positivement arrivée samedi ou dimanche passé, c'est-à-dire le 24 ou le 25 février. Cent fois par jour je pense à vous, à cette tentative, à tout ce que je voudrais voir arriver sur vous de providentiel et de secourable. Je ne devine que trop les extrémités d'une si noble infortune. Le sort qui m'éprouve ne me laisse ignorer rien de ses rigueurs. Ce qu'il fait contre moi, se peut-il qu'il le fasse contre vous ! M™° Récamier ne me fait rien dire à mes nouvelles instances ; M. de Ballanche m'a assuré qu'elle était fort souffrante. Je l'ai trouvée telle en effet la dernière fois que je l'ai vue.. Peut être ne connaissant pas directement M. Vitet, ce qu'elle m'a positivement dit, n'ose-t-elle pas le presser de lettres, s'il n'a pas répondu à sa dernière. Elle avait

de l'espoir dans un député, mais tout cela est languissant et me donne beaucoup de chagrin pour vous. Pourquoi n'écririezvous pas enfin directement à M. Vitet ? Votre nom me paraît d'une telle consistance qu'il doit appuyer toutes les demandes honorables et piquer d'honneur un homme d'honneur. On dit que M. Vitet en est rempli, eh bien ! découvrez-lui la vérité pressante. Envoyez-moi cette lettre par la petite poste, je trouverai moyen, j'espère, de la lui faire tenir promptement. Dussè-je la porter jusqu'à sa porte, il l'aura, car, vraiment je ne conçois pas ce silence qui doit vous accabler.

1" mars, au soir.

J'ai passé tout ce jour au lit, retenue par la fièvre d'un rhume. Le printemps est une saison qui m'éprouve beaucoup, et déjà son influence court dans l'air. Pourquoi pas le bonheur ! Il nous serait si facile !

J'ai reçu, pour vous la faire parvenir, une invitation de bal et de concert. Je ne vous l'envoie pas, présumant que vous n'allez pas au bal plus que vos fidèles amis.

A MADEMOISELLE ^LARS

(Sans date.)

Vous êtes conjurée d'être favorable à l'audition d'une mademoiselle Masson, sous le tremblement de l'examen de vendredi , au Conservatoire; on la recommande à votre protection, si elle vous en paraît un peu digne dans son emploi d'ingénue. Ses parents sont honnêtes, et la jeune fille a bien besoin de gagner un peu. Que vos yeux s'arrêtent sur elle pour lui porter bonheur. \'oilà mon placet sur vos genoux. L'autre placé plus près de mon cœur, c'est celui auquel veut bien s'intéresser M.

Milo, près de M. Nouton. Là, il s'agit d'une pauvre et charmante femme , demeurée veuve avec quatre petits garçons , beaux comme des amours, sans nanan! Le mari avait des droits comme fonctionnaire supérieur du gouvernement. Si la note est perdue, je vous la rendrai. Ma belle voisine n'en dort pas , et c'est atroce de ne pas dormir. Redormez !

J'ai couru hier et fait courir pour le prompt remplacement de Christine. J'ai pris sous mon bonnet de promettre à Christine l'indispensable café le matin. J'en passe

moi-même par là avec mes sous-Chrïstines, ayant éprouvé que le café fait glisser l'aiguille et rend le cœur gai.

A ONDINE

Paris, le G juillet 184*.

Bathilde de retour ta écrit deux billets. Je lui en ai répondu un sans pouvoir encore aller visiter sa mère. C'est que j'étouffe de petits embarras qui mangent ma vie, comme les mites la lame.

M. Sainte-Beuve est venu tout charmant, mais prose pure. Rien n'est fixé pour le discours.

Ton oncle Félix est furieux parce qu'il y a à Douay un journal qui me déchire, (o) C'est assez triste dans sa ville natale ; mais de la colère, ah ! non, pas pour ces misères.

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